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ENTRETIEN

Eduardo Moacyr Krieger: Le maître de l’hypertension

Le physiologiste a créé au sein de l’InCor le plus important groupe brésilien de recherche intégrée sur la pression artérielle

Publié en Juillet 2012

LÉO RAMOSQuand il est devenu médecin en 1953 à Porto Alegre (sud du Brésil), l’un des projets du jeune Eduardo Moacyr Krieger était de devenir cardiologue et de travailler à la Faculté de Médecine. Néanmoins, les choses se sont passées tout autrement en raison de l’influence décisive de deux éminents physiologistes argentins : Bernardo Houssay, prix Nobel de physiologie et médecine en 1947 et Eduardo Braun Menéndez, responsable de la découverte de l’angiotensine en 1940. Dans ce contexte, la plainte habituelle à l’encontre des voisins argentins n’a pas lieu d’être ; au contraire, ce changement de trajectoire a grandement bénéficié la physiologie cardio-vasculaire au Brésil, et plus spécifiquement la recherche sur l’hypertension artérielle. En plus d’avoir contribué directement et de manière significative à la connaissance des mécanismes de contrôle de la pression artérielle, le professeur aujourd’hui âgé de 84 ans a créé dans les années 1950 un important groupe de recherche à la Faculté de Médecine de l’Université de São Paulo (USP) à Ribeirão Preto, suivi en 1985 du groupe de recherche intégré en hypertension à l’Institut du Coeur (InCor) de l’Hôpital des Cliniques de l’USP (São Paulo) – un groupe réputé et inséré sur le plan international.

Krieger est l’un des neuf enfants d’un commerçant d’origine allemande qui s’était installé à Cerro Lago, une petite ville de l’état du Rio Grande do Sul près de la frontière avec l’Argentine. Il fut le seul de la famille à être envoyé à la faculté. À côté de ses activités de professeur et de chercheur, il s’est toujours intéressé à la politique universitaire. Sur ce point, il faut notamment souligner son travail en tant que président ENTRETIEN eduardo moacyr krieger
de l’Académie Brésilienne des Sciences (ABC) : pendant les 14 années où il a exercé la fonction, il n’a eu de cesse d’agir pour améliorer la place de la science et de la communauté scientifique brésilienne sur la scène internationale.

Père de deux scientifiques reconnus – José Eduardo Krieger et Marta Helena Krieger – et grand-père de trois petits-enfants, il partage la vie de son épouse Lorena depuis 55 ans. Vice-président de la FAPESP depuis 2010, il est en train de finaliser un projet thématique supplémentaire et de relever un nouveau défi : organiser la discipline et un groupe de médecine translationnelle à l’InCor. À suivre, les principaux extraits de l’entretien accordé à la revue Pesquisa FAPESP.

Parlons d’abord de la ligne de recherche à laquelle vous vous êtes le plus consacré, les mécanismes de régulation de la pression artérielle. Comment cela a-t-il débuté ?
En réalité, j’ai commencé quand j’ai débuté ma carrière scientifique. Fraîchement diplômé de la Faculté de Médecine de Porto Alegre, j’ai rencontré le groupe de physiologistes argentins dirigé par le professeur Bernardo Houssay, prix Nobel de physiologie et médecine en 1947. Et parmi ses disciples se trouvait Eduardo Braun Menéndez, le physiologiste qui a découvert en 1940 l’angiotensine, une des substances importantes dans la régulation de la pression artérielle. Je voulais suivre une carrière universitaire ; en 1954, ce groupe est venu à Porto Alegre à l’occasion d’un programme de la Capes [organisme de soutien à la formation du personnel de niveau supérieur]. Ils se succédaient et restaient un mois. Mais Bernardo Houssay est resté plusieurs mois à Porto Alegre. Comme je de l’opportunité pour travailler avec Braun Menéndez. Puis je suis allé passer 7 ou 8 mois à Buenos Aires, pour y étudier le système rénine-angiotensine.

Dans quel laboratoire ?
Du professeur Houssay, qui était en dehors de l’université depuis pratiquement 10 ans. Suite aux manifestations contre la dictature militaire, le groupe avait été expulsé de la Faculté de Médecine en 1943. Patriote dans l’âme, Houssay disait toujours que la science n’a pas de patrie mais que le chercheur, si. Et même après avoir gagné le prix Nobel, il n’a jamais voulu quitter l’Argentine. Là, il travaillait dans des conditions précaires, dans une maison aménagée de la famille Braun Menéndez qui était fortunée. Chaque chambre était devenue un laboratoire. La maison se situait dans un quartier assez distant (rua Costa Rica, dans le quartier Palermo). Le personnel de la Faculté de Médecine ne connaissait plus Houssay, et pourtant chaque semaine arrivaient dans son laboratoire de grands chercheurs du monde entier. L’ambiance était fantastique. À côté de la maison principale se trouvait une maisonnette que l’on atteignait en franchissant un portail dans le jardin et qui abritait le laboratoire de biochimie de Luis Leloir, prix Nobel de chimie en 1970. C’était ça l’ambiance, pleins de prix Nobel présents et futurs. Je n’étais venu que pour faire un stage, avec l’idée de rentrer ensuite au Brésil et de faire cardiologie. Mais tout cela m’a donné envie de faire de la recherche fondamentale et j’ai décidé d’aller aux États-Unis pour compléter ma formation scientifique. Je suis allé à l’Université de Géorgie (au sud des États-Unis) sur indication de Bernardo Houssay, car selon lui c’est là que se trouvaient les meilleurs physiologistes
cardiovasculaires. J’avais obtenu une bourse de la Fondation Rockefeller, et cette bourse était généralement prévue pour aller dans une université de la côte ouest ou est. Mais Houssay m’a dit : « Celle de Géorgie n’est peut-être pas la meilleure université, mais elle a le meilleur chercheur cardiovasculaire ».

Qui était-ce ?
William Hamilton. Et il y avait avec lui Raymond Ahlquist, qui a découvert les récepteurs adrénergiques Alpha et Bêta. Donc j’ai tout appris sur les récepteurs avec leur créateur en personne. Ça a été très bien, je suis resté un peu plus d’un an et j’ai acquis une expérience fantastique en physiologie et pharmacie cardiovasculaire. Puis j’ai reçu une invitation de l’USP de Ribeirão Preto qui recherchait des personnes importantes de l’étranger et voulait quelqu’un du groupe de Bernardo Houssay. L’université a embauché l’argentin Miguel Covian, lequel m’a invité à former le groupe cardiovasculaire. J’étais encore aux États-Unis quand j’ai décidé d’aller à Ribeirão Preto plutôt que de rentrer à Porto Alegre. Je ne connaissais pas l’institution mais je savais qu’elle faisait partie de l’USP, et ça c’était un point très positif. Je savais aussi qu’il s’agissait d’une université qui recevait une aide massive de la Fondation Rockefeller en faveur de la science. Je suis arrivé à Ribeirão Preto en 1957. La promotion de 1957, la première, achevait sa formation et l’ambiance était remarquable, captivante. C’était une deuxième Faculté de Médecine de l’USP, mais tournée entièrement vers la recherche.

La recherche fondamentale ?
Et clinique. La faculté de Ribeirão Preto a été la première, au Brésil, à se consacrer exclusivement au domaine clinique. J’ai commencé à mener des recherches sur la régulation de la pression en hypothermie, jusqu’à ce qu’arrive un équipement des États-Unis. J’avais besoin d’induire des réflexes pour étudier le fonctionnement du système nerveux et la régulation de la pression à des températures chaque fois plus basses. Il fallait stimuler le système de différentes manières, réflexe, central ou périphérique. C’était très intéressant parce qu’avec cette recherche sur les réflexes, un champ que je connaissais bien, j’ai découvert que chez la souris le nerf qui contrôle et donne l’information sur la tension artérielle – qu’on appelle le barorécepteur ou pressorécepteur – était isolé dans la région cervicale. C’était une nouveauté. J’ai vu que ce nerf était isolé et j’ai entrepris une étude systématique des voies de circulation des pressorécepteurs chez la souris. J’ai réussi une dénervation complète du système, un modèle utilisé jusqu’à aujourd’hui. C’est mon travail qui est le plus cité, pas moins de 600 fois. Il a été publié en 1964 dans Circulation Research, une revue importante. C’est un travail important qui est né d’une observation casuelle. Ce n’est pas ce que je recherchais à ce moment-là, mais puisque je l’avais découvert j’ai décidé de faire une étude systématique. Plusieurs travaux sont partis de là : comment circulent ces nerfs, leurs caractéristiques chez les souris pour réguler la pression artérielle, …

Vous vous souvenez du jour de la découverte ?
Oui. On était à la fin des années 50, début des années 60. On n’avait pas encore d’étudiants en 3e cycle (seulement à partir de 1970), mais un groupe venait toujours de Buenos Aires pendant les vacances et chaque laboratoire montrait son travail en cours. En leur faisant une démonstration, je me suis rendu compte qu’en stimulant la partie centrale du nerf vague j’obtenais parfois une augmentation et parfois une chute de tension. J’ai trouvé cela bizarre et un jour je leur ai dit que j’allais essayer de confirmer l’hypothèse que j’avais en tête, à savoir que le curare administré à l’animal provoquait une inversion de la réponse. On a donc administré le curare et stimulé le nerf vague, mais il ne s’est absolument rien passé. Avec une plus grosse loupe, j’ai constaté qu’il n’y avait pas un seul nerf, mais deux. À côté du nerf vague, qui est plus grand et que l’on peut facilement isoler et stimuler au niveau de la partie centrale, il y avait un autre nerf, plus petit : le nerf sympathique, qui n’est pas séparé chez la plupart des espèces ; mais chez les souris il était séparé. Quand j’ai stimulé les deux, un faisait chuter la pression et l’autre l’augmentait. J’ai donc découvert qu’il était possible d’isoler le sympathique du nerf vague chez la souris, et que le sympathique contenait les fibres baroréceptrices aortiques. Et ça c’était fantastique !

Vous avez pensé : « Je viens de découvrir quelque chose que personne ne savait »
J’ai mené une étude systématique, j’ai publié plusieurs articles sur la circulation de ces nerfs, deux ou trois d’entre eux montrent les possibilités de travailler avec les pressorécepteurs de la souris. Et c’est là que j’ai publié le travail très connu sur la dénervation des pressorécepteurs. J’étais d’autant plus content qu’un des objectifs de mon travail était de savoir comment le système nerveux s’adapte aux hypertensions. Et le pressorécepteur est impliqué en permanence dans ce processus. À chaque battement cardiaque, il décharge à cause de l’augmentation de la pression, distend le vaisseau et excite les récepteurs. Les pressorécepteurs sont la principale source d’information pour nous aider à maintenir la pression à des niveaux normaux. Quand la pression monte et que les décharges augmentent, nous inhibons le sympathique pour faire baisser la pression. De même, l’excitation des pressorécepteurs stimule le nerf vague pour diminuer la fréquence cardiaque et le débit cardiaque, ce qui favorise la normalisation de la tension artérielle. Comme on le sait, il n’y a pas de bradycardie dans l’hypertension chronique, car le réflexe s’est adapté. J’ai donc décidé d’étudier l’activité de ce nerf dans les hypertensions. On avait déjà vérifié, dans le cas d’une hypertension aiguë, que ces nerfs finissent par s’adapter au bout d’un certain temps. La fréquence cardiaque d’une personne souffrant d’hypertension ne change pas, par contre elle baisse quand la pression augmente subitement, à cause du réflexe. Autrement dit, le réflexe s’adapte chroniquement. Vous avez fait référence à une bradycardie. Oui, une réduction de la fréquence cardiaque, qui est un des principaux indicateurs du fonctionnement du pressorécepteur. Quand on augmente la stimulation, il produit une bradycardie et une vasodilatation par diminution du sympathique. C’est le réflexe principal et il s’est adapté dans l’hypertension, tout le monde le sait. Le problème, c’était de savoir comme cela se produisait. Il y avait un travail sur le chien qui montrait que l’adaptation commençait 4 à 5 jours après l’augmentation de la pression artérielle. L’un des premiers travaux que j’ai faits avec la souris – un modèle sur lequel on peut mieux contrôler la pression – fut la séquence d’adaptation des pressorécepteurs dans l’hypertension. J’ai produit une hypertension subite par coarctation de l’aorte [compression], fait en sorte de la maintenir élevée et pu constater qu’une légère adaptation avait déjà lieu, de l’ordre de 30 % ; et après 48 heures, pratiquement tous les animaux se sont déjà adaptés. Qu’est-ce que l’adaptation ? C’est le déplacement du seuil de stimulation, en déplaçant toute la palette de fonctionnement des pressorécepteurs. J’ai montré qu’une adaptation complète se fait en 48 heures – avec quelques exceptions (un peu plus, un peu moins) pour certains animaux. Disons que sur 10 animaux, 9 présentent une adaptation complète en 48 heures. J’ai réalisé plusieurs travaux sur ce sujet et aussi cherché à montrer comment l’adaptation se normalisait quand la pression redevenait normale. Je faisais des modèles d’hypertension rénale, une chose qu’on faisait déjà depuis longtemps avec Braun Menéndez et qui consistait à placer une pince sur l’artère rénale de la souris pour augmenter chroniquement sa pression et adapter le pressorécepteur. Après je faisais une réversion subite de l’hypertension en retirant la pince et je calculais le temps écoulé. J’ai calculé qu’il fallait six heures pour la réversion. Je cherchais ainsi à comprendre le comportement du principal mécanisme réflexe de contrôle dans les différentes augmentations et chutes de pression. Il s’adapte ? Comment ? Et plus tard j’ai montré qu’il s’adaptait, que sa palette de fonctionnement monte à des niveaux d’hypertension mais que sa sensibilité change, il devient moins sensible – comme on l’a montré pour la première fois dans la littérature. On peut tester la sensibilité du mécanisme en variant de manière aiguë la pression et en analysant la décharge du pressorécepteur qui est sur la paroi de l’artère et qui envoie l’information au système nerveux central. Il est possible de comparer la courbe de décharge d’un animal normal avec celle d’un souffrant d’hypertension, qui est plus inclinée, plus ‘couchée’.

Vous faites allusion à l’article de 1970 ?
Non, celui de 1970 montre la séquence de l’adaptation. Ensuite, j’ai publié plusieurs articles sur la réversion. Puis d’autres montrant que dans le cas de l’hypotension – très rare dans la clinique – il y a aussi une adaptation en 48 heures environ et une réversion très rapide. La sensibilité, c’est autre chose, et aujourd’hui tout cela a à nouveau une implication clinique. Si quelqu’un a une hypertension de cause quelconque et que le mécanisme principal de régulation est adapté mais présente une sensibilité plus faible, il a plus de mal à contrôler sa pression. La pression varie sans cesse, elle n’est pas la même quand on dort, quand on est assis, qu’on court, qu’on se lève ; bref, elle monte ou descend conformément aux circonstances physiologiques. Quand on a un système de régulation moins efficace, les fluctuations sont beaucoup plus grandes. L’explication est la suivante : tout hypertendu dont le pressorécepteur est adapté et la sensibilité plus faible présente une plus grande variabilité de la pression. Qu’estce que cela veut dire ? Au cours des dernières années, on a décidé de reprendre quelque chose qui n’avait pas très bien fonctionné dans le passé : la stimulation du pressorécepteur pour diminuer le sympathique et réduire la pression artérielle. Avec l’amélioration des technologies, il est devenu possible d’implanter des électrodes dans la carotide du patient qui n’abîment apparemment pas beaucoup le vaisseau et stimulent plutôt le champ. Et maintenant il existe déjà plusieurs travaux qui montrent que dans les hypertensions résistantes la stimulation du barorécepteur peut être une mesure thérapeutique.

Quel est le rôle du rein dans la pression artérielle ?
Il ne fait plus aucun doute que l’hypertension primaire est multifactorielle. Elle résulte du déséquilibre entre des mécanismes presseurs et dépresseurs. Parmi les premiers, celui qui est étudié depuis le plus longtemps c’est le système sympathique, qui contrôle le calibre des vaisseaux et le débit cardiaque. Puis vient le système rénine-angiotensine. La rénine était déjà connue depuis la fin du siècle dernier, mais le mécanisme qui fait augmenter la pression, l’angiotensine, a été découvert par Braun Menéndez et simultanément par Irvine Page, aux États-Unis. Cela a renforcé la compréhension du mécanisme du système rénineangiotensine- aldostérone. L’angiotensine stimule la glande surrénale pour qu’elle produise de l’aldostérone, ce qui provoque la rétention de sel. Ça ce sont les deux mécanismes les plus connus. Quant aux mécanismes dépresseurs, ils impliquent les kinines, comme la bradykinine découverte par Maurício Oscar da Rocha e Silva en 1948 à l’Institut Biologique de São Paulo. Un très grand pas en avant a été fait quand Robert F. Furchgott, lauréat du prix Nobel, a découvert il y a deux décennies que l’endothélium ne se contente pas de protéger le vaisseau et empêcher la coagulation, mais qu’il est aussi une usine de produits hypertenseurs et hypotenseurs. On a alors découvert que l’oxyde nitrique (NO) est le grand hypotenseur et qu’il a une action tonique. Dans chaque système qui était considéré comme étant presseur ou dépresseur, il y a en réalité des éléments presseurs et antihypertenseurs. Par conséquent, les mécanismes de régulation de la pression sont très complexes. Mais pourquoi la personne devient-elle hypertendue ? Avec les données que nous avons jusqu’à présent, nous savons que : premièrement, le système de régulation de la pression artérielle est étroitement lié aux gènes. Nous avons reçu comme charge génétique les mécanismes qui contrôlent la pression. La synthèse des mécanismes presseurs et dépresseurs est faite par les gènes, donc la charge génétique peut faciliter la production de substances vasoconstrictrices ou former moins de substances vasodilatatrices. À travers la charge génétique, nous avons déjà une certaine prédisposition à l’hypertension ou non. Mais connaître cette prédisposition ne suffit pas, l’autre problème c’est l’environnement, qui suscite en permanence une régulation de la pression artérielle.

Et quand vous parlez d’environnement…
C’est le sel, l’inactivité, l’obésité, le stress et, actuellement, l’inflammation. Toutes ces choses agissent d’une manière ou d’une autre sur le système de régulation. Si votre système de régulation est très bon, il peut se passer quoi que ce soit et votre pression ne va pas bouger. Si vous avez un système très mauvais, vous pouvez rester allongé, ne pas ingérer du tout de sel et être hypertendu. C’est l’état de l’art actuel sur l’hypertension essentielle, résultat de la combinaison de la charge génétique avec l’environnement. On ne peut pas toucher au terrain, à moins qu’on réussisse – et un jour on y arrivera – à connaître la charge génétique de chacun. Et on peut même conseiller un union entre la charge génétique et l’environnement pour régler la pression artérielle.

Vous travailliez déjà dans le champ de la physiologie, des mécanismes de régulation, etc., quand la génétique a commencé à avancer à grands pas ces dernières années. Dans quelle mesure ces avancées ont-elles influencé certaines expériences ?
Pendant 28 ans, à Ribeirão Preto avec les étudiants de 3e cycle – et j’en avais beaucoup –, les lignes de recherche étaient presque toutes liées au système nerveux et aux mécanismes de régulation de la pression artérielle. Quand je suis venu à São Paulo, j’ai poursuivi cette ligne de recherche.

Quand êtes-vous venu à São Paulo ?
En 1985, quand j’ai pris ma retraite à Ribeirão Preto. J’avais 56 ans et j’avais été invité pour développer la recherche intégrée sur l’hypertension à l’InCor. C’est à partir de là que commence la partie clinique. J’ai continué ma recherche expérimentale, parce que c’est ce que je savais faire et que mon travail était reconnu sur le plan international. Mais je voulais aussi faire de la recherche clinique, et dans le département de Physiologie de Ribeirão Preto c’était seulement l’expérimentation animale. Ici [São Paulo] j’ai pu développer toute une ligne de recherche avec le patient. J’ai étudié la régulation de la pression pendant le sommeil et l’exercice. On a aussi étudié l’influence des réflexes sur la pression artérielle en analysant le pressorécepteur et le chémorécepteur, le système cardiopulmonaire. On a développé une technique d’enregistrement du [fonctionnement du système nerveux] sympathique, avec une aiguille placée sur le nerf fibulaire. On a réussi à voir l’activité basale du système sympathique et son comportement dans différentes circonstances. Bref, on a élaboré une très grande ligne [de recherche]. On a aussi étudié le rôle des pressorécepteurs sur le sommeil à partir du travail d’un de nos collaborateurs avec le groupe de Geraldo Lorenzo, qui étudie le sommeil ici à l’InCor ; l’une des grandes lignes de recherches sur l’hypertension à l’InCor est la régulation de la pression pendant le sommeil. L’apnée du sommeil est fortement liée à la pression artérielle. Au cours de l’apnée, le niveau d’oxygène diminue et celui de gaz carbonique augmente. Cela stimule les chémorécepteurs qui sont situés dans la carotide et qui sont sensibles à la pression des gaz. Quand le sujet arrête de respirer, les gaz se modifient, les chémorécepteurs sont stimulés et la pression monte au plafond. Au bout de quelques temps, l’effet de ces attaques finit par laisser des conséquences permanentes.

L’apnée du sommeil altère la pression ?
Elle est très souvent associée à l’hypertension. Quand on corrige l’apnée, la pression tend à diminuer.

Pour en revenir à cette interaction…
Donc on en vient à la partie clinique. Nous avions des cliniciens, des cardiologues et des pneumologues. Mais il y avait aussi le personnel de l’éducation physique, du groupe de Carlos Eduardo Negrão qui a d’abord commencé par l’expérimentation animale avec nous avant de travailler avec des êtres humains. Aujourd’hui, il dirige une ligne de recherche indépendante. En ce qui concerne les soins infirmiers, j’ai commencé par faire des projets dans lesquels les infirmières voient les problèmes d’adhésion au traitement. Puis est entrée la biologie moléculaire, d’une manière intéressante. Mon fils a obtenu son diplôme à Ribeirão Preto en 1984. Après, il est parti aux États-Unis suivre un doctorat expérimental en physiologie classique ‘guytonienne’. Guyton a été un grand physiologiste. Il a fini son doctorat au début de l’année 1990, quand la biologie moléculaire consolidait sa place dans l’étude de l’hypertension. Ensuite il est parti à Harvard et après à Stanford pour étudier la biologie moléculaire de l’hypertension. À son retour, il s’est intéressé à notre groupe. Le premier travail que l’on a fait fut d’accoupler des souris hypertendus avec des souris normales. Après deux croisements, l’hypertension se présente de façon plus éparse. Donc l’idée était d’examiner les ‘petits-enfants’. S’ils sont hypertendus, c’est parce qu’ils ont récupéré quelque chose du grandpère hypertendu. Alors nous avons étudié leur génome pour voir les différences par rapport aux normotendus.

C’est à ce moment que vous avez identifié certaines régions chromosomiques…
Ce fut notre premier travail en collaboration. Nous avons trouvé cinq régions reliées à l’hypertension. Les projets que j’ai présentés à la FAPESP au cours des dix dernières années ont toujours été thématiques, intégrés, avec la partie expérimentale et la partie clinique. C’est ce que j’ai fait ces dernières années. Maintenant je suis en train de passer dans un autre champ. J’ai réussi – et c’est ce que je suis venu faire ici – à avoir une équipe intégrée de professionnels de la physiologie, de la clinique, de la biologie moléculaire, de l’éducation physique, des soins infirmiers, de la psychologie, de la nutrition, tous là pour étudier l’hypertension.

C’est la grande équipe de pointe en matière d’études sur l’hypertension au Brésil.
Absolument. Nous avons réussi à nous différencier. Un des premiers membres du groupe est allé à Milan pour étudier le monitoring de la pression artérielle. Un autre est allé à Paris pour étudier la propriété élastique des vaisseaux et leur altération dans le cadre de l’hypertension. Un autre est parti à Charleston pour étudier le métabolisme dans l’hypertension. Une autre ensuite pour se pencher sur la partie neurogénique. Le dernier est allé à l’Université John Hopkins pour étudier l’apnée du sommeil. Ce groupe de l’InCor est un groupe de pointe parce qu’il intègre la connaissance.

Et en tant que père de ce groupe, vous devez en être très fier.
Oui. Au Brésil, j’ai formé 32 ou 33 docteurs et une dizaine sont déjà des professeurs titulaires. Il y a des gens très bien. Il y a un groupe de physiologie à Belo Horizonte qui est parmi les meilleurs au monde. Ils ont étudié l’angiotensine 1-7, qui est différente parce que c’est la bonne angiotensine. Dirigé par Robson Augusto dos Santos, ce groupe a breveté et est en train de développer avec des laboratoires brésiliens des composés susceptibles de devenir des médicaments. Maria José Campagnole dos Santos est une autre professeur titulaire. Tous les deux ont travaillé avec moi à Ribeirão Preto. Il y a aussi Kleber Franchini à Campinas, qui a fait son doctorat avec moi. Il a une molécule et il cherche à innover dans l’industrie brésilienne. Du groupe de Ribeirão Preto, il y a 2 ou 3 professeurs titulaires. Et puis Lisete Michelini qui dirige la physiologie cardiovasculaire à l’Institut des Sciences Biomédicales de l’USP, et qui a travaillé avec moi à Ribeirão Preto.

Vous comptez plus de 200 articles scientifiques. À votre avis, lequel a le plus contribué à la connaissance de l’hypertension ?
Je dirais que c’est la série d’articles où j’ai montré le fonctionnement des pressorécepteurs. C’est la séquence d’adaptation de ces récepteurs dans l’hypertension et dans l’hypotension, et leur sensibilité. Avec Lisete Michelini, j’ai étudié le mécanisme par lequel ils s’adaptent. Nous avons réussi à montrer que la séquence d’adaptation est la même que celle de la dilatation de l’aorte dans l’hypertension. Nous avons associé l’hypertension aux  altérations qui ont lieu au niveau du vaisseau. Il y avait d’ailleurs au Département de Physiologie de Ribeirão Preto un collègue spectaculaire : José Venâncio de Pereira Leite, doté d’une culture et d’une technique scientifique fantastique. Nous lui avons montré le problème et il a essayé de le résoudre. Je lui ai proposé le problème suivant : j’avais besoin de voir comment se comportait le local renfermant les pressorécepteurs dans l’hypertension aiguë. La littérature faisait état d’un Strain Gauge [dispositif utilisé pour mesurer le stress d’un objet], un silastique avec du mercure qui fonctionnait à l’une des extrémités du pont de wheatstone [mesureur de résistances électriques]. Le silastique était placé sur le coeur, ou ailleurs, et était très utilisé en médecine. Mais pour l’aorte de la souris ça ne marchait pas parce qu’elle est trop petite, le mercure cassait, etc. Pereira Leite a trouvé la solution : il a fabriqué une solution saturée de nitrate de cuivre, qui a très bien fonctionné. Nous avons mis dans le silastique ce liquide qui est conducteur, possède une certaine stabilité et fonctionnait deux ou 3 jours, assez longtemps pour les expériences. Il a développé cela avec Lisete Michelini qui était alors étudiante en 3e cycle. Nous avons réussi à faire plusieurs travaux importants et à montrer le fonctionnement du calibre de l’aorte dans l’hypertension. Nous avons relié le temps d’adaptation au temps de modification du vaisseau et constaté que le vaisseau s’adaptait. Pendant les six premières heures, il résiste à l’augmentation de la pression, et alors on observe une légère adaptation des pressorécepteurs. L’adaptation complète, celle qui a lieu à 48 heures, varie un peu d’une souris à l’autre et se produit quand l’aorte se distend. Elle atteint un nouveau seuil et se met finalement à fonctionner, si l’on peut dire, normalement. Si avant elle fonctionnait comme cela et que le récepteur était là, désormais elle fonctionne avec le vaisseau dilaté ; le récepteur est stimulé de manière similaire mais pas identique, parce que les dimensions sont différentes et que la sensibilité chute.

Quand cette aorte s’élargit après s’être adaptée au processus, le passage du sang est-il plus lent ? Le système circulatoire ne devient-il pas plus lent ?
Non, parce que tout le problème de l’hypertension se  au niveau des artérioles, l’augmentation de la résistance est là. L’aorte est obligée d’augmenter la pression pour vaincre la résistance. Elle s’adapte parce qu’elle est très élastique. Elle emmagasine une partie du volume systolique. Si l’artère était rigide, le sang irait directement aux capillaires et on n’aurait plus de sang pendant la diastole, on tomberait dans les pommes. Le système artériel est très intéressant parce que les artérioles ont une résistance énorme, ce sont des petits robinets bien fermés. Donc quand le coeur propulse le sang, il a plus de chances de distendre les grandes artères pour accumuler que pour faire passer le sang. Donc les artères accumulent du sang. Quand le coeur arrête de propulser du sang et entre en diastole, dont le temps correspond au double de celui de la systole, les grandes artères libèrent le sang qu’elles avaient. Dans le vaisseau capillaire où se fait l’échange, le flux est continu grâce à ce mécanisme fantastique mais hautement dangereux. Il suffit de modifier un peu le petit robinet pour qu’apparaisse l’hypertension. Sans ce mécanisme fantastique créé par la nature, notre système serait précaire. Comment oxygéner les cellules cérébrales qui ont constamment besoin de sang neuf ? Il faut disposer d’une grande élasticité et de beaucoup de résistance.

Vous n’allez plus diriger votre groupe à l’InCor. Qu’allez-vous faire ?
J’ai deux tâches à terminer : l’une d’elles est thématique et doit durer encore un an et des poussières. Nous tentons d’obtenir des biomarqueurs de l’évolution thérapeutique des patients pour savoir si un sujet peut répondre mieux ou pire à un traitement. L’autre est un projet du Ministère de la Santé et du CNPq [Conseil National de Développement Scientifique et Technologique] sur l’hypertension résistante, auquel participent 26 centres et hôpitaux universitaires. Nous cherchons à connaître le taux de Brésiliens résistants au traitement de l’hypertension.

Il existe une hypothèse ?
Oui. Dans les pays avancés, 20 à 30 % des patients continuent de présenter une hypertension malgré un traitement excellent. Au Brésil, il n’y a pas de travaux de grande envergure. Dans un premier temps, le patient sera soumis à un traitement standard, avec des doses excellentes et contrôlées. Nous allons contrôler la pression pour découvrir ce taux. Puis nous allons randomiser les patients résistants pour voir quel est e médicament qui leur convient le mieux, un qui agit sur le système nerveux central ou un qui agit sur le système rénine-angiotensine- aldostérone. Ça c’est la médecine translationnelle, qui a deux aspects. Le premier est de passer la connaissance dans le champ de la clinique, et le deuxième de transformer ce que l’on trouve dans la recherche clinique en mesures de santé publique. Il manque environ un an pour terminer. Sur les 2000 patients dont nous avons besoin, nous en avons 1000.

Le concept de médecine translationnelle date d’une dizaine d’années…
Le terme est nouveau, mais l’idée de recherche translationnelle est ancienne, elle remonte aux années 1940. Pendant la guerre, Silicon Valley a été créé en collaboration avec l’Université Stanford pour faire face aux besoins de technologie militaire. Cette démarche symbolise la rapidité avec laquelle la connaissance passe de l’université au secteur privé. Un cercle vertueux résultant du passage rapide de la connaissance vers l’application s’est mis en place. La médecine a tardé à faire de même. Elle a commencé il y a 12 ans. D’abord, l’Institut de Médecine de la National Academy of Sciences s’est penché sur le fait que l’investigation clinique dans le pays n’avançait pas aussi vite que la recherche fondamentale. Les Instituts Nationaux de la Santé [NIH] s’en sont inquiétés et un pas en avant a été franchi quand Elias Zerhouni en est devenu le président. Il a produit la feuille de route des NIH pour trois grands domaines : les domaines stratégiques à étudier, la formation des équipes multidisciplinaires et la réingénierie de l’investigation clinique ou médecine translationnelle. Il pensait qu’un effort était nécessaire pour que l’investigation clinique puisse bénéficier la santé publique. Ils ont créé le programme pour financer les centres de médecine translationnelle dans les universités. Ils ont commencé avec 10 ou 12 universités en 2007 et 2008, et aujourd’hui il y en a 40 ou 50. Les NIH visent le financement de la gestion de la recherche universitaire. Ils veulent un centre d’intégration au sein de l’université, et en particulier dans le domaine de la santé, pour faire progresser la connaissance de base en lien avec les autres disciplines (physique, chimie, informatique, etc.), et pour que la connaissance atteigne rapidement la clinique et la santé publique. J’ai visité le centre de médecine translationnelle de l’Université de Pennsylvanie, une vraie merveille.

Et alors vous vous êtes dit : « Comment faire quelque chose de similaire au Brésil » ?
J’ai pensé : l’InCor est né translationnel, il est né avec l’idée que la connaissance a besoin de passer du laboratoire au lit. Donc j’ai pensé que le moment était venu d’avoir une discipline nommée cardiologie translationnelle. J’essaie d’aider le personnel à faire des projets et à introduire l’innovation, qui est une caractéristique de ce type de médecine. Lors d’un Symposium sur l’innovation à l’InCor, j’ai revu la loi fédérale sur l’innovation, la “Lei do Bem” et la loi de l’état, et ce afin de montrer l’importance d’avoir des centres d’innovation technologique dans plusieurs institutions. J’aide aussi le directeur à internationationaliser les activités de la Faculté de Médecine.

Et votre expérience à l’Académie Brésilienne des Sciences ?
Elle a duré 14 ans. Je suis devenu président en 1993, et en 1997 ou 1998 l’Académie a été invitée à intégrer une sorte de fédération des académies, l’Inter- Academy Panel (IAP), qui compte une centaine d’associés. Les statuts ont été approuvés lors d’une réunion à Tokyo en 2000. J’ai été élu président pour représenter les pays en développement de 2000 à 2003. J’ai aussi représenté l’ABC à l’Interacademy Council, composé de 13 académies. Ces deux entités
offrent à l’ABC une insertion internationale. J’ai connu la politique scientifique, la manière dont les académies s’aident, les thèmes généraux sur lesquels les académies et les chercheurs doivent se pencher. Mais il me faut ajouter que mon arrivée à la présidence de l’ABC a coïncidé avec une opportunité de participation à la politique nationale. José Israel Vargas a été nommé ministre de la science et de la technologie quand il était viceprésident de l’ABC. Il a contribué à la reconnaissance nationale de l’Académie. La SBPC [Société Brésilienne pour le Progrès de la Science] dominait le terrain. Nous avons réussi à équilibrer le jeu et aujourd’hui les deux sont considérées importantes et collaborent entre elles.

Vous avez aidé à créer le Brazilian Journal of Medical and Biological Research ?
J’étais président de la Société Brésilienne de Physiologie. Avec les gens de la biochimie et de la pharmacologie, nous pensions qu’il fallait que les domaines de base de la biomédecine créent une revue nationale en langue anglaise, d’autant qu’il y avait déjà beaucoup de travaux. Nous avons été contactés par le physiologiste Alberto Carvalho da Silva et par le personnel du CNPQ avec l’idée suivante : l’hématologiste Michel Jean avait créé la revue brésilienne sur les recherches métrobiologiques [Revista Brasileira de Pesquisas Metrobiológicos], qui était indexée. Ils voulaient qu’on s’occupe de la revue. Mais nous, nous voulions une revue en anglais. La solution serait d’en changer le nom. Michel Jean a dit : « Je vous passe la revue et vous faites ce que vous voulez ». Le CNPq a été d’accord. Et c’est ce que nous avons fait. Pour la rendre viable, nous avons créé l’Association Brésilienne de Diffusion Scientifique, formée par les même sociétés qui intégreraient la FESBE [Fédération des Sociétés de Biologie Expérimentale] 4 ou 5 ans plus tard. Pour faire la revue, nous avons créé une association qui est responsable de la publication ; je suis devenu président de l’association et éditeur, aux côtés de Sérgio Henrique Ferreira. J’ai aussi fait partie du comité des revues de la FAPESP. J’ai travaillé avec la bibliothécaire Rosali Duarte, qui était de la Revue de Génétique [Revista de Genética] et on s’est rendus compte qu’on recevait des demandes des revues et que l’on ne savait pas de quoi il s’agissait. Alors nous avons publié le premier travail brésilien  la qualification des revues. Nous avons publié la première qualification des revues. Nous avions besoin de cela pour décider quoi faire.

De tout ce que vous avez fait en matière de politique scientifique, qu’est-ce qui est le plus cher à vos yeux ?
Ce qui a eu le plus de répercussion, c’est mon activité en tant que président de l’ABC, parce que nous avons réussi à projeter la science brésilienne sur la scène nationale internationale. Et d’être reconnu par l’Académie comme un organisme d’assistance du gouvernement. Je suis jusqu’à aujourd’hui membre du Conseil National de la Science et de la Technologie, subordonné à la présidente, et je n’ai de cesse de réclamer un meilleur fonctionnement. La fondation de la FESBE a aussi été un élément important, de même que la création de la Société Brésilienne d’Hypertension. J’ai toujours fait partie de ces associations, parce que je travaillais et je continue de travailler en laboratoire. Je suis professeur et scientifique, mais aussi activiste. Quand on a créé l’IAP, Bruce Alberts – qui a été président de l’académie américaine pendant 12 ans – a publié un article que  j’ai beaucoup aimé. Il y disait que les académies devaient devenir plus activistes. Le scientifique a l’obligation sociale de faire en sorte que son travail scientifique se change en bénéfice pour la société. Aujourd’hui, je tente de comprendre la médecine comme un élément central dans la prévention. Et la prévention, c’est l’éducation.

Vos rapports avec la médecine translationnelle illustrent cette préoccupation ?
C’est le point principal. Nous sommes en train d’organiser à la faculté une conférence internationale sur l’éducation médicale. Nous ne pouvons pas former un médecin qui connaisse toutes les spécialités mais qui ne sait pas ce qu’il va faire au niveau des soins primaires. Il faut en même temps apprendre à guérir le malade et prévenir la maladie. Nous n’avons pas les ressources financières pour soigner tout le monde avec la sophistication de la technologie actuelle. Nous devons mettre sur le devant de la scène la prévention de la maladie, c’est bien moins cher et a beaucoup plus de répercussions. Ainsi, les personnes pourront jouir plus longtemps d’une bonne santé.