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ZOOLOGIE

De quoi meurent les baleines

Une étude identifie des anomalies osseuses communes chez les baleines à bosse qui fréquentent la côte brésilienne

Publié en Janvier 2013

Analyse de spécimens sur une plage d´Abrolhos

HUMPBACK WHALE PROJECT (PBJ)Analyse de spécimens sur une plage d´Abrolhos HUMPBACK WHALE PROJECT (PBJ)

Des chercheurs de São Paulo et de l’état de Bahia sont en train de développer un travail conjoint pour mieux comprendre comment vivent et de quoi meurent les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) qui fréquentent les côtes brésiliennes. Chaque année, entre juillet et novembre, des centaines de ces grands cétacés quittent les eaux gelées de l’Antarctique pour se rendre dans les régions chaudes du littoral brésilien afin de se reproduire. Bien que cette route migratoire soit bien connue, on sait encore peu de choses sur la santé des baleines et sur les raisons qui les rendent malade, pour la simple raison qu’il n’est pas facile d’obtenir des échantillons de tissus en bon état pour évaluer l’état de santé de ces mammifères marins qui peuvent atteindre seize mètres de long, peser quarante tonnes et qui se déplacent constamment.

Un groupe de médecins vétérinaires de l’Université de São Paulo (USP) et du Projet Baleia Jubarte (Baleine à bosse – PBJ), financé par Petrobras, travaille actuellement pour modifier cette situation. À cet effet, ils ont initié un projet de collecte systématique d’échantillons de peau et de matériel biologique éjectés par l’évent des baleines, coordonné par José Luiz Catão Dias, de l’USP. En se basant sur l’analyse des tissus obtenus à partir d’animaux vivants et également du matériel extrait des ossements de baleines qui s’échouent sur la côte brésilienne, les chercheurs veulent dresser un inventaire sur la santé des baleines à bosse brésiliennes.

«Nous sommes en train de mener des recherches sur différents pathogènes à partir du matériel biologique collecté sur des animaux vivants», déclare José Luiz Catão. Avec son groupe, ils sont en train d’analyser la collection de photos du projet, prises au cours des expéditions, afin de vérifier si les animaux suivis ont gagné ou perdu du poids, ont développé des lésions cutanées ou ont mis bas. «Nous voulons comprendre la dynamique de la santé des baleines et comment les activités humaines peuvent les influencer au point de les faire s’échouer et mourir», déclare José Luiz Catão.

Instantané d´un saut typique de la baleine à bosse

HUMPBACK WHALE PROJECT (PBJ)Instantané d´un saut typique de la baleine à bosseHUMPBACK WHALE PROJECT (PBJ)

Lésions et malformations
Début novembre, José Luiz Catão et Kátia Groch, son élève de doctorat à l’USP, les médecins vétérinaires Milton Marcondes et Adriana Colosio, du PBJ, ont présenté les premiers résultats de ce projet dans un article publié dans la revue Diseases of Aquatic Organisms. Il s’agit, selon les chercheurs, de l’un des plus grands relevés sur les maladies osseuses des baleines à bosse. Dans cette étude, ils ont analysé les os de quarante neuf animaux qui se sont échoués entre 2002 et 2011 dans la région d’Abrolhos, au sud de l’état de Bahia.

Douze de ces quarante neuf baleines ont au moins indiqué un problème osseux. Il y avait cinq cas de malformations congénitales, quatre de lésions inflammatoires, cinq de modifications dégénératives et quatre de traumatismes (certains probablement dus à des chocs avec des embarcations).

«L’analyse des modifications osseuses des cétacés peut fournir des données précieuses sur l’histoire de vie des baleines ainsi que sur leurs conditions pathologiques», déclare Kátia Groch. «Certaines modifications peuvent avoir provoqué l’échouage des baleines compte tenu principalement des lésions que nous avons trouvées sur la région de la queue de deux animaux», explique-t-elle.

Selon les chercheurs, un suivi constant est nécessaire pour comprendre à quel point ces animaux sont affectés par l’exploitation et la modification de l’environnement marin et qui peut encore s’amplifier avec l’exploitation pétrolière du pré-sel. «Les baleines et les dauphins sont des indicateurs de la santé de l’écosystème marin», déclare Kátia Groch. «Les résultats de ces études sont primordiaux pour comprendre les menaces qui planent sur les populations de baleine et pour aider les politiques publiques à les protéger».

Au Brésil, la chasse à la baleine était encore autorisée il y a trente ans, quand a été approuvée la loi fédérale n° 7 643 interdisant la chasse aux cétacés. Plus tard, en 2008, le décret n° 6 698 a déclaré que les eaux maritimes brésiliennes étaient «un sanctuaire de baleines et de dauphins». Aujourd’hui la législation brésilienne de protection aux baleines est considérée comme étant très bonne. «Les baleines doivent déjà relever de grands défis pour rester vivantes», affirme Kátia Groch. «L’effectivité des politiques de protection dépend d’un contrôle efficace et d’un équilibre entre la croissance économique, l’exploitation des ressources marines et la préservation de l’environnement».

Projet
Analyse des aspects sanitaires des baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) sur la côte sud-est et nord-est du Brésil, soulignant les interactions anthropogéniques – n° 2011/08357-0; Modalité Ligne Régulière d’Aide à Projet de Recherche; Coordonnateur José Luiz Catão Dias/FMVZ-USP; Investissement:67 661,40 reais (FAPESP).

Article scientifique
GROCH, K. R. et al. Skeletal abnormalities in humpback whales Megaptera novaeangliae stranded in the Brazilian breeding ground. Diseases of Aquatic Organisms. 8 novembre 2012.

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