{"id":118571,"date":"2013-05-22T13:05:05","date_gmt":"2013-05-22T16:05:05","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=118571"},"modified":"2013-05-22T14:52:49","modified_gmt":"2013-05-22T17:52:49","slug":"lumieres-vivantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/lumieres-vivantes\/","title":{"rendered":"Lumi\u00e8res vivantes"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en f\u00e9vrier 2010<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_118578\" style=\"max-width: 590px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-118578\" alt=\"Pleurotus gardneri: red\u00e9couvert dans l\u00b4\u00b4etat du Piau\u00ed\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img1.jpg\" width=\"580\" height=\"187\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img1.jpg 580w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img1-300x96.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\"> CASSIUS STEVANI\/USP<\/span>Pleurotus gardneri: red\u00e9couvert dans l\u00b4\u00b4etat du Piau\u00ed<span class=\"media-credits\"> CASSIUS STEVANI\/USP<\/span><\/p><\/div>\n<p>Dans le film d\u2019animation 1001 pattes, l\u2019\u00e9clairage interne de la fourmili\u00e8re est enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9 avec des champignons lumineux. \u00ab Il y a certes un peu de licence po\u00e9tique dans la cr\u00e9ation, mais en essence c\u2019est vrai \u00bb, observe Cassius Stevani de l\u2019Institut de Chimie de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP). De fait, il existe des champignons bioluminescents qui \u00e9mettent de la lumi\u00e8re, et nombre de fourmis en cultivent dans leurs terriers \u2013 mais pas de ce type. Stevani tente de comprendre le m\u00e9canisme chimique qui produit cette luminosit\u00e9 ainsi que sa fonction dans l\u2019organisme. En cours de route, il a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 une utilisation pratique : d\u00e9tecter une contamination du sol par des m\u00e9taux.<\/p>\n<p>En 5 ans seulement, Stevani et ses coll\u00e8gues ont d\u00e9couvert 12 esp\u00e8ces de champignons luminescents au Br\u00e9sil. Parmi elles, l\u2019esp\u00e8ce amazonienne Mycena lacrimans, trouv\u00e9e par Ricardo Braga-Neto de l\u2019Institut National de Recherches de l\u2019Amazonie (Inpa) ; ou encore l\u2019esp\u00e8ce qui ressemble \u00e0 un parapluie \u00e0 l\u2019envers et na\u00eet \u00e0 la base de certains palmiers (pia\u00e7ava ou baba\u00e7u) dans l\u2019\u00e9tat du Piau\u00ed. Dans un article qui a fait la une de la revue Mycologia en mars 2010, Stevani et le biologue nord-am\u00e9ricain Dennis Desjardin, de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de S\u00e3o Francisco, Californie, indiquent qu\u2019il existe 71 esp\u00e8ces connues dans le monde. Mais d\u2019apr\u00e8s le chimiste, \u00ab il doit exister beaucoup d\u2019autres esp\u00e8ces, [ &#8230;] qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites parce qu\u2019elles sont difficiles \u00e0 trouver ; peu de gens parcourent la for\u00eat sans lampe de poche les nuits sans lune \u00bb.<\/p>\n<p>Avant 2002, on ne connaissait pas encore de champignons bioluminescents au Br\u00e9sil. Il y avait bien l\u2019esp\u00e8ce Agaricus phosphorescens (rebaptis\u00e9e ensuite Pleurotus gardneri), d\u00e9crite au XIXe si\u00e8cle par l\u2019Anglais George Gardner, mais aujourd\u2019hui les mycologues remettent en question cette classification parce qu\u2019elle se basait sur des esp\u00e8ces similaires en Europe. L\u2019erreur fut difficile \u00e0 corriger, car le seul \u00e9chantillon pr\u00e9serv\u00e9 se trouvait dans un herbier en Angleterre.<\/p>\n<p>Un champignon qui semble \u00eatre de la m\u00eame esp\u00e8ce a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9 \u00e0 la base d\u2019un palmier pia\u00e7ava par la primatologue nord am\u00e9ricaine Dorothy Fragazy, un jour o\u00f9 elle a termin\u00e9 plus tard que d\u2019habitude sa journ\u00e9e d\u2019observation de singes dans l\u2019\u00e9tat du Piau\u00ed. Fascin\u00e9e, elle a montr\u00e9 des photos \u00e0 un autre am\u00e9ricain du Jardin Botanique de New York. Celui-ci a alors contact\u00e9 Dennis Desjardin, consid\u00e9r\u00e9 par ses pairs comme l\u2019un des plus grands sp\u00e9cialistes en mati\u00e8re d\u2019identification de ces organismes. Desjardin a ensuite pr\u00e9venu Stevani, qui a aussit\u00f4t d\u00e9couvert sur Internet que Dorothy Fragazi \u00e9tait au Br\u00e9sil pour travailler en collaboration avec la primatologue br\u00e9silienne Patr\u00edcia Izar, de l\u2019Institut de Psychologie de l\u2019USP. Ces donn\u00e9es en main, il l\u2019a imm\u00e9diatement contact\u00e9 pour tenter de conna\u00eetre l\u2019emplacement du champignon. Une de ces histoires du hasard, dont les informations ont couru le monde avant d\u2019arriver quasiment au m\u00eame endroit.<\/p>\n<p>Et \u00e7a a march\u00e9 : Marino Gomes de Oliveira, le propri\u00e9taire du terrain o\u00f9 travaillaient les deux primatologues, a s\u00e9ch\u00e9 au soleil et envoy\u00e9 \u00e0 Stevani 4 kilogrammes de champignons lumineux. D\u00e9sormais, les chercheurs sont sur le point de corriger l\u2019identification gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019examen d\u00e9taill\u00e9 des champignons par les mycologues (sp\u00e9cialistes en champignons) Marina Capelari (Institut de Botanique de S\u00e3o Paulo) et Dennis Desjardin. Ce dernier s\u2019est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019exploration de for\u00eats peu connues dans le monde, y compris au Br\u00e9sil. Il signale que les extraordinaires efforts faits par son groupe ont permis plusieurs d\u00e9couvertes : \u00ab Derni\u00e8rement, j\u2019ai dirig\u00e9 une exp\u00e9dition sur une \u00eele de la Micron\u00e9sie dans l\u2019Oc\u00e9an Pacifique, o\u00f9 les champignons n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 inventori\u00e9s ; sur les 128 esp\u00e8ces rencontr\u00e9es, sept \u00e9taient luminescents \u00bb. Et de pr\u00e9ciser que les champignons lumineux restent minoritaires parmi toutes les vari\u00e9t\u00e9s existantes.<\/p>\n<p>De l\u2019avis de Dennis Desjardin, le Br\u00e9sil est prometteur parce qu\u2019il poss\u00e8de une immense zone foresti\u00e8re dont les champignons n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s : \u00ab Nous en savons encore tr\u00e8s peu sur les champignons br\u00e9siliens, donc nous esp\u00e9rons rencontrer un grand nombre de nouvelles esp\u00e8ces, luminescentes ou non \u00bb. Il explique aussi que pour trouver des champignons lumineux, il faut avoir cela en t\u00eate. La majorit\u00e9 des mycologues qui \u00e9tudient la diversit\u00e9 de champignons les d\u00e9criphotos vent pendant la journ\u00e9e (ils \u00e9mettent aussi de la lumi\u00e8re, mais le chercheur ne la voit pas) et les s\u00e8chent imm\u00e9diatement pour les pr\u00e9server ; en r\u00e9alit\u00e9, il faut d\u2019abord les examiner dans le noir pour voir s\u2019il y a luminescence, et seulement apr\u00e8s les s\u00e9cher. \u00ab Pour cette raison, je pense que plusieurs champignons tropicaux sont sans doute luminescents, mais nous ne nous en sommes pas encore rendus compte \u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_118580\" style=\"max-width: 590px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-118580\" alt=\"Mycena fera : des champignons qui brillent tout le temps, mais qui ne sont vus que dans le noir\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img2-e1355333591809.jpg\" width=\"580\" height=\"192\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img2-e1355333591809.jpg 580w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img2-e1355333591809-300x99.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\"> CASSIUS STEVANI\/USP<\/span>Mycena fera : des champignons qui brillent tout le temps, mais qui ne sont vus que dans le noir<span class=\"media-credits\"> CASSIUS STEVANI\/USP<\/span><\/p><\/div>\n<p>M\u00eame s\u2019ils sont encore peu connus, on a commenc\u00e9 \u00e0 en parler il y a tr\u00e8s longtemps. Le philosophe de la Gr\u00e8ce antique Aristote a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 relater le ph\u00e9nom\u00e8ne il y a plus de deux mille ans, en d\u00e9crivant une lumi\u00e8re vive qui \u00e9tait diff\u00e9rente de celle du feu. N\u00e9anmoins, les \u00e9tudes scientifiques sur ce sujet n\u2019ont d\u00e9but\u00e9 que dans les ann\u00e9es 1950, et c\u2019est seulement maintenant qu\u2019elles commencent \u00e0 contribuer \u00e0 la compr\u00e9hension de la bioluminescence de ces organismes sp\u00e9cialis\u00e9s dans la d\u00e9composition du bois et d\u2019autres types de mati\u00e8re organique.<\/p>\n<p><strong>Signalisation<br \/>\n<\/strong> L\u2019int\u00e9r\u00eat de Stevani pour les champignons est n\u00e9 de son travail ant\u00e9rieur sur les lucioles et autres insectes. Lors d\u2019un voyage effectu\u00e9 en 2002 pour recueillir du mat\u00e9riel avec Etelvino Bechara \u2013 sp\u00e9cialiste renomm\u00e9 en bioluminescence des lucioles et aujourd\u2019hui professeur de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de S\u00e3o Paulo (Unifesp) \u2013, il a profit\u00e9 de l\u2019occasion pour rechercher les champignons dont lui avait parl\u00e9 son coll\u00e8gue. Et il a trouv\u00e9 : tandis qu\u2019il fixait une zone de v\u00e9g\u00e9tation humide plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 et jouxtant une cascade (au milieu du Cerrado, dans l\u2019\u00e9tat du Mato Grosso do Sul), il a aper\u00e7u une lumi\u00e8re verte diff\u00e9rente, constante et non pas clignotante comme celle des lucioles.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait de champignons. Cette d\u00e9couverte a donn\u00e9 naissance \u00e0 son projet de recherche, d\u00e9but\u00e9 en 2002 avec le soutien de la FAPESP dans le cadre du Programme Jeune Chercheur. Mais avant m\u00eame que la recherche ne commence, des preuves sont apparues pour montrer que les champignons lumineux ne se trouvaient pas seulement dans l\u2019\u00e9tat du Mato Grosso do Sul. Durant un travail de terrain dans le Parc d\u2019\u00c9tat Touristique de l\u2019Alto Ribeira (Petar), situ\u00e9 au sud de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo, l\u2019\u00e9cologue Jo\u00e3o Godoy \u2013 aujourd\u2019hui professeur de la Facult\u00e9 d\u2019Ing\u00e9nierie de S\u00e3o Paulo \u2013 a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 par son guide vers un champignon lumineux. Surpris, il en a inform\u00e9 son ami chimiste qui a pu ainsi concentrer ses activit\u00e9s au sein du Petar, plus proche de son laboratoire.<\/p>\n<p>Certaines de ces esp\u00e8ces sont en train d\u2019aider \u00e0 d\u00e9voiler les minuties de la bioluminescence des champignons. Stevani b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019assistance de trois doctorants financ\u00e9s par la FAPESP. \u00c0 travers des essais chimiques exhaustifs, le doctorant Anderson Oliveira a analys\u00e9 trois esp\u00e8ces de la For\u00eat Atlantique du Petar \u2013 Gerronema viridilucens, Mycena lucentipes et Mycena luxaeterna \u2013 ainsi que \u00ab pleurotus \u00bb gardneri, rencontr\u00e9 dans la municipalit\u00e9 de Gilbu\u00e9s (\u00e9tat du Piau\u00ed). Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans un article paru en 2009 dans la revue Photochemical &amp; Photobiological Sciences. Ils montrent que le m\u00e9canisme de production de lumi\u00e8re est similaire \u00e0 celui observ\u00e9 chez les lucioles et les bact\u00e9ries bioluminescentes : des enzymes appel\u00e9es lucif\u00e9rases oxydent une substance \u2013 ou un substrat, dans le langage des chimistes \u2013 connue sous le nom de lucif\u00e9rine, qui lib\u00e8re de l\u2019\u00e9nergie sous forme de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Oliveira a utilis\u00e9 ce qu\u2019il y a de plus moderne dans les laboratoires de chimie, cependant la base de l\u2019essai pour caract\u00e9riser la r\u00e9action enzymatique date de plus d\u2019un si\u00e8cle. En 1885, le physiologiste fran\u00e7ais Rapha\u00ebl Dubois a \u00e9cras\u00e9 les organes lumineux de la luciole Pyrophorus avant de les m\u00e9langer avec de l\u2019eau froide. La solution a \u00e9mis une sorte de lumi\u00e8re verte, qui a disparu peu \u00e0 peu. Il en a conclu que cela provenait de la lucif\u00e9rine consum\u00e9e par la r\u00e9action chimique. Puis il a chauff\u00e9 une solution identique pour d\u00e9sint\u00e9grer les enzymes pr\u00e9sentes, sensibles \u00e0 la chaleur. Le m\u00e9lange des deux solutions \u2013 la froide ne contenait plus que des enzymes sans lucif\u00e9rine, et la chaude seulement de la lucif\u00e9rine \u2013 a produit une \u00e9mission de lumi\u00e8re. Cette histoire est racont\u00e9e dans le livre Bioluminescence, publi\u00e9 en 2006 par le pharmacien japonais Osamu Shimomura, chercheur au Laboratoire Biologique Marin de Woods Hole, \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Shimomura a gagn\u00e9 le Prix Nobel de Chimie en 2008 pour ses \u00e9tudes sur la bioluminescence : il a isol\u00e9 sur des m\u00e9duses la prot\u00e9ine fluorescente verte (GFP), qui montre l\u2019activit\u00e9 de g\u00e8nes sp\u00e9cifiques quand elle est accoupl\u00e9e \u00e0 l\u2019ADN d\u2019un organisme \u00e9tudi\u00e9 en laboratoire. La prot\u00e9ine lumineuse est devenue essentielle dans de nombreux laboratoires de g\u00e9n\u00e9tique. Une aspiration qui n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9e des recherches de Stevani dans la mesure o\u00f9 les m\u00e9canismes de bioluminescence sont similaires, y compris entre des organismes tr\u00e8s diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Mais cela ne signifie pas que les compositions chimiques de la lucif\u00e9rine et de la lucif\u00e9rase soient identiques chez les insectes et les champignons. Stevani explique que \u00ab lucif\u00e9rine est le nom donn\u00e9 \u00e0 tout substrat qui produit de la bioluminescence, mais les lucif\u00e9rines d\u2019organismes distincts peuvent \u00eatre des mol\u00e9cules totalement diff\u00e9rentes \u00bb. Tous les champignons d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9s par son groupe \u00e9mettent cependant de la lumi\u00e8re par l\u2019interm\u00e9diaire des m\u00eames substrats et des m\u00eames enzymes, ce qui fait penser \u00e0 une origine commune \u00e0 tous. Mais tous les champignons bioluminescents ne sont pas des parents proches, pr\u00e9vient Desjardin : \u00ab Aujourd\u2019hui, nous savons qu\u2019il existe quatre lignages de champignons avec des esp\u00e8ces bioluminescentes, n\u00e9anmoins elles n\u2019ont pas toujours un lien de parent\u00e9 proche entre elles. [&#8230;] Certaines esp\u00e8ces de Mycena s\u2019apparentent plus \u00e0 des esp\u00e8ces non lumineuses qu\u2019\u00e0 d\u2019autres du m\u00eame genre \u00bb.<\/p>\n<p>Le groupe de l\u2019USP s\u2019attaque d\u00e9sormais \u00e0 la structure de la mol\u00e9cule, afin de comprendre pourquoi de minuscules champignons \u2013 parfois seulement de 0,5 cm de circonf\u00e9rence \u2013 se collent tels des adh\u00e9sifs phosphorescents sur le tronc d\u2019un arbre ou se r\u00e9pandent au milieu du feuillage qui recouvre le sol de la for\u00eat. Au contraire des champignons qui produisent leur propre lumi\u00e8re, les adh\u00e9sifs phosphorescents emmagasinent la lumi\u00e8re ambiante pour pouvoir briller la nuit, \u00e0 l\u2019exemple des constellations qui ornent les plafonds des chambres d\u2019enfants de tous \u00e2ges. Pour l\u2019instant, Oliveira a r\u00e9ussi \u00e0 s\u00e9parer de l\u2019extrait de champignon une solution qui contient de la lucif\u00e9rine \u2013 elle brille quand elle est m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 une solution enzymatique. Mais la concentration de la substance doit \u00eatre tr\u00e8s faible, parce que le chimiste Antonio Gilberto Ferreira, de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de S\u00e3o Carlos (UFSCar) n\u2019est pas parvenu \u00e0 la d\u00e9tecter avec l\u2019imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique nucl\u00e9aire des protons. Stevani pense qu\u2019\u00ab il faut extraire une plus grande quantit\u00e9 ou utiliser un \u00e9quipement plus sensible \u00bb.<\/p>\n<p>Le chimiste de l\u2019USP s\u2019est lanc\u00e9 dans cette entreprise par pure curiosit\u00e9 scientifique, mais il estime qu\u2019il est essentiel de d\u00e9couvrir des utilisations pratiques capables de servir aux autres chercheurs et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Il semble sur le bon chemin : dans un article \u00e0 para\u00eetre dans Environmental toxicology and Chemistry, Luiz Fernando Mendes, autre doctorant dirig\u00e9 par Stevani, montre que la lumi\u00e8re des champignons Gerronema viridilucens peut aider \u00e0 d\u00e9tecter des niveaux \u00e9lev\u00e9s de contamination du sol par des m\u00e9taux divers.<\/p>\n<p><strong>Capteurs biologiques<\/strong><br \/>\nMendes cultive les champignons dans des plaques en verre de 35 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre, sur une substance g\u00e9latineuse \u00e0 base d\u2019algues agar-agar, le milieu de culture le plus commun dans les laboratoires biologiques. Apr\u00e8s une croissance de 10 jours, les champignons sont encore en phase de d\u00e9veloppement. \u00c0 cette \u00e9tape, ils sont compos\u00e9s de filaments microscopiques, les hyphes, qui repr\u00e9sentent la plus grande partie du cycle de vie de n\u2019importe quel champignon ; et chez certaines esp\u00e8ces, ils produisent aussi la lumi\u00e8re verte. Le chercheur mesure la luminosit\u00e9 \u00e9mise par chacune de ces plaques et y d\u00e9pose un petit \u00e9chantillon d\u2019extrait de sol \u00e0 analyser. Apr\u00e8s 24 heures dans une chambre climatique, le champignon se met \u00e0 \u00e9mettre moins de lumi\u00e8re si l\u2019\u00e9chantillon est contamin\u00e9 \u2013 un r\u00e9sultat interpr\u00e9t\u00e9 par les chimistes comme une forme de nuisance envers l\u2019organisme.<\/p>\n<div id=\"attachment_118583\" style=\"max-width: 590px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-118583\" alt=\"Branches recouvertes d\u2019hyphes invisibles \u00e0 la lumi\u00e8re du jour\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img3-e1355333634264.jpg\" width=\"580\" height=\"192\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img3-e1355333634264.jpg 580w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/art4047img3-e1355333634264-300x99.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">CASSIUS STEVANI\/USP<\/span>Branches recouvertes d\u2019hyphes invisibles \u00e0 la lumi\u00e8re du jour<span class=\"media-credits\">CASSIUS STEVANI\/USP<\/span><\/p><\/div>\n<p>Mendes a obtenu des graphiques qui repr\u00e9sentent l\u2019intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re \u00e9mise en pr\u00e9sence de diff\u00e9rentes concentrations de 11 m\u00e9taux distincts \u2013 calcium, sodium, magn\u00e9sium, cadmium, cobalt, mangan\u00e8se, potassium, lithium, zinc, cuivre et nickel \u2013 et indiquent la toxicit\u00e9 de l\u2019\u00e9chantillon analys\u00e9. Ce travail a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019enregistrement d\u2019un brevet au Br\u00e9sil sur l\u2019utilisation des champignons dans des essais de toxicit\u00e9 environnementale. Il suffit de mesurer l\u2019intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re qui \u00e9mane du champignon pour estimer la quantit\u00e9 de ces m\u00e9taux sous une forme qui peut \u00eatre absorb\u00e9e et utilis\u00e9e par les \u00eatres vivants. D\u2019apr\u00e8s Stevani, \u00ab il ne s\u2019agit pas de mesurer la concentration totale des substances chimiques, cela n\u2019aurait aucun sens biologique ni utilit\u00e9 pratique \u00bb. Le probl\u00e8me c\u2019est que le Gerronema viridilucens est peu sensible, sans doute parce qu\u2019il vit dans le sol et qu\u2019il s\u2019est adapt\u00e9 \u00e0 des conditions adverses. \u00ab Ce qui importe, c\u2019est que le bioessai fonctionne \u00bb, ajoute Stevani. \u00ab \u00c0 pr\u00e9sent, il faut trouver des esp\u00e8ces plus sensibles et qui puissent \u00eatre test\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Strat\u00e9gies<\/strong><br \/>\nParce qu\u2019elle consomme de l\u2019oxyg\u00e8ne dans ses r\u00e9actions chimiques, la bioluminescence pourrait jouer un r\u00f4le antioxydant qui prot\u00e9gerait les champignons et autres organismes, voire les lucioles, d\u2019esp\u00e8ces r\u00e9actives produites \u00e0 partir de l\u2019oxyg\u00e8ne consomm\u00e9 pendant la respiration. Cette protection de l\u2019organisme est une des explications possibles des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 \u00e9mettre de la lumi\u00e8re au milieu de la for\u00eat. Mais le groupe a montr\u00e9 qu\u2019en cas de stress oxydatif intense l\u2019organisme des champignons privil\u00e9gie des r\u00e9actions plus sp\u00e9cialis\u00e9es et \u00e9teint la luminescence. C\u2019est en tout cas ce que d\u00e9crit le travail pas encore publi\u00e9 d\u2019Ol\u00edvia Domingues, autre doctorante de Stevani. Elle s\u2019est aper\u00e7ue qu\u2019en pr\u00e9sence de fortes concentrations de m\u00e9taux les cellules pr\u00e9f\u00e8rent utiliser la coenzyme NADPH pour produire du glutathion r\u00e9duit, qui \u00e9vite l\u2019action d\u00e9l\u00e9t\u00e8re des m\u00e9taux. Et comme le glutathion se bat contre les enzymes productrices de luminescences pour disposer de ressources, le champignon s\u2019\u00e9teint peu \u00e0 peu. C\u2019est pour cette raison que les champignons du bioessai de Mendes perdent leur luminosit\u00e9 sur un sol contamin\u00e9 par des m\u00e9taux.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats d\u2019Ol\u00edvia Domingues permettent d\u2019expliquer pourquoi les champignons bioluminescents sontutiles en tant que bioessai de toxicit\u00e9, cependant ils n\u2019\u00e9lucident pas le b\u00e9n\u00e9fice que peut apporter la lumi\u00e8re verd\u00e2tre. Stevani soul\u00e8ve des hypoth\u00e8ses \u00e9cologiques, avec \u00e0 l\u2019appui des photographies de mouches pos\u00e9es sur des champignons. Peut-\u00eatre que la lumi\u00e8re verte aide \u00e0 attirer des insectes, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019une ampoule allum\u00e9e fait venir vers elle des insectes en tout genre. Annoncer sa pr\u00e9sence aux affam\u00e9s du coin peut para\u00eetre une strat\u00e9gie d\u00e9savantageuse, mais la fonction pendant le cycle de vie des champignons est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, tout comme les fruits des arbres : quand un animal mange une partie du champignon, il emm\u00e8ne avec lui des spores, ces structures microscopiques qui vont g\u00e9n\u00e9rer de nouveaux champignons s\u2019ils sont d\u00e9pos\u00e9s dans des endroits propices. Ou alors la lumi\u00e8re est peut-\u00eatre destin\u00e9e \u00e0 signaler le danger dans le cas des champignons toxiques, comme cela se passe avec les animaux venimeux aux couleurs chatoyantes. \u00ab Ce qui est peu probable \u00bb, conclut Stevani sur le ton de la plaisanterie, \u00ab c\u2019est que la bioluminescence des champignons serve \u00e0 \u00e9clairer des fourmili\u00e8res o\u00f9 \u00e0 signaliser les vols, comme dans 1001 pattes \u00bb.<\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes du chimiste montrent clairement que plusieurs myst\u00e8res resteront cach\u00e9s parmi les feuillages tant qu\u2019il n\u2019y aura pas plus de biologues et de chimistes pr\u00eats \u00e0 \u00e9teindre leur lanterne pour contempler l\u2019obscurit\u00e9 de la for\u00eat, parfois parsem\u00e9e de couleur verte.<\/p>\n<p><strong>LES PROJETS<br \/>\n<\/strong>1. \u00c9tude de la bioluminescence de champignons et ses applications en chimie environnementale 2. Bioluminescence et activit\u00e9 pharmacologique de champignons .<strong>MODALIT\u00c9<\/strong> 1. Ligne R\u00e9guli\u00e8re de Financement de Projets de Recherche 2. Jeune Chercheur. <strong>COORDONNATEUR<\/strong> Cassius Stevani \u2013 IQ \/USP<strong> INVESTISSEMENT<\/strong> 1. 328 413,09 r\u00e9aux 2. 457 741,18 r\u00e9aux<\/p>\n<p><em>Articles scientifiques<\/em><br \/>\n1. DESJARDIN, D. et al. Luminescent Mycena: new and noteworthy species. <strong>Mycologia<\/strong>. \u00c0 para\u00eetre<br \/>\n2. MENDES, L.F. &amp; STEVANI C.V. Evaluation of metal toxicity by a modified method based on the fungus Gerronema viridilucens bioluminescence in agar medium. <strong>Environmental Toxicology and Chemistry<\/strong>. v. 29, p. 320-26. 2010.<br \/>\n3. OLIVEIRA, A.G. &amp; STEVANI, C.V. The enzymatic nature of fungal bioluminescence. <strong>Photochemical &amp; Photobiological Sciences<\/strong>. v. 8, p. 1416-21. Octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Lumi\u00e8res vivantes","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[95],"class_list":["post-118571","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118571"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118571\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118571"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=118571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}