{"id":118884,"date":"2013-05-24T14:45:15","date_gmt":"2013-05-24T17:45:15","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=118884"},"modified":"2017-10-20T14:22:34","modified_gmt":"2017-10-20T16:22:34","slug":"eduardo-moacyr-krieger-le-maitre-de-lhypertension","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/eduardo-moacyr-krieger-le-maitre-de-lhypertension\/","title":{"rendered":"Eduardo Moacyr Krieger: Le ma\u00eetre de l\u2019hypertension"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en Juillet 2012<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-118942\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/028-035_EntrevistaKrieger_197-224x300.jpg\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/028-035_EntrevistaKrieger_197-224x300.jpg 224w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/028-035_EntrevistaKrieger_197.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 224px) 100vw, 224px\" \/><span class=\"media-credits-inline\">L\u00c9O RAMOS<\/span>Quand il est devenu m\u00e9decin en 1953 \u00e0 Porto Alegre (sud du Br\u00e9sil), l\u2019un des projets du jeune Eduardo Moacyr Krieger \u00e9tait de devenir cardiologue et de travailler \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine. N\u00e9anmoins, les choses se sont pass\u00e9es tout autrement en raison de l\u2019influence d\u00e9cisive de deux \u00e9minents physiologistes argentins : Bernardo Houssay, prix Nobel de physiologie et m\u00e9decine en 1947 et Eduardo Braun Men\u00e9ndez, responsable de la d\u00e9couverte de l\u2019angiotensine en 1940. Dans ce contexte, la plainte habituelle \u00e0 l\u2019encontre des voisins argentins n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre ; au contraire, ce changement de trajectoire a grandement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 la physiologie cardio-vasculaire au Br\u00e9sil, et plus sp\u00e9cifiquement la recherche sur l\u2019hypertension art\u00e9rielle. En plus d\u2019avoir contribu\u00e9 directement et de mani\u00e8re significative \u00e0 la connaissance des m\u00e9canismes de contr\u00f4le de la pression art\u00e9rielle, le professeur aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 84 ans a cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 un important groupe de recherche \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto, suivi en 1985 du groupe de recherche int\u00e9gr\u00e9 en hypertension \u00e0 l\u2019Institut du Coeur (InCor) de l\u2019H\u00f4pital des Cliniques de l\u2019USP (S\u00e3o Paulo) \u2013 un groupe r\u00e9put\u00e9 et ins\u00e9r\u00e9 sur le plan international.<\/p>\n<p>Krieger est l\u2019un des neuf enfants d\u2019un commer\u00e7ant d\u2019origine allemande qui s\u2019\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 Cerro Lago, une petite ville de l\u2019\u00e9tat du Rio Grande do Sul pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec l\u2019Argentine. Il fut le seul de la famille \u00e0 \u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ses activit\u00e9s de professeur et de chercheur, il s\u2019est toujours int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la politique universitaire. Sur ce point, il faut notamment souligner son travail en tant que pr\u00e9sident ENTRETIEN eduardo moacyr krieger<br \/>\nde l\u2019Acad\u00e9mie Br\u00e9silienne des Sciences (ABC) : pendant les 14 ann\u00e9es o\u00f9 il a exerc\u00e9 la fonction, il n\u2019a eu de cesse d\u2019agir pour am\u00e9liorer la place de la science et de la communaut\u00e9 scientifique br\u00e9silienne sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>P\u00e8re de deux scientifiques reconnus \u2013 Jos\u00e9 Eduardo Krieger et Marta Helena Krieger \u2013 et grand-p\u00e8re de trois petits-enfants, il partage la vie de son \u00e9pouse Lorena depuis 55 ans. Vice-pr\u00e9sident de la FAPESP depuis 2010, il est en train de finaliser un projet th\u00e9matique suppl\u00e9mentaire et de relever un nouveau d\u00e9fi : organiser la discipline et un groupe de m\u00e9decine translationnelle \u00e0 l\u2019InCor. \u00c0 suivre, les principaux extraits de l\u2019entretien accord\u00e9 \u00e0 la revue Pesquisa FAPESP.<\/p>\n<p><em><strong>Parlons d\u2019abord de la ligne de recherche \u00e0 laquelle<\/strong><\/em><em><strong> vous vous \u00eates le plus consacr\u00e9, les m\u00e9canismes<\/strong><\/em><em><strong> de r\u00e9gulation de la pression art\u00e9rielle.<\/strong><\/em><em><strong> Comment cela a-t-il d\u00e9but\u00e9 ?<\/strong><\/em><br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, j\u2019ai commenc\u00e9 quand j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 ma carri\u00e8re scientifique. Fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9 de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Porto Alegre, j\u2019ai rencontr\u00e9 le groupe de physiologistes argentins dirig\u00e9 par le professeur Bernardo Houssay, prix Nobel de physiologie et m\u00e9decine en 1947. Et parmi ses disciples se trouvait Eduardo Braun Men\u00e9ndez, le physiologiste qui a d\u00e9couvert en 1940 l\u2019angiotensine, une des substances importantes dans la r\u00e9gulation de la pression art\u00e9rielle. Je voulais suivre une carri\u00e8re universitaire ; en 1954, ce groupe est venu \u00e0 Porto Alegre \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un programme de la Capes [organisme de soutien \u00e0 la formation du personnel de niveau sup\u00e9rieur]. Ils se succ\u00e9daient et restaient un mois. Mais Bernardo Houssay est rest\u00e9 plusieurs mois \u00e0 Porto Alegre. Comme je de l\u2019opportunit\u00e9 pour travailler avec Braun Men\u00e9ndez. Puis je suis all\u00e9 passer 7 ou 8 mois \u00e0 Buenos Aires, pour y \u00e9tudier le syst\u00e8me r\u00e9nine-angiotensine.<\/p>\n<p><em><strong>Dans quel laboratoire ?<\/strong><\/em><br \/>\nDu professeur Houssay, qui \u00e9tait en dehors de l\u2019universit\u00e9 depuis pratiquement 10 ans. Suite aux manifestations contre la dictature militaire, le groupe avait \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine en 1943. Patriote dans l\u2019\u00e2me, Houssay disait toujours que la science n\u2019a pas de patrie mais que le chercheur, si. Et m\u00eame apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 le prix Nobel, il n\u2019a jamais voulu quitter l\u2019Argentine. L\u00e0, il travaillait dans des conditions pr\u00e9caires, dans une maison am\u00e9nag\u00e9e de la famille Braun Men\u00e9ndez qui \u00e9tait fortun\u00e9e. Chaque chambre \u00e9tait devenue un laboratoire. La maison se situait dans un quartier assez distant (rua Costa Rica, dans le quartier Palermo). Le personnel de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine ne connaissait plus Houssay, et pourtant chaque semaine arrivaient dans son laboratoire de grands chercheurs du monde entier. L\u2019ambiance \u00e9tait fantastique. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la maison principale se trouvait une maisonnette que l\u2019on atteignait en franchissant un portail dans le jardin et qui abritait le laboratoire de biochimie de Luis Leloir, prix Nobel de chimie en 1970. C\u2019\u00e9tait \u00e7a l\u2019ambiance, pleins de prix Nobel pr\u00e9sents et futurs. Je n\u2019\u00e9tais venu que pour faire un stage, avec l\u2019id\u00e9e de rentrer ensuite au Br\u00e9sil et de faire cardiologie. Mais tout cela m\u2019a donn\u00e9 envie de faire de la recherche fondamentale et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller aux \u00c9tats-Unis pour compl\u00e9ter ma formation scientifique. Je suis all\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de G\u00e9orgie (au sud des \u00c9tats-Unis) sur indication de Bernardo Houssay, car selon lui c\u2019est l\u00e0 que se trouvaient les meilleurs physiologistes<br \/>\ncardiovasculaires. J\u2019avais obtenu une bourse de la Fondation Rockefeller, et cette bourse \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9vue pour aller dans une universit\u00e9 de la c\u00f4te ouest ou est. Mais Houssay m\u2019a dit : \u00ab Celle de G\u00e9orgie n\u2019est peut-\u00eatre pas la meilleure universit\u00e9, mais elle a le meilleur chercheur cardiovasculaire \u00bb.<\/p>\n<p><em><strong>Qui \u00e9tait-ce ?<\/strong><\/em><br \/>\nWilliam Hamilton. Et il y avait avec lui Raymond Ahlquist, qui a d\u00e9couvert les r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques Alpha et B\u00eata. Donc j\u2019ai tout appris sur les r\u00e9cepteurs avec leur cr\u00e9ateur en personne. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien, je suis rest\u00e9 un peu plus d\u2019un an et j\u2019ai acquis une exp\u00e9rience fantastique en physiologie et pharmacie cardiovasculaire. Puis j\u2019ai re\u00e7u une invitation de l\u2019USP de Ribeir\u00e3o Preto qui recherchait des personnes importantes de l\u2019\u00e9tranger et voulait quelqu\u2019un du groupe de Bernardo Houssay. L\u2019universit\u00e9 a embauch\u00e9 l\u2019argentin Miguel Covian, lequel m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 former le groupe cardiovasculaire. J\u2019\u00e9tais encore aux \u00c9tats-Unis quand j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto plut\u00f4t que de rentrer \u00e0 Porto Alegre. Je ne connaissais pas l\u2019institution mais je savais qu\u2019elle faisait partie de l\u2019USP, et \u00e7a c\u2019\u00e9tait un point tr\u00e8s positif. Je savais aussi qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une universit\u00e9 qui recevait une aide massive de la Fondation Rockefeller en faveur de la science. Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto en 1957. La promotion de 1957, la premi\u00e8re, achevait sa formation et l\u2019ambiance \u00e9tait remarquable, captivante. C\u2019\u00e9tait une deuxi\u00e8me Facult\u00e9 de M\u00e9decine de l\u2019USP, mais tourn\u00e9e enti\u00e8rement vers la recherche.<\/p>\n<p><em><strong>La recherche fondamentale ?<\/strong><\/em><br \/>\nEt clinique. La facult\u00e9 de Ribeir\u00e3o Preto a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re, au Br\u00e9sil, \u00e0 se consacrer exclusivement au domaine clinique. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 mener des recherches sur la r\u00e9gulation de la pression en hypothermie, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019arrive un \u00e9quipement des \u00c9tats-Unis. J\u2019avais besoin d\u2019induire des r\u00e9flexes pour \u00e9tudier le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux et la r\u00e9gulation de la pression \u00e0 des temp\u00e9ratures chaque fois plus basses. Il fallait stimuler le syst\u00e8me de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, r\u00e9flexe, central ou p\u00e9riph\u00e9rique. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s int\u00e9ressant parce qu\u2019avec cette recherche sur les r\u00e9flexes, un champ que je connaissais bien, j\u2019ai d\u00e9couvert que chez la souris le nerf qui contr\u00f4le et donne l\u2019information sur la tension art\u00e9rielle \u2013 qu\u2019on appelle le baror\u00e9cepteur ou pressor\u00e9cepteur \u2013 \u00e9tait isol\u00e9 dans la r\u00e9gion cervicale. C\u2019\u00e9tait une nouveaut\u00e9. J\u2019ai vu que ce nerf \u00e9tait isol\u00e9 et j\u2019ai entrepris une \u00e9tude syst\u00e9matique des voies de circulation des pressor\u00e9cepteurs chez la souris. J\u2019ai r\u00e9ussi une d\u00e9nervation compl\u00e8te du syst\u00e8me, un mod\u00e8le utilis\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. C\u2019est mon travail qui est le plus cit\u00e9, pas moins de 600 fois. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1964 dans Circulation Research, une revue importante. C\u2019est un travail important qui est n\u00e9 d\u2019une observation casuelle. Ce n\u2019est pas ce que je recherchais \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais puisque je l\u2019avais d\u00e9couvert j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire une \u00e9tude syst\u00e9matique. Plusieurs travaux sont partis de l\u00e0 : comment circulent ces nerfs, leurs caract\u00e9ristiques chez les souris pour r\u00e9guler la pression art\u00e9rielle, \u2026<\/p>\n<p><em><strong>Vous vous souvenez du jour<\/strong><\/em><em><strong> de la d\u00e9couverte ?<\/strong><\/em><br \/>\nOui. On \u00e9tait \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, d\u00e9but des ann\u00e9es 60. On n\u2019avait pas encore d\u2019\u00e9tudiants en 3e cycle (seulement \u00e0 partir de 1970), mais un groupe venait toujours de Buenos Aires pendant les vacances et chaque laboratoire montrait son travail en cours. En leur faisant une d\u00e9monstration, je me suis rendu compte qu\u2019en stimulant la partie centrale du nerf vague j\u2019obtenais parfois une augmentation et parfois une chute de tension. J\u2019ai trouv\u00e9 cela bizarre et un jour je leur ai dit que j\u2019allais essayer de confirmer l\u2019hypoth\u00e8se que j\u2019avais en t\u00eate, \u00e0 savoir que le curare administr\u00e9 \u00e0 l\u2019animal provoquait une inversion de la r\u00e9ponse. On a donc administr\u00e9 le curare et stimul\u00e9 le nerf vague, mais il ne s\u2019est absolument rien pass\u00e9. Avec une plus grosse loupe, j\u2019ai constat\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas un seul nerf, mais deux. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du nerf vague, qui est plus grand et que l\u2019on peut facilement isoler et stimuler au niveau de la partie centrale, il y avait un autre nerf, plus petit : le nerf sympathique, qui n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 chez la plupart des esp\u00e8ces ; mais chez les souris il \u00e9tait s\u00e9par\u00e9. Quand j\u2019ai stimul\u00e9 les deux, un faisait chuter la pression et l\u2019autre l\u2019augmentait. J\u2019ai donc d\u00e9couvert qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019isoler le sympathique du nerf vague chez la souris, et que le sympathique contenait les fibres baror\u00e9ceptrices aortiques. Et \u00e7a c\u2019\u00e9tait fantastique !<\/p>\n<p><em><strong>Vous avez pens\u00e9 : \u00ab Je viens de d\u00e9couvrir <\/strong><\/em><em><strong>quelque chose que personne ne savait \u00bb<\/strong><\/em><br \/>\nJ\u2019ai men\u00e9 une \u00e9tude syst\u00e9matique, j\u2019ai publi\u00e9 plusieurs articles sur la circulation de ces nerfs, deux ou trois d\u2019entre eux montrent les possibilit\u00e9s de travailler avec les pressor\u00e9cepteurs de la souris. Et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai publi\u00e9 le travail tr\u00e8s connu sur la d\u00e9nervation des pressor\u00e9cepteurs. J\u2019\u00e9tais d\u2019autant plus content qu\u2019un des objectifs de mon travail \u00e9tait de savoir comment le syst\u00e8me nerveux s\u2019adapte aux hypertensions. Et le pressor\u00e9cepteur est impliqu\u00e9 en permanence dans ce processus. \u00c0 chaque battement cardiaque, il d\u00e9charge \u00e0 cause de l\u2019augmentation de la pression, distend le vaisseau et excite les r\u00e9cepteurs. Les pressor\u00e9cepteurs sont la principale source d\u2019information pour nous aider \u00e0 maintenir la pression \u00e0 des niveaux normaux. Quand la pression monte et que les d\u00e9charges augmentent, nous inhibons le sympathique pour faire baisser la pression. De m\u00eame, l\u2019excitation des pressor\u00e9cepteurs stimule le nerf vague pour diminuer la fr\u00e9quence cardiaque et le d\u00e9bit cardiaque, ce qui favorise la normalisation de la tension art\u00e9rielle. Comme on le sait, il n\u2019y a pas de bradycardie dans l\u2019hypertension chronique, car le r\u00e9flexe s\u2019est adapt\u00e9. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tudier l\u2019activit\u00e9 de ce nerf dans les hypertensions. On avait d\u00e9j\u00e0 v\u00e9rifi\u00e9, dans le cas d\u2019une hypertension aigu\u00eb, que ces nerfs finissent par s\u2019adapter au bout d\u2019un certain temps. La fr\u00e9quence cardiaque d\u2019une personne souffrant d\u2019hypertension ne change pas, par contre elle baisse quand la pression augmente subitement, \u00e0 cause du r\u00e9flexe. Autrement dit, le r\u00e9flexe s\u2019adapte chroniquement. Vous avez fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une bradycardie. Oui, une r\u00e9duction de la fr\u00e9quence cardiaque, qui est un des principaux indicateurs du fonctionnement du pressor\u00e9cepteur. Quand on augmente la stimulation, il produit une bradycardie et une vasodilatation par diminution du sympathique. C\u2019est le r\u00e9flexe principal et il s\u2019est adapt\u00e9 dans l\u2019hypertension, tout le monde le sait. Le probl\u00e8me, c\u2019\u00e9tait de savoir comme cela se produisait. Il y avait un travail sur le chien qui montrait que l\u2019adaptation commen\u00e7ait 4 \u00e0 5 jours apr\u00e8s l\u2019augmentation de la pression art\u00e9rielle. L\u2019un des premiers travaux que j\u2019ai faits avec la souris \u2013 un mod\u00e8le sur lequel on peut mieux contr\u00f4ler la pression \u2013 fut la s\u00e9quence d\u2019adaptation des pressor\u00e9cepteurs dans l\u2019hypertension. J\u2019ai produit une hypertension subite par coarctation de l\u2019aorte [compression], fait en sorte de la maintenir \u00e9lev\u00e9e et pu constater qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re adaptation avait d\u00e9j\u00e0 lieu, de l\u2019ordre de 30 % ; et apr\u00e8s 48 heures, pratiquement tous les animaux se sont d\u00e9j\u00e0 adapt\u00e9s. Qu\u2019est-ce que l\u2019adaptation ? C\u2019est le d\u00e9placement du seuil de stimulation, en d\u00e9pla\u00e7ant toute la palette de fonctionnement des pressor\u00e9cepteurs. J\u2019ai montr\u00e9 qu\u2019une adaptation compl\u00e8te se fait en 48 heures \u2013 avec quelques exceptions (un peu plus, un peu moins) pour certains animaux. Disons que sur 10 animaux, 9 pr\u00e9sentent une adaptation compl\u00e8te en 48 heures. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 plusieurs travaux sur ce sujet et aussi cherch\u00e9 \u00e0 montrer comment l\u2019adaptation se normalisait quand la pression redevenait normale. Je faisais des mod\u00e8les d\u2019hypertension r\u00e9nale, une chose qu\u2019on faisait d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps avec Braun Men\u00e9ndez et qui consistait \u00e0 placer une pince sur l\u2019art\u00e8re r\u00e9nale de la souris pour augmenter chroniquement sa pression et adapter le pressor\u00e9cepteur. Apr\u00e8s je faisais une r\u00e9version subite de l\u2019hypertension en retirant la pince et je calculais le temps \u00e9coul\u00e9. J\u2019ai calcul\u00e9 qu\u2019il fallait six heures pour la r\u00e9version. Je cherchais ainsi \u00e0 comprendre le comportement du principal m\u00e9canisme r\u00e9flexe de contr\u00f4le dans les diff\u00e9rentes augmentations et chutes de pression. Il s\u2019adapte ? Comment ? Et plus tard j\u2019ai montr\u00e9 qu\u2019il s\u2019adaptait, que sa palette de fonctionnement monte \u00e0 des niveaux d\u2019hypertension mais que sa sensibilit\u00e9 change, il devient moins sensible \u2013 comme on l\u2019a montr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans la litt\u00e9rature. On peut tester la sensibilit\u00e9 du m\u00e9canisme en variant de mani\u00e8re aigu\u00eb la pression et en analysant la d\u00e9charge du pressor\u00e9cepteur qui est sur la paroi de l\u2019art\u00e8re et qui envoie l\u2019information au syst\u00e8me nerveux central. Il est possible de comparer la courbe de d\u00e9charge d\u2019un animal normal avec celle d\u2019un souffrant d\u2019hypertension, qui est plus inclin\u00e9e, plus \u2018couch\u00e9e\u2019.<\/p>\n<p><em><strong>Vous faites allusion \u00e0 l\u2019article de 1970 ?<\/strong><\/em><br \/>\nNon, celui de 1970 montre la s\u00e9quence de l\u2019adaptation. Ensuite, j\u2019ai publi\u00e9 plusieurs articles sur la r\u00e9version. Puis d\u2019autres montrant que dans le cas de l\u2019hypotension \u2013 tr\u00e8s rare dans la clinique \u2013 il y a aussi une adaptation en 48 heures environ et une r\u00e9version tr\u00e8s rapide. La sensibilit\u00e9, c\u2019est autre chose, et aujourd\u2019hui tout cela a \u00e0 nouveau une implication clinique. Si quelqu\u2019un a une hypertension de cause quelconque et que le m\u00e9canisme principal de r\u00e9gulation est adapt\u00e9 mais pr\u00e9sente une sensibilit\u00e9 plus faible, il a plus de mal \u00e0 contr\u00f4ler sa pression. La pression varie sans cesse, elle n\u2019est pas la m\u00eame quand on dort, quand on est assis, qu\u2019on court, qu\u2019on se l\u00e8ve ; bref, elle monte ou descend conform\u00e9ment aux circonstances physiologiques. Quand on a un syst\u00e8me de r\u00e9gulation moins efficace, les fluctuations sont beaucoup plus grandes. L\u2019explication est la suivante : tout hypertendu dont le pressor\u00e9cepteur est adapt\u00e9 et la sensibilit\u00e9 plus faible pr\u00e9sente une plus grande variabilit\u00e9 de la pression. Qu\u2019estce que cela veut dire ? Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, on a d\u00e9cid\u00e9 de reprendre quelque chose qui n\u2019avait pas tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 dans le pass\u00e9 : la stimulation du pressor\u00e9cepteur pour diminuer le sympathique et r\u00e9duire la pression art\u00e9rielle. Avec l\u2019am\u00e9lioration des technologies, il est devenu possible d\u2019implanter des \u00e9lectrodes dans la carotide du patient qui n\u2019ab\u00eement apparemment pas beaucoup le vaisseau et stimulent plut\u00f4t le champ. Et maintenant il existe d\u00e9j\u00e0 plusieurs travaux qui montrent que dans les hypertensions r\u00e9sistantes la stimulation du baror\u00e9cepteur peut \u00eatre une mesure th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><em><strong>Quel est le r\u00f4le du rein dans la pression <\/strong><\/em><em><strong>art\u00e9rielle ?<\/strong><\/em><br \/>\nIl ne fait plus aucun doute que l\u2019hypertension primaire est multifactorielle. Elle r\u00e9sulte du d\u00e9s\u00e9quilibre entre des m\u00e9canismes presseurs et d\u00e9presseurs. Parmi les premiers, celui qui est \u00e9tudi\u00e9 depuis le plus longtemps c\u2019est le syst\u00e8me sympathique, qui contr\u00f4le le calibre des vaisseaux et le d\u00e9bit cardiaque. Puis vient le syst\u00e8me r\u00e9nine-angiotensine. La r\u00e9nine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 connue depuis la fin du si\u00e8cle dernier, mais le m\u00e9canisme qui fait augmenter la pression, l\u2019angiotensine, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par Braun Men\u00e9ndez et simultan\u00e9ment par Irvine Page, aux \u00c9tats-Unis. Cela a renforc\u00e9 la compr\u00e9hension du m\u00e9canisme du syst\u00e8me r\u00e9nineangiotensine- aldost\u00e9rone. L\u2019angiotensine stimule la glande surr\u00e9nale pour qu\u2019elle produise de l\u2019aldost\u00e9rone, ce qui provoque la r\u00e9tention de sel. \u00c7a ce sont les deux m\u00e9canismes les plus connus. Quant aux m\u00e9canismes d\u00e9presseurs, ils impliquent les kinines, comme la bradykinine d\u00e9couverte par Maur\u00edcio Oscar da Rocha e Silva en 1948 \u00e0 l\u2019Institut Biologique de S\u00e3o Paulo. Un tr\u00e8s grand pas en avant a \u00e9t\u00e9 fait quand Robert F. Furchgott, laur\u00e9at du prix Nobel, a d\u00e9couvert il y a deux d\u00e9cennies que l\u2019endoth\u00e9lium ne se contente pas de prot\u00e9ger le vaisseau et emp\u00eacher la coagulation, mais qu\u2019il est aussi une usine de produits hypertenseurs et hypotenseurs. On a alors d\u00e9couvert que l\u2019oxyde nitrique (NO) est le grand hypotenseur et qu\u2019il a une action tonique. Dans chaque syst\u00e8me qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant presseur ou d\u00e9presseur, il y a en r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments presseurs et antihypertenseurs. Par cons\u00e9quent, les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation de la pression sont tr\u00e8s complexes. Mais pourquoi la personne devient-elle hypertendue ? Avec les donn\u00e9es que nous avons jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous savons que : premi\u00e8rement, le syst\u00e8me de r\u00e9gulation de la pression art\u00e9rielle est \u00e9troitement li\u00e9 aux g\u00e8nes. Nous avons re\u00e7u comme charge g\u00e9n\u00e9tique les m\u00e9canismes qui contr\u00f4lent la pression. La synth\u00e8se des m\u00e9canismes presseurs et d\u00e9presseurs est faite par les g\u00e8nes, donc la charge g\u00e9n\u00e9tique peut faciliter la production de substances vasoconstrictrices ou former moins de substances vasodilatatrices. \u00c0 travers la charge g\u00e9n\u00e9tique, nous avons d\u00e9j\u00e0 une certaine pr\u00e9disposition \u00e0 l\u2019hypertension ou non. Mais conna\u00eetre cette pr\u00e9disposition ne suffit pas, l\u2019autre probl\u00e8me c\u2019est l\u2019environnement, qui suscite en permanence une r\u00e9gulation de la pression art\u00e9rielle.<\/p>\n<p><em><strong>Et quand vous parlez d\u2019environnement\u2026<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019est le sel, l\u2019inactivit\u00e9, l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, le stress et, actuellement, l\u2019inflammation. Toutes ces choses agissent d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre sur le syst\u00e8me de r\u00e9gulation. Si votre syst\u00e8me de r\u00e9gulation est tr\u00e8s bon, il peut se passer quoi que ce soit et votre pression ne va pas bouger. Si vous avez un syst\u00e8me tr\u00e8s mauvais, vous pouvez rester allong\u00e9, ne pas ing\u00e9rer du tout de sel et \u00eatre hypertendu. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de l\u2019art actuel sur l\u2019hypertension essentielle, r\u00e9sultat de la combinaison de la charge g\u00e9n\u00e9tique avec l\u2019environnement. On ne peut pas toucher au terrain, \u00e0 moins qu\u2019on r\u00e9ussisse \u2013 et un jour on y arrivera \u2013 \u00e0 conna\u00eetre la charge g\u00e9n\u00e9tique de chacun. Et on peut m\u00eame conseiller un union entre la charge g\u00e9n\u00e9tique et l\u2019environnement pour r\u00e9gler la pression art\u00e9rielle.<\/p>\n<p><em><strong>Vous travailliez d\u00e9j\u00e0 dans le champ de la <\/strong><\/em><em><strong>physiologie, des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation,<\/strong><\/em><em><strong> etc., quand la g\u00e9n\u00e9tique a commenc\u00e9<\/strong><\/em><em><strong> \u00e0 avancer \u00e0 grands pas ces derni\u00e8res<\/strong><\/em><em><strong> ann\u00e9es. Dans quelle mesure ces avanc\u00e9es<\/strong><\/em><em><strong> ont-elles influenc\u00e9 certaines exp\u00e9riences ?<\/strong><\/em><br \/>\nPendant 28 ans, \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto avec les \u00e9tudiants de 3e cycle \u2013 et j\u2019en avais beaucoup \u2013, les lignes de recherche \u00e9taient presque toutes li\u00e9es au syst\u00e8me nerveux et aux m\u00e9canismes de r\u00e9gulation de la pression art\u00e9rielle. Quand je suis venu \u00e0 S\u00e3o Paulo, j\u2019ai poursuivi cette ligne de recherche.<\/p>\n<p><em><strong>Quand \u00eates-vous venu \u00e0 S\u00e3o Paulo ?<\/strong><\/em><br \/>\nEn 1985, quand j\u2019ai pris ma retraite \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto. J\u2019avais 56 ans et j\u2019avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 pour d\u00e9velopper la recherche int\u00e9gr\u00e9e sur l\u2019hypertension \u00e0 l\u2019InCor. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que commence la partie clinique. J\u2019ai continu\u00e9 ma recherche exp\u00e9rimentale, parce que c\u2019est ce que je savais faire et que mon travail \u00e9tait reconnu sur le plan international. Mais je voulais aussi faire de la recherche clinique, et dans le d\u00e9partement de Physiologie de Ribeir\u00e3o Preto c\u2019\u00e9tait seulement l\u2019exp\u00e9rimentation animale. Ici [S\u00e3o Paulo] j\u2019ai pu d\u00e9velopper toute une ligne de recherche avec le patient. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 la r\u00e9gulation de la pression pendant le sommeil et l\u2019exercice. On a aussi \u00e9tudi\u00e9 l\u2019influence des r\u00e9flexes sur la pression art\u00e9rielle en analysant le pressor\u00e9cepteur et le ch\u00e9mor\u00e9cepteur, le syst\u00e8me cardiopulmonaire. On a d\u00e9velopp\u00e9 une technique d\u2019enregistrement du [fonctionnement du syst\u00e8me nerveux] sympathique, avec une aiguille plac\u00e9e sur le nerf fibulaire. On a r\u00e9ussi \u00e0 voir l\u2019activit\u00e9 basale du syst\u00e8me sympathique et son comportement dans diff\u00e9rentes circonstances. Bref, on a \u00e9labor\u00e9 une tr\u00e8s grande ligne [de recherche]. On a aussi \u00e9tudi\u00e9 le r\u00f4le des pressor\u00e9cepteurs sur le sommeil \u00e0 partir du travail d\u2019un de nos collaborateurs avec le groupe de Geraldo Lorenzo, qui \u00e9tudie le sommeil ici \u00e0 l\u2019InCor ; l\u2019une des grandes lignes de recherches sur l\u2019hypertension \u00e0 l\u2019InCor est la r\u00e9gulation de la pression pendant le sommeil. L\u2019apn\u00e9e du sommeil est fortement li\u00e9e \u00e0 la pression art\u00e9rielle. Au cours de l\u2019apn\u00e9e, le niveau d\u2019oxyg\u00e8ne diminue et celui de gaz carbonique augmente. Cela stimule les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs qui sont situ\u00e9s dans la carotide et qui sont sensibles \u00e0 la pression des gaz. Quand le sujet arr\u00eate de respirer, les gaz se modifient, les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs sont stimul\u00e9s et la pression monte au plafond. Au bout de quelques temps, l\u2019effet de ces attaques finit par laisser des cons\u00e9quences permanentes.<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019apn\u00e9e du sommeil alt\u00e8re la pression ?<\/strong><\/em><br \/>\nElle est tr\u00e8s souvent associ\u00e9e \u00e0 l\u2019hypertension. Quand on corrige l\u2019apn\u00e9e, la pression tend \u00e0 diminuer.<\/p>\n<p><em><strong>Pour en revenir \u00e0 cette interaction\u2026<\/strong><\/em><br \/>\nDonc on en vient \u00e0 la partie clinique. Nous avions des cliniciens, des cardiologues et des pneumologues. Mais il y avait aussi le personnel de l\u2019\u00e9ducation physique, du groupe de Carlos Eduardo Negr\u00e3o qui a d\u2019abord commenc\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rimentation animale avec nous avant de travailler avec des \u00eatres humains. Aujourd\u2019hui, il dirige une ligne de recherche ind\u00e9pendante. En ce qui concerne les soins infirmiers, j\u2019ai commenc\u00e9 par faire des projets dans lesquels les infirmi\u00e8res voient les probl\u00e8mes d\u2019adh\u00e9sion au traitement. Puis est entr\u00e9e la biologie mol\u00e9culaire, d\u2019une mani\u00e8re int\u00e9ressante. Mon fils a obtenu son dipl\u00f4me \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto en 1984. Apr\u00e8s, il est parti aux \u00c9tats-Unis suivre un doctorat exp\u00e9rimental en physiologie classique \u2018guytonienne\u2019. Guyton a \u00e9t\u00e9 un grand physiologiste. Il a fini son doctorat au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1990, quand la biologie mol\u00e9culaire consolidait sa place dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019hypertension. Ensuite il est parti \u00e0 Harvard et apr\u00e8s \u00e0 Stanford pour \u00e9tudier la biologie mol\u00e9culaire de l\u2019hypertension. \u00c0 son retour, il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 notre groupe. Le premier travail que l\u2019on a fait fut d\u2019accoupler des souris hypertendus avec des souris normales. Apr\u00e8s deux croisements, l\u2019hypertension se pr\u00e9sente de fa\u00e7on plus \u00e9parse. Donc l\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019examiner les \u2018petits-enfants\u2019. S\u2019ils sont hypertendus, c\u2019est parce qu\u2019ils ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 quelque chose du grandp\u00e8re hypertendu. Alors nous avons \u00e9tudi\u00e9 leur g\u00e9nome pour voir les diff\u00e9rences par rapport aux normotendus.<\/p>\n<p><em><strong>C\u2019est \u00e0 ce moment que vous avez identifi\u00e9 <\/strong><\/em><em><strong>certaines r\u00e9gions chromosomiques\u2026<\/strong><\/em><br \/>\nCe fut notre premier travail en collaboration. Nous avons trouv\u00e9 cinq r\u00e9gions reli\u00e9es \u00e0 l\u2019hypertension. Les projets que j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la FAPESP au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es ont toujours \u00e9t\u00e9 th\u00e9matiques, int\u00e9gr\u00e9s, avec la partie exp\u00e9rimentale et la partie clinique. C\u2019est ce que j\u2019ai fait ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Maintenant je suis en train de passer dans un autre champ. J\u2019ai r\u00e9ussi \u2013 et c\u2019est ce que je suis venu faire ici \u2013 \u00e0 avoir une \u00e9quipe int\u00e9gr\u00e9e de professionnels de la physiologie, de la clinique, de la biologie mol\u00e9culaire, de l\u2019\u00e9ducation physique, des soins infirmiers, de la psychologie, de la nutrition, tous l\u00e0 pour \u00e9tudier l\u2019hypertension.<\/p>\n<p><em><strong>C\u2019est la grande \u00e9quipe de pointe en<\/strong><\/em><em><strong> mati\u00e8re d\u2019\u00e9tudes sur l\u2019hypertension<\/strong><\/em><em><strong> au Br\u00e9sil.<\/strong><\/em><br \/>\nAbsolument. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 nous diff\u00e9rencier. Un des premiers membres du groupe est all\u00e9 \u00e0 Milan pour \u00e9tudier le monitoring de la pression art\u00e9rielle. Un autre est all\u00e9 \u00e0 Paris pour \u00e9tudier la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9lastique des vaisseaux et leur alt\u00e9ration dans le cadre de l\u2019hypertension. Un autre est parti \u00e0 Charleston pour \u00e9tudier le m\u00e9tabolisme dans l\u2019hypertension. Une autre ensuite pour se pencher sur la partie neurog\u00e9nique. Le dernier est all\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 John Hopkins pour \u00e9tudier l\u2019apn\u00e9e du sommeil. Ce groupe de l\u2019InCor est un groupe de pointe parce qu\u2019il int\u00e8gre la connaissance.<\/p>\n<p><em><strong>Et en tant que p\u00e8re de ce groupe, vous <\/strong><\/em><em><strong>devez en \u00eatre tr\u00e8s fier.<\/strong><\/em><br \/>\nOui. Au Br\u00e9sil, j\u2019ai form\u00e9 32 ou 33 docteurs et une dizaine sont d\u00e9j\u00e0 des professeurs titulaires. Il y a des gens tr\u00e8s bien. Il y a un groupe de physiologie \u00e0 Belo Horizonte qui est parmi les meilleurs au monde. Ils ont \u00e9tudi\u00e9 l\u2019angiotensine 1-7, qui est diff\u00e9rente parce que c\u2019est la bonne angiotensine. Dirig\u00e9 par Robson Augusto dos Santos, ce groupe a brevet\u00e9 et est en train de d\u00e9velopper avec des laboratoires br\u00e9siliens des compos\u00e9s susceptibles de devenir des m\u00e9dicaments. Maria Jos\u00e9 Campagnole dos Santos est une autre professeur titulaire. Tous les deux ont travaill\u00e9 avec moi \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto. Il y a aussi Kleber Franchini \u00e0 Campinas, qui a fait son doctorat avec moi. Il a une mol\u00e9cule et il cherche \u00e0 innover dans l\u2019industrie br\u00e9silienne. Du groupe de Ribeir\u00e3o Preto, il y a 2 ou 3 professeurs titulaires. Et puis Lisete Michelini qui dirige la physiologie cardiovasculaire \u00e0 l\u2019Institut des Sciences Biom\u00e9dicales de l\u2019USP, et qui a travaill\u00e9 avec moi \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto.<\/p>\n<p><em><strong>Vous comptez plus de 200 articles scientifiques. <\/strong><\/em><em><strong>\u00c0 votre avis, lequel a le plus contribu\u00e9<\/strong><\/em><em><strong> \u00e0 la connaissance de l\u2019hypertension ?<\/strong><\/em><br \/>\nJe dirais que c\u2019est la s\u00e9rie d\u2019articles o\u00f9 j\u2019ai montr\u00e9 le fonctionnement des pressor\u00e9cepteurs. C\u2019est la s\u00e9quence d\u2019adaptation de ces r\u00e9cepteurs dans l\u2019hypertension et dans l\u2019hypotension, et leur sensibilit\u00e9. Avec Lisete Michelini, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 le m\u00e9canisme par lequel ils s\u2019adaptent. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 montrer que la s\u00e9quence d\u2019adaptation est la m\u00eame que celle de la dilatation de l\u2019aorte dans l\u2019hypertension. Nous avons associ\u00e9 l\u2019hypertension aux\u00a0 alt\u00e9rations qui ont lieu au niveau du vaisseau. Il y avait d\u2019ailleurs au D\u00e9partement de Physiologie de Ribeir\u00e3o Preto un coll\u00e8gue spectaculaire : Jos\u00e9 Ven\u00e2ncio de Pereira Leite, dot\u00e9 d\u2019une culture et d\u2019une technique scientifique fantastique. Nous lui avons montr\u00e9 le probl\u00e8me et il a essay\u00e9 de le r\u00e9soudre. Je lui ai propos\u00e9 le probl\u00e8me suivant : j\u2019avais besoin de voir comment se comportait le local renfermant les pressor\u00e9cepteurs dans l\u2019hypertension aigu\u00eb. La litt\u00e9rature faisait \u00e9tat d\u2019un Strain Gauge [dispositif utilis\u00e9 pour mesurer le stress d\u2019un objet], un silastique avec du mercure qui fonctionnait \u00e0 l\u2019une des extr\u00e9mit\u00e9s du pont de wheatstone [mesureur de r\u00e9sistances \u00e9lectriques]. Le silastique \u00e9tait plac\u00e9 sur le coeur, ou ailleurs, et \u00e9tait tr\u00e8s utilis\u00e9 en m\u00e9decine. Mais pour l\u2019aorte de la souris \u00e7a ne marchait pas parce qu\u2019elle est trop petite, le mercure cassait, etc. Pereira Leite a trouv\u00e9 la solution : il a fabriqu\u00e9 une solution satur\u00e9e de nitrate de cuivre, qui a tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9. Nous avons mis dans le silastique ce liquide qui est conducteur, poss\u00e8de une certaine stabilit\u00e9 et fonctionnait deux ou 3 jours, assez longtemps pour les exp\u00e9riences. Il a d\u00e9velopp\u00e9 cela avec Lisete Michelini qui \u00e9tait alors \u00e9tudiante en 3e cycle. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire plusieurs travaux importants et \u00e0 montrer le fonctionnement du calibre de l\u2019aorte dans l\u2019hypertension. Nous avons reli\u00e9 le temps d\u2019adaptation au temps de modification du vaisseau et constat\u00e9 que le vaisseau s\u2019adaptait. Pendant les six premi\u00e8res heures, il r\u00e9siste \u00e0 l\u2019augmentation de la pression, et alors on observe une l\u00e9g\u00e8re adaptation des pressor\u00e9cepteurs. L\u2019adaptation compl\u00e8te, celle qui a lieu \u00e0 48 heures, varie un peu d\u2019une souris \u00e0 l\u2019autre et se produit quand l\u2019aorte se distend. Elle atteint un nouveau seuil et se met finalement \u00e0 fonctionner, si l\u2019on peut dire, normalement. Si avant elle fonctionnait comme cela et que le r\u00e9cepteur \u00e9tait l\u00e0, d\u00e9sormais elle fonctionne avec le vaisseau dilat\u00e9 ; le r\u00e9cepteur est stimul\u00e9 de mani\u00e8re similaire mais pas identique, parce que les dimensions sont diff\u00e9rentes et que la sensibilit\u00e9 chute.<\/p>\n<p><em><strong>Quand cette aorte s\u2019\u00e9largit apr\u00e8s s\u2019\u00eatre <\/strong><\/em><em><strong>adapt\u00e9e au processus, le passage du <\/strong><\/em><em><strong>sang est-il plus lent ? Le syst\u00e8me circulatoire <\/strong><\/em><em><strong>ne devient-il pas plus lent ?<\/strong><\/em><br \/>\nNon, parce que tout le probl\u00e8me de l\u2019hypertension se\u00a0 au niveau des art\u00e9rioles, l\u2019augmentation de la r\u00e9sistance est l\u00e0. L\u2019aorte est oblig\u00e9e d\u2019augmenter la pression pour vaincre la r\u00e9sistance. Elle s\u2019adapte parce qu\u2019elle est tr\u00e8s \u00e9lastique. Elle emmagasine une partie du volume systolique. Si l\u2019art\u00e8re \u00e9tait rigide, le sang irait directement aux capillaires et on n\u2019aurait plus de sang pendant la diastole, on tomberait dans les pommes. Le syst\u00e8me art\u00e9riel est tr\u00e8s int\u00e9ressant parce que les art\u00e9rioles ont une r\u00e9sistance \u00e9norme, ce sont des petits robinets bien ferm\u00e9s. Donc quand le coeur propulse le sang, il a plus de chances de distendre les grandes art\u00e8res pour accumuler que pour faire passer le sang. Donc les art\u00e8res accumulent du sang. Quand le coeur arr\u00eate de propulser du sang et entre en diastole, dont le temps correspond au double de celui de la systole, les grandes art\u00e8res lib\u00e8rent le sang qu\u2019elles avaient. Dans le vaisseau capillaire o\u00f9 se fait l\u2019\u00e9change, le flux est continu gr\u00e2ce \u00e0 ce m\u00e9canisme fantastique mais hautement dangereux. Il suffit de modifier un peu le petit robinet pour qu\u2019apparaisse l\u2019hypertension. Sans ce m\u00e9canisme fantastique cr\u00e9\u00e9 par la nature, notre syst\u00e8me serait pr\u00e9caire. Comment oxyg\u00e9ner les cellules c\u00e9r\u00e9brales qui ont constamment besoin de sang neuf ? Il faut disposer d\u2019une grande \u00e9lasticit\u00e9 et de beaucoup de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><em><strong>Vous n\u2019allez plus diriger votre groupe <\/strong><\/em><em><strong>\u00e0 l\u2019InCor. Qu\u2019allez-vous faire ?<\/strong><\/em><br \/>\nJ\u2019ai deux t\u00e2ches \u00e0 terminer : l\u2019une d\u2019elles est th\u00e9matique et doit durer encore un an et des poussi\u00e8res. Nous tentons d\u2019obtenir des biomarqueurs de l\u2019\u00e9volution th\u00e9rapeutique des patients pour savoir si un sujet peut r\u00e9pondre mieux ou pire \u00e0 un traitement. L\u2019autre est un projet du Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et du CNPq [Conseil National de D\u00e9veloppement Scientifique et Technologique] sur l\u2019hypertension r\u00e9sistante, auquel participent 26 centres et h\u00f4pitaux universitaires. Nous cherchons \u00e0 conna\u00eetre le taux de Br\u00e9siliens r\u00e9sistants au traitement de l\u2019hypertension.<\/p>\n<p><em><strong>Il existe une hypoth\u00e8se ?<\/strong><\/em><br \/>\nOui. Dans les pays avanc\u00e9s, 20 \u00e0 30 % des patients continuent de pr\u00e9senter une hypertension malgr\u00e9 un traitement excellent. Au Br\u00e9sil, il n\u2019y a pas de travaux de grande envergure. Dans un premier temps, le patient sera soumis \u00e0 un traitement standard, avec des doses excellentes et contr\u00f4l\u00e9es. Nous allons contr\u00f4ler la pression pour d\u00e9couvrir ce taux. Puis nous allons randomiser les patients r\u00e9sistants pour voir quel est e m\u00e9dicament qui leur convient le mieux, un qui agit sur le syst\u00e8me nerveux central ou un qui agit sur le syst\u00e8me r\u00e9nine-angiotensine- aldost\u00e9rone. \u00c7a c\u2019est la m\u00e9decine translationnelle, qui a deux aspects. Le premier est de passer la connaissance dans le champ de la clinique, et le deuxi\u00e8me de transformer ce que l\u2019on trouve dans la recherche clinique en mesures de sant\u00e9 publique. Il manque environ un an pour terminer. Sur les 2000 patients dont nous avons besoin, nous en avons 1000.<\/p>\n<p><em><strong>Le concept de m\u00e9decine translationnelle <\/strong><\/em><em><strong>date d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es\u2026<\/strong><\/em><br \/>\nLe terme est nouveau, mais l\u2019id\u00e9e de recherche translationnelle est ancienne, elle remonte aux ann\u00e9es 1940. Pendant la guerre, Silicon Valley a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en collaboration avec l\u2019Universit\u00e9 Stanford pour faire face aux besoins de technologie militaire. Cette d\u00e9marche symbolise la rapidit\u00e9 avec laquelle la connaissance passe de l\u2019universit\u00e9 au secteur priv\u00e9. Un cercle vertueux r\u00e9sultant du passage rapide de la connaissance vers l\u2019application s\u2019est mis en place. La m\u00e9decine a tard\u00e9 \u00e0 faire de m\u00eame. Elle a commenc\u00e9 il y a 12 ans. D\u2019abord, l\u2019Institut de M\u00e9decine de la National Academy of Sciences s\u2019est pench\u00e9 sur le fait que l\u2019investigation clinique dans le pays n\u2019avan\u00e7ait pas aussi vite que la recherche fondamentale. Les Instituts Nationaux de la Sant\u00e9 [NIH] s\u2019en sont inqui\u00e9t\u00e9s et un pas en avant a \u00e9t\u00e9 franchi quand Elias Zerhouni en est devenu le pr\u00e9sident. Il a produit la feuille de route des NIH pour trois grands domaines : les domaines strat\u00e9giques \u00e0 \u00e9tudier, la formation des \u00e9quipes multidisciplinaires et la r\u00e9ing\u00e9nierie de l\u2019investigation clinique ou m\u00e9decine translationnelle. Il pensait qu\u2019un effort \u00e9tait n\u00e9cessaire pour que l\u2019investigation clinique puisse b\u00e9n\u00e9ficier la sant\u00e9 publique. Ils ont cr\u00e9\u00e9 le programme pour financer les centres de m\u00e9decine translationnelle dans les universit\u00e9s. Ils ont commenc\u00e9 avec 10 ou 12 universit\u00e9s en 2007 et 2008, et aujourd\u2019hui il y en a 40 ou 50. Les NIH visent le financement de la gestion de la recherche universitaire. Ils veulent un centre d\u2019int\u00e9gration au sein de l\u2019universit\u00e9, et en particulier dans le domaine de la sant\u00e9, pour faire progresser la connaissance de base en lien avec les autres disciplines (physique, chimie, informatique, etc.), et pour que la connaissance atteigne rapidement la clinique et la sant\u00e9 publique. J\u2019ai visit\u00e9 le centre de m\u00e9decine translationnelle de l\u2019Universit\u00e9 de Pennsylvanie, une vraie merveille.<\/p>\n<p><em><strong>Et alors vous vous \u00eates dit : \u00ab Comment <\/strong><\/em><em><strong>faire quelque chose de similaire au Br\u00e9sil <\/strong><\/em><em><strong>\u00bb ?<\/strong><\/em><br \/>\nJ\u2019ai pens\u00e9 : l\u2019InCor est n\u00e9 translationnel, il est n\u00e9 avec l\u2019id\u00e9e que la connaissance a besoin de passer du laboratoire au lit. Donc j\u2019ai pens\u00e9 que le moment \u00e9tait venu d\u2019avoir une discipline nomm\u00e9e cardiologie translationnelle. J\u2019essaie d\u2019aider le personnel \u00e0 faire des projets et \u00e0 introduire l\u2019innovation, qui est une caract\u00e9ristique de ce type de m\u00e9decine. Lors d\u2019un Symposium sur l\u2019innovation \u00e0 l\u2019InCor, j\u2019ai revu la loi f\u00e9d\u00e9rale sur l\u2019innovation, la &#8220;Lei do Bem&#8221; et la loi de l\u2019\u00e9tat, et ce afin de montrer l\u2019importance d\u2019avoir des centres d\u2019innovation technologique dans plusieurs institutions. J\u2019aide aussi le directeur \u00e0 internationationaliser les activit\u00e9s de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine.<\/p>\n<p><em><strong>Et votre exp\u00e9rience \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Br\u00e9silienne <\/strong><\/em><em><strong>des Sciences ?<\/strong><\/em><br \/>\nElle a dur\u00e9 14 ans. Je suis devenu pr\u00e9sident en 1993, et en 1997 ou 1998 l\u2019Acad\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 int\u00e9grer une sorte de f\u00e9d\u00e9ration des acad\u00e9mies, l\u2019Inter- Academy Panel (IAP), qui compte une centaine d\u2019associ\u00e9s. Les statuts ont \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9s lors d\u2019une r\u00e9union \u00e0 Tokyo en 2000. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident pour repr\u00e9senter les pays en d\u00e9veloppement de 2000 \u00e0 2003. J\u2019ai aussi repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019ABC \u00e0 l\u2019Interacademy Council, compos\u00e9 de 13 acad\u00e9mies. Ces deux entit\u00e9s<br \/>\noffrent \u00e0 l\u2019ABC une insertion internationale. J\u2019ai connu la politique scientifique, la mani\u00e8re dont les acad\u00e9mies s\u2019aident, les th\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux sur lesquels les acad\u00e9mies et les chercheurs doivent se pencher. Mais il me faut ajouter que mon arriv\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019ABC a co\u00efncid\u00e9 avec une opportunit\u00e9 de participation \u00e0 la politique nationale. Jos\u00e9 Israel Vargas a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre de la science et de la technologie quand il \u00e9tait vicepr\u00e9sident de l\u2019ABC. Il a contribu\u00e9 \u00e0 la reconnaissance nationale de l\u2019Acad\u00e9mie. La SBPC [Soci\u00e9t\u00e9 Br\u00e9silienne pour le Progr\u00e8s de la Science] dominait le terrain. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9quilibrer le jeu et aujourd\u2019hui les deux sont consid\u00e9r\u00e9es importantes et collaborent entre elles.<\/p>\n<p><em><strong>Vous avez aid\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er le Brazilian <\/strong><\/em><em><strong>Journal of Medical and Biological <\/strong><\/em><em><strong>Research ?<\/strong><\/em><br \/>\nJ\u2019\u00e9tais pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 Br\u00e9silienne de Physiologie. Avec les gens de la biochimie et de la pharmacologie, nous pensions qu\u2019il fallait que les domaines de base de la biom\u00e9decine cr\u00e9ent une revue nationale en langue anglaise, d\u2019autant qu\u2019il y avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de travaux. Nous avons \u00e9t\u00e9 contact\u00e9s par le physiologiste Alberto Carvalho da Silva et par le personnel du CNPQ avec l\u2019id\u00e9e suivante : l\u2019h\u00e9matologiste Michel Jean avait cr\u00e9\u00e9 la revue br\u00e9silienne sur les recherches m\u00e9trobiologiques [Revista Brasileira de Pesquisas Metrobiol\u00f3gicos], qui \u00e9tait index\u00e9e. Ils voulaient qu\u2019on s\u2019occupe de la revue. Mais nous, nous voulions une revue en anglais. La solution serait d\u2019en changer le nom. Michel Jean a dit : \u00ab Je vous passe la revue et vous faites ce que vous voulez \u00bb. Le CNPq a \u00e9t\u00e9 d\u2019accord. Et c\u2019est ce que nous avons fait. Pour la rendre viable, nous avons cr\u00e9\u00e9 l\u2019Association Br\u00e9silienne de Diffusion Scientifique, form\u00e9e par les m\u00eame soci\u00e9t\u00e9s qui int\u00e9greraient la FESBE [F\u00e9d\u00e9ration des Soci\u00e9t\u00e9s de Biologie Exp\u00e9rimentale] 4 ou 5 ans plus tard. Pour faire la revue, nous avons cr\u00e9\u00e9 une association qui est responsable de la publication ; je suis devenu pr\u00e9sident de l\u2019association et \u00e9diteur, aux c\u00f4t\u00e9s de S\u00e9rgio Henrique Ferreira. J\u2019ai aussi fait partie du comit\u00e9 des revues de la FAPESP. J\u2019ai travaill\u00e9 avec la biblioth\u00e9caire Rosali Duarte, qui \u00e9tait de la Revue de G\u00e9n\u00e9tique [Revista de Gen\u00e9tica] et on s\u2019est rendus compte qu\u2019on recevait des demandes des revues et que l\u2019on ne savait pas de quoi il s\u2019agissait. Alors nous avons publi\u00e9 le premier travail br\u00e9silien\u00a0 la qualification des revues. Nous avons publi\u00e9 la premi\u00e8re qualification des revues. Nous avions besoin de cela pour d\u00e9cider quoi faire.<\/p>\n<p><em><strong>De tout ce que vous avez fait en mati\u00e8re<\/strong><\/em><em><strong> de politique scientifique, qu\u2019est-ce<\/strong><\/em><em><strong> qui est le plus cher \u00e0 vos yeux ?<\/strong><\/em><br \/>\nCe qui a eu le plus de r\u00e9percussion, c\u2019est mon activit\u00e9 en tant que pr\u00e9sident de l\u2019ABC, parce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 projeter la science br\u00e9silienne sur la sc\u00e8ne nationale internationale. Et d\u2019\u00eatre reconnu par l\u2019Acad\u00e9mie comme un organisme d\u2019assistance du gouvernement. Je suis jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui membre du Conseil National de la Science et de la Technologie, subordonn\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidente, et je n\u2019ai de cesse de r\u00e9clamer un meilleur fonctionnement. La fondation de la FESBE a aussi \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important, de m\u00eame que la cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 Br\u00e9silienne d\u2019Hypertension. J\u2019ai toujours fait partie de ces associations, parce que je travaillais et je continue de travailler en laboratoire. Je suis professeur et scientifique, mais aussi activiste. Quand on a cr\u00e9\u00e9 l\u2019IAP, Bruce Alberts \u2013 qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de l\u2019acad\u00e9mie am\u00e9ricaine pendant 12 ans \u2013 a publi\u00e9 un article que\u00a0 j\u2019ai beaucoup aim\u00e9. Il y disait que les acad\u00e9mies devaient devenir plus activistes. Le scientifique a l\u2019obligation sociale de faire en sorte que son travail scientifique se change en b\u00e9n\u00e9fice pour la soci\u00e9t\u00e9. Aujourd\u2019hui, je tente de comprendre la m\u00e9decine comme un \u00e9l\u00e9ment central dans la pr\u00e9vention. Et la pr\u00e9vention, c\u2019est l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p><em><strong>Vos rapports avec la m\u00e9decine <\/strong><\/em><em><strong>translationnelle illustrent cette<\/strong><\/em><em><strong> pr\u00e9occupation ?<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019est le point principal. Nous sommes en train d\u2019organiser \u00e0 la facult\u00e9 une conf\u00e9rence internationale sur l\u2019\u00e9ducation m\u00e9dicale. Nous ne pouvons pas former un m\u00e9decin qui connaisse toutes les sp\u00e9cialit\u00e9s mais qui ne sait pas ce qu\u2019il va faire au niveau des soins primaires. Il faut en m\u00eame temps apprendre \u00e0 gu\u00e9rir le malade et pr\u00e9venir la maladie. Nous n\u2019avons pas les ressources financi\u00e8res pour soigner tout le monde avec la sophistication de la technologie actuelle. Nous devons mettre sur le devant de la sc\u00e8ne la pr\u00e9vention de la maladie, c\u2019est bien moins cher et a beaucoup plus de r\u00e9percussions. Ainsi, les personnes pourront jouir plus longtemps d\u2019une bonne sant\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Eduardo Moacyr Krieger: Le ma\u00eetre de l\u2019hypertension","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1182],"tags":[],"coauthors":[105,124],"class_list":["post-118884","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-entretien"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118884"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118884\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118884"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=118884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}