{"id":119219,"date":"2013-05-28T12:07:38","date_gmt":"2013-05-28T15:07:38","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=119219"},"modified":"2013-06-03T13:15:02","modified_gmt":"2013-06-03T16:15:02","slug":"lamazonie-millenaire-de-letat-despirito-santo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/lamazonie-millenaire-de-letat-despirito-santo\/","title":{"rendered":"L\u2019Amazonie mill\u00e9naire de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en Avril 2012<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_119239\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-119239\" alt=\"Lac do Macuco, r\u00e9serve de Sooretama : ancienne mangrove\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/046-047_EspiritoSanto_194.jpg\" width=\"290\" height=\"194\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span>Lac do Macuco, r\u00e9serve de Sooretama : ancienne mangrove<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>Avec un tronc rouge\u00e2tre de pr\u00e8s de 2 m\u00e8tres de diam\u00e8tre et 25 m\u00e8tres de hauteur, une \u00e9corce qui fait penser \u00e0 des \u00e9cailles de poisson, l\u2019arbre jueirana vermelha ou Parkia pendula est l\u2019une des esp\u00e8ces typiques de la for\u00eat amazonienne qui ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre rencontr\u00e9es il y a 30 ans dans une r\u00e9serve de for\u00eat atlantique de Linhares, au nord de l\u2019Esp\u00edrito Santo et \u00e0 2 400 km de la bordure de la for\u00eat amazonienne actuelle [Note de traduction : l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo ne fait pas partie des \u00e9tats d\u2019Amazonie]. Cependant, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui personne ne sait encore tr\u00e8s bien pourquoi ils sont l\u00e0. Et pour pimenter un peu plus le myst\u00e8re, des sp\u00e9cialistes de S\u00e3o Paulo sont litt\u00e9ralement en train de d\u00e9terrer les paysages du pass\u00e9. Sur la base d\u2019analyses de la terre et du pollen extraits des s\u00e9diments du fond d\u2019un lac, ils r\u00e9v\u00e8lent que les esp\u00e8ces amazoniennes vivaient d\u00e9j\u00e0 dans cette r\u00e9gion il y a au moins 7 800 ans.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es indiquent que des esp\u00e8ces se sont maintenues ou ont disparu par suite des variations du climat et du sol survenues au cours de milliers d\u2019ann\u00e9es. Elles sugg\u00e8rent aussi d\u2019\u00e9ventuelles interactions entre des milieux aujourd\u2019hui distants et isol\u00e9s \u2013 la for\u00eat c\u00f4ti\u00e8re et l\u2019Amazonie. Et plus globalement, elles signalent la tendance des transformations, la r\u00e9sistance ou la fragilit\u00e9 des diff\u00e9rentes formes de v\u00e9g\u00e9tation primaire du pays en r\u00e9ponse aux variations climatiques. Pour Luiz Carlos Pessenda, chercheur du Centre d\u2019\u00c9nergie Nucl\u00e9aire de l\u2019Agriculture (Cena) de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) \u00e0 Piracicaba, \u00ab s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019interf\u00e9rence humaine ni changements climatiques intenses, les for\u00eats denses tendent \u00e0 avancer sur les zones ouvertes, occup\u00e9es par les champs \u00bb. Physicien de formation, il coordonne les relev\u00e9s qui \u2018refont\u2019 la for\u00eat submerg\u00e9e du nord de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo.<\/p>\n<p>Au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, Pessenda a fait pr\u00e8s de 200 trous \u00e0 travers les r\u00e9gions du nord, nord-est, centre-ouest et sud-est en qu\u00eate de pollens dans des s\u00e9diments terrestres et lacustres et dans des \u00e9chantillons de sol. Il en a d\u00e9duit que depuis 4 000 ans les zones ouvertes n\u2019ont cess\u00e9 de se rar\u00e9fier. Mais peut-\u00eatre pas \u00e0 Linhares, o\u00f9 il a parcouru ces for\u00eats pour la premi\u00e8re fois il y a 4 ans et vu les champs primaires \u2013 pr\u00e8s de 20 zones circulaires avec un couvert v\u00e9g\u00e9tal et tr\u00e8s peu d\u2019arbres, qui croissent sur un sol fortement sableux et r\u00e9sistent au milieu de la for\u00eat dense : \u00ab Il y a 8 000 ans, il y avait ici des \u00eeles de for\u00eat amazonienne, o\u00f9 le climat n\u2019a pas beaucoup chang\u00e9, ou alors la for\u00eat amazonnienne arrivait jusqu\u2019ici \u00bb.<\/p>\n<p>Sur la base des donn\u00e9es obtenues jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Pessenda et son \u00e9quipe du Cena ont conclu que le climat du nord de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo a d\u00fb \u00eatre relativement stable au long des 15 000 ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler. Dans ce sens, la superficie, la composition et la structure des for\u00eats ont sans doute connu peu de modifications au contraire d\u2019autres r\u00e9gions du pays o\u00f9 les for\u00eats diminuaient ou disparaissaient \u00e0 cause de variations climatiques intenses. Ce contraste sugg\u00e8re que les for\u00eats de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo peuvent avoir \u00e9t\u00e9 des refuges biologiques, pr\u00e9servant des esp\u00e8ces de plantes et d\u2019animaux qui se sont \u00e9teintes dans d\u2019autres lieux ou encore servant d\u2019espace pour la formation de nouvelles esp\u00e8ces \u00e0 mesure qu\u2019elles se s\u00e9paraient d\u2019autres. Pessenda a aussi proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des relev\u00e9s sur l\u2019archipel de Fernando de Noronha. Il a constat\u00e9 que l\u2019endroit n\u2019avait pas beaucoup chang\u00e9 en termes de v\u00e9g\u00e9tation, mais que le trait de c\u00f4te avait avanc\u00e9 : \u00ab La mangrove qui se trouve \u00e0 200 m\u00e8tres du bord de mer \u00e9tait une plage il y a environ 5 000 ans \u00bb.<\/p>\n<p>Si elle est confirm\u00e9e par d\u2019autres \u00e9tudes, la possibilit\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un refuge avec des for\u00eatsil y a des milliers d\u2019ann\u00e9es pourra augmenter la valeur biologique de ces for\u00eats qui, un demisi\u00e8cle auparavant, \u00e9taient continues jusqu\u2019au sud de l\u2019\u00e9tat de Bahia et ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9es de hil\u00e9ia bahianaise en raison de leur ressemblance avec l\u2019Amazonie. Les for\u00eats ont beaucoup diminu\u00e9 avec l\u2019expansion des villes et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u2013 Linhares a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 un centre important de production de meubles en bois extrait des for\u00eats primaires. Mais une vaste zone de 45000 hectares subsiste (la moiti\u00e9 \u00e9tant une zone publique f\u00e9d\u00e9rale pr\u00e9serv\u00e9e, la r\u00e9serve biologique de Sooretama, et l\u2019autre moiti\u00e9 est pr\u00e9serv\u00e9e par le groupe minier Vale) et elle est entour\u00e9e de cultures de caf\u00e9 et de papaye.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Gilberto Terra Ribeiro Alves, ing\u00e9nieur forestier et coordonnateur de recherche de la R\u00e9serve Naturelle Vale (RNV), \u00ab la biodiversit\u00e9 a sauv\u00e9 la for\u00eat de cette r\u00e9gion \u00bb. Le groupe minier a commenc\u00e9 \u00e0 former la r\u00e9serve en 1995 en achetant des propri\u00e9t\u00e9s agricoles poss\u00e9dant des for\u00eats primaires. L\u2019id\u00e9e initiale \u00e9tait de couper les arbres sur le mode de l\u2019exploitation s\u00e9lective et d\u2019utiliser le bois pour construire des traverses pour la voie ferr\u00e9e Vit\u00f3ria- Minas, qui transporte le minerai de fer du Quadril\u00e1tero Ferr\u00edfero jusqu\u2019au port de Vit\u00f3ria. Mais pour cela il aurait fallu adapter les m\u00e9thodes deproduction et les machines de coupe pour chaque arbre provenant de la for\u00eat. Finalement, il fut plus simple et moins co\u00fbteux de faire des traverses avec des eucalyptus plant\u00e9s dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Un autre avenir s\u2019est donc profil\u00e9 \u00e0 l\u2019horizon pour la r\u00e9serve de Vale : elle est devenue une zone de pr\u00e9servation de la for\u00eat atlantique caract\u00e9ristique de cette r\u00e9gion, ladite for\u00eat \u00e0 plateaux. Pr\u00e8s de 100 projets sp\u00e9cifiques y sont actuellement d\u00e9velopp\u00e9s, en particulier dans les domaines de la sylviculture d\u2019esp\u00e8ces non traditionnelles et de restauration foresti\u00e8re. Il s\u2019agit aussi d\u2019un espace pour des recherches en botanique et en \u00e9cologie. Selon Alves, la r\u00e9serve abrite aujourd\u2019hui pr\u00e8s 60 projets de recherche en cours de r\u00e9alisation par des \u00e9quipes de 17 institutions br\u00e9siliennes et 8 \u00e9trang\u00e8res ; sans oublier un herbier de quasiment 4 000 esp\u00e8ces et des collections de semences, bois et fruits, un outil pr\u00e9cieux pour compl\u00e9ter l\u2019identification d\u2019esp\u00e8ces recueillies dans la for\u00eat.<\/p>\n<p>Siqueira, le responsable de l\u2019herbier, est n\u00e9 \u00e0 Linhares mais n\u2019\u00e9tait jamais entr\u00e9 dans une for\u00eat avant de commencer \u00e0 travailler dans la r\u00e9serve en 1995. Au d\u00e9but, il avait tr\u00e8s peur de s\u2019y aventurer : \u00ab Quand j\u2019entrais dans la for\u00eat, mes poils se dressaient et mon coeur s\u2019emballait. [\u2026] Peu \u00e0 peu, j\u2019ai vu que la for\u00eat n\u2019\u00e9tait pas aussi effrayante qu\u2019elle en avait l\u2019air \u00bb. Depuis, il a r\u00e9colt\u00e9 800 plantes de la for\u00eat pour renforcer l\u2019herbier et est tr\u00e8s souvent sollicit\u00e9 pour identifier des esp\u00e8ces par des botanistes chevronn\u00e9s, \u00e0 l\u2019exemple de Jos\u00e9 Rubens Pirani de l\u2019USP. Pirani est venu \u00e0 la r\u00e9serve en f\u00e9vrier 2011 pour observer sur place la Spiranthera atlantica, une nouvelle esp\u00e8ce et la premi\u00e8re occurrence dans la for\u00eat atlantique d\u2019un genre d\u2019arbre auparavant seulement rencontr\u00e9 en Amazonie et dans le cerrado [Note de trad. : r\u00e9gion de savane n\u00e9otropicale]. Avant sa venue, Siqueira lui avait envoy\u00e9 un \u00e9chantillon pour identification.<\/p>\n<div id=\"attachment_119243\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-119243\" alt=\"Buso, Alves et Siqueira devant un Parkia pendula monumental (photo augment\u00e9e sur l\u00b4autre page)\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/048-049_EspiritoSanto_194-1.jpg\" width=\"290\" height=\"158\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span>Buso, Alves et Siqueira devant un Parkia pendula monumental (photo augment\u00e9e sur l\u00b4autre page)<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>Un premier relev\u00e9 a montr\u00e9 qu\u2019environ 800 esp\u00e8ces d\u2019arbres et de palmiers (les plus abondants sont typiques de la for\u00eat atlantique) sont diss\u00e9min\u00e9es dans la r\u00e9serve de l\u2019entreprise Vale, et m\u00eame que certaines ne sont rencontr\u00e9es que dans ces for\u00eats, comme deux esp\u00e8ces d\u2019ip\u00eas (Tabebuia). Lors d\u2019un comptage r\u00e9cemment achev\u00e9, une \u00e9quipe de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Vi\u00e7osa (UFV) dans l\u2019\u00e9tat de Minas Gerais a rencontr\u00e9 142 esp\u00e8ces d\u2019arbres qui sont aussi pr\u00e9sentes en Amazonie \u2013 et certaines d\u2019entre elles aussi dans le cerrado et la for\u00eat \u00e9pineuse du nord-est (caatinga). C\u2019est Sebasti\u00e3o Ven\u00e2ncio Martins, professeur de l\u2019UFV et ing\u00e9nieur forestier, qui coordonne les \u00e9tudes de terrain dans les for\u00eats de Linhares : \u00ab Les esp\u00e8ces d\u2019autres \u00e9cosyst\u00e8mes ne sont pas les plus importantes en termes de nombre d\u2019individus, mais elles pr\u00e9sentent une grande diversit\u00e9 \u00bb. D\u2019autre part, des esp\u00e8ces telle que Parkia pendula aident \u00e0 former la canop\u00e9e, la partie la haute de la for\u00eat. Pour Martins, la plus grande concentration d\u2019esp\u00e8ces amazoniennes dans les zones les mieux pr\u00e9serv\u00e9es et les plus \u00e9loign\u00e9es des bords de la for\u00eat de la r\u00e9serve \u2013 une donn\u00e9e v\u00e9rifi\u00e9e par le doctorant Fernando Magnago, dont il dirige la th\u00e8se \u2013 renforce la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9servation de grandes superficies de for\u00eats primaires dans cette r\u00e9gion de l\u2019Esp\u00edrito Santo.<\/p>\n<p>Une question continuer de hanter l\u2019esprit de ceux qui voient ces for\u00eats : Pourquoi ces esp\u00e8ces d\u2019arbres amazoniens se trouvent-ils ici ? Le biologiste Antonio \u00c1lvaro Buso Junior, coll\u00e8gue de Pessenda au Cena, pense qu\u2019\u00ab il peut y avoir eu une connexion entre l\u2019Amazonie et la for\u00eat atlantique, peut-\u00eatre par l\u2019interm\u00e9diaire des for\u00eats proches des fleuves. [\u2026] Quand ? Il y a peut-\u00eatre 10 ou 20 millions d\u2019ann\u00e9es. Ou plus r\u00e9cemment, il y a 50 ou 100 ans. La connexion peut avoir \u00e9t\u00e9 faite au moyen des ripisylves et avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9faite avec la d\u00e9forestation \u00bb.<\/p>\n<p>Pirani va dans le m\u00eame sens : \u00ab Plusieurs \u00e9tudes pal\u00e9obotaniques ont d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque de climat plus humide et plus chaud il y avait des corridors bois\u00e9s et des fragments de for\u00eats l\u00e0 o\u00f9 se trouvent aujourd\u2019hui la caatinga et le cerrado \u00bb. Quant \u00e0 Martins, il estime qu\u2019en plus de liens lointains probables entre des types de v\u00e9g\u00e9tations aujourd\u2019hui tr\u00e8s diff\u00e9rentes mais qui devaient dans le pass\u00e9 former un tapis vert continu, cette for\u00eat pr\u00e9sente un sol sableux, un relief plat et un climat marqu\u00e9 par des pluies constantes et similaires \u00e0 celles de l\u2019Amazonie. Ces ressemblances aident \u00e0 expliquer la survivance d\u2019esp\u00e8ces communes dans les for\u00eats primaires de la r\u00e9gion nord du Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><strong>Du fond d\u00b4un lac<\/strong><br \/>\nEn \u00e9quilibre sur des bateaux pneumatiques, \u00c1lvaro et Paulo Eduardo de Oliveira, chercheur de l\u2019Universit\u00e9 S\u00e3o Francisco qualifi\u00e9 dans ce domaine, ont recueilli des \u00e9chantillons de s\u00e9diments jusqu\u2019\u00e0 2 m\u00e8tres de profondeur du lac do Macuco \u2013 un lac situ\u00e9 dans la r\u00e9serve de Sooretama, d\u2019environ 1 km de large et 3 m\u00e8tres de profondeur. De retour au Cena, \u00c1lvaro a identifi\u00e9 du pollen de 234 genres ou familles d\u2019arbres, arbustes, herbes, foug\u00e8res et plantes aquatiques (chaque grain de pollen mesure entre 20 et 60 microm\u00e8tres) : \u00ab L\u2019identification par le pollen permet une identification taxonomique s\u00fbre seulement jusqu\u2019au niveau du genre \u00bb.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des genres reconnus repr\u00e9sentait des esp\u00e8ces d\u2019arbres typiques de la for\u00eat atlantique, et certains, comme le genre Hydrogaster, exclusifs des for\u00eats \u00e0 plateaux du sud de l\u2019\u00e9tat de Bahia et du nord de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo. D\u2019autres genres sont rencontr\u00e9s en Amazonie et dans la for\u00eat atlantique, \u00e0 l\u2019exemple de Glycydendron, Rinorea et Senefeldera. \u00ab Pourquoi pensez-vous qu\u2019ils sont venus de l\u00e0 ? \u00bb, observe Domingos Folli, le botaniste qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Siqueira \u00e0 l\u2019herbier et r\u00e9alis\u00e9 pas moins de 6 800 collectes. \u00ab Ils ont pu partir d\u2019ici \u00bb. Certes, le flux a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 \u00e0 double sens.<\/p>\n<p>Les semences des arbres ont pu \u00eatre transport\u00e9es par le vent, la pluie, les rivi\u00e8res ou les animaux qui circulaient dans les zones de communication entre des for\u00eats possiblement connect\u00e9es auparavant et beaucoup plus vastes. Aujourd\u2019hui encore vivent ici des jaguars et autres raret\u00e9s, telles la harpie f\u00e9roce et des hoccos. L\u2019une des 380 esp\u00e8ces d\u2019oiseaux de ces for\u00eats d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9es est le piauhau hurleur (Lipaugus vociferans), typique de l\u2019Amazonie. L\u00e0-bas comme ici, on le voit difficilement parce que son plumage se confond avec la v\u00e9g\u00e9tation ; mais c\u2019est un des premiers oiseaux qui se met \u00e0 chanter quand il aper\u00e7oit des gens, comme s\u2019il donnait l\u2019alarme. Un jour, alors qu\u2019il marchait dans la for\u00eat, \u00c1lvaro a entendu quelque chose d\u2019encore plus rare : des perroquets chantant une musique de Xuxa, une star contemporaine de la t\u00e9l\u00e9vision br\u00e9silienne ! D\u2019abord incr\u00e9dule, il a appris par la suite qu\u2019une bande de perroquets \u00e9lev\u00e9s chez des gens avait \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9e il y a quelques jours et qu\u2019ils reproduisaient encore le r\u00e9pertoire de leur \u00e9poque de captivit\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_119245\" style=\"max-width: 223px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-119245\" alt=\"Parkia pendula\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/048-049_EspiritoSanto_194-2-213x300.jpg\" width=\"213\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/048-049_EspiritoSanto_194-2-213x300.jpg 213w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/048-049_EspiritoSanto_194-2.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span>Parkia pendula<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p><strong>Vestiges de la mer<\/strong><br \/>\nDans le mat\u00e9riel recueilli au fond du lac, \u00c1lvaro a rencontr\u00e9 du pollen de trois genres d\u2019arbres typiques des mangroves, ce qui indique qu\u2019une \u00e9paisse mangrove a d\u00fb occuper les bords du lac et des rivi\u00e8res qui l\u2019alimentent il y a pr\u00e8s de 8000 ans. Les analyses de carbone 14 men\u00e9es par Pessenda vont d\u2019ailleurs dans le m\u00eame sens.<\/p>\n<p>Du haut du ravin qui surplombe le lac de quasiment 30 m\u00e8tres, \u00c1lvaro explique que \u00ab cette zone a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 un estuaire et que l\u2019eau de mer a d\u00fb arriver jusqu\u2019ici il y a au moins 8 000 ans \u00bb. Des squelettes calcifi\u00e9s d\u2019algues et d\u2019\u00e9ponges marines trouv\u00e9s au fond du lac \u2013 bien plus grands que les grains de pollen, jusqu\u2019\u00e0 un demi millim\u00e8tre de diam\u00e8tre \u2013 renforcent la conclusion selon laquelle l\u2019eau des rivi\u00e8res alentours s\u2019est sans doute m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 l\u2019eau de mer\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 10 000 ans auparavant \u2013 aujourd\u2019hui, la mer se trouve \u00e0 23 km de distance. Pessenda pense que \u00ab les mangroves, que l\u2019on ne voit aujourd\u2019hui qu\u2019au nord, \u00e0 la fronti\u00e8re avec l\u2019\u00e9tat de Bahia, ont d\u00fb dispara\u00eetre avant l\u2019occupation humaine, quand le niveau de la mer a recul\u00e9 \u00bb. En collaboration avec Marcelo Cohen, sp\u00e9cialiste en \u00e9volution de pal\u00e9omangroves de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de l\u2019\u00e9tat du Par\u00e1, le groupe du Cena tente de d\u00e9couvrir les limites g\u00e9ographiques et les causes possibles de la disparition de cette v\u00e9g\u00e9tation. Dans une \u00e9tude pr\u00e9c\u00e9dente, Pessenda en est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion qu\u2019une for\u00eat occupait, il y a pr\u00e8s de 40 000 ans auparavant, les zones actuellement recouvertes de mangroves sur l\u2019\u00eele du Cardoso (littoral sud de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo), et ce parce que le trait de c\u00f4te \u00e9tait \u00e0 pr\u00e8s de 100 km d\u2019o\u00f9 il se trouve aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le g\u00e9ologue Paulo Giannini et son \u00e9quipe de l\u2019Institut des G\u00e9osciences de l\u2019USP, le niveau de la mer sur le littoral de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo devait \u00eatre sup\u00e9rieur d\u2019environ 4 m\u00e8tres il y a 6 000 ans. Leur conclusion s\u2019appuie sur des analyses de fossiles de vermets (Petaloconchus varians), des mollusques gast\u00e9ropodes qui forment des colonies sous les rochers en accompagnant la ligne de flottaison.<\/p>\n<p>Giannini vient souvent \u00e0 Linhares : \u00ab Il y a deux ans, Pessenda m\u2019a demand\u00e9 de d\u00e9couvrir le pourquoi de la pr\u00e9sence des champs primaires. [\u2026] La v\u00e9g\u00e9tation n\u2019est pas seulement le r\u00e9sultat du climat ; il faut voir aussi l\u2019influence du substrat par exemple, s\u2019il y avait des lacs dans la r\u00e9gion des milliers d\u2019ann\u00e9es auparavant, qui se sont ensuite ensabl\u00e9s et ont donn\u00e9 forme aux zones o\u00f9 ont pouss\u00e9 des groupes sp\u00e9cifiques de plantes \u00bb. Les champs des for\u00eats du nord de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo sont des zones circulaires de 100 \u00e0 500 m\u00e8tres de diam\u00e8tre, qui font penser \u00e0 une piste d\u2019atterrissage pour navettes spatiales. Ils peuvent \u00eatre diff\u00e9rents entre eux. Dans l\u2019un d\u2019eux, la couche de sable occupe quasiment 1 m\u00e8tre avant d\u2019atteindre une couche noire et compacte, riche en m\u00e9taux et mati\u00e8re organique ; dans un autre, la couche de sable fait pratiquement 2 m\u00e8tres de profondeur.<\/p>\n<p>Sur ce sol pauvre en substances nutritives poussent diff\u00e9rentes esp\u00e8ces de gramin\u00e9es, plut\u00f4t rases sur un terrain et plus hautes sur un autre, parfois avec quelques arbres isol\u00e9s \u2013 qui fait penser aux formes plus ouvertes de cerrado. Un arbre isol\u00e9 dans l\u2019un des champs abrite une Sobralia liliastrum, une orchid\u00e9e aux fleurs blanches qui est commune dans les for\u00eats de la r\u00e9gion Chapada Diamantina (sud de l\u2019\u00e9tat de Bahia) et parfois dans les for\u00eats de la r\u00e9gion montagneuse des Caraj\u00e1s (\u00e9tat du Par\u00e1).<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019arbres habitu\u00e9s \u00e0 une terre plus fertile, les sp\u00e9cialistes pensent que les arbres de la for\u00eat qui entourent les champs pourraient difficilement survivre dans cet espace pauvre en substances nutritives et qui, en plus, se recouvre d\u2019une couche d\u2019eau de 10 \u00e0 15 cm pendant la p\u00e9riode des pluies. Une v\u00e9g\u00e9tation de hauteur interm\u00e9diaire occupe les zones les plus proches de la for\u00eat, mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent personne n\u2019est encore en mesure d\u2019affirmer si les champs sont en train de gagner du terrain sur les for\u00eats, s\u2019ils reculent ou s\u2019il y a simplement une oscillation annuelle conform\u00e9ment \u00e0 la saison s\u00e8che ou pluvieuse. \u00ab Si le climat saisonnier se maintient \u00bb, signale Pessenda, \u00ab les arbres sur la terre ferme autour des champs ne vont probablement pas avoir l\u2019audace de coloniser le terrain d\u2019autrui, qui tr\u00e8s souvent regorge d\u2019eau. Ce n\u2019est pas son milieu ! \u00bb<\/p>\n<p>Siqueira quant \u00e0 lui croit que les champs sont en train de r\u00e9tr\u00e9cir. Il dit en avoir d\u00e9j\u00e0 vu dispara\u00eetre plusieurs \u00e0 cause du retrait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 du sable par l\u2019homme. Le sable est tr\u00e8s utilis\u00e9 pour la construction de maisons et d\u2019immeubles, et parfois l\u2019extraction dure des ann\u00e9es. Pour Martins de Vi\u00e7osa, \u00ab s\u2019il n\u2019y a pas de grandes interventions ils auront tendance \u00e0 se maintenir tels qu\u2019ils sont, gr\u00e2ce au type de sol qui bloque l\u2019avanc\u00e9e des esp\u00e8ces foresti\u00e8res \u00bb. Pessenda pr\u00e9sume que les terrains occupent la m\u00eame zone \u00ab depuis au moins 15 000 ans \u00bb.<\/p>\n<p>En 20 ans de travail sur le terrain, ce qu\u2019il a le plus constat\u00e9 ce sont les for\u00eats \u00ab avalant \u00bb les champs. C\u2019est notamment ce qui s\u2019est produit \u00e0 Humait\u00e1 dans le sud de l\u2019\u00e9tat d\u2019Amazonas et qu\u2019il a accompagn\u00e9 pendant 5 ans. Les premi\u00e8res ann\u00e9es, il \u00e9tendait une ficelle pour marquer les limites entre la for\u00eat et les champs. Quand il revenait l\u2019ann\u00e9e suivante, il avait du mal \u00e0 localiser la ficelle : elle avait \u00e9t\u00e9 engloutie par la for\u00eat qui avait avanc\u00e9 d\u20191 ou 2 m sur les champs.<\/p>\n<p>Pessenda raconte qu\u2019il a d\u00fb se faire op\u00e9rer de l\u2019\u00e9paule \u00e0 cause de l\u2019effort exig\u00e9 pour faire des trous (aujourd\u2019hui les \u00e9tudiants l\u2019aident, bien s\u00fbr), mais qu\u2019il n\u2019a aucunement l\u2019intention d\u2019arr\u00eater. Il est en train de planifier les prochains voyages et l\u2019agrandissement du laboratoire de 240 \u00e0 400 m2 (en 1990, il faisait 90 m2) : \u00ab Nous allons au sud de l\u2019\u00e9tat de Bahia en qu\u00eate de signaux de mangroves, de champs et de for\u00eats anciennes \u00bb. En outre, ce domaine d\u2019\u00e9tudes s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s riche : des \u00e9quipes des \u00e9tats de Rio de Janeiro et du Rio Grande do Sul (notamment) refont des paysages vieux de plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es en se basant sur des analyses de pollen et de terre, et imaginent leur transformation.<\/p>\n<p>Preuve que ce champ de recherche a le vent en poupe : le navire oc\u00e9anographique allemand Maria Merian est parti de Recife le 11 f\u00e9vrier 2012 pour collecter des s\u00e9diments de l\u2019embouchure des fleuves Parna\u00edba et Amazonas, ainsi que de la c\u00f4te de la Guyane fran\u00e7aise. Un autre objectif est de reconstituer l\u2019\u00e9volution du climat de la r\u00e9gion amazonienne des 2000 ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler. \u00c0 bord du navire se trouvait le g\u00e9ologue Cristiano Chiessi de l\u2019USP, l\u2019un des chercheurs br\u00e9siliens de l\u2019\u00e9quipe : \u00ab En ce moment [d\u00e9but mars], nous sommes \u00e0 l\u2019embouchure du fleuve Amazonas et nous avons d\u00e9j\u00e0 collect\u00e9 des t\u00e9moignages s\u00e9dimentaires d\u2019excellente qualit\u00e9 ainsi que des \u00e9chantillons de la colonne d\u2019eau, et nous avons pu cartographier le delta sous-marin du fleuve Amazonas avec une r\u00e9solution spatiale particuli\u00e8rement impressionnante. [\u2026] Notre destination finale est Bridgetown, \u00e0 la Barbade, o\u00f9 nous devons arriver le 7 mars \u00bb.<\/p>\n<p><strong>LE PROJET<\/strong> \u00c9tudes pal\u00e9oenvironnementales interdisciplinaires sur le littoral de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo &#8211; n\u00b0 11\/00995-7<strong> MODALIT\u00c9<\/strong> Projet Th\u00e9matique<strong> COORDONNATEUR<\/strong> Luiz Carloz Ruiz Pessenda \u2013 Cena\/USP<strong> INVESTISSEMENT<\/strong> 1 027 868,62 reais (FAPESP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019Amazonie mill\u00e9naire de l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo","protected":false},"author":17,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-119219","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119219\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119219"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=119219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}