{"id":119884,"date":"2013-06-04T11:57:08","date_gmt":"2013-06-04T17:57:08","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=119884"},"modified":"2014-09-20T02:43:20","modified_gmt":"2014-09-20T05:43:20","slug":"une-proteine-essentielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/une-proteine-essentielle\/","title":{"rendered":"Une prot\u00e9ine essentielle"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en Juin 2008<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_120492\" style=\"max-width: 309px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120492\" alt=\"Prion cellulaire, en vert: abondant sur le neurone\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/art3537img1.jpg\" width=\"299\" height=\"293\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\"> GLAUCIA HAJJ\/LIRC<\/span>Prion cellulaire, en vert: abondant sur le neurone<span class=\"media-credits\"> GLAUCIA HAJJ\/LIRC<\/span><\/p><\/div>\n<p>Le ministre de l\u2019Agriculture anglais, John Gummer, a fait une apparition publique d\u00e9sastreuse au cours du mois de mai 1990. Il s\u2019est fait filmer et photographier en train de savourer un succulent hamburger aux c\u00f4t\u00e9s de sa fille de quatre ans. Son intention \u00e9tait de montrer aux anglais et au reste du monde que la consommation de viande bovine \u00e9tait sans danger face \u00e0 la grave crise que traversait l\u2019\u00e9levage dans son pays. Une partie du b\u00e9tail \u00e9tait en effet contamin\u00e9e par la maladie de la vache folle, l\u2019enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine qui s\u2019est rapidement r\u00e9pandue en Europe, aux \u00c9tats-Unis et au Canada et qui, depuis 1987, a contraint \u00e0 l\u2019\u00e9limination d\u2019environ 180 000 bovins infect\u00e9s.<\/p>\n<p>Les anglais allaient se rappeler de Gummer et se sentir trahis six ans plus tard, quand les premiers cas de contamination humaine sont apparus, probablement d\u00fbs \u00e0 la consommation de viande contamin\u00e9e. La version humaine de la maladie de la vache folle \u00e9tait un nouveau type (le quatri\u00e8me connu) d\u2019une maladie tr\u00e8s rare et sans gu\u00e9rison, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, qui d\u00e9truit les cellules du syst\u00e8me nerveux (neurones), provoquant de multiples trous dans le cerveau et lui donnant l\u2019aspect d\u2019une \u00e9ponge.<\/p>\n<p>Cette maladie qui r\u00e9duit le cerveau \u00e0 la moiti\u00e9 de sa taille originale avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite en Allemagne dans les ann\u00e9es 20 par les neurologistes Hans Gerhard Creutzfeldt et Alfons Maria Jakob. Elle est d\u00e9sormais mieux comprise gr\u00e2ce aux r\u00e9centes \u00e9tudes men\u00e9es au Br\u00e9sil et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Dans un article publi\u00e9 au mois d\u2019avril dans la revue Physiological Reviews, un groupe de chercheurs de S\u00e3o Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais et Rio Grande do Sul coordonn\u00e9 par l\u2019oncologiste Ricardo Renzo Brentani, de l\u2019 H\u00f4pital A.C. Camargo de S\u00e3o Paulo, a r\u00e9alis\u00e9 une ample r\u00e9vision des agents infectieux de cette maladie, r\u00e9unissant ainsi des informations qui pourront favoriser le traitement de cette maladie qui s\u2019est install\u00e9e sournoisement durant 2 ou 3 d\u00e9cennies, \u00e9voluant \u00e0 une vitesse effrayante et d\u00e9bouchant sur une mort tragique.<\/p>\n<p>Les premiers signes apparaissent de mani\u00e8re subtile sous la forme de fatigue ou de d\u00e9pression. Par la suite, les sympt\u00f4mes se manifestent par une perte d\u2019\u00e9quilibre durant les d\u00e9placements ou la manipulation d\u2019objets et ces sympt\u00f4mes s\u2019aggravent progressivement. Les mouvements deviennent plus lents, la vue se brouille, on perd l\u2019usage de la parole, de la m\u00e9moire \u00e0 court terme, et il est chaque fois plus difficile de retrouver son chemin ou des objets. \u00abEn moins d\u2019un an, 9 personnes infect\u00e9es sur 10 sont \u00e0 tel point affaiblies qu\u2019elles restent alit\u00e9es et d\u00e9c\u00e8dent\u00bb, d\u00e9clare le neurologiste Ricardo Nitrini, de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP), qui a d\u00e9tect\u00e9, il y a 11 ans, le premier cas br\u00e9silien d\u2019une variante de la maladie provoqu\u00e9e par une modification g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Outre la nouvelle variante de Creutzfeldt-Jakob due \u00e0 la consommation de viande contamin\u00e9e et la version g\u00e9n\u00e9tique transmise de p\u00e8re en fils, il y a encore deux autres formes de cette maladie qui d\u00e9truit le syst\u00e8me nerveux central. La plus commune, appel\u00e9e spontan\u00e9e, appara\u00eet par hasard, encore pour des raisons inconnues et touche une personne sur 1 million. La derni\u00e8re variante se transmet au cours de chirurgies par l\u2019utilisation d\u2019\u00e9quipements contamin\u00e9s ou de transfusions sanguines et \u00e9galement il y a quelques ann\u00e9es, par l\u2019utilisation d\u2019hormones de croissance pr\u00e9lev\u00e9es sur des cerveaux de cadavres et remplac\u00e9es de nos jours par des hormones synth\u00e9tiques afin de traiter les troubles de croissance.<\/p>\n<p>L\u2019avanc\u00e9e de la maladie de la vache folle en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, ainsi que l\u2019apparition de nouvelles formes de la maladie chez l\u2019homme, ont intensifi\u00e9 les recherches sur la nouvelle variante de Creutzfeldt-Jakob qui, depuis 1996, a tu\u00e9 160 personnes en Angleterre et dans les pays voisins, dont la fille d\u2019un ami de l\u2019ancien ministre John Gummer. Le principal vecteur suspect\u00e9 a mis en \u00e9chec les m\u00e9decins et les biologistes durant des d\u00e9cennies. \u00c0 l\u2019inverse de ce qui se produit avec d\u2019autres maladies infectieuses, le vecteur de la maladie de Creutzfeldt-Jakob n\u2019est pas un virus, comme on l\u2019a cru pendant longtemps. Il s\u2019agit encore moins d\u2019une bact\u00e9rie ou d\u2019un protozoaire, qui sont des microorganismes qui se multiplient seuls et sont facilement trait\u00e9s. Actuellement, on pense que la maladie est provoqu\u00e9e par une prot\u00e9ine d\u00e9fectueuse appel\u00e9e prion (particule infectieuse prot\u00e9inique). Un simple contact du prion avec des prot\u00e9ines saines qui se trouvent en abondance \u00e0 la surface des neurones modifierait leur structure selon un effet domino que rien ne pourrait arr\u00eater. Les mol\u00e9cules d\u00e9form\u00e9es, plus stables que les prot\u00e9ines saines adh\u00e8rent les unes aux autres, cr\u00e9ant de longues fibres toxiques pour les neurones.<\/p>\n<p>Le chercheur nord-am\u00e9ricain Stanley Prusiner a re\u00e7u le prix Nobel de M\u00e9decine en 1997 pour avoir d\u00e9couvert le prion dans le cerveau de moutons pr\u00e9sentant un type d\u2019enc\u00e9phalopathie spongiforme appel\u00e9e scrapie et pour avoir expliqu\u00e9 son action sur les prot\u00e9ines saines. Cette d\u00e9couverte a pouss\u00e9 les chercheurs du monde entier \u00e0 mener des recherches sur la prot\u00e9ine d\u00e9fectueuse et sur ses effets dans l\u2019organisme. Alors que toute l\u2019attention se portait sur les prions, une autre question de base, et peut \u00eatre la plus importante, \u00e9tait sous-jacente. Comment r\u00e9agissait la prot\u00e9ine normale, la prot\u00e9ine prion cellulaire, situ\u00e9e sur la surface de toutes les cellules du corps et en plus grande quantit\u00e9 dans le syst\u00e8me nerveux central ? Personne ne le savait et ne semblait s\u2019en soucier. Il y avait m\u00eame des raisons pour ignorer le prion cellulaire. En 1990, le biologiste mol\u00e9culaire Charles Weissmann a cr\u00e9\u00e9 une lign\u00e9e de souris qui ne produisait pas cette prot\u00e9ine. Ces animaux n\u2019ont pas d\u00e9velopp\u00e9 la maladie spongiforme et ont apparemment surv\u00e9cu sans dommages apparents. Personne n\u2019imaginait que cette prot\u00e9ine puisse jouer un r\u00f4le si important dans l\u2019organisme. \u00abOn avait une vision limit\u00e9e\u00bb, d\u00e9clare Brentani.<\/p>\n<p>Brentani qui soup\u00e7onnait que la nature ne perdrait ni son temps ni son \u00e9nergie \u00e0 cr\u00e9er une prot\u00e9ine sans activit\u00e9 biologique, a suivi son intuition, naviguant \u00e0 contre-courant. \u00abC\u2019\u00e9tait l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019entrer dans un domaine d\u2019\u00e9tude br\u00fblant qui n\u2019int\u00e9ressait personne\u00bb, d\u00e9clare-t-il. Une lettre publi\u00e9e dans la revue Nature en 1991 l\u2019a encourag\u00e9 \u00e0 aller de l\u2019avant. Trois ans auparavant, Brentani avait pr\u00e9sent\u00e9 une th\u00e9orie selon laquelle deux rubans de la mol\u00e9cule d\u2019acide d\u00e9soxyribonucl\u00e9ique (ADN) permettaient d\u2019expliquer la production de prot\u00e9ines, et non seulement d\u2019une seule comme on l\u2019imaginait. Il affirmait \u00e9galement que les prot\u00e9ines codifi\u00e9es par fragment compl\u00e9mentaire des rubans d\u2019ADN jouaient des r\u00f4les compl\u00e9mentaires en \u00e9tant capable d\u2019interagir chimiquement et de s\u2019embo\u00eeter les unes aux autres comme une cl\u00e9 dans une serrure. D\u2019un point de vue \u00e9volutif, il \u00e9tait normal que les fragments d\u2019ADN qui codifient une prot\u00e9ine et celle qui s\u2019y relie soient proches, car la probabilit\u00e9 d\u2019\u00e9migrer ensemble vers une autre r\u00e9gion du mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique est grande en cas de repositionnement. Selon Brentani, il s\u2019agissait d\u2019une hypoth\u00e8se \u00e0 laquelle personne ne croyait, \u00e0 part lui, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Dans cette lettre publi\u00e9e par la revue Nature, le chercheur Dimitry Goldgaber, de l\u2019Universit\u00e9 Publique de New-York aux \u00c9tats-Unis, expliquait comment le prion cellulaire pouvait interagir avec l\u2019eau (une des caract\u00e9ristiques chimiques des prot\u00e9ines) et d\u00e9clarait que si Brentani avait raison, le fragment d\u2019ADN compl\u00e9mentaire \u00e0 celui du g\u00e8ne du prion cellulaire contiendrait des informations sur la prot\u00e9ine qui probablement l\u2019actionnerait. C\u2019\u00e9tait une piste \u00e0 ne pas ignorer.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Brentani menait des recherches sur les prot\u00e9ines li\u00e9es au cancer ; il a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019analyser le prion et la mol\u00e9cule qui l\u2019activait. En collaboration avec la biochimiste Vilma Martins, de l\u2019institut Ludwig de Recherche sur le Cancer (LICR), et du biochimiste Vivaldo Moura Neto, de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ), le chercheur a d\u00e9couvert la structure d\u2019une autre prot\u00e9ine, d\u00e9crite en 1997 dans la revue Nature M\u00e9decine.<\/p>\n<p>Cette prot\u00e9ine, appel\u00e9e ensuite STI-1, (stress inducible protein 1) \u00e9tait compos\u00e9e de 543 acides amin\u00e9s (blocs formateurs des prot\u00e9ines) et \u00e9tait pratiquement deux fois plus grande que le prion cellulaire. Il restait juste \u00e0 d\u00e9couvrir ce que faisaient les deux. \u00abNous avions deux hypoth\u00e8ses, soit ils ne servaient \u00e0 rien, soit ils \u00e9taient indispensables aux ph\u00e9nom\u00e8nes essentiels pour les neurones, comme le processus de neuritogen\u00e8se (formation des ramifications qui connectent les neurones entre eux)\u00bb, d\u00e9clare Brentani.<\/p>\n<p>Comme les neurones n\u2019\u00e9taient pas leur sp\u00e9cialit\u00e9, Brentani et Vilma ont fait appel au neuroscientifique Rafael Linden, de l\u2019Institut de Biophysique de l\u2019UFRJ, afin de collaborer aux prochains tests. L\u2019association entre le prion cellulaire et la STI-1 s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e essentielle tant pour la maturit\u00e9 et la formation des prolongements des neurones que pour les prot\u00e9ger d\u2019une mort cellulaire programm\u00e9e et appel\u00e9e apoptose (Recherche FAPESP n\u00ba 94). Mais ce n\u2019\u00e9tait pas leurs seules fonctions. Des exp\u00e9riences men\u00e9es sur des souris avec la collaboration d\u2019Iv\u00e1n Izquierdo, l\u2019un des plus grands sp\u00e9cialistes mondiaux de la m\u00e9moire et actuellement chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Pontificale Catholique du Rio Grande do Sul (PUC-RS), ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le prion cellulaire et la prot\u00e9ine STI-1 sont essentiels \u00e0 la formation de la m\u00e9moire. Sans eux, les animaux se souviennent difficilement d\u2019une chose apprise quelques heures auparavant (m\u00e9moire \u00e0 court terme) et \u00e9galement il y a quelques jours (m\u00e9moire \u00e0 long terme). Des tests r\u00e9alis\u00e9s sur des souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es pour ne pas produire le prion cellulaire comme celles de Charles Weissmann ont montr\u00e9 que ces animaux n\u2019\u00e9taient normaux qu\u2019en apparence. Quand ils vieillissaient, ils avaient davantage de probl\u00e8mes de m\u00e9moire que les souris produisant le prion cellulaire.<\/p>\n<p>Le groupe br\u00e9silien a \u00e9galement d\u00e9couvert que la forme saine du prion provoque des effets distincts sur diff\u00e9rents tissus. \u00c0 l\u2019UFRJ, l\u2019\u00e9quipe de Linden a constat\u00e9 que cette prot\u00e9ine module la r\u00e9ponse du syst\u00e8me immunitaire aux inflammations, soit en augmentant, soit en r\u00e9duisant l\u2019activit\u00e9 des cellules de d\u00e9fense. Le prion cellulaire stimule l\u2019action des neutrophiles, cellules de d\u00e9fense les plus abondantes dans l\u2019organisme. L\u2019int\u00e9rieur des os longs produit quotidiennement 100 milliards de ces cellules. Elles sont les premi\u00e8res \u00e0 arriver sur le lieu de l\u2019inflammation o\u00f9 rapidement elles englobent et d\u00e9truisent les microorganismes intrus comme les bact\u00e9ries. En provoquant des inflammations sur des souris, Linden s\u2019est aper\u00e7u que les souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es pour de ne pas produire de prion cellulaire poss\u00e9daient moins de neutrophiles qui r\u00e9agissaient plus lentement que ceux des rongeurs normaux. Un effet non souhaitable en cas d\u2019infection.<\/p>\n<p>L\u2019effet contraire a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 sur les macrophages, des cellules du syst\u00e8me de d\u00e9fense qui \u00e9liminent les cellules mortes. Les macrophages des souris sans prion cellulaire \u00e9taient plus actifs que ceux des souris qui produisaient la prot\u00e9ine, un r\u00e9sultat qui ne favorisait pas les animaux modifi\u00e9s car l\u2019action exag\u00e9r\u00e9e des macrophages peut provoquer des l\u00e9sions sur les tissus sains. \u00abLa r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019inflammation et la pr\u00e9sence de cellules mortes doivent \u00eatre finement \u00e9quilibr\u00e9es\u00bb, d\u00e9clare Linden. \u00abIl n\u2019est pas souhaitable qu\u2019elles soient absentes ni exacerb\u00e9es. Sans r\u00e9ponse inflammatoire le corps ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019infection mais une r\u00e9ponse excessive peut \u00e9galement tuer\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement des \u00e9vidences qui montrent que le prion cellulaire prot\u00e8ge les cellules du c\u0153ur contre les agressions chimiques. \u00c0 l\u2019h\u00f4pital A.C. Camargo, Vilma Martins et le m\u00e9decin Beatriz de Camargo ont d\u00e9tect\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019une forme l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9e des prot\u00e9ines prion cellulaire sur 160 patients trait\u00e9s durant leur enfance \u00e0 l\u2019adriamycine, rem\u00e8de qui peut provoquer des l\u00e9sions cardiaques. Des donn\u00e9es pr\u00e9liminaires sugg\u00e8rent que les porteurs de la variante du prion cellulaire sont davantage vuln\u00e9rables aux effets toxiques du compos\u00e9 que les porteurs de la version normale de la prot\u00e9ine.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les recherches en laboratoire avan\u00e7aient, il devenait \u00e9vident que le prion cellulaire \u00e9tait n\u00e9cessaire au maintien d\u2019un organisme sain, ce qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable pour une mol\u00e9cule consid\u00e9r\u00e9e sans importance biologique quelques ann\u00e9es auparavant. Mais on ne comprenait pas encore pourquoi dans certaines situations, elle prot\u00e9geait et parfois endommageait les tissus. Il \u00e9tait donc important de savoir comment cette prot\u00e9ine, ressemblant \u00e0 un ballon de baudruche muni d\u2019une ficelle et qui se trouve sur la surface externe des cellules, communiquait avec l\u2019int\u00e9rieur de la cellule.<\/p>\n<p>Vilma Martins, Brentani et Linden ont alors fait appel au biologiste cellulaire Marco Antonio Prado, de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Minas Gerais (UFMG), qui m\u00e8ne des recherches sur le transport des mol\u00e9cules \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cellules. Vilma Martins et Kil Sun Lee, de l\u2019Institut Ludwig avec la collaboration de Prado et Ana Maria Magalh\u00e3es ont teint\u00e9 le prion cellulaire avec un colorant vert fluorescent pour suivre le chemin qu\u2019il parcourait en utilisant un microscope confocal qui permet d\u2019observer des cellules vivantes. Ils ont ensuite marqu\u00e9 le prion infectieux, avec l\u2019aide de Byron Caughey, des Instituts Nationaux de Sant\u00e9 \u00c9tasuniens, et l\u2019ont vu p\u00e9n\u00e9trer dans les neurones.<\/p>\n<p>Le prion cellulaire, ancr\u00e9 sur des r\u00e9gions plus \u00e9paisses de la surface cellulaire par une longue mol\u00e9cule de sucre et de lipides en forme de ficelle, glisse vers des zones plus fines de la membrane des neurones. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il est amen\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de v\u00e9sicules contenant des acides, o\u00f9 il se connecte \u00e0 d\u2019autres prot\u00e9ines et envoie des ordres au noyau ou \u00e0 d\u2019autres r\u00e9gions. Il ne faut qu\u2019une heure et demie au prion pour r\u00e9aliser cette op\u00e9ration, entre le d\u00e9but de sa plong\u00e9e et son \u00e9mersion \u00e0 la surface.<\/p>\n<p>Le groupe br\u00e9silien a constat\u00e9 qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un d\u00e9placement hasardeux. Le prion cellulaire ne se d\u00e9place que si des prot\u00e9ines sp\u00e9cifiques s\u2019y accouplent et l\u2019activent. Tel un h\u00f4te qui re\u00e7oit ses invit\u00e9s \u00e0 une f\u00eate, le prion sain conduit les autres prot\u00e9ines \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des neurones. Une fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cellule, cette association compos\u00e9e du prion et sa prot\u00e9ine activatrice envoie des signaux chimiques qui ordonnent l\u2019\u00e9mission de prolongements ou la production de compos\u00e9s chimiques qui emp\u00eachent la mort du neurone, d\u00e9clarent les chercheurs dans un article qui sera publi\u00e9 dans quelques mois par le Journal of Neuroscience. \u00abSans cette plong\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cellule, la communication faite par l\u2019entremise du prion cellulaire serait incompl\u00e8te\u00bb, d\u00e9clare Linden.<\/p>\n<p>De nombreux doutes apparaissent en fonction de l\u2019avanc\u00e9e des recherches sur le prion cellulaire. Linden, Vilma Martins, Prado, Izquierdo et Brentani ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9examiner tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur le prion sain et le prion d\u00e9fectueux en fin d\u2019ann\u00e9e 2006, afin de d\u00e9finir un cadre g\u00e9n\u00e9ral plus pr\u00e9cis. Cette r\u00e9vision, la plus importante dans ce domaine, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en avril par la revue Physiological Reviews, apr\u00e8s l\u2019analyse de 597 articles qui ont permis d\u2019avoir une une vision unifi\u00e9e du fonctionnement du prion cellulaire et une nouvelle approche sur le fonctionnement de certaines maladies comme la maladie de Creutzfeldt-Jakob et la maladie de la vache folle.<\/p>\n<p>Dans un travail intitul\u00e9 \u00abPhysiology of the prion protein\u00bb, les \u00e9quipes de S\u00e3o Paulo, Rio, Minas et Rio Grande do Sul ont \u00e9mis l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le prion cellulaire fonctionnait comme un aimant s\u00e9lectif, auquel n\u2019adh\u00e9raient que certains types de mol\u00e9cules de l\u2019organisme. La prot\u00e9ine A STI-1, bien s\u00fbr, n\u2019est pas unique. Des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es au Br\u00e9sil et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ont identifi\u00e9 30 autres prot\u00e9ines qui s\u2019unissent au prion cellulaire, actionnant une s\u00e9rie de r\u00e9actions chimique qui repr\u00e9sentent des ordres cellulaires distincts. \u00abNous pensons que le prion cellulaire aide \u00e0 l\u2019organisation des signaux ext\u00e9rieurs avant qu\u2019ils ne soient envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cellules\u00bb, d\u00e9clare Prado.<\/p>\n<p>Selon Linden, ce r\u00f4le d\u2019aimant s\u00e9lectif ou de plateforme de montage de signaux chimiques permet d\u2019expliquer les r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux jusqu\u2019alors contradictoires, comme la protection contre une mort cellulaire dans certains cas, ou l\u2019action toxique dans d\u2019autres. \u00abCette activit\u00e9 de plateforme de montage de signaux chimiques est si importante pour la vie que d\u2019autres prot\u00e9ines jouent probablement le m\u00eame r\u00f4le dans l\u2019organisme. C\u2019est pour cette raison que des souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es pour ne pas produire de prion cellulaire survivent sans aucun dommage apparent\u00bb, d\u00e9clare Brentani. Ce nouveau r\u00f4le favorise une nouvelle compr\u00e9hension des maladies dues aux prions. Selon les derni\u00e8res d\u00e9couvertes sur la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les neurones ne meurent pas seulement parce que l\u2019adh\u00e9sion des prions infectieux g\u00e9n\u00e8re des agglom\u00e9rats toxiques. Le groupe br\u00e9silien mise sur le fait que la mort cellulaire se produit \u00e9galement \u00e0 cause de la perte de mol\u00e9cules saines de prion, laissant les neurones vuln\u00e9rables aux agressions chimiques. Selon Prado, il est probable que l\u2019effet toxique du prion infectieux s\u2019intensifie avec la perte du prion cellulaire. \u00abNous saurons si nous avons raison quand les id\u00e9es propos\u00e9es commenceront \u00e0 \u00eatre test\u00e9es\u00bb, d\u00e9clare Linden.<\/p>\n<p>L\u2019espoir est que la compr\u00e9hension du fonctionnement du prion cellulaire offre des alternatives en termes de traitements qui puissent \u00e9galement s\u2019appliquer aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie d\u2019Alzheimer, due \u00e0 l\u2019agglom\u00e9ration de prot\u00e9ines dont la production est contr\u00f4l\u00e9e par le prion sain. \u00abLes approches th\u00e9rapeutiques qui se sont uniquement bas\u00e9es sur ce qu\u2019on savait d\u00e9j\u00e0 sur la forme d\u00e9fectueuse du prion n\u2019ont pas donn\u00e9 de bons r\u00e9sultats\u00bb, d\u00e9clare Linden. Un rem\u00e8de utilis\u00e9 contre le paludisme dans les ann\u00e9es 30, la quinacrine, s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 capable d\u2019inhiber l\u2019agression du prion infectieux dans des exp\u00e9riences in vitro. Mais il n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la maladie de se d\u00e9velopper quand il a \u00e9t\u00e9 test\u00e9 sur des \u00eatres humains. \u00abJusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il n\u2019y a pas de traitement efficace\u00bb, d\u00e9clare Ricardo Nitrini, de l\u2019USP.<\/p>\n<p>Au m\u00eame titre qu\u2019H\u00e9lio Gomes et S\u00e9rgio Rosemberg de l\u2019USP, Leila Chimelli, Nitrini et Vilma Martins de l\u2019UFRJ font partie de l\u2019\u00e9quipe nationale charg\u00e9e du diagnostic de maladies dues au prion et dont la notification est obligatoire depuis 2005. Cette mesure est indispensable pour conna\u00eetre les r\u00e9gions les plus affect\u00e9es et les populations les plus vuln\u00e9rables aux quatre types de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le groupe a analys\u00e9 35 cas suspects entre 2005 et 2007, et 26 de ces cas ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s positifs (la confirmation est faite par l\u2019analyse du tissu c\u00e9r\u00e9bral apr\u00e8s la mort). Il s\u2019agissait de personnes qui avaient spontan\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9 la maladie. Aucun cas ne concernait la consommation de viande contamin\u00e9e. \u00abIl y a certainement une sous-notification de la maladie dans le pays qui devrait normalement repr\u00e9senter 200 cas par an\u00bb, d\u00e9clare Vilma.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de Vilma Martins de l\u2019institut Ludwig de Recherche sur le Cancer Ludwig poursuit \u00e9galement ses recherches sur l\u2019action de la STI-1. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le groupe a constat\u00e9 qu\u2019un fragment de cette mol\u00e9cule, un peptide compos\u00e9 de 16 acides amin\u00e9s, avait la m\u00eame fonction que la prot\u00e9ine enti\u00e8re et qu\u2019il favorisait la formation de la m\u00e9moire chez les souris. Des tests initiaux r\u00e9alis\u00e9s sur des plaques \u00e0 essai montrent que ce peptide inhibe \u00e9galement le d\u00e9veloppement d\u2019une tumeur c\u00e9r\u00e9brale appel\u00e9e glioblastome et qui tue en six mois. C\u2019est pour cette raison que ce fragment de mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 brevet\u00e9 par l\u2019Institut Ludwig en 2007 aux \u00c9tats-Unis. \u00abIl s\u2019agit de donn\u00e9es prometteuses\u00bb, d\u00e9clare Vilma Martins. On ne peut rien dire de plus pour l\u2019instant, il faut attendre la r\u00e9alisation de tests de laboratoire sur les animaux et si tout se d\u00e9roule bien, sur les \u00eatres humains.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]&gt;--><\/p>\n<p>Normal<br \/>\n0<\/p>\n<p>21<\/p>\n<p>false<br \/>\nfalse<br \/>\nfalse<\/p>\n<p>PT-BR<br \/>\nX-NONE<br \/>\nX-NONE<\/p>\n<p>MicrosoftInternetExplorer4<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]&gt;--><\/p>\n<p><!--[if gte mso 10]&gt;--><\/p>\n<p> \/* Style Definitions *\/<br \/>\ntable.MsoNormalTable<br \/>\n{mso-style-name:&#8221;Tabela normal&#8221;;<br \/>\nmso-tstyle-rowband-size:0;<br \/>\nmso-tstyle-colband-size:0;<br \/>\nmso-style-noshow:yes;<br \/>\nmso-style-priority:99;<br \/>\nmso-style-qformat:yes;<br \/>\nmso-style-parent:&#8221;&#8221;;<br \/>\nmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;<br \/>\nmso-para-margin:0cm;<br \/>\nmso-para-margin-bottom:.0001pt;<br \/>\nmso-pagination:widow-orphan;<br \/>\nfont-size:11.0pt;<br \/>\nfont-family:&#8221;Calibri&#8221;,&#8221;sans-serif&#8221;;<br \/>\nmso-ascii-font-family:Calibri;<br \/>\nmso-ascii-theme-font:minor-latin;<br \/>\nmso-fareast-font-family:&#8221;Times New Roman&#8221;;<br \/>\nmso-fareast-theme-font:minor-fareast;<br \/>\nmso-hansi-font-family:Calibri;<br \/>\nmso-hansi-theme-font:minor-latin;<br \/>\nmso-bidi-font-family:&#8221;Times New Roman&#8221;;<br \/>\nmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}<\/p>\n<p><strong><span lang=\"FR\">Projet <\/span><\/strong><span lang=\"FR\">R\u00f4le de la prot\u00e9ine prion cellulaire dans le processus physiologique et\u00a0pathologique II <\/span><strong><span lang=\"FR\">Modalit\u00e9 <\/span><\/strong><span lang=\"FR\">Projet th\u00e9matique <\/span><strong><span lang=\"FR\">Coordonnatrice <\/span><\/strong><span lang=\"FR\">Vilma Regina Martins \u2013 Institut Ludwig\u00a0 <\/span><strong><span lang=\"FR\">Investissement <\/span><\/strong><span lang=\"FR\">R$<\/span><span lang=\"FR\">2.053.618,66.<\/span><\/p>\n<p><em>Article scientifique<br \/>\n<\/em>LINDEN, R.et al. Physiology of the prion protein. <strong>Physiological Reviews<\/strong>. v.88, pp.673-728,2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une prot\u00e9ine essentielle","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1183],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-119884","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-strategies-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119884"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119884\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119884"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=119884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}