{"id":119967,"date":"2013-06-04T13:07:00","date_gmt":"2013-06-04T19:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=119967"},"modified":"2014-09-20T02:43:08","modified_gmt":"2014-09-20T05:43:08","slug":"une-maladie-annoncee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/une-maladie-annoncee\/","title":{"rendered":"Une maladie annonc\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en Septembre 2008<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_120501\" style=\"max-width: 309px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120501\" alt=\"Menace planant sur les m\u00e9tropoles: des villes comme S\u00e3o Paulo pourraient conna\u00eetre une \u00e9pid\u00e9mie au cours des prochaines ann\u00e9es\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/art3632img1.jpg\" width=\"299\" height=\"199\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span>Menace planant sur les m\u00e9tropoles: des villes comme S\u00e3o Paulo pourraient conna\u00eetre une \u00e9pid\u00e9mie au cours des prochaines ann\u00e9es<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>Les grandes villes br\u00e9siliennes sont menac\u00e9es par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une maladie hautement l\u00e9tale, qui atteint chaque ann\u00e9e pr\u00e8s de 3 100 personnes dans le pays et provoque la mort de plus de 90 % d\u2019entre elles en cas de traitement inadapt\u00e9 : la leishmaniose visc\u00e9rale. Provoqu\u00e9e par un parasite d\u2019une seule cellule \u2013 le protozoaire Leishmania chagasi, qui p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cellules de d\u00e9fense de l\u2019organisme et d\u00e9t\u00e9riore la rate, le foie et la m\u0153lle osseuse \u2013, la leishmaniose visc\u00e9rale a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un probl\u00e8me exclusivement sylvestre ou limit\u00e9 aux zones rurales du Br\u00e9sil. Plus maintenant.<\/p>\n<p>Au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, les autorit\u00e9s sanitaires ont commenc\u00e9 \u00e0 identifier les premiers cas d\u2019infection en milieu urbain, au d\u00e9part dans le nord-est. \u00c0 partir de l\u00e0, et pour des raisons encore mal comprises, la leishmaniose visc\u00e9rale s\u2019est urbanis\u00e9e et a envahi le pays : elle a atteint les villes du nord, du centre-ouest et du sud-est. Elle s\u2019est d\u00e9j\u00e0 propag\u00e9e dans 20 des 26 \u00e9tats br\u00e9siliens \u2013 seule la r\u00e9gion sud semble \u00e9pargn\u00e9e \u2013 et frappe aux portes des grandes villes et des villes moyennes. Elle menace des m\u00e9tropoles comme Rio de Janeiro et S\u00e3o Paulo qui, \u00e0 l\u2019image des villes m\u00e9di\u00e9vales fortifi\u00e9es, ne pourront peut-\u00eatre pas contenir l\u2019avanc\u00e9e de la maladie avec leurs murailles de maisons et de b\u00e2timents.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de soixante-dix ans apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par le m\u00e9decin Evandro Chagas dans la revue Science comme la cause d\u2019une nouvelle forme de leishmaniose visc\u00e9rale, diff\u00e9rente de celle observ\u00e9e en Europe et en Inde, le parasite Leishmania chagasi et l\u2019insecte qui le transmet aux \u00eatres humains au Br\u00e9sil continuent de d\u00e9fier les chercheurs et les autorit\u00e9s sanitaires publiques. Durant cette p\u00e9riode, la population br\u00e9silienne alors majoritairement rurale jusqu\u2019au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier est devenue urbaine \u2013 aujourd\u2019hui, huit Br\u00e9siliens sur dix vivent en ville \u2013 et a migr\u00e9 d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre en qu\u00eate de travail. L\u2019apparition des villes a entra\u00een\u00e9 l\u2019abattage de 30 % des for\u00eats du pays, le milieu naturel du parasite de la leishmaniose pr\u00e9sent sur des animaux comme le renard des savanes (Cerdocyon thous) et le renard chenu (Lycalopex vetulus), ainsi que de son vecteur, l\u2019insecte Lutzomyia longipalpis.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quemment, la maladie s\u2019est propag\u00e9e et le nombre de cas a augment\u00e9. En 1985, le parasitologue de l\u2019\u00e9tat du Par\u00e1 Le\u00f4nidas Deane (qui a int\u00e9gr\u00e9 la commission dirig\u00e9e par Chagas) a r\u00e9pertori\u00e9 8 959 cas de leishmaniose visc\u00e9rale au Br\u00e9sil depuis les premiers cas identifi\u00e9s par Henrique Penna en 1932. Ce tableau s\u2019est aggrav\u00e9. Le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a enregistr\u00e9 53 480 cas entre 1990 et 2007, dont 1 750 mortels. La leishmaniose visc\u00e9rale est \u00e9galement devenue plus agressive. En 2000, elle tuait 3 personnes sur 100 porteuses de la maladie. Aujourd\u2019hui, le nombre est pass\u00e9 \u00e0 7. Le m\u00e9decin de sant\u00e9 publique Carlos Henrique Nery Costa, de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de l\u2019\u00e9tat du Piau\u00ed (UFPI), met en garde : \u00ab Au cours des cinq prochaines ann\u00e9es, il pourrait y avoir une \u00e9pid\u00e9mie dans la ville de S\u00e3o Paulo \u00bb. Professionnel chevronn\u00e9, Costa \u00e9tudie la transmission de la leishmaniose visc\u00e9rale depuis pr\u00e8s de 20 ans ; il a analys\u00e9 en d\u00e9tail les causes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie qui a marqu\u00e9 l\u2019urbanisation r\u00e9cente de la maladie : les 1000 cas enregistr\u00e9s dans la ville de Teresina entre 1981 et 1985. Une \u00e9pid\u00e9mie suivie d\u2019une autre pratiquement dix ans plus tard, avec plus de 1 200 cas.<\/p>\n<p>Pendant que la capitale de l\u2019\u00e9tat du Piau\u00ed (Teresina) traitait ses malades et tentait de comprendre les causes du probl\u00e8me, des villes \u00e0 plus de 100 kilom\u00e8tres de l\u00e0 \u2013 dont S\u00e3o Lu\u00eds (Maranh\u00e3o), Santar\u00e9m (Par\u00e1), Montes Claros (Minas Gerais) et Corumb\u00e1 (Mato Grosso do Sul) \u2013 assistaient \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la leishmaniose visc\u00e9rale. \u00ab La maladie est apparue dans ces endroits de mani\u00e8re subite, sans cause d\u00e9finie \u00bb, souligne Costa.<\/p>\n<p>Dans le centre-sud du pays, le sc\u00e9nario a \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent. Peu apr\u00e8s l\u2019augmentation des cas urbains de leishmaniose visc\u00e9rale \u00e0 Corumb\u00e1 (situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest du Pantanal du Mato Grosso do Sul, \u00e0 la fronti\u00e8re avec la Bolivie), la maladie a rapidement travers\u00e9 l\u2019\u00e9tat en direction de l\u2019est. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 19990, elle avait d\u00e9j\u00e0 atteint Campo Grande, la capitale, et Tr\u00eas Lagoas, qui fait fronti\u00e8re avec l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo. Elle a suivi le chemin du gazoduc Br\u00e9sil-Bolivie, qui emprunte le trac\u00e9 du fleuve Tiet\u00ea en direction de la ville de S\u00e3o Paulo, et celui de la route BR-262, qui relie Corumb\u00e1 \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019Esp\u00edrito Santo. Des donn\u00e9es constat\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe de l\u2019\u00e9pid\u00e9miologiste Suely Antonialli de l\u2019\u00c9cole de Sant\u00e9 Publique Jorge David Nasser de Campo Grande, dans un article en 2007 dans le Journal of Infection.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Tr\u00eas Lagoas, elle a rapidement travers\u00e9 le fleuve Paran\u00e1 pour se propager dans le nord-est de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo en direction de la capitale. Depuis la d\u00e9tection de l\u2019insecte en 1997, de la maladie sur des chiens en 1998 et du premier cas humain \u00e0 Ara\u00e7atuba en 1999, la leishmaniose visc\u00e9rale s\u2019est install\u00e9e dans l\u2019\u00e9tat et se r\u00e9pand silencieusement en suivant le trajet de la route Marechal Rondon (SP-300) \u2013 la principale voie d\u2019acc\u00e8s entre l\u2019\u00e9tat du Mato Grosso do Sul et la ville de S\u00e3o Paulo. Sur pr\u00e8s de dix ans, le Centre de Surveillance \u00c9pid\u00e9miologique (CVE) de S\u00e3o Paulo a enregistr\u00e9 1 258 cas dans 49 villes de l\u2019\u00e9tat, et 112 d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Vera Lucia Camargo-Neves, \u00e9pid\u00e9miologiste et chercheuse au CVE, \u00ab dans l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo la maladie est en train de se d\u00e9placer de l\u2019ouest vers l\u2019est, et elle peut atteindre la capitale \u00bb. En analysant la diss\u00e9mination de la leishmaniose visc\u00e9rale, la chercheuse a constat\u00e9 que chaque ann\u00e9e le parasite avan\u00e7ait de 30 kilom\u00e8tres vers S\u00e3o Paulo, transport\u00e9 par un insecte d\u2019\u00e0 peine plus de 3 millim\u00e8tres, aux pattes et aux ailes recouvertes de poils : le Lutzomyia longipalpis, ou phl\u00e9botome, connu au Br\u00e9sil sous les noms de mosquito-palha, cangalha ou tatuquira.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es montrent que t\u00f4t ou tard la maladie est susceptible d\u2019atteindre la plus grande m\u00e9tropole d\u2019Am\u00e9rique du Sud, o\u00f9 vivent 19 millions de personnes. Le d\u00e9partement de surveillance sanitaire a identifi\u00e9 il y a deux ans un enfant victime de leishmaniose visc\u00e9rale \u00e0 Vila Prudente, un quartier de S\u00e3o Paulo. Peu diffus\u00e9 par le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00e9tat \u00e0 la Sant\u00e9, le cas continue d\u2019\u00eatre analys\u00e9, car on ne sait pas encore comment il est apparu. Mais ce n\u2019est pas le premier. Deux autres ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s il y a de cela 30 ans par Lygia Iversson, alors chercheuse \u00e0 la Facult\u00e9 de Sant\u00e9 Publique de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP). En mars 1979, Iversson a identifi\u00e9 un porteur de leishmaniose visc\u00e9rale \u00e0 Diadema, dans la banlieue de S\u00e3o Paulo. Deux ann\u00e9es auparavant, elle avait \u00e9galement enregistr\u00e9 le cas d\u2019un enfant de 2 ans qui n\u2019avait jamais quitt\u00e9 la capitale.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les 3 cas n\u2019ont pu \u00eatre expliqu\u00e9s ; l\u2019insecte vecteur n\u2019a \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9 dans aucune des 39 villes de la r\u00e9gion m\u00e9tropolitaine de S\u00e3o Paulo, m\u00eame si en 2002 des chiens contamin\u00e9s par la Leishmania chagasi ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans les villes de Cotia et Imbu. Dans les cas pr\u00e9sents, d\u2019autres esp\u00e8ces d\u2019insectes du genre Lutzomyia, vecteurs du parasite Leishmania braziliensis, ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9es. Ce parasite est \u00e0 l\u2019origine de la forme la plus commune et la moins grave de la maladie : la leishmaniose cutan\u00e9e, qui entra\u00eene des l\u00e9sions et des ulc\u00e8res d\u2019aspect d\u00e9sagr\u00e9able sur la peau. Luiz Jacinto da Silva, \u00e9pid\u00e9miologiste et superintendant de la Sucen lorsque furent d\u00e9tect\u00e9s les premiers cas dans l\u2019\u00e9tat et qui continue de suivre le probl\u00e8me de pr\u00e8s, d\u00e9clare : \u00ab On suspecte l\u2019insecte captur\u00e9 dans la banlieue de S\u00e3o Paulo d\u2019\u00eatre une esp\u00e8ce qui ne transmet la leishmaniose qu\u2019aux chiens. [&#8230;] Rien ne permet d\u2019affirmer avec certitude que la leishmaniose visc\u00e9rale atteindra la ville de S\u00e3o Paulo \u00bb.<\/p>\n<p>M\u00eame si elle n\u2019atteint pas la capitale, la diss\u00e9mination de la maladie dans des grandes villes et des villes moyennes comme Bauru (\u00e9tat de S\u00e3o Paulo) et Belo Horizonte (Minas Gerais) inqui\u00e8te les autorit\u00e9s sanitaires. Plus le nombre de personnes vivant dans la r\u00e9gion o\u00f9 se trouve le parasite et son vecteur est \u00e9lev\u00e9, plus le risque d\u2019attraper la maladie est grand. Et les trois principales mesures de contr\u00f4le adopt\u00e9es il y a un demi-si\u00e8cle \u2013 insecticides, \u00e9limination des chiens malades ou suspect\u00e9s d\u2019\u00eatre infect\u00e9s et traitement des cas humains \u2013 n\u2019ont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent pas permis d\u2019emp\u00eacher l\u2019expansion de la maladie. D\u2019apr\u00e8s Costa, \u00ab la leishmaniose visc\u00e9rale tue pr\u00e8s de 200 personnes par an, plus que la dengue et la malaria r\u00e9unies, et elle est plus difficile \u00e0 contr\u00f4ler que ce que l\u2019on pensait \u00bb.<\/p>\n<p>On soup\u00e7onne les migrations internes \u2013 en particulier du nord-est vers le sud-est \u2013 d\u2019avoir favoris\u00e9 la diss\u00e9mination de la leishmaniose visc\u00e9rale dans le pays. N\u00e9anmoins, d\u2019autres facteurs peuvent avoir collabor\u00e9 au processus. Vivant au Br\u00e9sil depuis 43 ans, le parasitologue anglais Jeffrey Jon Shaw \u00e9tudie le cycle de vie des protozoaires du genre Leishmania et de ses vecteurs. Il pense que l\u2019insecte vecteur de la leishmaniose visc\u00e9rale s\u2019est tr\u00e8s bien adapt\u00e9 aux villes : \u00ab Nous sommes en train de cr\u00e9er des environnements propices \u00e0 la prolif\u00e9ration du vecteur, comme l\u2019humidit\u00e9 et les aliments en grande quantit\u00e9 \u00bb. Shaw est professeur retrait\u00e9 de l\u2019USP et actuellement chercheur de la Fondation Tropicale de Recherche et de Technologie Andr\u00e9 Tosello, de Campinas.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas encore possible d\u2019identifier un mod\u00e8le de diss\u00e9mination pour toutes les zones du pays. On ne sait pas si les populations d\u2019insectes qui se trouvent aujourd\u2019hui \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de plusieurs villes existaient d\u00e9j\u00e0 avant o\u00f9 si elles ont migr\u00e9 vers des r\u00e9gions o\u00f9 la v\u00e9g\u00e9tation est mieux pr\u00e9serv\u00e9e. Shaw croit aux deux possibilit\u00e9s : \u00ab \u00c0 Belo Horizonte, il est quasiment certain qu\u2019il y a eu une invasion de moustiques \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, mais dans d\u2019autres \u00e9tats il est possible que les populations qui vivaient dans les for\u00eats bordant les fleuves se soient propag\u00e9es \u00bb, observe le chercheur qui \u00e9tudie la dynamique des populations de Lutzomyia \u00e0 S\u00e3o Paulo, Mato Grosso do Sul et Pernambuco.<\/p>\n<p>Costa, de l\u2019UFPI, pense diff\u00e9remment. Pour lui, la diss\u00e9mination de l\u2019insecte vecteur de la maladie est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019arbres exotiques tels que les acacias, aux petites feuilles et aux fleurs jaunes, dans les projets d\u2019urbanisation des villes. Ses soup\u00e7ons ne sont pas sans fondement. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de la premi\u00e8re \u00e9pid\u00e9mie dans les ann\u00e9es 1980, la ville de Teresina avait plant\u00e9 de nombreux acacias. Au m\u00eame moment, le Soudan connaissait une \u00e9pid\u00e9mie d\u00e9vastatrice qui allait causer la mort de 100 000 personnes. Or, les familles atteintes vivaient principalement sous des bosquets d\u2019acacias, une source possible de nectar pour les insectes. D\u2019autres indices montrent que le nectar de certaines plantes favorise la prolif\u00e9ration des parasites dans l\u2019intestin des insectes.<\/p>\n<div id=\"attachment_120503\" style=\"max-width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120503\" alt=\"A c\u00f5te du danger: le nombre \u00e9lev\u00e9 de chiens augmente le risque de transmission\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Leish_cao.jpg\" width=\"200\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\"> MIGUEL BOYAYAN<\/span>A c\u00f5te du danger: le nombre \u00e9lev\u00e9 de chiens augmente le risque de transmission<span class=\"media-credits\"> MIGUEL BOYAYAN<\/span><\/p><\/div>\n<p>Il faut encore prouver scientifiquement qu\u2019il s\u2019agit effectivement de cela au Br\u00e9sil. Mais il est certain que la r\u00e9duction des zones de v\u00e9g\u00e9tation naturelle a amen\u00e9 les insectes \u00e0 s\u2019adapter aux parcs et aux jardins des maisons, fr\u00e9quents en province. \u00c0 la diff\u00e9rence du moustique de la dengue (Aedes aegypti) qui a besoin d\u2019eau pour se reproduire, la femelle du Lutzomyia longipalpis pond sur des surfaces humides comme les pierres et les feuilles en contact avec le sol. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9closion des \u0153ufs, les larves se nourrissent de mati\u00e8re organique rencontr\u00e9e sur le sol pour ensuite se transformer en insectes adultes. D\u00e8s que les ailes et le reste du corps sont form\u00e9s, les adultes se nourrissent du nectar des plantes et se posent, toujours avec les ailes en mouvement, sur des zones humides et ombrag\u00e9es. Les femelles partent en fin de journ\u00e9e en qu\u00eate du sang n\u00e9cessaire pour y d\u00e9poser leurs \u0153ufs. Elles effectuent des vols courts, sautillants et piquent les parties d\u00e9couvertes du corps.<\/p>\n<p>La piq\u00fbre est douloureuse. Quand elle pique, la femelle pratique une petite incision sur la peau pour y injecter de la salive et des substances qui augmentent le calibre des vaisseaux sanguins et emp\u00eachent la coagulation du sang. Pendant qu\u2019elle se nourrit, elle r\u00e9gurgite les formes du parasite qui ne se reproduisent que dans son appareil digestif. Une d\u00e9couverte r\u00e9cente montre qu\u2019une fois dans le sang le parasite profite du m\u00e9canisme d\u2019action du syst\u00e8me de d\u00e9fense et se cache avant d\u2019envahir d\u2019autres cellules et de se reproduire.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de David Sacks, des Instituts Nationaux sur la Sant\u00e9 des \u00c9tats-Unis, a plac\u00e9 des femelles de l\u2019insecte Phlebotomus duboscqi \u2013 vectrices de la Leishmania major, capable d\u2019infecter des animaux de laboratoire \u2013 sur l\u2019oreille de souris pour qu\u2019elles se nourrissent. Avec un microscope permettant de montrer des images des tissus d\u2019animaux vivants, ils ont accompagn\u00e9 le combat contre les parasites. D\u00e8s que le syst\u00e8me immunologique des rongeurs identifie l\u2019invasion, les neutrophiles ou cellules de d\u00e9fense se d\u00e9placent vers la r\u00e9gion de la piq\u00fbre. En un peu plus d\u2019une demi-heure, les neutrophiles ont d\u00e9j\u00e0 englob\u00e9 la plus grande partie des parasites et essaient de les d\u00e9truire avec un bain d\u2019enzymes digestives. Comme ils ne vivent que quelques heures, les neutrophiles sont ensuite dig\u00e9r\u00e9s par d\u2019autres cellules de d\u00e9fense : les macrophages, qui sont en quelque sorte une \u00e9quipe de nettoyage.<\/p>\n<p>Les chercheurs ont remarqu\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la mort des neutrophiles les parasites vivants se rapprochaient des macrophages, les cellules dans lesquelles ils s\u2019installent et se reproduisent. Dans un article publi\u00e9 le 15 ao\u00fbt dans Science, l\u2019\u00e9quipe de Sacks a nomm\u00e9 cette strat\u00e9gie \u00ab cheval de Troie \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la tactique utilis\u00e9e par les Grecs et racont\u00e9e par Hom\u00e8re pour franchir les murailles de Troie. Tout indique que cette man\u0153uvre permet au Leishmania chagasi de p\u00e9n\u00e9trer dans les macrophages de l\u2019\u00eatre humain et d\u2019autres mammif\u00e8res pour ab\u00eemer le foie, la rate et la m\u0153lle osseuse, affaiblissant le syst\u00e8me de d\u00e9fense et provoquant les sympt\u00f4mes typiques de la leishmaniose visc\u00e9rale : fi\u00e8vre intermittente qui dure plusieurs semaines, gonflement de la rate et du foie, perte d\u2019app\u00e9tit et affaiblissement. Selon Costa, \u00ab les m\u00e9decins doivent \u00eatre attentifs \u00e0 ces sympt\u00f4mes dans tout le pays. [&#8230;] Si le patient pr\u00e9sente une fi\u00e8vre prolong\u00e9e sans raison apparente, une p\u00e2leur et une augmentation de la rate, il faut demander un examen de la m\u0153lle osseuse pour \u00e9liminer la suspicion de leishmaniose \u00bb.<\/p>\n<p>Du point de vue de la sant\u00e9 publique, on tente de contr\u00f4ler la population du phl\u00e9botome en appliquant l\u2019insecticide deltam\u00e9thrine sur les foyers de leishmaniose. Mais m\u00eame cette mesure, aujourd\u2019hui \u00e0 la charge des municipalit\u00e9s, n\u2019est pas toujours efficace. L\u2019insecticide a une dur\u00e9e d\u2019action de trois mois et il doit \u00eatre appliqu\u00e9 sur les maisons mur apr\u00e8s mur. N\u00e9anmoins, les insectes ne meurent pas toujours. Parfois ils tombent simplement par terre pour se relever un peu plus tard et reprendre leur vol. D\u2019apr\u00e8s Vera Camargo, \u00ab on ne sait pas encore comment appliquer l\u2019insecticide de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019il atteigne un plus grand nombre d\u2019insectes \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e du phl\u00e9botome dans les villes s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un facteur aggravant. En plus de l\u2019ombre et de la terre fra\u00eeche des jardins, l\u2019insecte a rencontr\u00e9 une formidable source de sang que les personnes aiment avoir aupr\u00e8s d\u2019elles : le chien. Ce dernier attrape facilement la maladie et devient aussi malade que ses propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Pour contr\u00f4ler l\u2019avanc\u00e9e de la leishmaniose, le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 pr\u00e9conise l\u2019\u00e9limination des chiens infect\u00e9s. Pol\u00e9mique, cette mesure utilis\u00e9e isol\u00e9ment n\u2019est pas pour autant suffisante. Dans plusieurs \u00e9tats, la population de chiens est \u00e9lev\u00e9e \u2013 \u00e0 S\u00e3o Paulo, on compte un chien pour 4 habitants, alors que l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 estime que le nombre id\u00e9al est de un pour dix \u2013 et le taux d\u2019infection atteint 20 % des animaux dans certaines municipalit\u00e9s. D\u2019autre part, les propri\u00e9taires des chiens ont du mal \u00e0 faire sacrifier leur fid\u00e8le compagnon. Maria Cec\u00edlia Luvizotto, v\u00e9t\u00e9rinaire de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo (Unesp) \u00e0 Ara\u00e7atuba, a identifi\u00e9 le premier chien infect\u00e9 en 1998 : \u00ab Les personnes ne donnent leur chien que quand elles d\u00e9couvrent que quelqu\u2019un du voisinage est mort de leishmaniose visc\u00e9rale \u00bb.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes men\u00e9es dans diff\u00e9rentes villes indiquent que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des chiens identifi\u00e9s comme \u00e9tant porteurs de la leishmaniose sont \u00e9limin\u00e9s. Des v\u00e9t\u00e9rinaires et des groupes de d\u00e9fense des animaux critiquent la strat\u00e9gie car ils estiment que les tests diagnostiques ne sont pas toujours fiables. Pour la parasitologue C\u00e9lia Gontijo de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) \u00e0 Belo Horizonte, \u00ab le test ne permet pas de distinguer la leishmaniose visc\u00e9rale de la leishmaniose cutan\u00e9e, ni de savoir si le chien a \u00e9t\u00e9 vaccin\u00e9 contre la maladie. [&#8230;] Le test peut aussi sugg\u00e9rer que l\u2019animal est atteint de leishmaniose alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il souffre de maladies curables, comme la babesia canis.<\/p>\n<p>Pour tenter de r\u00e9duire les erreurs, Olindo Martins Filho et Renata Andrada (membres de la Fiocruz de l\u2019\u00e9tat du Minas Gerais) ont d\u00e9velopp\u00e9 un test qui permet de diff\u00e9rencier le r\u00e9sultat positif provoqu\u00e9 par l\u2019infection de celui caus\u00e9 par le vaccin \u2013 un travail d\u00e9crit en 2007 dans la revue Veterinary Imunology and Immunopathology. Actuellement, ils essaient de l\u2019utiliser pour distinguer la forme visc\u00e9rale de la cutan\u00e9e. C\u00e9lia Gontijo a elle-m\u00eame obtenu des r\u00e9sultats plus pr\u00e9cis que ceux des tests traditionnels en utilisant la technique de r\u00e9action en cha\u00eene par polym\u00e9rase (PCR), qui identifie l\u2019ADN du parasite. D\u2019autres groupes testent l\u2019emploi de colliers de chiens avec de la deltam\u00e9thrine, qui \u00e9loignerait les insectes pendant plusieurs mois. Le collier co\u00fbte environ 20 euros et doit \u00eatre chang\u00e9 de temps en temps. Richard Reithinger, de la Fiocruz de Minas Gerais, a compar\u00e9 en 2004 l\u2019utilisation du collier et l\u2019euthanasie. Il a d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019utilisation du collier \u00e9tait une alternative viable si les personnes l\u2019utilisaient correctement.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ), l\u2019\u00e9quipe de Clarisa Palatnik de Souza a d\u00e9velopp\u00e9 un vaccin sur la base d\u2019antig\u00e8nes du parasite, qui n\u2019est utilis\u00e9 que dans les cliniques priv\u00e9es. Le vaccin a re\u00e7u l\u2019agr\u00e9ment du Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture en 2003, mais le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 \u2013 responsable du contr\u00f4le de la leishmaniose \u2013 n\u2019a pas encore autoris\u00e9 son utilisation comme mesure de protection pr\u00e9ventive en masse. La principale critique \u00e0 l\u2019encontre du vaccin est qu\u2019il n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 test\u00e9 que sur de petits groupes d\u2019animaux. Mais la d\u00e9cision des autorit\u00e9s sanitaires est d\u00e9sormais susceptible de changer depuis la publication de tests plus r\u00e9cents dans le num\u00e9ro d\u2019ao\u00fbt de Vaccine. Clarisa Palatnik de Souza a suivi pendant deux ans deux groupes de chiens (550 vaccin\u00e9s et 588 non vaccin\u00e9s) \u00e0 Andradina, une ville de la province de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo o\u00f9 la leishmaniose visc\u00e9rale est end\u00e9mique. Le vaccin a prot\u00e9g\u00e9 les animaux dans 99 % des cas.<\/p>\n<p>Certains sp\u00e9cialistes voient dans le vaccin pr\u00e9ventif une issue pour prot\u00e9ger les chiens, vu que le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a interdit en juillet dernier l\u2019utilisation de m\u00e9dicaments humains pour traiter la leishmaniose canine. N\u00e9anmoins, il faut rester prudent. Bien qu\u2019ils aillent cliniquement mieux, les chiens ne sont pas gu\u00e9ris et peuvent continuer \u00e0 transmettre le parasite aux insectes qui les piquent. D\u2019autre part, le risque est que le traitement favorise la s\u00e9lection de souches du Leishmania chagasi r\u00e9sistantes aux m\u00e9dicaments humains \u2013 antimoine pentavalent, amphot\u00e9ricine B et pentamidine.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des d\u00e9cennies sans nouveaux composants pour traiter les \u00eatres humains, une \u00e9tude publi\u00e9e en juin dans Plos Neglected Tropical Diseases montre une avanc\u00e9e importante. \u00c0 l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP), les parasitologues Silvia Uliana et Danilo Miguel ont prouv\u00e9 que le tamoxif\u00e8ne, utilis\u00e9 dans le traitement et la pr\u00e9vention du cancer du sein, est efficace dans la lutte contre l\u2019infection par Leishmania amazonensis sur des souris. D\u00e9sormais ils pr\u00e9voient de r\u00e9p\u00e9ter les tests contre la Leishmania chagasi sur des hamsters, avant d\u2019\u00e9valuer les effets sur un petit nombre de patients. L\u2019avantage du tamoxif\u00e8ne sur les m\u00e9dicaments nouveaux est que son m\u00e9canisme d\u2019action est d\u00e9j\u00e0 connu et que son innocuit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e. \u00ab Malgr\u00e9 tout \u00bb, affirme Silvia Uliana, \u00ab il faut compter encore trois ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes \u00bb.<\/p>\n<p>Parmi les composants test\u00e9s contre la leishmaniose, au moins l\u2019un d\u2019eux a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9 au Br\u00e9sil par le r\u00e9seau de recherches Farmabrasilis : le P-MAPA, sigle de l\u2019anhydride polym\u00e9rique phospholinol\u00e9ate de magn\u00e9sium et ammonium prot\u00e9ique. Les tests men\u00e9s au Br\u00e9sil et aux \u00c9tats-Unis ont montr\u00e9 son efficacit\u00e9 contre la bact\u00e9rie Listeria monocytoges, dont le m\u00e9canisme de survie dans l\u2019organisme est similaire \u00e0 celui des protozoaires du genre Leishmania.<\/p>\n<p><em>Articles scientifiques<\/em><br \/>\n1. CHAGAS, E. Visceral leishmaniasis in Brazil. <strong>Science<\/strong>. v. 84 (2183), pp. 397-398. 30 ao\u00fbt. 1936.<br \/>\n2. PETERS, N.C. et al. In vivo imaging reveals an essential role for neutrophils in leishmaniasis transmited by sand flies. <strong>Science.<\/strong> v. 321. pp. 970-974. 15 ao\u00fbt. 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une maladie annonc\u00e9e","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1183],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-119967","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-strategies-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119967","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119967"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119967\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119967"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119967"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119967"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=119967"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}