{"id":119993,"date":"2013-06-04T16:22:54","date_gmt":"2013-06-04T19:22:54","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=119993"},"modified":"2013-06-05T16:46:58","modified_gmt":"2013-06-05T19:46:58","slug":"manuel-durgence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/manuel-durgence\/","title":{"rendered":"Manuel d\u2019urgence"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en novembre 2007<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_120507\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120507\" alt=\"Jaguar: sa mauvaise r\u00e9putation est dueaux attaques de tropeaux non prot\u00e9g\u00e9s car son propre environnement ne lui offre plus la nourriture n\u00e9cessaire\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Biota_onca4.jpg\" width=\"300\" height=\"202\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">FABIO COLOMBINI<\/span>Jaguar: sa mauvaise r\u00e9putation est dueaux attaques de tropeaux non prot\u00e9g\u00e9s car son propre environnement ne lui offre plus la nourriture n\u00e9cessaire<span class=\"media-credits\">FABIO COLOMBINI<\/span><\/p><\/div>\n<p>Pr\u00e9parez-vous \u00e0 certaines surprises. \u00c0 moins de 300 kilom\u00e8tres de la capitale de l\u2019\u00e9tat le plus industrialis\u00e9 du pays et symbolis\u00e9 par une m\u00e9tropole bruyante, des gens stress\u00e9s et des champs de canne \u00e0 sucre s\u2019\u00e9tendant \u00e0 perte de vue dans les plaines de province, vivent encore des jaguars et des pumas. On trouve \u00e9galement des cerfs du pantanal et des jaburus sur les terres inond\u00e9es \u00e0 l\u2019ouest, des arbres avec des troncs remplis de fourmis au milieu des plantes Triplaris americana et des buritis, de grands palmiers \u00e9l\u00e9gants. Au Sud-ouest se trouve une for\u00eat o\u00f9 poussent inexplicablement et en abondance des pitangueiras (Eugenia uniflora), des jabuticabeiras (Myrciaria cauliflora) des cambu\u00eds (Myrcia multiflora), des goyaviers fraise, des uvaias (Eugenia uvalha) et d\u2019autres arbres de la famille des myrtac\u00e9es, ainsi que des plantes moins connues comme les gabirobeiras (Campomanesia xanthocarpa Berg) et les pi\u00fanas (Terminalia januariensis) qui au printemps et en \u00e9t\u00e9 nourrissent les oiseaux et les singes gr\u00e2ce \u00e0 leurs fruits succulents et charnus, formant un immense verger parfum\u00e9.<\/p>\n<p>Les biologistes ont d\u00e9cid\u00e9 de nous faire profiter de ces raret\u00e9s. 160 chercheurs du Programme Biota Fapesp, en partenariat avec le Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement, ont \u00e9labor\u00e9 3 cartes g\u00e9n\u00e9rales et huit autres th\u00e9matiques consid\u00e9rant chaque groupe d\u2019animaux et de plantes, pour montrer la richesse ou les zones d\u00e9truites de for\u00eats et du Cerrado (savane arbor\u00e9e) paulistes, comme mentionn\u00e9 sur l\u2019affiche de cette publication ou sur le site www.biota.org.br\/info\/wap2006). Ces cartes sont le fruit de pr\u00e8s de 10 ans de recherches et devront orienter le travail de pr\u00e9servation et d\u2019agrandissement des for\u00eats qui contiennent la vraie vie sauvage de cet \u00e9tat. Les quelques restes de v\u00e9g\u00e9tation forment des environnements tr\u00e8s vari\u00e9s, comme les for\u00eats humides du littoral qui rappellent l\u2019Amazonie et les for\u00eats s\u00e8ches de l\u2019int\u00e9rieur qui ressemblent \u00e0 la Caatinga (for\u00eat \u00e9pineuse) du Nordeste br\u00e9silien.<\/p>\n<p>Ces cartes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9tude portant sur la r\u00e9partition de 3 326 esp\u00e8ces de plantes et d\u2019animaux, consid\u00e9r\u00e9es strat\u00e9giques pour pr\u00e9server les espaces naturels de l\u2019\u00e9tat. Ces cartes, appel\u00e9es Directives pour la Pr\u00e9servation et la Restauration de la Biodiversit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo, proposent deux lignes d\u2019action simultan\u00e9es. La premi\u00e8re concerne la cr\u00e9ation de 10 \u00e0 15 unit\u00e9s de pr\u00e9servation et de protection int\u00e9grale dans des zones poss\u00e9dant une grande richesse biologique et indiqu\u00e9es sur l\u2019une des cartes. C\u2019est le cas d\u2019une zone exub\u00e9rante de For\u00eat Atlantique situ\u00e9e entre trois parcs nationaux aux alentours de la commune d\u2019Itapeva, dans le sud de l\u2019\u00e9tat, et qui appartient aujourd\u2019hui \u00e0 des particuliers. La serra do Japi est une r\u00e9gion \u00e9galement menac\u00e9e par l\u2019expansion des villes proches de la capitale et elle est strat\u00e9gique car elle pourrait relier les for\u00eats l\u00e9galement pr\u00e9serv\u00e9es de la serra da Mantiqueira avec celles du sud de l\u2019\u00e9tat de Minas Gerais.<\/p>\n<p>Ces nouvelles zones d\u2019environ 25 mille hectares pourraient s\u2019ajouter aux 800 mille hectares d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9serv\u00e9s dans 28 unit\u00e9s de pr\u00e9servation int\u00e9grale (100 hectares repr\u00e9sentent 1 kilom\u00e8tre carr\u00e9). Cependant, cette possibilit\u00e9 est difficilement r\u00e9alisable car la pr\u00e9servation des for\u00eats est on\u00e9reuse et prend du temps. En effet, l\u2019\u00e9tat devrait acheter les terres priv\u00e9es et indemniser les habitants locaux avant d\u2019implanter et de g\u00e9rer ces nouvelles zones. La deuxi\u00e8me alternative propos\u00e9e dans la deuxi\u00e8me carte g\u00e9n\u00e9rale pourrait \u00eatre plus rapide. Il s\u2019agirait d\u2019inciter les propri\u00e9taires terriens \u00e0 prot\u00e9ger les for\u00eats se trouvant sur leurs propri\u00e9t\u00e9s. \u00abSi tous les propri\u00e9taires ruraux respectaient la loi qui les oblige \u00e0 pr\u00e9server 20 % de la v\u00e9g\u00e9tation native, il y aurait d\u00e9j\u00e0 une croissance monumentale des zones vertes\u00bb, d\u00e9clare Marco Aur\u00e9lio Nalon, vice-directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut Forestier et l\u2019un des coordonnateurs de ces travaux. Les zones actuelles de for\u00eats natives, appel\u00e9es R\u00e9serves L\u00e9gales, repr\u00e9sentent environ 10 % des propri\u00e9t\u00e9s rurales de l\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<p>\u00abPour prendre les bonnes d\u00e9cisions et choisir les zones qui devront se transformer en R\u00e9serves l\u00e9gales nous avons besoin d\u2019informations pr\u00e9cises\u00bb, d\u00e9clare Helena Carrascosa von Glehn, ing\u00e9nieur agronome qui coordonne les \u00e9quipes de contr\u00f4le environnemental et de pr\u00e9servation des ressources naturelles d\u00e9pendant du Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement. \u00abMaintenant nous pourrons mieux travailler car nous aurons davantage d\u2019arguments\u00bb. Son \u00e9quipe est compos\u00e9e de 320 techniciens qui collaborent avec les 2 200 policiers charg\u00e9s du contr\u00f4le environnemental et pourra enfin expliquer aux fermiers et aux \u00e9leveurs les plus ent\u00eat\u00e9s ce qu\u2019ils ont l\u00e9galement le droit de faire sur leurs propri\u00e9t\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la carte des zones prioritaires destin\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation de r\u00e9serves priv\u00e9es \u00e0 pr\u00e9server ou \u00e0 restaurer. Les couloirs \u00e9cologiques pourront ainsi augmenter d\u2019environ mille hectares en reliant les restes de for\u00eats comme cela est propos\u00e9 dans une des cartes de synth\u00e8se.<\/p>\n<p>Les cartes deviendront ainsi un type de Constitution Verte qui devra \u00eatre \u00e9galement adopt\u00e9e par d\u2019autres Secr\u00e9tariats pour que les projets de construction de routes ou de lignes \u00e9lectriques, par exemple, soient refus\u00e9s par le Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement s\u2019ils venaient \u00e0 ne pas respecter les recommandations de la carte. La Chambre de Compensation Environnementale oblige \u00e9galement les entrepreneurs \u00e0 investir 0,5 % du montant total des ouvrages pr\u00e9judiciables \u00e0 l\u2019environnement dans des unit\u00e9s de pr\u00e9servation. \u00abLes cartes seront la base de toute la planification strat\u00e9gique environnementale de l\u2019\u00e9tat\u00bb, souligne le biologiste Carlos Alfredo Joly, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Publique de Campinas (Unicamp) et premier coordonnateur du Programme Biota-FAPESP.<\/p>\n<p>Carlos Alfredo Joly d\u00e9clare qu\u2019il se bat depuis dix ans pour utiliser des informations scientifiques au profit d\u2019une gestion environnementale. Ce combat a d\u00e9marr\u00e9 avec le secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat \u00e0 l\u2019environnement de l\u2019\u00e9poque, F\u00e1bio Feldmann, mais sans grands r\u00e9sultats car la connaissance sur la diversit\u00e9 des plantes et des animaux de l\u2019\u00e9tat \u00e9tait tr\u00e8s limit\u00e9e et les chercheurs et les organismes de gestion ne parvenaient pas \u00e0 d\u00e9finir les priorit\u00e9s et le rythme de travail \u00e0 adopter. \u00c0 partir du mois de mars 1999, les chercheurs paulistes du Programme Biota-FAPESP ont commenc\u00e9 \u00e0 remplir ces lacunes et \u00e0 transformer la base de donn\u00e9es qu\u2019ils utilisaient en outil permettant de formuler et d\u2019am\u00e9liorer les politiques publiques de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo.<\/p>\n<p>Cependant, beaucoup de for\u00eats ont disparu. \u00abDe nombreuses zones naturelles sont toujours d\u00e9truites par le feu, par l\u2019exploitation du bois ou pour la chasse et sont souvent oubli\u00e9es car elles sont trop petites ou trop isol\u00e9es\u00bb, souligne Ricardo Ribeiro Rodrigues, coordonnateur actuel du Biota et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) \u00e0 Piracicaba. \u00abNous devons modifier cette situation\u00bb. La v\u00e9g\u00e9tation naturelle, d\u00e9truite principalement durant deux si\u00e8cles par l\u2019expansion des caf\u00e9iers et la croissance des villes, ne couvre plus actuellement que 13,9 % du territoire pauliste, soit 3,5 millions d\u2019hectares, desquels 77 % appartiennent \u00e0 des propri\u00e9taires priv\u00e9s et 23 % \u00e0 l\u2019\u00e9tat. Les for\u00eats natives devraient couvrir environ 20 % du territoire pauliste pour que l\u2019on puisse pr\u00e9server non seulement la biodiversit\u00e9 mais un aspect qui int\u00e9resse de pr\u00e8s les habitants des villes et les services environnementaux : l\u2019approvisionnement en eau.<\/p>\n<div id=\"attachment_120510\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120510\" alt=\"Fruits de palmier dans des restinga (bosquets longeant l\u00b4oc\u00e9an) du littoral sud pauliste o\u00f9 les biologistes recommandent davantage de pr\u00e9servation l\u00e9gale\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Biota_2.jpg\" width=\"300\" height=\"199\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span>Fruits de palmier dans des restinga (bosquets longeant l\u00b4oc\u00e9an) du littoral sud pauliste o\u00f9 les biologistes recommandent davantage de pr\u00e9servation l\u00e9gale<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>L\u2019absence de for\u00eats entra\u00eene un r\u00e9chauffement. C\u2019est pour cette raison que la r\u00e9gion situ\u00e9e au nord-est de l\u2019\u00e9tat entre les rivi\u00e8res Tiet\u00ea et Grande est la plus d\u00e9sertique, avec moins de 5 % de couverture v\u00e9g\u00e9tale native, elle est \u00e9galement la plus chaude et la plus s\u00e8che. Il s\u2019agit du d\u00e9sert pauliste qui n\u2019est cependant pas totalement exempt de biodiversit\u00e9. Dans un petit ruisseau longeant des restes de v\u00e9g\u00e9tations dans la commune de Planalto, l\u2019\u00e9quipe de Lilian Casatti, du laboratoire d\u2019ichtyologie de l\u2019Universit\u00e9 Publique Pauliste (Unesp) \u00e0 S\u00e3o Jos\u00e9 do Rio Preto, a d\u00e9couvert pour la premi\u00e8re fois dans la r\u00e9gion l\u2019esp\u00e8ce Tatia neivai, un poisson-chat color\u00e9 de 4 centim\u00e8tres de long qui vit entre les troncs et les branches qui jonchent le bord des rivi\u00e8res. Dans un \u00e9tang pr\u00e8s d\u2019une for\u00eat entour\u00e9e de champs de canne \u00e0 sucre de la commune d\u2019Uni\u00e3o Paulista, une autre \u00e9quipe de l\u2019Unesp coordonn\u00e9e par Denise Rossa-Feres a \u00e9galement d\u00e9couvert pour la premi\u00e8re fois une grenouille singe (Phyllomedusa azurea). \u00abEn une seule nuit, j\u2019ai d\u00e9tect\u00e9 14 esp\u00e8ces de crapauds et de grenouilles qui croassaient en m\u00eame temps, juste apr\u00e8s les premi\u00e8res pluies d\u2019octobre\u00bb, d\u00e9clare-t-elle. Il y a de nombreuses lacunes en mati\u00e8re de connaissances scientifiques dans la r\u00e9gion nord-est et ouest de l\u2019\u00e9tat selon les donn\u00e9es de la troisi\u00e8me carte de synth\u00e8se qui d\u00e9finit les priorit\u00e9s d\u2019\u00e9tudes des \u00e9quipes de chercheurs du Programme Biota et des instituts de recherche du Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement.<\/p>\n<p>Les environnements naturels de l\u2019\u00e9tat sont \u00e9galement tr\u00e8s contrast\u00e9s. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, un seul type de For\u00eat Atlantique, appel\u00e9e ombrophile tropicale, est encore biologiquement bien repr\u00e9sent\u00e9e dans des zones \u00e9tendues pr\u00e9serv\u00e9es et qui poss\u00e8dent une structure raisonnable en mati\u00e8re de parcs et de contr\u00f4le environnemental, principalement situ\u00e9es le long du littoral. Ce n\u2019est pas le cas du Cerrado, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tat, qui \u00e9chappe aux lois en mati\u00e8re de pr\u00e9servation environnementale, et qui est \u00e9parpill\u00e9 en milliers de fragments entre les diff\u00e9rentes propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es. L\u2019un de ces fragments, situ\u00e9 dans la Station \u00c9cologique de Jata\u00ed, a une superficie de plus de 2 mille hectares. Le Cerrado est l\u2019environnement naturel qui a le plus souffert car il n\u2019en reste plus que 7 %, soit moins de 1 % de la superficie de l\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<p>Cette fragmentation qui isole les populations d\u2019animaux, de plantes et emp\u00eache la dispersion de semences, n\u2019est qu\u2019une des menaces pour la survie du Cerrado pauliste. Une analyse portant sur 81 fragments et men\u00e9e par Giselda Durigan et Geraldo Franco, de l\u2019Institut Forestier et par Marinez Siqueira, du Centre de R\u00e9f\u00e9rence d\u2019Information Environnementale (Cria), a mis en \u00e9vidence d\u2019autres dangers, principalement aux abords des routes et des villes, comme les gramin\u00e9es invasives et le feu qui sont plus nuisibles \u00e0 l\u2019environnement que la croissance des plantations de canne \u00e0 sucre et l\u2019exploitation du bois. Il n\u2019y a pas que le Cerrado qui m\u00e9rite une attention toute particuli\u00e8re. Il faut \u00e9galement prot\u00e9ger deux environnements c\u00f4tiers menac\u00e9s par la cr\u00e9ation de parcelles destin\u00e9es \u00e0 l\u2019habitat et appel\u00e9s restinga (bosquets longeant l\u2019oc\u00e9an) et la mangrove, alerte K\u00e1tia Pisciota, technicienne du secteur de pr\u00e9servation environnementale de la Fondation Foresti\u00e8re. Ces cartes lui serviront d\u2019arguments pour acc\u00e9l\u00e9rer la cr\u00e9ation de r\u00e9serves naturelles dans des propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Les priorit\u00e9s \u00e0 adopter et les lacunes scientifiques \u00e0 surmonter ont clairement \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la coordination de Joly et de son successeur, Ricardo Rodrigues, de diff\u00e9rents chercheurs comme Vera L\u00facia Ramos Bononi, directrice de l\u2019Institut de Botanique qui conna\u00eet bien les m\u00e9andres du Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement pour y avoir d\u00e9but\u00e9 comme stagiaire en 1968. Comme elle connaissait les plans de l\u2019\u00e9quipe du Biota en mati\u00e8re de s\u00e9lection de zones prioritaires, de pr\u00e9servation et de restauration de la biodiversit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat, elle a propos\u00e9 que Ricardo Rodrigues se charge de la coordination du Biota, lors d\u2019une r\u00e9union le 5 avril 2008. \u00c0 cette occasion, Francisco Graziano Neto, nouveau Secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019Environnement, a pr\u00e9sent\u00e9 le programme de recherche qui sera utilis\u00e9 durant sa gestion. Comme l\u2019une des priorit\u00e9s concernait l\u2019\u00e9tude de la biodiversit\u00e9 pauliste, Ricardo Rodrigues a d\u00e9crit le programme Biota en expliquant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un relev\u00e9 de la flore et de la faune de l\u2019\u00e9tat regroupant 1 200 chercheurs. Il a ensuite expliqu\u00e9 que le regroupement de ces informations favoriserait la formulation de politiques environnementales et la mise en \u0153uvre de strat\u00e9gies de pr\u00e9servation des restes de v\u00e9g\u00e9tation en partenariat avec le Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement. \u00abPour le moment, les priorit\u00e9s du Secr\u00e9tariat \u00e0 l\u2019Environnement correspondent \u00e0 celles des chercheurs\u00bb, d\u00e9clare Vera L\u00facia Ramos Bononi. Le Secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019Environnement a analys\u00e9 les cartes d\u00e9finitives quatre mois plus tard, le 3 octobre, et a \u00e9t\u00e9 surpris par la richesse des d\u00e9tails. Enthousiasm\u00e9 par ces cartes, il a aussit\u00f4t promulgu\u00e9 une mesure suspendant la concession d\u2019autorisations en mati\u00e8re de d\u00e9forestation, \u00e0 partir de septembre et pour une dur\u00e9e de 6 mois. Graziano a pr\u00e9sent\u00e9 publiquement ces cartes le 10 octobre et a d\u00e9clar\u00e9 que son intention \u00e9tait de r\u00e9organiser les proc\u00e9dures d\u2019autorisation. \u00abLes zones les plus menac\u00e9es doivent b\u00e9n\u00e9ficier de lois plus s\u00e9v\u00e8res. Les informations recueillies par les chercheurs sont devenues essentielles pour la gestion environnementale de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>Les scientifiques n\u2019imaginaient pas les difficult\u00e9s, les impasses et les conflits auxquels ils seraient confront\u00e9s entre les diff\u00e9rentes r\u00e9unions avec le secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat. Le d\u00e9but a \u00e9t\u00e9 tranquille. Les nouvelles cartes se basent sur l\u2019Inventaire Forestier de S\u00e3o Paulo, un relev\u00e9 qui montre la r\u00e9partition des 13,9 % restants de couverture v\u00e9g\u00e9tale native dans l\u2019\u00e9tat (voir Recherche FAPESP n\u00ba 91, de septembre 2003). Ces cartes sont mise \u00e0 jour de mani\u00e8re continue et ce mois-ci une version plus d\u00e9taill\u00e9e ne concernant que les 27 communes littorales a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e. L\u2019Inventaire deviendra une r\u00e9f\u00e9rence pour les organismes publics de contr\u00f4le environnemental. D\u00e8s leur publication en 2005, ces cartes ont montr\u00e9 un ass\u00e8chement des rivi\u00e8res paulistes d\u00fb \u00e0 la perte des for\u00eats ciliaires, \u00e9levant le risque de p\u00e9nurie d\u2019eau dans les villes et pour les cultures. Elles ont \u00e9galement favoris\u00e9 l\u2019identification de zones d\u00e9bois\u00e9es ou qui utilisent des engrais et dont les eaux alimentent l\u2019aquif\u00e8re Guarani dans la commune de Ribeir\u00e3o Preto.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes ont commenc\u00e9 quand il a fallu \u00e9tablir la richesse biologique et les priorit\u00e9s \u00e0 adopter pour la pr\u00e9servation des zones cit\u00e9es dans l\u2019inventaire. Les biologistes se sont organis\u00e9s en groupes de travail sur les poissons, les mammif\u00e8res, les reptiles et les amphibies, les arachnides et les insectes, les paysages, les cryptogames (plantes sans fleurs) et les phan\u00e9rogames (plantes avec fleurs). Les chercheurs se sont ensuite bas\u00e9s sur leurs collectes, celles d\u2019autres \u00e9quipes, les informations du SinBiota, la banque de donn\u00e9es du Biota, et d\u2019autres donn\u00e9es de banques scientifiques de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo. Ils ont ainsi r\u00e9uni environ 220 mille fichiers, y compris ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s depuis plusieurs d\u00e9cennies. En consultant cette banque d\u2019informations, beaucoup de noms scientifiques \u00e9taient faux, de nombreuses plantes communes \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9es comme appartenant \u00e0 des esp\u00e8ces rares et il y avait un surplus d\u2019informations g\u00e9n\u00e9rales anciennes qui n\u2019indiquaient que le lieu de la collecte. De nombreuses plantes semblaient avoir \u00e9t\u00e9 cueillies hors de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo en fonction des limitations techniques li\u00e9es au manque de pr\u00e9cision des appareils calculant les coordonn\u00e9es g\u00e9ographiques et qui fonctionnent mal en for\u00eat. Dans la pratique(virgule) on a exploit\u00e9 moins d\u2019informations qu\u2019on ne le pensait.<\/p>\n<p>Les efforts r\u00e9alis\u00e9s pour filtrer et organiser ces informations se sont intensifi\u00e9s apr\u00e8s la r\u00e9union du mois d\u2019avril et ont mobilis\u00e9 les \u00e9quipes de l\u2019Institut Forestier, de l\u2019Institut de Botanique, de l\u2019USP, de l\u2019Unicamp, de l\u2019Unesp et de l\u2019ONG Pr\u00e9servation Internationale. Le Professeur Nalon, physicien de formation qui travaille depuis 15 ans sur les cartes de g\u00e9otraitement de l\u2019Institut Forestier, a regroup\u00e9 les informations de chaque groupe de travail sur la v\u00e9g\u00e9tation, les bassins hydrographiques, les villes et les routes et les a incluses dans les cartes. Le professeur d\u2019\u00c9cologie de l\u2019USP, Jean Paul Metzger, a r\u00e9uni environ 100 mille \u00e9chantillons de v\u00e9g\u00e9tation native de l\u2019\u00e9tat en essayant de d\u00e9couvrir le type de v\u00e9g\u00e9tation pouvant \u00eatre reli\u00e9 aux autres, selon l\u2019esp\u00e8ce, la taille et la proximit\u00e9. Dans les coulisses, de jeunes chercheurs regroupaient sans rel\u00e2che ces donn\u00e9es afin de les inclure aux cartes. Milton Cezar Ribeiro, Giordano Ciocetti et Leandro Tambosi, de l\u2019USP, ont travaill\u00e9 sur les versions d\u00e9finitives de ces cartes, terminant 5 minutes avant que Metzger et Rodrigues ne pr\u00e9sentent les r\u00e9sultats \u00e0 un public de 150 personnes dans l\u2019auditorium du Secr\u00e9tariat, le 10 octobre.<\/p>\n<p>Cette rare collaboration entre la recherche scientifique et l\u2019int\u00e9r\u00eat public peut malheureusement \u00eatre ruin\u00e9e par de nombreux pr\u00e9jug\u00e9s culturels. Pour de nombreux fermiers et \u00e9leveurs, les for\u00eats n\u2019ont aucune importance. En outre, de nombreuses personnes pensent que des animaux sylvestres comme les jaguars doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s, car ils attaquent les vaches, les volailles et les chiens. \u00abLes jaguars n\u2019attaquent que les animaux maltrait\u00e9s, malades et non surveill\u00e9s aux abords des for\u00eats, car ils ne trouvent plus de nourriture dans leur propre environnement\u00bb, observe Beatriz de Mello Beisiegel, chercheuse du Centre National de Recherche pour la Pr\u00e9servation des Pr\u00e9dateurs Naturels (Cenap), d\u2019Atibaia. Quand les agriculteurs nous appellent effray\u00e9s pour nous signaler un jaguar, l\u2019\u00e9quipe du Cenap leur explique qu\u2019ils peuvent adopter des pr\u00e9cautions simples en laissant par exemple une lumi\u00e8re allum\u00e9e pr\u00e8s du b\u00e9tail ou en lan\u00e7ant des fus\u00e9es quand la nuit tombe.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude est cependant exceptionnelle car elle d\u00e9montre que des sp\u00e9cialistes issus d\u2019universit\u00e9s ou d\u2019organismes publics peuvent travailler ensemble \u00e0 des objectifs communs au profit de la soci\u00e9t\u00e9. \u00abLes chercheurs ne comprennent pas toujours ce besoin urgent de r\u00e9ponses rapides\u00bb, d\u00e9clare Helena von Glehn. \u00abIls doivent \u00eatre rigoureux, perfectionnistes et, parfois, des informations sans valeur scientifique apparente peuvent s\u2019av\u00e9rer utiles pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes environnementaux urgents\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Manuel d\u2019urgence\r\n\r\n","protected":false},"author":17,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-119993","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119993","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=119993"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/119993\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=119993"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=119993"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=119993"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=119993"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}