{"id":120427,"date":"2013-06-05T14:26:25","date_gmt":"2013-06-05T17:26:25","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=120427"},"modified":"2013-06-05T17:32:05","modified_gmt":"2013-06-05T20:32:05","slug":"une-coupure-dans-lhistoire-du-bresil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/une-coupure-dans-lhistoire-du-bresil\/","title":{"rendered":"Une coupure dans l\u2019histoire du Br\u00e9sil"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en janvier 2008<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_120536\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120536\" alt=\"Embarquement de Jean VI, prince r\u00e9gent du Portugal, pour le Br\u00e9sil le 27 novembre 1807\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/joao_1.jpg\" width=\"300\" height=\"204\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">NICOLAS LOUIS ALBERT DELERIVE, EMBARQUE PARA O BRASIL, 1807-1818<\/span>Embarquement de Jean VI, prince r\u00e9gent du Portugal, pour le Br\u00e9sil le 27 novembre 1807<span class=\"media-credits\">NICOLAS LOUIS ALBERT DELERIVE, EMBARQUE PARA O BRASIL, 1807-1818<\/span><\/p><\/div>\n<p>La phrase de Roger Bastide \u2013 \u00ab Br\u00e9sil, terre de contrastes \u00bb \u2013 est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 ancienne, mais elle n\u2019a rien perdu de sa valeur. Du football \u00e0 l\u2019histoire, rien n\u2019\u00e9chappe \u00e0 la r\u00e8gle honteuse du \u00ab tout ou rien \u00bb. C\u2019est par exemple le cas de la venue de la famille royale portugaise au Br\u00e9sil en 1808. Pendant des d\u00e9cennies, on a parl\u00e9 de ce voyage sur le ton de la moquerie, en \u00e9voquant l\u2019aventure du \u00ab roi en fuite \u00bb Jean VI de Portugal, aux c\u00f4t\u00e9s de sa femme \u00ab moustachue \u00bb et de sa cour provinciale. Aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019approche du bicentenaire de son arriv\u00e9e \u00e0 Bahia et Rio de Janeiro, des c\u00e9l\u00e9brations monumentales se pr\u00e9parent et le monarque qui \u00ab gardait des cuisses de poulet dans sa poche \u00bb est d\u00e9sormais per\u00e7u comme un homme d\u2019\u00e9tat habile. Quel est l\u2019aspect r\u00e9el de ce voyage, et quelles cons\u00e9quences a-t-il eu sur un pays qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019\u00e9tait pas encore une nation ?<\/p>\n<p>L\u2019historienne de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) Laura de Mello e Souza \u00e9tudie depuis 2003 la fuite des Bragance vers le Br\u00e9sil d\u2019un point de vue comparatiste \u2013 dans le cadre du projet th\u00e9matique Dimensions de l\u2019empire portugais financ\u00e9 par la FAPESP : \u00ab Sans discr\u00e9diter le r\u00f4le qu\u2019a eu la venue de la famille royale sur la formation du Br\u00e9sil comme nation ind\u00e9pendante, peut-\u00eatre serait-il plus avantageux de voir le ph\u00e9nom\u00e8ne de mani\u00e8re distincte. Il me semble opportun de tenter de dissocier, intentionnellement et momentan\u00e9ment, le ph\u00e9nom\u00e8ne de ce qui en a suivi. Les analyses sur 1808 ont presque toujours \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par les r\u00e9flexions sur la formation du Br\u00e9sil, donnant lieu \u00e0 une s\u00e9rie de jugements de valeur et de relations tr\u00e8s souvent t\u00e9l\u00e9ologiques. [&#8230;] Comme 1808 est profond\u00e9ment associ\u00e9 \u00e0 l\u2019apparition de la nation, la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019est construite de fa\u00e7on quasi burlesque, les \u00e9vidences empiriques \u00e9tant la plupart du temps escamot\u00e9es par l\u2019id\u00e9ologie pure \u00bb. D\u2019apr\u00e8s elle, l\u2019historiographie a fig\u00e9 1808 dans des perspectives oppos\u00e9es, qui \u00ab n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00fbment \u00e9tudi\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>Et Laura de Mello e Souza de poursuivre : \u00ab Dans le cas de l\u2019originalit\u00e9 unique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (pour beaucoup, la patrie est n\u00e9e en 1808 et non en 1822), on perdait de vue le processus historique pour ne garder que le fait extraordinaire. On ne consid\u00e9rait que cette expression singuli\u00e8re d\u2019une dur\u00e9e courte \u2013 1808 \u2013 au d\u00e9pit d\u2019une dur\u00e9e longue, comme si elle planait comme une bulle sur les autres expressions de la m\u00eame conjoncture. Vu qu\u2019elle montrait l\u2019anecdotique, l\u2019inhabituel, elle renvoyait sans le savoir \u00e0 une tradition ancienne fond\u00e9e sur le pr\u00e9jug\u00e9, caract\u00e9ristique des pays du nord de l\u2019Europe \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pays du sud \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle \u00bb. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 de la crise g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ancien syst\u00e8me colonial (mis en \u00e9vidence par l\u2019ind\u00e9pendance des colonies am\u00e9ricaines lorsque fut rompue pour la premi\u00e8re fois la suj\u00e9tion d\u2019une colonie \u00e0 sa m\u00e9tropole) aux racines fortement marxistes, on p\u00e9chait par exc\u00e8s pour les raisons contraires : \u00ab En se penchant sur le temps long, on distinguait les lignes g\u00e9n\u00e9rales de ph\u00e9nom\u00e8nes communs mais en m\u00eame temps singuliers les logiques des structures assumant le devant de la sc\u00e8ne et celles des \u00e9v\u00e9nements devenant quasiment opaques \u00bb. Ainsi, \u00ab tout s\u2019estompait entre la figure de l\u2019Angleterre capitaliste dans le contr\u00f4le des pays subalternes ou le poids du rouleau compresseur napol\u00e9onien en train de remplacer l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire de la Grande Nation fran\u00e7aise. Il est possible que cette tension entre temps long et temps court soit insoluble. N\u00e9anmoins, sans analyse l\u2019histoire est chronique : avec elle, une certaine marge d\u2019anachronisme est in\u00e9vitable \u00bb.<\/p>\n<p>Pour Jurandir Malerba, historien de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo (Unesp) et auteur du livre A corte no ex\u00edlio [La cour en exil] : \u00ab Ce d\u00e9bat est permanent dans l\u2019historiographie et il remonte aux temps imm\u00e9diats de l\u2019ind\u00e9pendance ; il renferme un volet politique ind\u00e9niable, qui nuance aussi bien les interpr\u00e9tations privil\u00e9giant la pr\u00e9sence et l\u2019action de Jean VI dans le processus d\u2019\u00e9mancipation politique br\u00e9silienne que celles qui minimisent son importance au point de concevoir que l\u2019ind\u00e9pendance a eu lieu \u2018en d\u00e9pit de\u2019, \u2018nonobstant\u2019 les actions du souverain. [&#8230;] L\u2019historiographie sur 1808 est construite \u00e0 partir de ces rectifications qui se produisent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, mais le leitmotiv de la reconstruction politique et de la lutte politique se jouent dans le pr\u00e9sent \u00bb. Malgr\u00e9 tout, il existe encore de l\u2019avis de Laura de Mello e Souza d\u2019anciens pr\u00e9jug\u00e9s : \u00ab il y a un processus de passage entre la fin de la Renaissance et le d\u00e9but des Lumi\u00e8res, dans lequel s\u2019est construite une relation entre les \u00ab riches \u00bb (Nord) et les \u00ab pauvres \u00bb (Sud) bas\u00e9e sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et la contradiction, o\u00f9 op\u00e9rait la loupe du pr\u00e9jug\u00e9 et de la d\u00e9traction. Les r\u00e9cits sur la venue de la cour ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s par cette tradition d\u00e9tractrice pr\u00e9existante et, sans doute sans le savoir, par les lib\u00e9raux qui ont men\u00e9 parmi nous le processus d\u2019ind\u00e9pendance en y incorporant des traditions d\u00e9tractrices d\u2019\u00e9trangers du Nord. Ces traditions ont fini par atteindre, dans le Br\u00e9sil nation, et les \u00e9lites cultiv\u00e9es et les couches les plus populaires \u00bb.<\/p>\n<p>Cela s\u2019est produit peu de temps apr\u00e8s le transfert de la cour : en 1809 par exemple, Andrew Grant dans History of Brazil nommait d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9pisode de \u00ab fuite de cette cour stupide \u00bb. En 1900, Jo\u00e3o Ribeiro affirmait dans Hist\u00f3ria do Brasil [Histoire du Br\u00e9sil] : \u00ab Si en venant au Br\u00e9sil Jean VI nous a apport\u00e9 l\u2019autonomie, encore que sous les formes de l\u2019absolutisme, son esprit \u00e9troit ne disposait pas des qualit\u00e9s suffisantes pour cr\u00e9er comme il l\u2019a rapidement d\u00e9clar\u00e9 un \u2018nouvel empire\u2019. C\u2019est lui qui a d\u00e9moralis\u00e9 l\u2019institution monarchique, d\u00e9j\u00e0 contraire aux aspirations am\u00e9ricaines \u00bb. Le temps n\u2019a pas aid\u00e9 \u00e0 tracer un portrait pr\u00e9cis de l\u2019arriv\u00e9e de la famille royale. Dans Hist\u00f3ria geral da civiliza\u00e7\u00e3o brasileira [Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la civilisation br\u00e9silienne] organis\u00e9e par S\u00e9rgio Buarque de Holanda, la pr\u00e9sence de la cour appara\u00eet peu ; l\u2019accent est mis sur l\u2019id\u00e9e r\u00e9currente qu\u2019il faut installer le si\u00e8ge de la monarchie en Am\u00e9rique, obsession de tous les rois et ministres du Portugal, du prieur du Crate \u00e0 Dom Rodrigo de Souza Coutinho. Chef du Tr\u00e9sor Royal, Coutinho a remis en 1803 au prince r\u00e9gent une \u00e9valuation de la situation politique pr\u00e9caire du Portugal, en signalant qu\u2019une guerre entre la France et l\u2019Angleterre \u00ab mettrait en danger l\u2019ind\u00e9pendance de la monarchie portugaise \u00bb. Il a alors conseill\u00e9 Jean VI de cr\u00e9er un nouvel empire au Br\u00e9sil, qui permettrait de donner aux Portugais une base \u00e0 partir de laquelle l\u2019h\u00e9ritier du tr\u00f4ne pourrait reconqu\u00e9rir tout ce qui se perdrait en Europe et \u00ab punir l\u2019ennemi cruel \u00bb. Mais en 1580 d\u00e9j\u00e0, alors que le roi espagnol Filipe II r\u00e9clamait la couronne portugaise, la cour avait envisag\u00e9 de se r\u00e9fugier au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Des d\u00e9cennies plus tard, les raisons strat\u00e9giques se sont transform\u00e9es en une vision messianique dans les propos du P\u00e8re Vieira, pour qui le roi pourrait \u00eatre le chef d\u2019un empire \u00e9ternel sur les terres de l\u2019Am\u00e9rique. Au cours du royaume de Jean V (1706-1750), alors qu\u2019augmentait l\u2019expansion espagnole et commen\u00e7ait la d\u00e9cadence lusitanienne, le courtisan portugais Luiz da Cunha a r\u00e9dig\u00e9 un m\u00e9morandum secret qui anticipait la pr\u00e9vision de Montesquieu sur l\u2019inversion en cours au sein des empires modernes. Cunha a pratiquement convaincu le souverain de la n\u00e9cessit\u00e9 de transf\u00e9rer la cour au Br\u00e9sil afin de garantir son avenir et de pr\u00e9server sa fiert\u00e9 parmi les nations europ\u00e9ennes. \u00ab De fait, le transfert de la cour \u00e9tait une id\u00e9e ancienne. \u00c0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, il \u00e9tait explicitement d\u00e9fendu par Souza Coutinho, qui percevait clairement les limitations de la m\u00e9tropole \u00bb, observe l\u2019historien de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ), Jos\u00e9 Murilo de Carvalho. Pour la brasilianiste Kirsten Schultz, auteur de Tropical Versailles, \u00ab l\u2019histoire politique et la culture politique du transfert de la cour commencent bien avant que le prince r\u00e9gent ne quitte le Portugal et arrive sur les c\u00f4tes br\u00e9siliennes. La d\u00e9cision de transf\u00e9rer le centre de la monarchie, prise au milieu d\u2019un chaos et d\u2019un imm\u00e9diatisme seulement apparents, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 enracin\u00e9e dans une vision du potentiel du Br\u00e9sil d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 au cours du XVIIIe si\u00e8cle \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le recueil 1822 : dimens\u00f5es [1822 : dimensions], organis\u00e9 par Guilherme Motta et publi\u00e9 en 1972, le ton change. L\u2019accent est mis sur la crise de l\u2019Ancien R\u00e9gime, en particulier dans le chapitre de l\u2019historien Fernando Novais. L\u2019ann\u00e9e 1808 commence \u00e0 \u00eatre vue autrement. Dans cet interr\u00e8gne historiographique s\u00e9culaire o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 victime de pr\u00e9jug\u00e9s d\u00e9valorisants, de l\u2019apologie acritique et de sa r\u00e9duction \u00e0 une anecdote face aux changements structurels et politiques de l\u2019Ancien R\u00e9gime, il y a, rappelle Laura de Mello e Souza, un \u00e9pigone important : Dom Jo\u00e3o no Brasil [Jean VI au Br\u00e9sil], de Manuel de Oliveira Lima (aujourd\u2019hui r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par la maison d\u2019\u00e9dition Topbooks), paru en 1908. \u00ab Nous devons y revenir pour repenser les directions prises par la future historiographie de 1808 ; malgr\u00e9 le style ancien, il demeure actuel et instigateur, car Oliveira Lima aborde \u00e0 la fois le temps long et le temps court, la structure et l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le contexte g\u00e9n\u00e9ral et les personnages particuliers \u00bb.<\/p>\n<p>Pour compliquer un peu plus la donne, il y a dans ce d\u00e9bat historiographique un autre d\u00e9bat, encore plus br\u00fblant, qui d\u00e9clenche de vives pol\u00e9miques en d\u00e9pit des deux cent ans qui nous s\u00e9parent de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. \u00ab Cette id\u00e9e de faire la f\u00eate autour de Jean VI vient des gens de Rio de Janeiro pour promouvoir la ville \u00bb, affirmait lors d\u2019une interview l\u2019historien de l\u2019\u00e9tat du Pernambuco, Evaldo Cabral de Mello. Pour lui, il existe \u00ab une insistance \u00e0 renforcer le lieu commun selon lequel le roi a \u00e9t\u00e9 le responsable de l\u2019unit\u00e9 du pays, qui n\u2019est pas all\u00e9 au-del\u00e0 d\u2019une fabrication de la couronne sans intention d\u2019en cr\u00e9er un pays ind\u00e9pendant \u00bb. Comm\u00e9morer le bicentenaire de 1808 vaut-il donc la peine ? \u00ab Concernant la c\u00e9l\u00e9bration du calendrier, je partage l\u2019avis de l\u2019historien Fran\u00e7ois Furet, qui disait qu\u2019il faut craindre la passion de la c\u00e9l\u00e9bration afin d\u2019\u00e9viter les inventaires. Autrement dit, des festivit\u00e9s excessives risquent de mettre plusieurs questions au placard \u00bb, signale l\u2019historienne Mary del Priore. Parmi ces questions se trouve celle sur la mani\u00e8re dont le pays a acquis son ind\u00e9pendance, une pol\u00e9mique qui divise \u00e0 nouveau l\u2019historiographie en deux camps : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les d\u00e9fenseurs de la centralisation du Br\u00e9sil, rendue possible par la permanence des Bragance dans le pays, de l\u2019autre ceux qui l\u2019accusent d\u2019opprimer un mouvement f\u00e9d\u00e9raliste calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le am\u00e9ricain et qui a re\u00e7u le nom de \u00ab s\u00e9paratisme \u00bb.<\/p>\n<p>Remontons un peu dans le temps pour analyser le d\u00e9part ou la fuite de la cour portugaise vers le Br\u00e9sil. Le catalyseur de ce mouvement fut l\u2019ascension en 1799 de Napol\u00e9on Bonaparte au poste de premier consul et le d\u00e9but d\u2019une campagne militaire fran\u00e7aise aux accents de R\u00e9volution Fran\u00e7aise ; une action qui a sem\u00e9 un vent de panique sur les cours europ\u00e9ennes d\u00e9j\u00e0 terroris\u00e9es. D\u2019apr\u00e8s Murilo de Carvalho, \u00ab les principales puissances ont \u00e9t\u00e9 battues, \u00e0 l\u2019exception des Anglais. Jean VI s\u2019est alors retrouv\u00e9 en face d\u2019un v\u00e9ritable choix corn\u00e9lien : soit il se rendait aux Fran\u00e7ais, courant le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9chu, de voir Lisbonne bombard\u00e9 par les Anglais et de leur c\u00e9der la colonie, soit il s\u2019enfuyait, se soumettant \u00e0 la Grande Bretagne et s\u2019exposant \u00e0 la col\u00e8re des sujets portugais abandonn\u00e9s \u00bb. Selon l\u2019auteur, le d\u00e9part a signifi\u00e9 pour le Portugal la pr\u00e9servation de la monarchie et le prolongement de la colonie pendant un temps, mais sans les b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019exclusivit\u00e9 coloniale rompue par l\u2019ouverture des ports. La permanence aurait pu d\u00e9boucher sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Espagne \u2013 la destitution et la prison du roi \u2013 et, apr\u00e8s la chute de Napol\u00e9on, une annexion possible \u00e0 l\u2019Espagne. \u00ab Toutefois, on ne sait pas quel est l\u2019argument principal qui a conduit le Conseil de la Couronne \u00e0 voter pour le d\u00e9part de la cour \u00bb, ajoute Murilo de Carvalho.<\/p>\n<p>Anecdotes sur le voyage et fuite de la cour mises \u00e0 part, la venue de la famille royale a \u00e9t\u00e9 synonyme de changements et de dilemmes pour la nation naissante. Dans Linhagens do pensamento pol\u00edtico brasileiro [Lignages de la pens\u00e9e politique br\u00e9silienne] (cf. r\u00e9sum\u00e9 du livre page 94 de cette revue), le politologue Gildo Mar\u00e7al Brand\u00e3o observe que \u00ab l\u2019\u2018accident de la pr\u00e9sence de la famille royale\u2019 change totalement le jeu. Le roi n\u2019est pas seulement l\u2019institution politique qui \u00e9vite le d\u00e9membrement du pays \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la rupture avec la m\u00e9tropole, il est aussi l\u2019auteur de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de Rio de Janeiro sur les autres pouvoirs locaux et r\u00e9gionaux. [&#8230;] L\u2019ind\u00e9pendance n\u00e9faste de l\u2019\u00c9tat par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile (la naissance de l\u2019\u00c9tat avant celle de la soci\u00e9t\u00e9 civile, sa pr\u00e9gnance abusive, la fatalit\u00e9 des individus et des groupes sociaux qui vivent de et par l\u2019\u00c9tat) s\u2019\u00e9tablit sur l\u2019histoire interne de la m\u00e9tropole, la transmigration oc\u00e9anique de l\u2019\u00c9tat portugais et la r\u00e9it\u00e9ration s\u00e9v\u00e8re et avare de la culture des origines \u00bb. C\u2019est l\u00e0 le pivot de la division entre les unitaristes et les f\u00e9d\u00e9ralistes. Pour l\u2019historienne de l\u2019USP Isabel Lustosa, \u00ab certains, comme Frei Caneca et Cipriano Barata depuis l\u2019\u00e9tat de Pernambuco, insistaient sur la forme f\u00e9d\u00e9rative et sur une plus grande ind\u00e9pendance des provinces par rapport \u00e0 la capitale. Mais ceux qui voyaient la grandeur du territoire br\u00e9silien comme une force et voulaient le maintenir uni \u00e0 tout prix affirmaient que le mod\u00e8le f\u00e9d\u00e9raliste avait fonctionn\u00e9 aux USA parce qu\u2019il avait anticip\u00e9 la formation de l\u2019\u00c9tat. Implant\u00e9 ici, il finirait par provoquer la d\u00e9sint\u00e9gration et nous entra\u00eener vers le m\u00eame destin que celui des colonies espagnoles, secou\u00e9es par des r\u00e9volutions \u00bb.<\/p>\n<p>Cabral de Mello \u00e9met la critique suivante : \u00ab Pour ceux qui r\u00e9duisent notre \u00e9mancipation politique \u00e0 la construction d\u2019un \u00c9tat centraliste, la tradition de l\u2019historiographie tend \u00e0 ignorer que si le royaume am\u00e9ricain de Jean VI peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la premi\u00e8re marque du futur \u00e9difice imp\u00e9rial, il n\u2019en a pas moins \u00e9t\u00e9 sur le point de d\u00e9truire ses fragiles possibilit\u00e9s, justement de par son incomp\u00e9tence \u00e0 d\u00e9passer la figure de rh\u00e9torique du vaste empire, en l\u2019actualisant et en la r\u00e9alisant. De m\u00eame que Murilo de Carvalho, Cabral de Mello estime que la construction imp\u00e9riale ne fut rien d\u2019autre qu\u2019une figure de rh\u00e9torique employ\u00e9e par la couronne portugaise pour tenter d\u2019effacer la p\u00e9nible impression cr\u00e9\u00e9e en Europe apr\u00e8s son d\u00e9part ; elle \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00ab mesure visionnaire destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9habiliter le Portugal et \u00e0 se revitaliser dans le Nouveau Monde pour revenir dans le Vieux Monde en condition de puissance de premier ordre \u00bb. Ce choix corn\u00e9lien d\u00e9terminerait si le futur br\u00e9silien allait se situer dans le centralisme monarchique qui a maintenu les Bragance au pouvoir jusqu\u2019\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, ou dans le f\u00e9d\u00e9ralisme similaire \u00e0 celui en vigueur aux \u00c9tats-Unis, comme l\u2019ont pr\u00e9conis\u00e9 d\u00e8s 1817 les leaders des mouvements d\u2019ind\u00e9pendance dans les \u00e9tats de Pernambuco et de Bahia.<\/p>\n<p>Pour Evaldo Cabral de Mello, une autre ind\u00e9pendance \u00e9tait possible, \u00ab non pas celle \u00e0 vis\u00e9e unitaire, conservatrice et naturellement monarchique, qui nous a fait oublier d\u2019autres modes possibles de d\u00e9veloppement de la nation ou de la formation de l\u2019\u00c9tat. [&#8230;] Ces mouvements ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s sous l\u2019amalgame trompeur de \u2018s\u00e9paratisme\u2019, tandis que les constructeurs de l\u2019Empire \u00e0 Rio de Janeiro se sont vus attribuer dans l\u2019histoire le beau r\u00f4le d\u2019unitaires et de nationalistes. Murilo de Carvalho souligne : \u00ab Comme les forces unitaires \u2013 ou la \u2018meute unitaire\u2019 selon les termes de Frei Caneca \u2013 ont vaincu les forces centrifuges, en particulier celles des \u00e9tats du Pernambuco et du Rio Grande do Sul, on peut se demander si la venue de la cour a aid\u00e9 \u00e0 modeler le Br\u00e9sil de par son poids (et non de par sa d\u00e9termination) dans la conservation de la monarchie et, surtout, dans le maintien de l\u2019unit\u00e9. La r\u00e9ponse est affirmative. Monarchie et unit\u00e9, unit\u00e9 en partie gr\u00e2ce \u00e0 la monarchie, ont signifi\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019une des cultures les plus en retard de l\u2019Europe, favoris\u00e9 la pr\u00e9vention de ruptures sociales, culturelles et \u00e9conomiques, un exc\u00e8s de centralisation politique et de conservatisme social \u00bb.<\/p>\n<p>Toujours selon Murilo de Carvalho, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 une colonie transform\u00e9e en quelques pays peut \u00eatre per\u00e7u en analysant ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans la partie espagnole : beaucoup d\u2019instabilit\u00e9, de guerre civile, de caudillisme, mais aussi plus de mobilisation politique, plus d\u2019autogouvernement, plus d\u2019audace r\u00e9formiste. \u00ab Est-ce qu\u2019il aurait mieux valu ? Cela d\u00e9pend de la perspective adopt\u00e9e. Pour ceux qui r\u00eavaient et r\u00eavent encore aujourd\u2019hui (ce n\u2019est pas mon cas) d\u2019un grand empire ou d\u2019un Br\u00e9sil puissance (p\u00e9troli\u00e8re), le maintien de l\u2019unit\u00e9 fut essentiel. Pour ceux qui se soucient davantage de la prosp\u00e9rit\u00e9 et des conditions de vie de la population, la fragmentation aurait pu \u00eatre plus avantageuse, surtout pour les provinces les plus riches \u00bb. Y a-t-il une unanimit\u00e9 au milieu de cette pol\u00e9mique ? Isabel Lustosa r\u00e9pond : \u00ab Je crois que la plupart des historiens pensent que le maintien de l\u2019unit\u00e9 br\u00e9silienne a \u00e9t\u00e9 une bonne chose. Mais tant que le f\u00e9d\u00e9ralisme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, la discussion sur ses avantages a accompagn\u00e9 l\u2019Empire, les d\u00e9bats de la premi\u00e8re Constitution (1823) et marqu\u00e9 la R\u00e9publique. L\u2019application pratique du f\u00e9d\u00e9ralisme avec la \u2018politique des gouverneurs\u2019, du gouvernement Campos Salles, a cependant fini par consolider le colon\u00e9lisme et augmenter l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale nationale \u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_120538\" style=\"max-width: 318px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-120538\" alt=\"D\u00e9part de la reine pour le Portugal, le 21 avril 1821\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/joao_5.jpg\" width=\"308\" height=\"179\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">REPRODUCTION DU LIVRE RIO DE JANEIRO, LA VILLE M\u00c9TISSE\/  JEAN-BAPTISTE DEBRET<\/span>D\u00e9part de la reine pour le Portugal, le 21 avril 1821<span class=\"media-credits\">REPRODUCTION DU LIVRE RIO DE JANEIRO, LA VILLE M\u00c9TISSE\/  JEAN-BAPTISTE DEBRET<\/span><\/p><\/div>\n<p>Revenons-en aux critiques de Cabral Mello \u00e0 l\u2019encontre de la p\u00e9riode Jean VI au Br\u00e9sil et ses cons\u00e9quences. \u00ab Toute discussion sur les r\u00e9formes politiques \u00e9tait toujours court-circuit\u00e9e dans les cercles de la cour, qui objectaient que la R\u00e9volution Fran\u00e7aise avait aussi commenc\u00e9 par des r\u00e9formes. La p\u00e9riode de Jean VI a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par un conservatisme extr\u00eame, qui r\u00e9duisait l\u2019action du pouvoir public \u00e0 des questions administratives devant \u00eatre r\u00e9solues selon les pratiques de l\u2019ancien \u00c9tat \u00bb. D\u2019apr\u00e8s lui, c\u2019est \u00e0 partir de l\u2019ind\u00e9pendance que s\u2019est impos\u00e9e une notion territoriale selon laquelle le Br\u00e9sil \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 devenir un pays. Les cariocas concevaient le Br\u00e9sil comme un grand pays, avec un potentiel correspondant de recouvrement d\u2019imp\u00f4ts, sous un r\u00e9gime centralisateur. D\u2019autre part, l\u2019id\u00e9alisation du royaume de Jean VI est n\u00e9e et s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 Rio, faisant du si\u00e8ge de la cour le grand b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019immigration des Bragance ; les capitaineries \u00e9taient quant \u00e0 elles frapp\u00e9es d\u2019une surtaxe pour financer l\u2019embellissement de la capitale, dans le but d\u2019en faire un lieu acceptable pour les courtisans et les fonctionnaires du royaume. Pour Malerba, \u00ab cet entrelacement des int\u00e9r\u00eats des \u00e9lites natives et des \u00e9lites ayant migr\u00e9 a marqu\u00e9 la mesure du processus d\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 partir du rapprochement, pendant les ann\u00e9es br\u00e9siliennes de Jean VI, entre les \u00e9lites du Centre-Sud et la couronne. [&#8230;] Ici je suis d\u2019accord avec Cabral de Mello : ce projet centralisateur vainqueur qui a coopt\u00e9 le prince du Br\u00e9sil apr\u00e8s le retour du roi au Portugal pr\u00f4nait l\u2019imposition des int\u00e9r\u00eats aussi bien r\u00e9gionaux (voire provinciaux) que ceux desdits \u2018s\u00e9paratistes\u2019 des \u00e9tats du Rio Grande do Sul ou du Pernambuco, ce qui me conduit \u00e0 me demander quels seraient les avantages pour le Br\u00e9sil si un autre de ces projets s\u2019\u00e9tait impos\u00e9 sur les autres \u00bb.<\/p>\n<p>De l\u2019avis de Malerba, ce qui compte c\u2019est qu\u2019est n\u00e9e avec Jean VI l\u2019embryon de l\u2019\u00e9lite qui allait construire l\u2019\u00c9tat imp\u00e9rial et la nation br\u00e9silienne au cours du XIXe si\u00e8cle. \u00ab Et cette \u00e9lite a \u00e9t\u00e9 celle du Centre-Sud \u00bb. Il observe \u00e9galement que la configuration patriarcale de l\u2019\u00c9tat portugais de l\u2019Ancien R\u00e9gime a accompagn\u00e9, lors de la venue au Br\u00e9sil, celle du caract\u00e8re sacr\u00e9 de la royaut\u00e9 : \u00ab un des principes de cette forme de gouvernement, la monarchie absolue, reposait sur la lib\u00e9ralit\u00e9 du souverain, sur sa capacit\u00e9 \u00e0 conc\u00e9der des gr\u00e2ces. L\u2019utilisation excessive de ce principe a \u00e9t\u00e9 la marque distinctive de la monarchie portugaise \u00e0 Rio \u00bb. Appartenant \u00e0 un temps qui s\u2019effondrait sur son lieu d\u2019origine, en arrivant \u00e0 Rio de Janeiro la monarchie s\u2019est transform\u00e9e en quelque chose de nouveau, ou du moins diff\u00e9rent. Toutefois, le poids de ce temps moribond \u00e9tait fortement ancr\u00e9 dans les esprits des hommes de l\u2019\u00e9lite et, surtout, dans celui de l\u2019h\u00e9ritier, Pierre 1er. Sans exp\u00e9rience de rupture radicale, le Br\u00e9sil est devenu un \u00c9tat-nation enfant de deux temps. Cette incertitude a marqu\u00e9 la p\u00e9riode imp\u00e9riale et ses traits n\u2019ont pas encore disparu \u00e0 l\u2019heure actuelle \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Ce que nous ne pouvons savoir \u00bb, note Malerba, \u00ab c\u2019est si, dans le cas o\u00f9 ce projet centralisateur, monarchique et conservateur n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 historiquement le projet vainqueur, quel type de f\u00e9d\u00e9ration aurait surgi des d\u00e9combres du monde colonial. La trajectoire politique est patente : les interpr\u00e9tations qui regrettent l\u2019avortement des projets f\u00e9d\u00e9ralistes tendent \u00e0 attribuer les plaies sociales du Br\u00e9sil \u00e0 notre r\u00e9volution conservatrice, \u00e0 la voie prussienne suivie par les \u00e9lites br\u00e9siliennes. Mais nous n\u2019avons pas, dans l\u2019histoire, le dispositif de la contre-\u00e9preuve. [&#8230;] Une exp\u00e9rience f\u00e9d\u00e9raliste aurait-elle engendr\u00e9 un pays meilleur ? Notre exp\u00e9rience r\u00e9publicaine ne nous permet pas de r\u00e9pondre \u00bb. Laura de Mello e Souza pr\u00e9f\u00e8re opter pour une \u00ab troisi\u00e8me voie \u00bb : \u00ab Ce que l\u2019on essayait de fait en 1808 \u00e9tait la configuration d\u2019un nouvel Empire : pas seulement portugais pour les Am\u00e9ricains, qui le voulaient luso-br\u00e9silien, et c\u2019est peut-\u00eatre de l\u00e0 qu\u2019est n\u00e9e la tension qui exploserait bient\u00f4t, dans la mesure o\u00f9 les habitants de la m\u00e9tropole (car elle continuait \u00e0 se voir comme telle) continuaient \u00e0 donner de l\u2019importance \u00e0 la relation. En somme, ce n\u2019\u00e9tait plus au m\u00eame Empire que les Portugais et les Luso-br\u00e9siliens pensaient : les premiers le voulaient portugais, les seconds luso-br\u00e9silien \u00bb.<\/p>\n<p>Pour l\u2019historien fran\u00e7ais Charles Mozar\u00e9, \u00ab un \u00e9v\u00e9nement ne devient m\u00e9morable que s\u2019il est exceptionnel, s\u2019il suscite en plus de son aspect \u00e9ph\u00e9m\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 durable qui finit par s\u2019inscrire dans les lieux de la m\u00e9moire collective, en devenant une sorte d\u2019exp\u00e9rience exemplaire \u00bb. Dans ce sens, poursuit Malerba, \u00ab la c\u00e9l\u00e9bration et la construction de la m\u00e9moire sont des fondements pour la constitution d\u2019un corps politique. Comment cette entit\u00e9, que nous nommons nation br\u00e9silienne, a-t-elle commenc\u00e9 ? La r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019\u00e9v\u00e9nements comme la permanence de la cour au Br\u00e9sil entre 1808 et 1821 a une fonction de coh\u00e9sion sociale, elle contribue \u00e0 maintenir les soci\u00e9t\u00e9s organiques \u00bb. Malerba conseille de faire bon usage de ce \u00ab se rappeler ensemble \u00bb, en profitant de la date pour lancer un d\u00e9bat sur notre trajectoire (\u00ab \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement ou en raison de cet \u00e9v\u00e9nement \u00bb), sur notre r\u00e9alit\u00e9 actuelle et ses impasses. \u00ab Pour ce faire, il faut penser aux connexions historiques les plus g\u00e9n\u00e9rales et, en m\u00eame temps, montrer comment et pourquoi elles ne sont pas al\u00e9atoires. Et cesser de voir la venue de la famille royale comme une anecdote grotesque ou une occurrence al\u00e9atoire \u00bb, observe Laura de Mello e Souza. Et Isabela Lustosa de compl\u00e9ter : \u00ab Nous c\u00e9l\u00e9brons les dates historiques comme les anniversaires de nos parents, des personnes de qui nous descendons et que nous n\u2019avons pas choisies, mais qui nous ont donn\u00e9 la vie et avec lesquelles nous sommes irr\u00e9m\u00e9diablement unis \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une coupure dans l\u2019histoire du Br\u00e9sil","protected":false},"author":370,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[684],"class_list":["post-120427","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/370"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120427"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120427\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120427"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120427"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=120427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}