{"id":120668,"date":"2013-06-07T09:20:51","date_gmt":"2013-06-07T15:20:51","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=120668"},"modified":"2014-09-20T02:42:20","modified_gmt":"2014-09-20T05:42:20","slug":"magnetisme-contre-la-depression","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/magnetisme-contre-la-depression\/","title":{"rendered":"Magn\u00e9tisme contre la d\u00e9pression"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en janvier 2007<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_121202\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-121202\" alt=\"Cyclistes, 1989, huile sur toile d\u2019Iber\u00ea Camargo: autonomie et mouvement\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/32-37_magnetismo_131_es-1-300x269.jpg\" width=\"300\" height=\"269\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">IMAGES FONDATION IBER\u00ca CAMARGO<\/span>Cyclistes, 1989, huile sur toile d\u2019Iber\u00ea Camargo: autonomie et mouvement<span class=\"media-credits\">IMAGES FONDATION IBER\u00ca CAMARGO<\/span><\/p><\/div>\n<p>Ana Paula a du mal \u00e0 se souvenir de la derni\u00e8re fois qu\u2019elle a vu sa m\u00e8re sourire. Depuis sa premi\u00e8re crise d\u00e9pressive, il y a quasiment 20 ans, Maria vit dans un \u00e9tat de tristesse et passe ses journ\u00e9es enti\u00e8res, allong\u00e9e sur le canap\u00e9, ruminant des pens\u00e9es qui jaillissent d\u2019un monde toujours gris. Elle a d\u00e9j\u00e0 test\u00e9 tous les types d\u2019antid\u00e9presseurs connus, mais aucun n\u2019a \u00e9t\u00e9 capable de mettre fin \u00e0 une apathie qui l\u2019accompagne encore aujourd\u2019hui et qui l\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 quitter son travail dans l\u2019entreprise familiale de la r\u00e9gion m\u00e9tropolitaine de S\u00e3o Paulo. Les rem\u00e8des, utiles dans la plupart des cas, ne faisaient que retarder la prochaine rechute de Maria. Il y a six mois, lors de sa derni\u00e8re rechute, les m\u00e9decins ont d\u00fb recourir \u00e0 une application de d\u00e9charges \u00e9lectriques dans le cerveau, sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie, plus connue sous le nom d\u2019\u00e9lectrochoc (traitement consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus efficaces dans les cas les plus graves), bien que controvers\u00e9 pour avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 de mani\u00e8re cruelle et m\u00eame utilis\u00e9 comme technique de torture sur des prisonniers. Ce traitement peut aider \u00e0 r\u00e9tablir le fonctionnement normal des cellules nerveuses, bien qu\u2019il provoque g\u00e9n\u00e9ralement des pertes de m\u00e9moire passag\u00e8res, qui peuvent durer quelques jours et parfois des mois.<\/p>\n<p>Comme les d\u00e9charges \u00e9lectriques ne fonctionnaient \u00e9galement pas, Maria a commenc\u00e9, au mois de novembre \u00e0 l\u2019Institut de Psychiatrie de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (IPq\/USP), \u00e0 se soumettre \u00e0 une th\u00e9rapie contre la d\u00e9pression qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e9veille l\u2019int\u00e9r\u00eat des psychiatres et neurologues du monde entier. Il s\u2019agit de la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (SMTr), une s\u00e9quence de pulsations magn\u00e9tiques intenses capables de stimuler ou d\u2019inhiber l\u2019activit\u00e9 du tissu nerveux. Il y a peu de temps encore la SMTr n\u2019\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e qu\u2019aux exp\u00e9rimentations scientifiques, et semble produire les m\u00eames effets que l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie pour soigner la d\u00e9pression. Ses effets se traduisent par un r\u00e9ajustement du fonctionnement de r\u00e9gions d\u00e9termin\u00e9es du syst\u00e8me nerveux central, mais avec moins d\u2019effets ind\u00e9sirables. L\u2019Institut de Psychiatrie de l\u2019USP a autoris\u00e9 l\u2019utilisation de la SMTr pour le traitement de d\u00e9pressions au mois d\u2019octobre 2006, apr\u00e8s que l\u2019\u00e9quipe du psychiatre Marco Antonio Marcolin l\u2019ait test\u00e9 de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale durant six ans pour lutter contre la d\u00e9pression, pour traiter des douleurs chroniques et certaines formes d\u2019hallucinations propres \u00e0 la schizophr\u00e9nie ainsi que pour aider \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019individus victimes d\u2019accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<p>L\u2019institut analyse actuellement la mani\u00e8re de solliciter l\u2019inclusion de la SMTr dans la liste des proc\u00e9dures rembours\u00e9es par le Syst\u00e8me de Sant\u00e9 br\u00e9silien en mati\u00e8re de d\u00e9pression pour l\u2019offrir gratuitement \u00e0 un plus grand nombre de personnes. Cette th\u00e9rapie, d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9e pour cette m\u00eame finalit\u00e9 au Canada, en Australie, en Nouvelle Z\u00e9lande, en Isra\u00ebl et dans certains pays d\u2019Europe, est encore on\u00e9reuse et co\u00fbte 300 r\u00e9aux pour chacune des 20 s\u00e9ances n\u00e9cessaires au traitement aigu de la d\u00e9pression dont souffre une personne sur dix tout au long de sa vie.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une s\u00e9ance par jour durant un mois. Quinze jours apr\u00e8s le d\u00e9but du traitement, Ana Paula notait d\u00e9j\u00e0 les premiers signes de r\u00e9cup\u00e9ration de sa m\u00e8re. La dose d\u2019antid\u00e9presseur que Maria prend encore a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 un quart de la dose initiale, et l\u2019\u00e9quipe de Marcolin a commenc\u00e9 \u00e0 supprimer le s\u00e9datif qu\u2019elle prenait pour dormir. Ce traitement est r\u00e9ellement simple. Le matin du 6 d\u00e9cembre, dans une petite salle du premier \u00e9tage de l\u2019institut, la psychiatre Maria do Carmo Sartorelli approche une bobine en forme de 8 et de la taille de la paume de la main du c\u00f4t\u00e9 gauche de la t\u00eate de Maria, assise sur une chaise inclin\u00e9e. On entend ensuite une s\u00e9rie de cr\u00e9pitements rapides durant dix secondes, suivis de 20 secondes de silence et ensuite d\u2019une nouvelle s\u00e9quence de pulsations, cela r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plus de 23 fois. \u201cApr\u00e8s les applications, ma m\u00e8re est sortie en discutant et non muette comme auparavant \u201d, d\u00e9clare Ana Paula. \u201cJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 surprise par son changement d\u2019humeur\u201d.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-121204\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/32-37_magnetismo_131_es-4-184x300.jpg\" width=\"184\" height=\"300\" \/>\u00c0 chaque cr\u00e9pitement, un courant \u00e9lectrique de quelques millisecondes et d\u2019une intensit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e (jusqu\u2019\u00e0 5 mille amp\u00e8res) passe par la bobine. La s\u00e9quence rapide de branchement\/d\u00e9branchement produit des fluctuations dans un champ magn\u00e9tique qui traverse le cr\u00e2ne et cr\u00e9e un courant \u00e9lectrique de tr\u00e8s faible intensit\u00e9 dans une zone sp\u00e9cifique du cortex qui est la couche la plus externe du cerveau. Bien qu\u2019il soit faible, ce courant \u00e9lectrique est suffisant pour d\u00e9clencher la transmission de l\u2019impulsion nerveuse d\u2019une cellule \u00e0 l\u2019autre, explique le physicien Oswaldo Baffa Filho de l\u2019USP \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto, qui m\u00e8ne des recherches dans ce domaine.<\/p>\n<p><strong>Reprogrammant des neurones<\/strong><br \/>\nLa SMTr et l\u2019\u00e9lectrochoc fonctionnent sur la base du m\u00eame principe physique, soit le passage de courant \u00e9lectrique par l\u2019enc\u00e9phale qui contient l\u2019ensemble des structures du syst\u00e8me nerveux central qui inclut le cerveau. Mais il y a \u00e9galement des diff\u00e9rences importantes entre ces deux syst\u00e8mes, comme l\u2019intensit\u00e9 et l\u2019\u00e9tendue du courant \u00e9lectrique appliqu\u00e9es au syst\u00e8me nerveux central. Alors que la SMTr cr\u00e9e un courant de quelques milliamp\u00e8res dans une zone restreinte du cerveau, l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie produit un courant environ mille fois plus \u00e9lev\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 2 amp\u00e8res, qui traverse tout l\u2019enc\u00e9phale et provoque des convulsions identiques \u00e0 celles observ\u00e9es durant des crises d\u2019\u00e9pilepsie (le patient ne sent pas les convulsions et ne s\u2019en souvient pas car il est anesth\u00e9si\u00e9 durant toute la s\u00e9ance). Quelle que soit la technique utilis\u00e9e, on estime que ce passage de courant \u00e9lectrique reprogramme certains g\u00e8nes des cellules nerveuses qui reprennent ensuite un fonctionnement appropri\u00e9, similaire \u00e0 l\u2019effet produit par les antid\u00e9presseurs.<\/p>\n<p>Dans le traitement de la d\u00e9pression, la r\u00e9gion vis\u00e9e par la SMTr se situe du c\u00f4t\u00e9 lat\u00e9ral gauche de la t\u00eate, au dessus des yeux. C\u2019est \u00e0 cet endroit que se trouve le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, une r\u00e9gion de la taille d\u2019une pi\u00e8ce de 10 centimes et qui est associ\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire \u00e0 court terme, au raisonnement logique et \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des objectifs que l\u2019on d\u00e9sire atteindre. Cette r\u00e9gion est en g\u00e9n\u00e9ral moins active chez les individus souffrant de d\u00e9pression que chez les autres, et cela quelle que soit l\u2019origine du probl\u00e8me, qui peut d\u00e9pendre de facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, hormonaux ou environnementaux.<\/p>\n<p>Selon Marcolin, l\u2019individu se soumettant \u00e0 des sessions de SMTr ne sent g\u00e9n\u00e9ralement rien, bien qu\u2019il puisse ressentir un l\u00e9ger mal de t\u00eate ou des contractions du cuir chevelu qui g\u00e9n\u00e9ralement disparaissent quand l\u2019appareil est \u00e9teint. Il y a presque 10 ans, cette quasi-absence d\u2019effets ind\u00e9sirables a \u00e9veill\u00e9 l\u2019attention de Marcolin et ceci l\u2019a motiv\u00e9 \u00e0 se d\u00e9vier de sa ligne de recherche. Au vu des r\u00e9sultats des premi\u00e8res exp\u00e9rimentations, il a abandonn\u00e9 sa sp\u00e9cialit\u00e9 touchant aux interactions entre les drogues psychiatriques et d\u2019autres m\u00e9dicaments pour mener des recherches sur l\u2019efficacit\u00e9 de la SMTr pour lutter contre la d\u00e9pression et d\u2019autres maladies qui, chez certains individus, entra\u00eenent g\u00e9n\u00e9ralement une perte de raison et une perte de contr\u00f4le sur leur propre vie.<\/p>\n<p>Outre les \u00e9tudes internationales men\u00e9es dans ce domaine, deux exp\u00e9rimentations conduites \u00e0 l\u2019USP attestent ces b\u00e9n\u00e9fices et \u00e9tayent la d\u00e9cision que devra prendre l\u2019Institut de Psychiatrie afin d\u2019autoriser la SMTr dans le traitement de la d\u00e9pression (principalement dans les cas o\u00f9 ni les m\u00e9dicaments, ni les th\u00e9rapies psychologiques ne produisent l\u2019effet escompt\u00e9). Le travail le plus r\u00e9cent en la mati\u00e8re et publi\u00e9 en d\u00e9cembre par l\u2019International Journal of Neuropsychopharmacology montre que la SMTr est aussi efficace que l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie pour r\u00e9duire les signes de la d\u00e9pression persistante, appel\u00e9e d\u00e9pression r\u00e9fractaire. Le psychiatre Moacyr Rosa, de l\u2019\u00e9quipe de Marcolin, a s\u00e9lectionn\u00e9 42 personnes d\u2019une tranche d\u2019\u00e2ge comprise entre 18 et 65 ans, toutes souffrant de d\u00e9pression r\u00e9fractaire afin qu\u2019elles puissent recevoir un des deux traitements possibles; : la SMTr ou l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Rosa a trait\u00e9 al\u00e9atoirement la moiti\u00e9 de ce groupe avec cinq sessions hebdomadaires de SMTr pendant un mois, alors que l\u2019autre moiti\u00e9 s\u2019est soumise \u00e0 12 applications d\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie durant la m\u00eame p\u00e9riode. Durant cette \u00e9tude, Rosa a mesur\u00e9 le degr\u00e9 de d\u00e9pression \u00e0 trois reprises au moyen d\u2019une \u00e9chelle allant de 0 \u00e0 40 points (une ponctuation inf\u00e9rieure \u00e0 7 indique une absence de d\u00e9pression et une ponctuation sup\u00e9rieure \u00e0 22 confirme une d\u00e9pression grave, stade o\u00f9 apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement des changements brutaux de comportement comme l\u2019insomnie ou le contraire quand l\u2019individu dort trop fr\u00e9quemment, quand il se nourrit de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e ou perd compl\u00e8tement l\u2019app\u00e9tit, quand il n\u2019a plus de d\u00e9sir sexuel ou veut fr\u00e9quemment mettre fin \u00e0 ses jours.<\/p>\n<p><strong>Autres b\u00e9n\u00e9fices<br \/>\n<\/strong>Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me semaine de traitement, la ponctuation des participants des deux groupes \u00e9tait pass\u00e9e en moyenne de 32 \u00e0 25. Quinze jours plus tard le degr\u00e9 de gravit\u00e9 \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 15, d\u00e9pression consid\u00e9r\u00e9e de mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u00e9g\u00e8re. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, 40% des individus s\u2019\u00e9tant soumis \u00e0 l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie et la moiti\u00e9 de ceux s\u2019\u00e9tant soumis \u00e0 des sessions de stimulation magn\u00e9tique ont bien r\u00e9pondu \u00e0 la th\u00e9rapie. Pour les m\u00e9decins cela signifie qu\u2019ils avaient r\u00e9duit de moiti\u00e9 les signes de d\u00e9pression pr\u00e9sent\u00e9s en d\u00e9but d\u2019\u00e9tude. \u00c0 la fin de la recherche, 20% des individus du premier groupe et 10% du second n\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plus consid\u00e9r\u00e9s d\u00e9prim\u00e9s. \u201cLa proportion des candidats qui ont vu leur \u00e9tat s\u2019am\u00e9liorer est relativement faible, mais il faut se rappeler que les cas trait\u00e9s par l\u2019Institut de Psychiatrie de l\u2019USP sont toujours d\u2019une extr\u00eame gravit\u00e9 \u201d, d\u00e9clare Marcolin. La chose la plus importante d\u00e9montr\u00e9e par cette \u00e9tude est que la SMTr a favoris\u00e9 une am\u00e9lioration identique \u00e0 l\u2019\u00e9lectroconvulsoth\u00e9rapie, laquelle n\u00e9cessite une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale pour chacune des trois s\u00e9ances hebdomadaires. Ce fait est important et ce n\u2019est pas le seul.<\/p>\n<div id=\"attachment_121206\" style=\"max-width: 234px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-121206 \" alt=\"Application: Une bobine d\u00e9clenche un courant \u00e9lectrique d\u2019intensit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e en millisecondes s\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/32-37_magnetismo_131_es-6-224x300.jpg\" width=\"224\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">MIGUEL BOYAYAN<\/span>Application: Une bobine d\u00e9clenche<br \/>un courant \u00e9lectrique d\u2019intensit\u00e9<br \/>\u00e9lev\u00e9e en millisecondes s<span class=\"media-credits\">MIGUEL BOYAYAN<\/span><\/p><\/div>\n<p>En effet, deux ans auparavant, l\u2019\u00e9quipe de Marcolin avait d\u00e9couvert un autre atout de la SMTr. L\u2019excitation de r\u00e9gions d\u00e9termin\u00e9es du cerveau \u00e0 l\u2019aide de pulsations magn\u00e9tiques rapides et intenses acc\u00e9l\u00e8re l\u2019action des antid\u00e9presseurs. Demetrio Ortega Rumi, psychiatre de l\u2019USP, a prescrit \u00e0 46 personnes souffrant de d\u00e9pression profonde une th\u00e9rapie de cinq semaines \u00e0 base d\u2019amitriptyline, un des antid\u00e9presseurs les plus efficaces pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre des messagers chimiques du syst\u00e8me nerveux central qui, pense-t-on, se situent \u00e0 des niveaux inf\u00e9rieurs \u00e0 la normale en cas de d\u00e9pression. Au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me semaine, Rumi a s\u00e9par\u00e9 les participants de cette \u00e9tude en deux groupes. Une moiti\u00e9 s\u2019est soumise \u00e0 20 sessions de SMTr et le reste a suivi un m\u00eame nombre de s\u00e9ances de stimulation inactive, o\u00f9 la bobine \u00e9tait plac\u00e9e sur la t\u00eate, produisait les m\u00eames cr\u00e9pitements mais ne cr\u00e9ait pas de champ magn\u00e9tique. Durant l\u2019exp\u00e9rimentation, aucun des deux groupes ne savait quel traitement il recevait.<\/p>\n<p>L\u2019effet produit par la v\u00e9ritable stimulation a \u00e9t\u00e9 \u00e9vident. D\u00e8s la premi\u00e8re semaine, Rumi s\u2019est aper\u00e7u que l\u2019intensit\u00e9 d\u00e9pressive avait diminu\u00e9, passant en moyenne de 32 \u00e0 environ 20 points pour les individus trait\u00e9s avec la bobine active, alors que l\u2019\u00e9chelle de l\u2019autre groupe indiquait encore une d\u00e9pression profonde avec environ 30 points. \u00c0 la fin de la quatri\u00e8me semaine la plupart des patients ayant re\u00e7u une v\u00e9ritable stimulation ont vu leur \u00e9tat s\u2019am\u00e9liorer \u00e9norm\u00e9ment. En effet, la moiti\u00e9 n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus d\u00e9prim\u00e9e et le reste n\u2019indiquait qu\u2019une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9pression. Seuls 12% des patients s\u2019\u00e9tant soumis \u00e0 une stimulation simul\u00e9e se sont d\u00e9barrass\u00e9s du probl\u00e8me gr\u00e2ce au m\u00e9dicament, selon les r\u00e9sultats publi\u00e9s en 2005 dans la revue Biological Psychiatry.<\/p>\n<p><strong>Avant les antid\u00e9presseurs<br \/>\n<\/strong> L\u2019\u00e9quipe de Raffaella Zanardi de l\u2019Universit\u00e9 Vita-Salute \u00e0 Milan en Italie a not\u00e9 des effets identiques \u00e0 la SMTr sur des personnes trait\u00e9es avec trois autres antid\u00e9presseurs plus r\u00e9cents : l\u2019escitalopram et la sertraline, qui inhibent la recapture du neurotransmetteur s\u00e9rotonine, et la venlafaxine, inhibiteur de la recapture de la s\u00e9rotonine et de la noradr\u00e9naline. Dans cette \u00e9tude relat\u00e9e dans un article du Journal of Clinical Psychiatry de d\u00e9cembre 2005, les participants ayant re\u00e7u de v\u00e9ritables impulsions magn\u00e9tiques ont vu leur \u00e9tat de sant\u00e9 s\u2019am\u00e9liorer plus rapidement que ceux trait\u00e9s par stimulation inactive, bien qu\u2019\u00e0 la fin de cette \u00e9tude tous les participants n\u2019avaient plus de cadre d\u00e9pressif. \u201cCes donn\u00e9es sugg\u00e8rent que la stimulation magn\u00e9tique anticipe l\u2019action de l\u2019antid\u00e9presseur, qui met g\u00e9n\u00e9ralement de deux \u00e0 quatre semaines pour produire l\u2019effet escompt\u00e9\u201d, d\u00e9clare Marcolin.<\/p>\n<p>Marcolin ne fait cependant pas l\u2019unanimit\u00e9. Les plus prudents pensent qu\u2019il est encore pr\u00e9matur\u00e9 d\u2019autoriser la SMTr pour soigner la d\u00e9pression. Ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent attendre davantage rappellent que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les \u00e9tudes n\u2019ont inclus qu\u2019un nombre relativement faible de participants, entre 40 et 60 individus, et cela durant \u00e0 peine quelques semaines. Mais cette situation commence \u00e0 changer gr\u00e2ce \u00e0 la conclusion des \u00e9tudes men\u00e9es sur un plus grand \u00e9chantillon de patients.<\/p>\n<p>Lors de la rencontre annuelle du Coll\u00e8ge Am\u00e9ricain de Neuropsychopharmacologie qui a eu lieu au d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre, Sarah Lisanby, psychiatre de l\u2019Universit\u00e9 de Columbia et de l\u2019Institut Psychiatrique Public de New York, a pr\u00e9sent\u00e9 la conclusion d\u2019une \u00e9tude portant sur 301 individus d\u00e9pressifs, suivis dans 24 centres aux \u00c9tats-Unis, au Canada et en Australie. Dans cette \u00e9tude financ\u00e9e par Neuronetics, une des entreprises qui fabriquent les \u00e9quipements de SMTr, les participants n\u2019ont pas pris d\u2019antid\u00e9presseurs durant quatre semaines et la moiti\u00e9 a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e par stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne, alors que l\u2019autre moiti\u00e9 s\u2019est soumise \u00e0 une fausse stimulation. Les indices d\u2019am\u00e9lioration ont \u00e9t\u00e9 plus expressifs dans le premier groupe.<\/p>\n<p>Selon Sarah, ces donn\u00e9es corroborent les effets antid\u00e9pressifs de la SMTr et sont comparables \u00e0 ceux obtenus avec les antid\u00e9presseurs dans le traitement d\u2019individus souffrant de d\u00e9pression mod\u00e9r\u00e9e et pr\u00e9sentant une certaine r\u00e9sistance aux m\u00e9dicaments. \u201cMais cette efficacit\u00e9 est moindre que celle obtenue avec l\u2019\u00e9letroconvulsoth\u00e9rapie\u201d, d\u00e9clare la psychiatre, chef de la Division de Stimulation C\u00e9r\u00e9brale et de Modulation Th\u00e9rapeutique de Columbia, \u00e0 New York. Les r\u00e9sultats de cette \u00e9tude ont servi \u00e0 \u00e9tayer une demande de r\u00e9\u00e9valuation de la SMTr aupr\u00e8s de la Food and Drug Administration (FDA), agence nord-am\u00e9ricaine r\u00e9gulatrice en mati\u00e8re d\u2019aliments et de rem\u00e8des. Des sp\u00e9cialistes de la FDA vont se r\u00e9unir \u00e0 la fin du mois de janvier pour \u00e9valuer les faits les plus r\u00e9cents en termes de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 de la SMTr, avant de d\u00e9cider s\u2019ils approuvent son ample utilisation aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 elle n\u2019est encore utilis\u00e9e qu\u2019\u00e0 titre exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p>Il y a encore beaucoup de choses \u00e0 d\u00e9couvrir sur la SMTr. Les premi\u00e8res exp\u00e9rimentations indiquant son action antid\u00e9pressive n\u2019ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es qu\u2019en 1996 par Alvaro Pascual-Leone, neurologue de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Harvard, aux \u00c9tats-Unis, un si\u00e8cle apr\u00e8s que le m\u00e9decin et physicien fran\u00e7ais Jacques-Ars\u00e8ne D\u2019Arsonval ait essay\u00e9 pour la premi\u00e8re fois d\u2019utiliser le magn\u00e9tisme pour modifier l\u2019humeur d\u2019un individu. Actuellement, on ne sait pas exactement si le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral est la r\u00e9gion la plus indiqu\u00e9e pour les applications de SMTr ou si d\u2019autres zones du cerveau produiraient de meilleurs r\u00e9sultats. On s\u2019interroge \u00e9galement sur l\u2019intensit\u00e9 de la fr\u00e9quence de pulsations la plus appropri\u00e9e.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des exp\u00e9rimentations, l\u2019application de cette technique a provoqu\u00e9 certaines crises d\u2019\u00e9pilepsie sur des individus sains et des personnes souffrant de d\u00e9pression. Adriana Conforto, du D\u00e9partement de Neurologie de l\u2019USP, a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne en Suisse l\u2019effet de diff\u00e9rentes techniques pour d\u00e9finir le degr\u00e9 de sensibilit\u00e9 de chacun \u00e0 ce type de traitement et d\u00e9terminer le dosage sp\u00e9cifique, efficace et s\u00fbr pour chaque personne. La fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 de la stimulation sont deux autres param\u00e8tres qui garantissent la fiabilit\u00e9 de cette th\u00e9rapie. \u201cL\u2019association de techniques de neuronavigation et de neuroimage fonctionnelle en mati\u00e8re de stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne poss\u00e8de un grand potentiel en termes de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 \u201d, d\u00e9clare Adriana.<\/p>\n<p>Les physiciens Oswaldo Baffa, Dr\u00e1ulio Ara\u00fajo et Andr\u00e9 Cunha Perez travaillent avec le neurologue Jo\u00e3o Leite \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto, afin de r\u00e9soudre un autre probl\u00e8me : comment d\u00e9terminer l\u2019endroit le plus appropri\u00e9 de la t\u00eate pour y apposer la bobine de SMTr. Ils essayent de cr\u00e9er un programme informatique qui puisse lire les images de r\u00e9sonance nucl\u00e9aire magn\u00e9tique du cerveau pour placer la bobine de mani\u00e8re pr\u00e9cise dans des zones comme le cortex pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>\u201cIl est crucial que les choses soient bien faites\u201d, d\u00e9clare Pascual Leone, de Harvard. \u201cNous sommes tr\u00e8s attentifs en termes de contr\u00f4le de qualit\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019indication d\u2019utilisation.\u201d L\u2019\u00e9quipe de l\u2019IPq de S\u00e3o Paulo travaille \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de directives qui orienteront les applications de la SMTr pour pouvoir suivre le patient apr\u00e8s que la d\u00e9pression ait \u00e9t\u00e9 initialement vaincue. Le chemin \u00e0 parcourir est long mais prometteur, d\u00e9clare l\u2019\u00e9quipe du neurologue espagnol Jaime Kulisevsky, dans un article de 2003 qui \u00e9value l\u2019utilisation de la SMTr contre la d\u00e9pression: \u201cDe nombreux traitements cliniques utilis\u00e9s en psychiatrie ont \u00e9t\u00e9 mis au point lentement, tout d\u2019abord \u00e0 travers un processus d\u2019approbation enthousiaste, puis pratiquement tomb\u00e9 dans l\u2019oubli, pour r\u00e9appara\u00eetre ensuite gr\u00e2ce \u00e0 une utilisation clinique \u00e9largie et sens\u00e9e\u201d.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c9lectrochoc pol\u00e9mique<br \/>\n<\/strong><\/em>Quand le premier \u00e9lectrochoc fut appliqu\u00e9 en 1938, bien avant l\u2019apparition des premiers m\u00e9dicaments psychiatriques, les m\u00e9decins italiens Ugo Cerletti et Lucio Bini pensaient que l\u2019induction de convulsions c\u00e9r\u00e9brales identiques \u00e0 celles observ\u00e9e dans l\u2019\u00e9pilepsie gu\u00e9riraient les troubles mentaux car un \u00e9pileptique ne pouvait pas \u00eatre \u00e9galement schizophr\u00e8ne. On a d\u00e9couvert plus tard que cette id\u00e9e \u00e9tait erron\u00e9e. Cependant, on a pu prouver que l\u2019\u00e9lectrochoc utilis\u00e9 de mani\u00e8re appropri\u00e9e pouvait traiter la d\u00e9pression profonde ainsi que d\u2019autres troubles comme la schizophr\u00e9nie. L\u2019\u00e9lectrochoc, environ 70 ans apr\u00e8s sa premi\u00e8re application, est toujours l\u2019une des th\u00e9rapies m\u00e9dicales les plus controvers\u00e9es. Mais comparer l\u2019\u00e9lectrochoc appliqu\u00e9 de nos jours dans les h\u00f4pitaux \u00e0 ce qui \u00e9tait fait jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 revient \u00e0 comparer les chirurgies actuelles \u00e0 celles o\u00f9 les bons chirurgiens de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient ceux qui amputaient le plus rapidement possible afin d\u2019\u00e9viter la douleur. Les s\u00e9ances d\u2019\u00e9lectrochoc actuelles sont bien \u00e9loign\u00e9es des sc\u00e8nes de film comme Vol au dessus d\u2019un nid de coucou, o\u00f9 les personnages se retrouvent compl\u00e8tement d\u00e9bilit\u00e9s apr\u00e8s avoir re\u00e7u, sans anesth\u00e9sie, des chocs bien plus intenses que ceux d\u2019aujourd\u2019hui. De nos jours, les m\u00e9decins appliquent une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale et utilisent des relaxants musculaires avant de commencer le traitement. Une s\u00e9quence tr\u00e8s br\u00e8ve de d\u00e9charges \u00e9lectriques, d\u2019une \u00e0 deux millisecondes, provoque une convulsion enregistr\u00e9e par un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme. L\u2019anesth\u00e9sie \u00e9vite la souffrance et le relaxant \u00e9vite la contraction musculaire durant la convulsion, \u00e9vitant ainsi de possibles blessures. De surcro\u00eet, les patients se soumettant \u00e0 un \u00e9lectrochoc re\u00e7oivent de l\u2019oxyg\u00e8ne et sont sous contr\u00f4le cardiaque permanent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Magn\u00e9tisme contre la d\u00e9pression","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1183],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-120668","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-strategies-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120668","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120668"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120668\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120668"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120668"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120668"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=120668"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}