{"id":120680,"date":"2013-06-07T12:44:44","date_gmt":"2013-06-07T15:44:44","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=120680"},"modified":"2013-06-12T14:58:54","modified_gmt":"2013-06-12T17:58:54","slug":"un-pari-radical-contre-le-diabete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/un-pari-radical-contre-le-diabete\/","title":{"rendered":"Un pari radical contre le diab\u00e8te"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en mai 2007<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_121209\" style=\"max-width: 237px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-121209\" alt=\"Cristaux d\u2019insuline: hormone qui r\u00e9gule le niveau de sucre dans le sang et qui n\u2019est pas produite par les diab\u00e9tiques de type\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/38-43_Diabetes_135_Es-1-227x300.jpg\" width=\"227\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">ALFRED PASIEKA\/SCIENCE PHOTO LIBRARY\/LATIN STOCK<\/span>Cristaux d\u2019insuline: hormone qui r\u00e9gule le niveau de sucre dans le sang et qui n\u2019est pas produite par les diab\u00e9tiques de type<span class=\"media-credits\">ALFRED PASIEKA\/SCIENCE PHOTO LIBRARY\/LATIN STOCK<\/span><\/p><\/div>\n<p>Le samedi 13 mai de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le dentiste Jaider Furlan Abbud, domicili\u00e9 dans la commune pauliste de Pontal situ\u00e9e \u00e0 30 kilom\u00e8tres de Ribeir\u00e3o Preto, a f\u00eat\u00e9 ses 31 ans. Comme il est de coutume dans ce type de f\u00eates, il avait un peu exag\u00e9r\u00e9 sur la nourriture, surtout sur les sucreries. Le lendemain, en allant aux toilettes, il a eu la surprise de voir la cuvette des toilettes envahie de fourmis. C\u2019\u00e9tait un signe classique d\u2019exc\u00e8s de sucre dans les urines. Le lundi, il s\u2019est aussit\u00f4t rendu chez le m\u00e9decin et ses doutes se sont confirm\u00e9s. Il souffrait de diab\u00e8te de type 1, \u00e9galement appel\u00e9 diab\u00e8te juv\u00e9nile ou insulinod\u00e9pendant. Incr\u00e9dule, il s\u2019est alors rendu chez un deuxi\u00e8me sp\u00e9cialiste qui lui a confirm\u00e9 le diagnostic. Pour contr\u00f4ler la maladie il allait devoir, durant sa vie enti\u00e8re, se soumettre \u00e0 des injections quotidiennes d\u2019insuline, hormone qui retire le glucose du sang et que son pancr\u00e9as ne produisait plus en raison de l\u2019attaque inflammatoire caract\u00e9ristique de ce type de diab\u00e8te. La d\u00e9sagr\u00e9able routine des piq\u00fbres allait imm\u00e9diatement devoir faire partie de son quotidien. \u201cJe n\u2019arrivais pas \u00e0 y croire\u201d, se rem\u00e9more le dentiste.<\/p>\n<p>Le 29 juillet de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, moins de deux mois apr\u00e8s avoir re\u00e7u le diagnostic, Jaider quitta l\u2019H\u00f4pital des Cliniques de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Ribeir\u00e3o Preto de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo avec 13 kilos en moins. Mais il \u00e9tait tr\u00e8s heureux car il n\u2019avait d\u00e9j\u00e0 plus besoin de ses deux ampoules quotidiennes d\u2019insuline pour contr\u00f4ler la maladie. Il s\u2019\u00e9tait soumis \u00e0 un traitement exp\u00e9rimental on\u00e9reux et agressif contre le diab\u00e8te de type 1. Il s\u2019agissait d\u2019un traitement comprenant de p\u00e9nibles sessions de chimioth\u00e9rapie par l\u2019utilisation des drogues qui d\u00e9priment le syst\u00e8me immunitaire, accompagn\u00e9 d\u2019une autogreffe de la moelle osseuse. Son pancr\u00e9as allait de nouveau produire de l\u2019insuline. Le dentiste, mari\u00e9 et sans enfants, ne se fait plus de piq\u00fbres depuis plus de neuf mois. Il fait partie des 15 br\u00e9siliens, d\u2019une tranche d\u2019\u00e2ge comprise entre 14 et 31 ans qui, de novembre 2003 \u00e0 juillet 2006, ont test\u00e9 cette th\u00e9rapie enti\u00e8rement mise au point par une \u00e9quipe du Centre de Th\u00e9rapie Cellulaire (CTC) de l\u2019universit\u00e9. Tous les patients (\u00e0 l\u2019exception d\u2019un, justement le premier \u00e0 s\u2019\u00eatre soumis \u00e0 un traitement diff\u00e9rent des autres, utilisant une th\u00e9rapie \u00e0 base de cortico\u00efdes) ont obtenu des r\u00e9sultats positifs et se sont remis \u00e0 produire de l\u2019insuline. \u201cNous ne pouvons pas parler d\u2019une cure du diab\u00e8te car il nous faut encore suivre longtemps les patients pour voir si les effets se maintiennent et nous devons \u00e9galement r\u00e9aliser des \u00e9tudes sur plus d\u2019individus\u201d, d\u00e9clare l\u2019immunologiste J\u00falio Cesar Voltarelli, principal id\u00e9alisateur de cette ligne de recherche. \u201cMais notre travail aura un impact tr\u00e8s important dans ce domaine\u201d.<\/p>\n<p>C\u2019est cet apparent succ\u00e8s d\u2019une approche th\u00e9rapeutique in\u00e9dite (l\u2019adjectif apparent se justifie car nous ne savons pas encore si ses b\u00e9n\u00e9fices seront durables ou temporaires) qui a pouss\u00e9 une \u00e9quipe de chercheurs du CTC, un des Centres de Recherche Innovation et Diffusion (Cepids) financ\u00e9s par la FAPESP, \u00e0 publier un article scientifique de neuf pages dans une des revues m\u00e9dicales de grand renom : le Journal of the American Medical Association (Jama) du 11 avril. Le p\u00e9riodique reconnaissait l\u2019excellence du travail et le commentait dans son \u00e9ditorial dans ces termes: \u201cL\u2019\u00e9tude de Voltarelli est la premi\u00e8re de nombreuses tentatives en mati\u00e8re de th\u00e9rapies cellulaire qui seront probablement test\u00e9es pour contrer l\u2019avanc\u00e9e du diab\u00e8te de type 1\u201d, d\u00e9clare dans l\u2019\u00e9ditorial de Jama, Jay S. Skyler, de Institut de Recherche sur les Diab\u00e8tes de Universit\u00e9 de Miami. Il faut \u00e9galement souligner que cette exp\u00e9rimentation a \u00e9t\u00e9 essentiellement men\u00e9e par des br\u00e9siliens. \u201cC\u2019est une contribution nationale pour la recherche sur le diab\u00e8te \u201d, d\u00e9clare Marco Antonio Zago, coordonnateur du CTC. Parmi les 13 auteurs de l\u2019article publi\u00e9 dans le Jama, 11 appartiennent \u00e0 l\u2019USP de Ribeir\u00e3o Preto pour seulement 2 collaborateurs ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Il y a encore beaucoup de questions en suspens dans le traitement exp\u00e9rimental en cours de test \u00e0 l\u2019USP de Ribeir\u00e3o Preto et les chercheurs eux-m\u00eames ne nient pas les incertitudes. Pourquoi cette th\u00e9rapie combin\u00e9e semble fonctionner ? Les patients se sont remis \u00e0 produire de l\u2019insuline gr\u00e2ce \u00e0 la chimioth\u00e9rapie ou gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019autogreffe de la moelle osseuse? Ou bien gr\u00e2ce \u00e0 la synergie entre ces deux proc\u00e9dures? On ne le sait pas encore. C\u2019est justement pour ce motif que les br\u00e9siliens veulent poursuivre les recherches. \u201cCette premi\u00e8re \u00e9tude poss\u00e8de un caract\u00e8re exploratoire\u201d, d\u00e9clare Voltarelli. Le traitement reste encore myst\u00e9rieux, \u00e0 l\u2019exemple de la propre gen\u00e8se du diab\u00e8te de type 1. Bien qu\u2019il y ait des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques qui favorisent son apparition, la maladie se manifeste dans l\u2019organisme en raison du contact avec un \u00e9l\u00e9ment externe qui provoque un dysfonctionnement du syst\u00e8me immunitaire. Le probl\u00e8me est que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent personne n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9couvrir pourquoi les cellules de d\u00e9fense du corps humain agressent la r\u00e9gion pancr\u00e9atique qui fabrique l\u2019insuline. Il peut \u00e9galement y avoir plus d\u2019un \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur qui d\u00e9clenche ce processus. On soup\u00e7onne, mais encore sans aucune preuve, que l\u2019inflammation pourrait \u00eatre caus\u00e9e par un virus, des radicaux libres, du lait de vache, parmi d\u2019autres agents infectieux possibles.<\/p>\n<p>La recherche d\u2019un traitement contre le diab\u00e8te de type 1 qui remplacerait les p\u00e9nibles piq\u00fbres quotidiennes est compr\u00e9hensible. Bien qu\u2019ils ne repr\u00e9sentent au maximum que 10% de la population totale des diab\u00e9tiques, soit 200 millions de personnes dans le monde et environ 10 millions au Br\u00e9sil, les patients qui d\u00e9pendent de l\u2019insuline sont les cas les plus graves. Pour les individus souffrant de diab\u00e8te de type 2 et pour les diab\u00e8tes gestationnels qui touchent temporairement certaines femmes durant leur grossesse, la maladie peut \u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral simplement contr\u00f4l\u00e9e par des di\u00e8tes et des exercices physiques. Pour le diab\u00e8te juv\u00e9nile, qui normalement appara\u00eet d\u00e8s l\u2019enfance ou au d\u00e9but de la vie adulte, ces mesures ne sont plus suffisantes. La lutte contre cette pathologie requiert n\u00e9cessairement des doses externes d\u2019insuline. Dans le cas contraire, le malade peut mourir rapidement. L\u2019insuline est essentielle pour la vie car elle retire le glucose du sang qu\u2019elle envoie ensuite dans les cellules o\u00f9 il se transforme en \u00e9nergie. Les sympt\u00f4mes des trois types de diab\u00e8te sont les m\u00eames, bien qu\u2019ils soient normalement plus aigus pour les patients du type 1 et se manifestent sous la forme d\u2019une soif intense, d\u2019une envie constante d\u2019uriner, d\u2019une perte de poids m\u00eame sans suivre de di\u00e8te, d\u2019une vision embu\u00e9e, de fatigue et de douleurs dans les jambes.<\/p>\n<p><strong>Trois ans sans insuline<\/strong><br \/>\nLes chiffres prouvant le succ\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rimentation br\u00e9silienne sont \u00e9loquents. Un des patients ne prend d\u00e9j\u00e0 plus d\u2019insuline depuis 37 mois. Plus de trois ans. Quatre autres patients ne voient plus d\u2019aiguilles depuis environ 23 mois, et sept depuis huit mois. Le traitement exp\u00e9rimental n\u2019a pas produit de r\u00e9sultats imm\u00e9diats dans deux cas. Cependant, plus d\u2019un an apr\u00e8s s\u2019\u00eatre soumis \u00e0 la th\u00e9rapie, ces patients ne sont plus \u00e9galement d\u00e9pendants des doses externes d\u2019hormone. Parmi les 14 patients trait\u00e9s, un seul a rechut\u00e9 en contractant une virose et a d\u00fb recevoir \u00e0 nouveau des doses d\u2019insuline. Les effets collat\u00e9raux du nouvel abordage th\u00e9rapeutique agressif ont \u00e9t\u00e9 toutefois mod\u00e9r\u00e9s. Un des malades a contract\u00e9 une pneumonie et deux ont pr\u00e9sent\u00e9 des dysfonctionnements endocriniens. Mais pour que ce double traitement \u00e0 base de chimioth\u00e9rapie et d\u2019autogreffe de cellules souches ait une chance de fonctionner, les chercheurs pensent qu\u2019il faut bien s\u00e9lectionner les patients qui se soumettront \u00e0 ce traitement. Tous les individus qui, d\u2019une certaine mani\u00e8re ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de ce traitement th\u00e9rapeutique, avaient \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9s diab\u00e9tiques de type 1 au maximum six semaines avant le d\u00e9but du traitement. Il s\u2019agissait donc d\u2019individus en d\u00e9but de maladie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-121211\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/38-43_Diabetes_135_Es-2-70x300.jpg\" width=\"70\" height=\"300\" \/><span class=\"media-credits-inline\">MIGUEL BOYAYAN<\/span>Ce type de s\u00e9lection se justifie scientifiquement. Les chercheurs pensaient qu\u2019il restait encore une petite quantit\u00e9 de cellules b\u00eata dans les \u00eelots de Langerhans, situ\u00e9s dans le pancr\u00e9as, durant le stage initial de la maladie. Avec le d\u00e9veloppement de la maladie, ces cellules restantes auront le m\u00eame destin que les autres et seront d\u00e9truites par le dysfonctionnement immunitaire qui provoque le diab\u00e8te de type 1. Les individus qui ont particip\u00e9 \u00e0 cette exp\u00e9rimentation \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto poss\u00e9daient encore, par exemple, entre 20% et 40% des cellules b\u00eata normalement pr\u00e9sentes dans un organisme sain. Partant de cette pr\u00e9supposition clinique, sachant qu\u2019en d\u00e9but de maladie il y a encore des cellules du pancr\u00e9as \u00e0 sauver de l\u2019attaque inflammatoire typique du diab\u00e8te, les chercheurs du CTC ont d\u00e9cid\u00e9 de tester le traitement sur des patients r\u00e9cemment diagnostiqu\u00e9s diab\u00e9tiques. Ils d\u00e9clarent que la th\u00e9rapie aura ainsi plus de chances de fonctionner. Le raisonnement est simple; si les cellules b\u00eata non d\u00e9truites sont pr\u00e9serv\u00e9es, l\u2019organisme, une fois lib\u00e9r\u00e9 du dysfonctionnement immunitaire qui agresse le pancr\u00e9as, pourra les multiplier et ainsi reprendre une production normale d\u2019insuline. C\u2019est ce qui a pu se passer avec les malades qui ont bien r\u00e9pondu au traitement.<\/p>\n<p>Cet abordage th\u00e9rapeutique in\u00e9dit et test\u00e9 sur 15 patients \u00e9vite les doses \u00e9lev\u00e9es de chimioth\u00e9rapie et d\u2019immunoth\u00e9rapie (cyclofosfamide et globuline antithymocyte), et est suivi d\u2019une greffe des cellules souches h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tiques, capables de se diff\u00e9rencier et de cr\u00e9er d\u2019autres types de cellules comme les globules rouges du sang, les plaquettes et les globules blancs du syst\u00e8me immunitaire. Ces cellules avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement retir\u00e9es de la moelle osseuse du propre individu et conserv\u00e9es dans du nitrog\u00e8ne liquide. Cette deuxi\u00e8me proc\u00e9dure est connue sous le nom de greffe autologue de la moelle osseuse (ou autogreffe), et ne pr\u00e9sente aucun risque de rejet. Le traitement exp\u00e9rimental promeut donc une double attaque du diab\u00e8te, sous une forme identique \u00e0 celle utilis\u00e9e pour lutter contre certains types de cancers, comme certaines leuc\u00e9mies. Tout d\u2019abord, la chimioth\u00e9rapie d\u00e9truit pratiquement tout le syst\u00e8me immunitaire du patient, source du probl\u00e8me inflammatoire qui attaque et tue les cellules b\u00eata du pancr\u00e9as. Des cellules souches h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tiques sont ensuite inject\u00e9es pour acc\u00e9l\u00e9rer la reconstruction du syst\u00e8me immunitaire du patient. Il s\u2019agit donc d\u2019un nouveau syst\u00e8me immunitaire qui, pour des raisons m\u00e9connues, ne semble pas indiquer de dysfonctionnement inflammatoire qui attaque les cellules b\u00eata. \u201cC\u2019est comme si les d\u00e9fenses de l\u2019organisme repartaient de z\u00e9ro et que le patient ait \u00e0 nouveau le syst\u00e8me immunitaire d\u2019un enfant\u201d, d\u00e9clare Voltarelli, qui teste \u00e9galement des th\u00e9rapies utilisant des cellules souches pour soigner d\u2019autres maladies auto-immunitaires, comme le lupus et la scl\u00e9rose syst\u00e9mique. C\u2019est pour cela que les individus qui se soumettent au traitement, outre le fait de perdre leurs cheveux, souffrent de vomissements et d\u2019autres probl\u00e8mes d\u00e9sagr\u00e9ables, et doivent \u00e0 nouveau reprendre tous leurs vaccins. Au final, la \u201cm\u00e9moire\u201d de leur syst\u00e8me immunitaire a \u00e9t\u00e9 apparemment effac\u00e9e ou du moins est en sommeil.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires, mais encourageants, du traitement exp\u00e9rimental contre le diab\u00e8te du type 1 ont fait le tour du monde. Tant bien que mal, de nombreux reportages sur les \u00e9tudes men\u00e9es et r\u00e9alis\u00e9s au Br\u00e9sil et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger avaient parfois un ton de sensationnalisme, comme si les chercheurs de l\u2019USP avaient annonc\u00e9 la cure de cette maladie, chose qu\u2019ils n\u2019ont jamais faite. Pour vous donner quelques exemples de divulgation dans la presse internationale, des journaux comme le fran\u00e7ais Le Monde, le britannique Financial Times et le nord-am\u00e9ricain The Wall Street Journal ont relat\u00e9 cette \u00e9tude. Certains de ces reportages questionnaient \u00e9galement les r\u00e9sultats obtenus par l\u2019\u00e9quipe de Ribeir\u00e3o Preto. L\u2019article le plus critique a peut \u00eatre \u00e9t\u00e9 celui publi\u00e9 par la c\u00e9l\u00e8bre revue hebdomadaire britannique de divulgation scientifique New Scientist dans son num\u00e9ro du 21 avril. Avec un titre exag\u00e9rant la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9crite par l\u2019\u00e9quipe du CTC, o\u00f9 \u00e9tait utilis\u00e9e l\u2019expression \u201ccure du diab\u00e8te avec des cellules souches\u201d, la revue donnait la parole \u00e0 des chercheurs \u00e9trangers qui ont \u00e9mis une s\u00e9rie de doutes techniques et m\u00eame \u00e9thiques sur l\u2019exp\u00e9rimentation br\u00e9silienne.<\/p>\n<p><strong>Effet lune de miel<\/strong><br \/>\nLe reportage, qui a \u00e9galement offert un droit de r\u00e9ponse \u00e0 Voltarelli, questionne dans ses grandes lignes le b\u00e9n\u00e9fice suppos\u00e9 de ce traitement. Il insinue \u00e9galement qu\u2019il est plus facile de tester de nouvelles th\u00e9rapies risqu\u00e9es \u00e0 base de cellules souches en Asie et en Am\u00e9rique Latine, o\u00f9 les contr\u00f4les l\u00e9gaux sont moindres, qu\u2019en Europe et aux \u00c9tats-Unis. Kevan Harold, un des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Yale (EUA) interview\u00e9 par la revue anglaise, d\u00e9clare que les patients souffrant de diab\u00e8te de type 1 peuvent passer par une phase appel\u00e9e lune de miel dans laquelle ils se remettent \u00e0 produire temporairement de l\u2019insuline. Si l\u2019on suit ce raisonnement, la reprise de production d\u2019hormone dans le pancr\u00e9as, suite au traitement, ne serait qu\u2019une r\u00e9action passag\u00e8re et naturelle de l\u2019organisme. Les chercheurs du CTC r\u00e9futent ce type d\u2019argument. \u201cIl n\u2019y a pas de p\u00e9riode de lune de miel qui puisse expliquer que 14 patients sur 15 se soient remis \u00e0 produire de l\u2019insuline, certains sur plusieurs ann\u00e9es\u201d, r\u00e9pond l\u2019endocrinologiste Carlos Eduardo Couri, autre r\u00e9dacteur de l\u2019article publi\u00e9 dans la revue Jama. \u201cIl y aurait trop de co\u00efncidences.\u201d<\/p>\n<p>Lainie Ross Friedman, sp\u00e9cialiste en \u00e9thique m\u00e9dicale de l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, interview\u00e9 par la revue New Scientist et contraire \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation br\u00e9silienne, a \u00e9galement accord\u00e9 une entrevue \u00e0 la revue Recherche FAPESP. Sa plus grande restriction concerne l\u2019inclusion d\u2019enfants dans ces \u00e9tudes. \u201cLe Br\u00e9sil est signataire de la D\u00e9claration d\u2019Helsinki (charte sur les principes \u00e9tiques de la recherche scientifique promue par l\u2019Association M\u00e9dicale Mondiale) et les premiers tests th\u00e9rapeutiques n\u2019auraient pas d\u00fb inclure des enfants, mais seulement des adultes\u201d, d\u00e9clare Lainie. \u201cIl aurait \u00e9galement d\u00fb y avoir un groupe de contr\u00f4le (patients qui re\u00e7oivent le traitement conventionnel pour le diab\u00e8te de type 1, et dont l\u2019\u00e9volution clinique servirait de base pour comparer l\u2019efficacit\u00e9 de la th\u00e9rapie alternative).\u201d Quand ce syst\u00e8me th\u00e9rapeutique a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, huit des 15 individus trait\u00e9s avaient moins de 18 ans. Selon elle, ces enfants n\u2019auraient d\u00fb participer \u00e0 cette exp\u00e9rimentation que dans une deuxi\u00e8me phase, au moment o\u00f9 il aurait \u00e9t\u00e9 clairement prouv\u00e9 sur des adultes que la th\u00e9rapie alternative \u00e9tait meilleure que la conventionnelle. Lainie consid\u00e8re \u00e9galement que cette exp\u00e9rimentation est tr\u00e8s dangereuse et fait allusion aux risques augment\u00e9s de cancer, de st\u00e9rilit\u00e9, et m\u00eame de mort par l\u2019adoption d\u2019un traitement antidiab\u00e9tique si agressif. Il y a m\u00eame des chercheurs br\u00e9siliens qui, sur un ton plus am\u00e8ne et sans retirer le m\u00e9rite de cette \u00e9tude, \u00e9mettent des r\u00e9serves sur l\u2019exp\u00e9rimentation du CTC. \u201cJ\u2019ai une profonde admiration pour le travail os\u00e9 et courageux du docteur J\u00falio\u201d, d\u00e9clare Mari Cleide Sogayar, de l\u2019Institut de Chimie de l\u2019USP, qui travaille \u00e9galement sur le diab\u00e8te. \u201cMais le traitement propos\u00e9 repr\u00e9sente une avanc\u00e9e h\u00e9t\u00e9rodoxe et il faut bien \u00e9valuer son rapport co\u00fbt\/b\u00e9n\u00e9fice.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe du CTC est la premi\u00e8re \u00e0 admettre les risques et les limitations du traitement th\u00e9rapeutique, m\u00eame dans l\u2019article publi\u00e9 dans la revue Jama. Mais m\u00eame ainsi, les scientifiques n\u2019arr\u00eatent pas de se d\u00e9battre avec les critiques et \u00e0 d\u00e9fendre la sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e9thique de l\u2019exp\u00e9rimentation. Selon Voltarelli, l\u2019\u00e9tude clinique a rempli tous les r\u00e9quisits moraux et juridiques exig\u00e9s dans le pays et il a fallu plus d\u2019un an pour que cette \u00e9tude soit approuv\u00e9e par la Commission Nationale d\u2019\u00c9thique de la Recherche (Conep), instance rattach\u00e9e au Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 qui autorise ce type de travail. \u201cLa Conep est plus rigoureuse que la FDA (organisme gouvernemental nord-am\u00e9ricain qui veille \u00e0 la qualit\u00e9 des aliments, des m\u00e9dicaments et qui r\u00e9gule les \u00e9tudes cliniques)\u201d, d\u00e9clare l\u2019immunologiste du CTC, laissant entendre qu\u2019une partie des critiques \u00e9manant des chercheurs \u00e9trangers se doit au fait que ces \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par un groupe n\u2019appartenant pas aux grands centres scientifiques mondiaux. Selon lui, l\u2019utilisation de mineurs dans l\u2019exp\u00e9rimentation se justifie car la maladie se manifeste chez les enfants et les adultes de mani\u00e8re diff\u00e9rente. Voltarelli d\u00e9clare \u00e9galement qu\u2019il a essay\u00e9 de cr\u00e9er un groupe de contr\u00f4le mais qu\u2019il n\u2019est pas parvenu \u00e0 r\u00e9unir un nombre suffisant d\u2019int\u00e9ress\u00e9s. \u201cMais nous allons essayer de cr\u00e9er un groupe de contr\u00f4le pour les prochaines \u00e9tudes \u201d, admet-il. En ce qui concerne les probl\u00e8mes de sant\u00e9 inh\u00e9rents au traitement exp\u00e9rimental, l\u2019\u00e9quipe du CTC maintient une politique totalement transparente. \u201cNous parlons de tout durant le processus de s\u00e9lection des candidats, m\u00eame d\u2019une possibilit\u00e9 de d\u00e9c\u00e8s\u201d, d\u00e9clare Couri. \u201cCette possibilit\u00e9 est minime, mais elle existe. \u00c0 tel point que la majorit\u00e9 des patients interrog\u00e9s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas se soumettre \u00e0 cette th\u00e9rapie.\u201d<\/p>\n<p>Un des grands soucis de l\u2019\u00e9quipe du CTC est de ne pas donner de faux espoirs de gu\u00e9rison aux diab\u00e9tiques de type 1. Depuis que les r\u00e9sultats positifs de l\u2019exp\u00e9rimentation ont \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s dans la presse, Voltarelli re\u00e7oit 200 e-mails par jour provenant de patients voulant se soumettre \u00e0 ce traitement. \u201c10 demandes quotidiennes proviennent des \u00c9tats-Unis\u201d, d\u00e9clare l\u2019immunologiste. Les chercheurs sont conscients du fait que le traitement exp\u00e9rimental ne repr\u00e9sentera pas une solution d\u00e9finitive pour la maladie. Outre les doutes inh\u00e9rents au m\u00e9canisme d\u2019action de la th\u00e9rapie et \u00e0 la dur\u00e9e de ses b\u00e9n\u00e9fices, Voltarelli souligne que le traitement est tr\u00e8s on\u00e9reux et risqu\u00e9 pour pouvoir \u00eatre propos\u00e9 comme proc\u00e9dure standard aux millions de diab\u00e9tiques de type 1 existants dans le monde. Chaque patient trait\u00e9 dans cette exp\u00e9rimentation de l\u2019USP de Ribeir\u00e3o co\u00fbte actuellement entre 20 et 30 mille r\u00e9aux. L\u2019hospitalisation est d\u2019au minimum 20 jours dans une unit\u00e9 d\u2019isolement, compl\u00e9t\u00e9e par des soins intensifs dans le centre de greffe de la moelle osseuse. Les proc\u00e9dures n\u00e9cessaires \u00e0 la th\u00e9rapie test\u00e9e au CTC ne peuvent \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9es que dans des h\u00f4pitaux hautement sp\u00e9cialis\u00e9s. Le r\u00eave des chercheurs est de d\u00e9couvrir un traitement efficace contre le diab\u00e8te moins agressif et moins on\u00e9reux. Un des espoirs de l\u2019\u00e9quipe du CTC r\u00e9side dans les cellules souches mesenquimales, autre type de cellule primitive que l\u2019on rencontre \u00e9galement dans la moelle osseuse. Ces cellules semblent \u00eatre capable de d\u00e9primer le syst\u00e8me immunitaire. \u201cGr\u00e2ce \u00e0 elles, nous allons peut-\u00eatre parvenir \u00e0 \u00e9viter la chimioth\u00e9rapie qui est l\u2019\u00e9tape la plus agressive du traitement\u201d, d\u00e9clare Voltarelli.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un pari radical contre le diab\u00e8te","protected":false},"author":13,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[388,1180],"tags":[],"coauthors":[101],"class_list":["post-120680","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sem-categoria-fr","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120680","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120680"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120680\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120680"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120680"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120680"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=120680"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}