{"id":120990,"date":"2013-06-11T12:17:39","date_gmt":"2013-06-11T15:17:39","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=120990"},"modified":"2013-06-12T17:21:09","modified_gmt":"2013-06-12T20:21:09","slug":"le-citoyen-qui-sentait-le-roi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/le-citoyen-qui-sentait-le-roi\/","title":{"rendered":"Le citoyen qui sentait le roi"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en mai 2007<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-121332\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/94-97_Pedro-II_135_Es-1-300x228.jpg\" width=\"300\" height=\"228\" \/><span class=\"media-credits-inline\">FOTOS DIVULGACI\u00d3N <\/span>Quand une personnalit\u00e9 de la R\u00e9publique affirma que son parti d\u00e9sirait rester 20 ans au pouvoir (phrase qui, d\u2019ailleurs, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par une autre personnalit\u00e9 actuellement au pouvoir), le Br\u00e9sil a frissonn\u00e9. Il est vrai que deux d\u00e9cennies de mandat, c\u2019est excessif. N\u00e9anmoins, le Br\u00e9sil a d\u00e9j\u00e0 eu un gouvernant qui s\u2019est maintenu \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat pendant 49 ans, 3 mois et 22 jours. \u201cPar la long\u00e9vit\u00e9 du gouvernement et par les transformations qui ont eu lieu pendant cette p\u00e9riode, aucun autre chef\u00a0d\u2019\u00c9tat n&#8217;a autant\u00a0marqu\u00e9 l\u2019histoire du pays\u201d affirme l\u2019historien Jos\u00e9 Murilo de Carvalho, qui vient de lancer un livre sur dom Pedro II (1825-1891). Sa capacit\u00e9 \u00e0 se maintenir au pouvoir est malheureusement proportionnelle \u00e0 l\u2019ignorance, universitaire et populaire, \u00e0 propos de son r\u00e8gne. Il y a quelques ann\u00e9es, quand tous deux ornaient les billets de banque, il \u00e9tait usuel (et il l\u2019est encore) , face aux barbes blanches du fils, de voir en Pedro II le p\u00e8re de Pedro I.<\/p>\n<p>\u201cAu Br\u00e9sil du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Pedro II est partout et nulle part. Pour la majorit\u00e9, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un \u00eatre r\u00e9el, un gouvernant dont les actions, bonnes ou mauvaises, ont fa\u00e7onn\u00e9 la nation br\u00e9silienne moderne. Ses r\u00e9alisations et ses limitations ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement oubli\u00e9es\u201d, note le br\u00e9silianniste Roderick Barman, de l\u2019Universit\u00e9 de Columbia, auteur d\u2019un autre profil du monarque, Citizen emperor (\u00e0 \u00eatre traduit, en 2008, par la \/l\u2019 Unesp), et qui vient de terminer Brazil: the Burdens of Nationhood, 1852-1910, \u00e9tude de poids sur le Second R\u00e8gne face \u00e0 la consolidation nationale. \u201cLa monarchie a garanti l\u2019unit\u00e9 du pays, qui a p\u00e9riclit\u00e9 pendant la R\u00e9gence, quand les gouvernements rebelles ont d\u00e9clar\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance de trois provinces. Elle a \u00e9t\u00e9 une \u00e9cole de pratiques politiques civilis\u00e9es, surtout si on la compare aux r\u00e9publiques voisines. Mais elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s lente dans l\u2019introduction de politiques sociales, comme l\u2019abolition de l\u2019esclavage et l\u2019\u00e9ducation populaire, et a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e dans certaines r\u00e9formes politiques, telles la d\u00e9centralisation politique et l\u2019expansion du droit au vote\u201d, explique Carvalho. Qui a \u00e9t\u00e9 son id\u00e9alisateur ?<\/p>\n<p>Ni \u201cPedro Banane\u201d, \u00e9pith\u00e8te cr\u00e9\u00e9e par les r\u00e9publicains, ni le monarque \u00e9clair\u00e9, le bon vieillard, image cultiv\u00e9e par des monarchistes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. Malgr\u00e9 cela, il laissa des marques profondes. \u201cLes succ\u00e8s de Pedro II, la cr\u00e9ation d\u2019une culture politique et d\u2019un id\u00e9al de citoyennet\u00e9 surv\u00e9curent non seulement \u00e0 sa chute, en 1889, mais se sont maintenues en tant que normes et directives de la vie publique dans les r\u00e9gimes qui se succ\u00e9d\u00e8rent (l\u2019Ancienne R\u00e9publique, l\u2019\u00c8re Vargas et la R\u00e9publique Lib\u00e9rale). M\u00eame le r\u00e9gime militaire de 1964 a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment influenc\u00e9 par sa vision du Br\u00e9sil comme \u00c9tat-nation. Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1980 que cela a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9\u201d, affirme Barman. Pedro II r\u00e9gna, gouverna, administra et commanda pendant cinq d\u00e9cennies. \u201cEn cons\u00e9quence, sans l\u2019\u00e9lite comprenant\/appr\u00e9ciant ce qu\u2019il faisait, il modelait, par la pratique quotidienne et par l\u2019exemple, les attentes de l\u2019\u00e9lite et du peuple sur la conduite du chef de l\u2019\u00c9tat, ainsi que le style du processus politique br\u00e9silien. M\u00eame apr\u00e8s la t\u00e9l\u00e9vision, ces attentes ont perdur\u00e9. Pour ceux qui en doutent, il suffit de comparer l\u2019apparence et le programme du candidat Lula en 1992 et ceux du nouveau Lula, de 2002 et 2006. Le jeune radical s\u2019est transform\u00e9 en un fac-simil\u00e9 du second empereur.\u201d<\/p>\n<p><strong>\u00c9tranger<br \/>\n<\/strong>Pour Pedro II et d\u2019autres \u201cmonarques\u201d r\u00e9publicains, Barman note que les Br\u00e9siliens, g\u00ean\u00e9s, ont tendance \u00e0 rappeler qu\u2019il \u201cne semble pas Br\u00e9silien, mais \u00e9tranger\u201d, ou, comme le note Carvalho, dans le cas de l\u2019empereur, \u201cun Habsbourg perdu dans les tropiques, blond, les yeux bleus, dans un pays avec une petite \u00e9lite blanche encercl\u00e9e par une mar\u00e9e de Noirs et de m\u00e9tis\u201d. \u201cC\u2019est presque comme ne pas vouloir\/pouvoir accepter que l\u2019on puisse \u00eatre un bon chef de gouvernement et en m\u00eame temps un Br\u00e9silien typique.\u201d Ainsi s\u2019explique l\u2019admiration quelque peu provinciale pour la culture du monarque, qui semblait tout savoir. \u201cJe le sais d\u00e9j\u00e0, je le sais d\u00e9j\u00e0 ! Le savant sait tout par excellence. Il sait plus que la science et plus que la loi. Le P\u00e8re \u00c9ternel, jaloux d\u2019une telle science inn\u00e9e, lui a dit, en guise d\u2019excuse : \u2018Dom Pedro, succ\u00e9dez-moi ! Je vous remets l\u2019univers !\u2019 Mais le savant, s\u00fbr de lui, r\u00e9pondit avec m\u00e9pris\u00a0: \u2018Je le sais d\u00e9j\u00e0, je le sais d\u00e9j\u00e0 !\u201d, disait un po\u00e8me de l\u2019\u00e9poque \u00e0 propos de la fa\u00e7on dont Pedro II r\u00e9agissait quand on essayait de l\u2019informer de quelque chose.<\/p>\n<div id=\"attachment_121334\" style=\"max-width: 199px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-121334\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/94-97_Pedro-II_135_Es-2-189x300.jpg\" width=\"189\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">PHOTOS DIVULGATION<\/span>Un Habsbourg perdu dans les tropiques. \u201cC\u2019est presque comme ne pas vouloir\/pouvoir accepter que l\u2019on puisse \u00eatre un bon chef de gouvernement et en m\u00eame temps un Br\u00e9silien typique\u201d<span class=\"media-credits\">PHOTOS DIVULGATION<\/span><\/p><\/div>\n<p>Celui qui voit dans l\u2019empereur, presque sans pompe et qui portait une veste \u00e0 queue-de-pie, un homme qui ne s\u2019int\u00e9ressait pas au pouvoir, se trompait. \u201cCe qu\u2019il d\u00e9sirait \u00e9tait l\u2019essence et non les apparences du pouvoir. Ce qu\u2019il voulait avant tout c\u2019\u00e9tait d\u2019avoir le contr\u00f4le. Le trauma de sa jeunesse tourment\u00e9e (orphelin de m\u00e8re \u00e0 1 an, de p\u00e8re \u00e0 9, empereur \u00e0 14 ans) lui inculqua la peur d\u2019\u00eatre sous tutelle\u201d, note Barman. \u201cPerdre le contr\u00f4le signifiait, pour lui, \u00eatre manipul\u00e9. L\u2019intensit\u00e9 du d\u00e9sir de Pedro II de contr\u00f4ler tout et tous a \u00e9t\u00e9 masqu\u00e9e par un \u00e9loignement des feux de la rampe, par l\u2019auto discipline. Il \u00e9tait, ainsi, facile de sous-estimer l\u2019homme, l\u2019amplitude de son autorit\u00e9. Il a toujours \u00e9gal\u00e9 le r\u00e9gime et le pays \u00e0 sa personne.\u201d Carvalho note n\u00e9anmoins que dom Pedro ne s\u2019int\u00e9ressait pas \u00e0 la politique en tant que jeu de pouvoir. \u201cIl ne calculait pas les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices politiques de ses actions et ne planifiait pas le futur de son r\u00e8gne. Je ne lui fais pas d\u2019\u00e9loges en tant que gouvernant, mais en tant qu\u2019homme de grand esprit public. Il ne ha\u00efssait pas le pouvoir, il l\u2019exer\u00e7ait jalousement, mais en accomplissant une obligation d\u00e9coulant de sa position d\u2019empereur.\u201d<\/p>\n<p><strong>Citoyen<\/strong><br \/>\nD\u2019apr\u00e8s Barman, le contr\u00f4le absolu des affaires d\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour \u201cconserver et perfectionner la soci\u00e9t\u00e9\u201d, et non pour la refaire. Pedro II \u00e9tait connu pour laisser les probl\u00e8mes se r\u00e9soudre par eux-m\u00eames, ce en quoi il \u00e9tait aid\u00e9 par le Pouvoir Mod\u00e9rateur. \u201cIl s\u2019inqui\u00e9tait moins de promouvoir les actions qu\u2019il d\u00e9sirait que d\u2019emp\u00eacher que les autres r\u00e9ussissent \u00e0 mettre en place des politiques qu&#8217;il ne d\u00e9sirait pas.\u201d Si l\u2019empereur se pavanait de sa condition de citoyen, ce dernier n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019empereur. \u201cPedro II ne s\u2019est jamais demand\u00e9 si les Br\u00e9siliens d\u00e9siraient qu\u2019il soit le \u2018premier citoyen\u2019, ni s\u2019ils d\u00e9siraient le genre de progr\u00e8s et de civilisation \u00e0 la fran\u00e7aise, qu\u2019il d\u00e9sirait pour SA nation \u201d, note l\u2019Am\u00e9ricain. Suivant les mots d\u2019un contemporain, \u201cmalgr\u00e9 la sympathie, il y a en lui une odeur de roi qui se croit sup\u00e9rieur aux autres\u201d. Ainsi, ses \u201cconseillers\u201d n\u2019\u00e9taient pas des personnes mais des livres, en particulier les monographies fran\u00e7aises. \u201cIl a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 par presque tous, mais n\u2019a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 par presque personne\u201d, note Carvalho.<\/p>\n<p>Il a perdu la grande chance de lib\u00e9rer les esclaves avant 1888, par les mains de sa fille, consid\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019alors par l\u2019\u00e9lite et le peuple comme la \u201cb\u00e9ate\u201d, celle qui \u00e9tait mari\u00e9e \u201cau Fran\u00e7ais\u201d, incapable de lui succ\u00e9der. Depuis les ann\u00e9es 1850, le march\u00e9 des esclaves d\u00e9clinait et l\u2019\u00e9lite br\u00e9silienne notait que les jours de l\u2019esclavage \u00e9taient compt\u00e9s. \u201cPedro II partageait ce point de vue et, comme un bon civilis\u00e9, il n\u2019approuvait pas la captivit\u00e9. Mais laisser \u00e9chapper aux membres de son cabinet ses vues sur le futur de l\u2019esclavage \u00e9tait une chose, et inciter les hommes politiques \u00e0 prendre une attitude en \u00e9tait une autre. Il aimait s\u2019imaginer \u00eatre dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019initier le changement\u201d, affirme Barman. Avec la fin de la Guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine, le Br\u00e9sil deviendrait le seul pays de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re occidental avec des esclaves. Cela n\u2019\u00e9tait pas en accord avec son succ\u00e8s de monarque \u00e9clair\u00e9 face \u00e0 ses contemporains europ\u00e9ens. \u201cMais celui qui \u00e9tudie la bataille pour le Ventre Libre ne peut pas dire que sa posture \u00e9tait uniquement d\u2019intellectuel. Il a pay\u00e9 un tr\u00e8s haut prix pour \u00e7a. Quand il r\u00e9duisit son impulsion abolitionniste, les pr\u00e9judices\u00a0contre la dynastie \u00e9taient faits\u201d, rappelle Jos\u00e9 Murilo.<\/p>\n<p>La conduite\u00a0de la Guerre du Paraguay, une autre question pol\u00e9mique, porte la marque du monarque \u201cqui pensait qu\u2019il \u00e9tait le Br\u00e9sil\u201d. \u201cDans la guerre, le Br\u00e9sil n\u2019a pas lutt\u00e9 contre le bon ennemi\u00a0et cela sans doute gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9galomanie de L\u00f3pez. Les justificatives de l\u2019empereur pour poursuivre la lutte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019expulsion de L\u00f3pez ont toujours \u00e9t\u00e9 le but du Trait\u00e9 de la Triple Alliance et la d\u00e9fense de l\u2019honneur du Br\u00e9sil, mais cela ne me para\u00eet pas suffisant. Son insistance \u00e0 ne pas n\u00e9gocier demeure une \u00e9nigme\u201d, observe Murilo. \u201cIl consid\u00e9ra l\u2019agression contre le Br\u00e9sil comme un affront personnel. \u2018On parle de la paix dans le Rio de la Plata, mais JE ne fais pas la paix avec L\u00f3pez\u2019, \u00e9crivit Pedro II \u00e0 sa ma\u00eetresse, la comtesse de Barral. L\u2019insistance de l\u2019empereur \u00e0 vouloir exterminer L\u00f3pez a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e\u201d, concorde Barman. Finalement, la R\u00e9publique.<\/p>\n<div id=\"attachment_121338\" style=\"max-width: 216px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-121338\" alt=\"Image rare du souverain en costume royal. \u201cCe qu\u2019il d\u00e9sirait \u00e9tait l\u2019essence et non les apparences du pouvoir. Ce qu\u2019il voulait avant tout c\u2019\u00e9tait avoir le contr\u00f4le\u201d\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/94-97_Pedro-II_135_Es-3-206x300.jpg\" width=\"206\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">PHOTOS DIVULGATION<\/span>Image rare du souverain en costume royal. \u201cCe qu\u2019il d\u00e9sirait \u00e9tait l\u2019essence et non les apparences du pouvoir. Ce qu\u2019il voulait avant tout c\u2019\u00e9tait avoir le contr\u00f4le\u201d<span class=\"media-credits\">PHOTOS DIVULGATION<\/span><\/p><\/div>\n<p>Le r\u00e9publicanisme est n\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par ici, dans les ann\u00e9es 1830, mais il \u00e9tait n\u00e9anmoins consid\u00e9r\u00e9, n\u00e9anmoins, avec m\u00e9pris par l\u2019\u00e9lite et avec une indiff\u00e9rence bienveillante par l\u2019empereur et, d\u2019apr\u00e8s le br\u00e9silianniste, face \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 du mouvement \u00e0 s\u2019\u00e9tablir apr\u00e8s 1870, cette attitude n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement erron\u00e9e. C\u2019est la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration qui a entra\u00een\u00e9 sa chute: ayant pour donn\u00e9e l\u2019union du Br\u00e9sil et son statut d\u2019\u00c9tat-Nation consolid\u00e9, ils ne craignaient plus le collapsus de l\u2019ordre politique. N\u00e9anmoins, jusqu\u2019aux derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e9gime, la phrase \u201cL\u2019empereur, mon auguste ma\u00eetre\u201d \u00e9tait employ\u00e9e couramment par les Br\u00e9siliens. \u201cLes \u00e9lites avaient trouv\u00e9, avec Pedro II, quelqu\u2019un qui avait supprim\u00e9 le fanatisme des masses, un monarque habile qui a r\u00e9uni la libert\u00e9 et l\u2019ordre, la paix interne et le d\u00e9veloppement du pays (conditionn\u00e9 \u00e0 son \u00e9troite supervision et sans exc\u00e8s). Il est alors devenu une partie naturelle de l\u2019existence des br\u00e9siliens.\u201d Cette \u201cmaison en ordre\u201d accorde aux r\u00e9publicains le calme pour grandir. \u201cFace au manque d\u2019un successeur cr\u00e9dible (Pedro II ne consid\u00e9rait pas Isabelle comme telle), \u00e0 cause de la maladie dont souffrait le monarque, tout semblait garantir une transition vers la R\u00e9publique. Le Br\u00e9sil aurait, ainsi, pu supprimer de son histoire le terrible militarisme qui d\u00e9buta en 1889\u201d, note Barman. \u201cMais ses r\u00e9alisations initiales et son refus de c\u00e9der ne serait-ce qu\u2019un peu aux politiciens, ouvrir le syst\u00e8me, ainsi que sa n\u00e9gligence face aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019Arm\u00e9e, le men\u00e8rent au d\u00e9tr\u00f4nement path\u00e9tique .\u201d L\u2019image du groupe de nobles envoy\u00e9s manu militari en exil a davantage marqu\u00e9 l\u2019imaginaire national que le pouvoir exerc\u00e9 tout au long d\u2019un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Pedro II, qui tendait intellectuellement \u00e0 la R\u00e9publique, \u00e9tait, pourtant, un autocentr\u00e9, confiant que le monde tournait autour de lui. Bien que se doutant de la direction vers laquelle le Br\u00e9sil se dirigeait, il insista \u00e0 maintenir l\u2019\u00e9tat des choses, l\u2019\u00e9ternelle erreur des souverains depuis que les Anglais ont d\u00e9capit\u00e9 leur roi au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le point faible de l\u2019empire a justement \u00e9t\u00e9 cette confiance dans la neutralisation exacerb\u00e9e, le d\u00e9sir de tout contr\u00f4ler personnellement. \u201cLa vie de l\u2019Empire n\u2019a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9e que par la campagne abolitionniste, qui d\u00e9via l\u2019attention vers la fragilit\u00e9 paradoxale d\u2019un r\u00e9gime aussi bien consolid\u00e9.\u201d Avec la fin de la monarchie, le Br\u00e9sil a souffert des ann\u00e9es de dictature militaire, y inclus Canudos, des actions d\u2019un \u201cr\u00e9gime sans racines solides et presque sans l\u00e9gitimit\u00e9\u201d, note Barman, pour qui le Br\u00e9sil d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019a pas ses origines en 1889 mais dans la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est Vargas qui a \u00e9t\u00e9 le responsable de la chute du r\u00e9gime qui renversa l\u2019empereur, qui remit Pedro II en vogue et qui rapatria ses restes mortels. \u201cLa majorit\u00e9 des Br\u00e9siliens croient que leurs anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 des r\u00e9publicains inn\u00e9s et que la monarchie a \u00e9t\u00e9 une imposition externe.\u201d \u00c9trange ali\u00e9nation de l\u2019importance, bonne ou mauvaise, de quelqu\u2019un qui, en tant que roi ou \u201ccitoyen\u201d, r\u00e9gna sur le pays pendant 50 ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le citoyen qui sentait le roi","protected":false},"author":24,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[117],"class_list":["post-120990","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120990","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/24"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120990"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120990\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120990"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120990"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120990"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=120990"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}