{"id":121425,"date":"2013-06-13T15:12:38","date_gmt":"2013-06-13T18:12:38","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=121425"},"modified":"2013-06-28T15:00:19","modified_gmt":"2013-06-28T18:00:19","slug":"miguel-nocilelis-lhomme-aux-multiples-connections","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/miguel-nocilelis-lhomme-aux-multiples-connections\/","title":{"rendered":"Miguel Nocilelis: L\u2019homme aux multiples connections"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en octobre 2005<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-122935\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/10a15-pesquisaentrevist-fr.jpg\" width=\"223\" height=\"290\" \/><span class=\"media-credits-inline\">MIGUEL BOYAYAN<\/span>Sommit\u00e9 mondiale en neurosciences, l\u2019infatigable Miguel Nicolelis, pauliste vivant aux \u00c9tats-Unis depuis plus de 15 ans, se pr\u00e9pare \u00e0 profiter de sa premi\u00e8re ann\u00e9e sabbatique.Ce sera une sacr\u00e9e ann\u00e9e et les premiers mois sont d\u00e9j\u00e0 programm\u00e9s. Tout d\u2019abord passer quelques jours \u00e0 Natal sur la c\u00f4te, rester quelques jours \u00e0 Lausanne en Suisse et ensuite visiter rapidement S\u00e3o Paulo. Quand son foyer lui manquera, il retournera en Caroline du Nord, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Duke, o\u00f9 il dirige un laboratoire et une \u00e9quipe de plus de 30 personnes pour un budget d\u2019une dizaine de millions de dollars.Personne ne croit un instant que Nicolelis voyage pour le plaisir, bien que son s\u00e9jour \u00e0 S\u00e3o Paulo soit toujours une opportunit\u00e9 pour visiter ses parents et si possible voir un match en direct de son \u00e9quipe Palmeiras, une de ses passions. \u00c0 45 ans, il a d\u00e9cid\u00e9 de prendre une ann\u00e9e sabbatique pour consacrer plus de temps \u00e0 ses projets, en particulier \u00e0 la construction de l\u2019Institut de Neurosciences de Natal. \u201cJe serai en transit entre les \u00c9tats-Unis, le Br\u00e9sil et la Suisse\u201d, d\u00e9clare le chercheur, p\u00e8re de trois enfants et mari\u00e9 \u00e0 Laura, m\u00e9decin, qui g\u00e8re administrativement les initiatives de son mari. Au pays des horloges et du chocolat, le br\u00e9silien va cr\u00e9er un nouveau centre de neurosciences, \u00e0 la demande des helv\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Dans cet entretien conc\u00e9d\u00e9 lors d\u2019un r\u00e9cent passage \u00e0 S\u00e3o Paulo, Nicolelis parle du d\u00e9but de sa carri\u00e8re au Br\u00e9sil, de son d\u00e9part aux \u00c9tats-Unis et de l\u2019avanc\u00e9e de ses recherches qui ont montr\u00e9 la voie pour la cr\u00e9ation d\u2019interfaces modernes entre le cerveau et la machine. Dans un futur proche, ces dispositifs mus par des signaux \u00e9mis par le propre cerveau du patient, permettront peut-\u00eatre aux personnes handicap\u00e9es de se d\u00e9placer \u00e0 l\u2019aide de robots. \u201cNous voulons que se soit un br\u00e9silien qui b\u00e9n\u00e9ficie le premier de cette technologie\u201d, d\u00e9clare-t-il.<\/p>\n<p><em><strong>Quand avez-vous pens\u00e9 \u00e0 devenir chercheur?<\/strong><\/em><br \/>\nApr\u00e8s avoir conclu ma troisi\u00e8me ann\u00e9e de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (FM\/USP), o\u00f9 j\u2019\u00e9tais directeur sportif d\u2019un club d\u2019\u00e9tudiants. Je voulais faire quelque chose qui soit diff\u00e9rent de la m\u00e9decine traditionnelle. J\u2019aimais et j\u2019aime encore la m\u00e9decine mais l\u2019aspect clinique quotidien ne m\u2019int\u00e9ressait pas autant que je l\u2019avais imagin\u00e9. J\u2019ai alors commenc\u00e9 \u00e0 essayer de trouver un travail de recherche. J\u2019ai parl\u00e9 au professeur C\u00e9sar Timo-Iaria (neurophysiologiste qui travaillait \u00e0 l\u2019Institut de Sciences Biom\u00e9dicales (ICB) de l\u2019USP), d\u00e9c\u00e9d\u00e9 r\u00e9cemment et qui fut mon guide. J\u2019ai sollicit\u00e9 une bourse d\u2019initiation en sciences aupr\u00e8s de la FAPESP pour travailler dans l\u2019informatique. C\u2019\u00e9tait en 1982 et la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de micro ordinateurs arrivait au Br\u00e9sil. Je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9miologie \u00e0 l\u2019aide de mod\u00e8les math\u00e9matiques d\u2019interaction bact\u00e9rienne. \u00c0 cette \u00e9poque je comparais d\u00e9j\u00e0 le cerveau \u00e0 un grand ordinateur. Plus j\u2019\u00e9tudiais l\u2019informatique, plus je me rendais compte que le plus int\u00e9ressant \u00e9tait l\u2019\u00e9tude du cerveau. Quand j\u2019ai termin\u00e9 la facult\u00e9, en 1984, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019un des deux \u00e9tudiants de mon groupe \u00e0 ne pas vouloir faire l\u2019examen d\u2019interne. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 faire un doctorat en droit.<\/p>\n<p><em><strong>De quoi s\u2019agissait-il?<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019\u00e9tait une th\u00e8se \u00e9trange. La moiti\u00e9 concernait un projet informatique d\u2019analyses de connections neurales. \u00c0 la fin de mon doctorat, je suis arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que la neuroscience vivait un dilemme. On ne pouvait plus examiner les neurones un par un, il fallait les examiner ensemble simultan\u00e9ment. C\u2019est l\u2019impression que j\u2019ai eu en lisant l\u2019ensemble des articles scientifiques dans ce domaine. L\u2019avantage d\u2019\u00eatre au Br\u00e9sil c\u2019\u00e9tait que, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s que nous avions pour r\u00e9aliser des exp\u00e9riences, on pouvait lire \u00e9norm\u00e9ment, on avait du temps pour cela.<\/p>\n<p><em><strong>Qu\u2019avez-vous fait ensuite?<\/strong><\/em><br \/>\nJ\u2019ai termin\u00e9 ma th\u00e8se en 1988 et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 chercher \u00e0 travers le monde quelqu\u2019un ayant des id\u00e9es identiques aux miennes. Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre entretenu avec le docteur C\u00e9sar, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire \u00e0 de nombreuses personnes. Je pense avoir re\u00e7u environ 40 lettres de rejet. C\u2019\u00e9tait alors la norme.Un beau jour, j\u2019ai d\u00e9couvert deux propositions int\u00e9ressantes dans la revue Sciences. L\u2019une \u00e9manait de Gordon Shepherd de l\u2019universit\u00e9 de Yale, et l\u2019autre de John Chapin, de l\u2019Universit\u00e9 Hahnemann. Les deux m\u2019ont accept\u00e9, mais je suis all\u00e9 \u00e0 Hahnemann.Yale voulait que je fasse quelque chose de plus traditionnel, c\u2019\u00e9tait int\u00e9ressant mais ce n\u2019\u00e9tait pas ce que j\u2019avais \u00e0 l\u2019esprit. John, d\u2019Hahnemann, une petite universit\u00e9 de Philadelphie,avait eu la m\u00eame id\u00e9e que moi. Il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que la meilleure voie \u00e9tait d\u2019enregistrer des centaines de cellules nerveuses en m\u00eame temps. John m\u2019a appel\u00e9 pour un entretien et j\u2019y suis all\u00e9. En fin de journ\u00e9e, il m\u2019a propos\u00e9 un post-doctorat \u00e0 l\u2019universit\u00e9.Trois mois plus tard, je suis all\u00e9 \u00e0 Philadelphie. J\u2019ai quitt\u00e9 Hahnemann un an plus tard quand cette universit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e et a chang\u00e9 de profil. Elle fait d\u00e9sormais partie du MCP (Medical College of Pennsylvania- Hahnemann University). Cependant, durant une certaine p\u00e9riode, elle a \u00e9norm\u00e9ment investi en neurosciences et inject\u00e9 de grosses sommes dans ce domaine.<\/p>\n<p><em><strong>Comment \u00e9tait votre vie \u00e0 Hahnemann?<\/strong><\/em><br \/>\nPendant 6 mois j\u2019ai v\u00e9cu sans ma famille rest\u00e9e au Br\u00e9sil, ma femme Laura et mon premier fils Pedro \u00e2g\u00e9 de 6 mois. Je n\u2019avais en poche qu\u2019une bourse universitaire de la FAPESP (je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9 par l\u2019universit\u00e9 que plus tard). C\u2019\u00e9tait une folie. Je suis arriv\u00e9 seul dans un monde diff\u00e9rent et j\u2019\u00e9tais en train d\u2019apprendre l\u2019anglais. Mais j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 bien trait\u00e9. Le fait d\u2019\u00eatre all\u00e9 dans un endroit moins important que Yale ou Harvard fut une bonne chose. Il y avait moins de pression et ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on exigerait imm\u00e9diatement des r\u00e9sultats importants. Mais pour moi, l\u2019\u00e9chec n\u2019\u00e9tait pas envisageable. Il fallait que \u00e7a marche, ou je n\u2019aurais jamais aucune chance de faire ce que voulais au Br\u00e9sil. C\u2019\u00e9tait tout ou rien.<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019ambiance dans laquelle se d\u00e9roulaient <\/strong><\/em><em><strong>vos recherches \u00e9tait bonne?<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019\u00e9tait un paradis. John m\u2019a ouvert les portes d\u2019un laboratoire, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u2019un des centres de pointe mondial en mati\u00e8re de neurophysiologie, et il m\u2019a dit \u201cC\u2019est le tien\u201d. Il m\u2019a donn\u00e9 une Ferrari et m\u2019a dit \u201capprend \u00e0 conduire\u201d. En Am\u00e9rique c\u2019est comme\u00e7a. Le chef n\u2019est pas derri\u00e8re vous toute la journ\u00e9e. Il veut des r\u00e9sultats, mais la libert\u00e9 est totale. Il vous donne les moyens, vous donne tout, mais la marche \u00e0 suivre est la suivante: \u201cd\u00e9brouillez-vous mon ami\u201d. Et c\u2019est exactement ce qu\u2019il a fait. Je ne peux travailler que de cette mani\u00e8re, en toute libert\u00e9. J\u2019avais \u00e9galement cela au Br\u00e9sil dans le laboratoire du docteur C\u00e9sar mais \u00e0 l\u2019USP ce n\u2019\u00e9tait pas possible \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p><em><strong> Pourquoi?<\/strong><\/em><br \/>\nLes relations \u00e9taient trop hi\u00e9rarchiques, trop rigides. J\u2019ai eu un chef en pathologie \u00e0 l\u2019USP qui \u00e9tait un type tr\u00e8s dur. Il fallait faire \u00e0 sa mani\u00e8re ou s\u2019en aller. Il n\u2019y avait pas d\u2019autres alternatives. On ne pouvait rien remettre en cause. En Am\u00e9rique, un \u00e9l\u00e8ve de la High School (enseignement secondaire) remet en question ce que je dis, et il a raison de le faire. Ce n\u2019est pas parce que je dis une chose qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue. Ici on ne peut pas contredire le chef. C\u2019est Dieu.Cette attitude tue la science. Ce n\u2019est pas le manque d\u2019argent qui tue la science. Celui qui m\u00e8ne des recherches et qui n\u2019arrive pas \u00e0 obtenir une certaine autonomie deviendra technicien. Il ne deviendra pas chercheur en chef. \u00c0 Hahnemann j\u2019ai \u00e9galement appris \u00e0 g\u00e9rer mon temps. Je devais partager ma journ\u00e9e entre les exp\u00e9riences et la lecture. Je peux affirmer avoir suivi durant trois ans un cours en neurosciences \u00e0 Hahnemann comme il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible de le faire ailleurs. Tout \u00e9tait l\u00e0: articles scientifiques, livres et Internet qui commen\u00e7ait \u00e0 appara\u00eetre. Je pense ne pas avoir autant lu de ma vie qu\u2019entre 1989 et 1993.<\/p>\n<p><em><strong>Qu\u2019avez-vous appris durant cette p\u00e9riode?<\/strong><\/em><br \/>\nJe savais tout ce qui se passait en mati\u00e8re de neurosciences. J\u2019ai connu toutes les personnes d\u2019avant garde dans ce domaine. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai d\u00e9couvert ce qu\u2019il y avait au-dessus des nuages. Ceci est le grand probl\u00e8me de la science. L\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019arriver aux nuages, mais d\u2019aller au-del\u00e0, voir l\u2019horizon.D\u00e9couvrir quelle est la question fondamentale qui doit \u00eatre pos\u00e9e dans votre domaine. Ceci est tr\u00e8s difficile. J\u2019ai mis quatre ou cinq ans pour me faire une id\u00e9e.<\/p>\n<p><em><strong>Et qu\u2019elle fut votre id\u00e9e?<br \/>\n<\/strong><\/em>Je voulais comprendre les lois physiologiques qui r\u00e9gissent l\u2019interaction entre les grandes populations de neurones. Si nous comprenons cela, nous comprenons tout. Nous pourrons comprendre comment le cerveau fonctionne, expliquer la conscience et m\u00eame comment les maladies neurologiques d\u00e9truisent cette notion. Ceci est le Saint Graal de la neuroscience. Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui nous sommes \u00e0 la veille de cr\u00e9er une th\u00e9orie unificatrice qui r\u00e9unisse tout cela sur une seule base m\u00e9caniciste.<\/p>\n<p><em><strong>Comment avez-vous quitt\u00e9 Hahnemann <\/strong><\/em><em><strong>pour l\u2019Universit\u00e9 de Duke?<\/strong><\/em><br \/>\nUn jour, le chef d\u2019un nouveau d\u00e9partement de neurobiologie de Duke, Dale Purvis, est apparu \u00e0 Hahnemann. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fameux et je le connaissais de r\u00e9putation. Dale avait entendu parler de mon travail car j\u2019avais donn\u00e9 une conf\u00e9rence, une de mes premi\u00e8res, et parce qu\u2019un de ses grands amis connaissait un des professeurs de Hahnemann qui travaillait avec moi. Il est venu donner une conf\u00e9rence et a souhait\u00e9 me rencontrer. \u00c0 ma grande surprise, il est rest\u00e9 trois heures avec moi, regardant mes exp\u00e9riences.Un mois plus tard, il m\u2019a invit\u00e9 pour faire une pr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Duke. Je n\u2019avais jamais donn\u00e9 de conf\u00e9rence hors de congr\u00e8s, de ceux dans lesquels vous \u00eates invit\u00e9s \u00e0 parler. Cela m\u2019a sembl\u00e9 excellent. J\u2019ai donc fait ma pr\u00e9sentation \u00e0 Duke et j\u2019ai discut\u00e9 toute la journ\u00e9e avec ce professeur.<\/p>\n<p><em><strong>A cette \u00e9poque, parliez-vous d\u00e9j\u00e0 du football <\/strong><\/em><em><strong>br\u00e9silien dans vos conf\u00e9rences?<\/strong><\/em><br \/>\nOui, mais nous n\u2019avions pas encore gagn\u00e9 la coupe du monde de 1994. J\u2019ai fait ma pr\u00e9sentation et j\u2019ai discut\u00e9 toute la journ\u00e9e avec de nombreux professeurs du d\u00e9partement. Mon dernier entretien fut avec Dale. Il m\u2019a alors dit que tous avaient aim\u00e9 ma pr\u00e9sentation et qu\u2019il avait regroup\u00e9 les impressions de chacun. J\u2019ai trouv\u00e9 cela tr\u00e8s \u00e9trange.Mais Dale a poursuivi en d\u00e9clarant que les impressions \u00e9taient excellentes et il m\u2019a offert un emploi.<\/p>\n<p><em><strong>Il s\u2019agissait d\u2019un processus d\u2019\u00e9valuation?<\/strong><\/em><br \/>\nOui. C\u2019est ce qu\u2019ils appellent \u201cjob talk\u201d ou \u201cjob interview\u201d.Mais ils ne m\u2019en avaient rien dit de peur que je ne devienne trop nerveux ou que j\u2019essaye de les impressionner durant l\u2019entretien. Ils voulaient me voir au naturel. En fin de journ\u00e9e, j\u2019avais une offre d\u2019emploi en poche dans un des plus grands d\u00e9partements de recherche du pays et confront\u00e9 \u00e0 des choses qui m\u2019\u00e9taient jusqu\u2019alors inconnues. Par exemple, quand vous obtenez un emploi aux \u00c9tats-Unis, ils vous donnent des fonds pour cr\u00e9er votre propre laboratoire. Une quantit\u00e9 d\u2019argent que je n\u2019avais jamais vu dans ma vie et ils vous soutiennent financi\u00e8rement durant des ann\u00e9es. Ils payent votre d\u00e9m\u00e9nagement et tout ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 votre installation.<\/p>\n<p><em><strong>Ils investissent beaucoup dans la personne.<\/strong><\/em><br \/>\nDe mani\u00e8re incroyable. Ils s\u00e9lectionnent parfaitement les personnes. Ils n\u2019embauchent pas par concours. Il n\u2019y a pas cet aspect jury de soutenance. Ils recherchent \u00e0 travers le pays la personne qui s\u2019encadre parfaitement avec ce qu\u2019ils veulent. Ceci se fait en examinant le curriculum et la production scientifique du candidat, ils demandent \u00e9galement des lettres de recommandation de personnes interagissant avec le candidat et bien s\u00fbr \u00e0 travers un entretien. C\u2019est ainsi que cela fonctionne. D\u2019ailleurs cela fonctionne tr\u00e8s bien. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 Duke avec Laura, qui est imm\u00e9diatement devenue manager de laboratoire, nous n\u2019avions qu\u2019un bureau et des salles vides ainsi que beaucoup d\u2019argent destin\u00e9 aux \u00e9quipements. Rien de plus. J\u2019aime dire que monter un laboratoire c\u2019est comme cr\u00e9er une boulangerie. Vous \u00eates un homme d\u2019affaire. Vous devez tout faire, partir \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9tudiants, d\u2019universitaires, de techniciens, d\u2019\u00e9quipement, d\u2019animaux de laboratoire et obtenir des fonds. L\u2019universit\u00e9 investit en vous, vous pr\u00eate le n\u00e9cessaire, mais veut un retour. La pression est tr\u00e8s forte. Je n\u2019en avais aucune id\u00e9e, au d\u00e9but j\u2019ai souffert. \u00c0 Hahnemann, j\u2019\u00e9tais dans un environnement presque familial avec six personnes travaillant dans mon laboratoire.<\/p>\n<p><em><strong>Comment s\u2019effectuait cette pression?<\/strong><\/em><br \/>\nVous passez six ans \u00e0 la loupe \u00e9tant \u00e9valu\u00e9 continuellement. Pass\u00e9 ce d\u00e9lai vous restez ou vous \u00eates renvoy\u00e9s.<\/p>\n<p><em><strong>Il n\u2019y a pas d\u2019exigences en terme de publication<\/strong><\/em><br \/>\n<em><strong> d\u2019articles scientifiques?<\/strong><\/em><br \/>\nSi, bien s\u00fbr ils demandent des publications. Ils vous demandent toujours ce que vous \u00eates en train de faire et quelles sont vos id\u00e9es. Vous participez \u00e9galement de mani\u00e8re routini\u00e8re \u00e0 des s\u00e9minaires pour l\u2019universit\u00e9. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 Duke, je me sentais tel un martien. Les gens me demandaient: \u201cVous avez \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo? \u00c7a se trouve \u00e0 quel endroit de la Californie ? Pr\u00e8s de San Jos\u00e9, Santa Barbara ? C\u2019est o\u00f9 S\u00e3o Paulo?\u201d. Je leur r\u00e9pondais que c\u2019\u00e9tait plus au sud. C\u2019est vrai, j\u2019ai du me confronter \u00e0 cela.<\/p>\n<p><em><strong>C\u2019est \u00e0 Duke qu\u2019ont commenc\u00e9s les implants <\/strong><\/em><em><strong>d\u2019\u00e9lectrodes sur des animaux?<\/strong><\/em><br \/>\n\u2014 Non, tout d\u2019abord \u00e0 Hahnemann.Mon id\u00e9e \u00e9tait de d\u00e9velopper une technique chirurgicale et une m\u00e9thode qui permettent d\u00e8s le d\u00e9but l\u2019enregistrement de multiples zones du cerveau. J\u2019ai tout d\u2019abord fait cela avec des souris. Comme l\u2019espace dans la t\u00eate de l\u2019animal est tr\u00e8s r\u00e9duit, j\u2019ai d\u00fb cr\u00e9er des techniques pour installer de multiples connecteurs sur les rongeurs.A cette \u00e9poque les connecteurs \u00e9taient grands. Aujourd\u2019hui nous avons des microconnecteurs. Quand j\u2019ai quitt\u00e9 Hahnemann,j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 men\u00e9 des exp\u00e9riences,d\u00e9crites dans un article publi\u00e9 dans la revue Sciences.Mais c\u2019est \u00e0 Duke, apr\u00e8s 1995, quand j\u2019ai publi\u00e9 mon deuxi\u00e8me article dans cette revue,que mon travail a explos\u00e9. Dans cet article nous pr\u00e9sentions pour la premi\u00e8re fois l\u2019enregistrement total d\u2019une voie neurale sensorielle, depuis le premier neurone dans le ganglion trig\u00e9minal jusqu\u2019au cortex. Personne n\u2019avait jamais vu cette image. C\u2019est comme orienter un t\u00e9lescope vers une galaxie qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e.<\/p>\n<p><em><strong>Quelle a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9percussion de ce travail?<\/strong><\/em><br \/>\n\u2014 Je pense que jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, c\u2019est mon travail le plus cit\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique. Ce fut une r\u00e9volution. Il a montr\u00e9 que la dynamique du circuit c\u00e9r\u00e9bral dans son ensemble ne pouvait pas \u00eatre pr\u00e9vue par les enregistrements d\u2019une seule r\u00e9gion et qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 tous les composants du circuit contiennent les informations des autres structures. C\u2019est \u00e0 dire que toutes les structures sont connect\u00e9es avec de nombreuses fibres.Une information qui appara\u00eet dans une structure est rapidement diss\u00e9min\u00e9e vers les autres du circuit.Au lieu d\u2019\u00eatre un processus hi\u00e9rarchique o\u00f9 chaque structure d\u00e9veloppe une fonction, il s\u2019agit d\u2019un processus partag\u00e9. Toutes les structures ont des fonctions partag\u00e9es. C\u2019est ce travail qui m\u2019a ouvert les portes.Evidemment,quand on fait une d\u00e9couverte de cette importance, la moiti\u00e9 de la neuroscience affirme que c\u2019est absurde.<\/p>\n<p><em><strong>Et l\u2019autre moiti\u00e9 a trouv\u00e9 cela sensationnel.<\/strong><\/em><br \/>\nL\u2019autre moiti\u00e9 n\u2019en est pas revenue et a commenc\u00e9 \u00e0 investir dans le domaine. Mais ce fut une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile.Mon premier \u00e9tudiant au laboratoire de Duke \u00e9tait un am\u00e9ricain, fils de pakistanais,Asif Ghazanfar. En plaisantant, nous appelions notre laboratoire de laboratoire de nulle part, car le directeur de recherche \u00e9tait br\u00e9silien et l\u2019\u00e9tudiant \u00e9tait pakistanais (aujourd\u2019hui plus de trente personnes travaillent dans le laboratoire de Nicolelis, parmi lesquelles 8 de nationalit\u00e9 br\u00e9silienne). Mais Asif, qui \u00e9tait un gamin \u00e0 l\u2019\u00e9poque et qui est aujourd\u2019hui professeur \u00e0 Princeton, a cru \u00e0 ce r\u00eave. Il m\u2019a beaucoup aid\u00e9. Notre production a \u00e9t\u00e9 grande. Mais, en 1997, je me suis aper\u00e7u qu\u2019il ne fallait pas en rester uniquement au domaine tactile et sensoriel qui est ma sp\u00e9cialit\u00e9. Pour montrer que ce concept de comment le cerveau fonctionne \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral et fondamental, nous devions travailler dans d\u2019autres domaines.Nous avions besoin d\u2019une d\u00e9monstration visuelle et concr\u00e8te de cette id\u00e9e.Nous avons alors cr\u00e9e une interface cerveau\/machine.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c0 quoi pensiez-vous exactement?<\/strong><\/em><br \/>\n\u00c0 ce moment l\u00e0, je ne savais pas encore que ce travail allait d\u00e9boucher sur une \u00e9ventuelle th\u00e9rapie clinique. On ne pouvait pas le pr\u00e9voir. Ce que je voulais c\u2019\u00e9tait d\u00e9montrer qu\u2019il \u00e9tait possible de lire les signaux \u00e9lectriques du cerveau, d\u2019extraire un code moteur et d\u2019utiliser ce signal pour contr\u00f4ler un bras m\u00e9canique qui reproduirait le mouvement fait par l\u2019animal. C\u2019\u00e9tait cela le concept \u00e0 d\u00e9montrer. Pour en revenir \u00e0 Hahnemann, toujours avec John Chapin, quand nous avons r\u00e9alis\u00e9 la premi\u00e8re exp\u00e9rience avec des souris, nous nous sommes aper\u00e7us que nous \u00e9tions en pr\u00e9sence de quelque chose de gigantesque, beaucoup plus grand que la simple d\u00e9monstration d\u2019une th\u00e9orie.Nous ouvrions peut-\u00eatre r\u00e9ellement une nouvelle porte, et ce fut le cas. J\u2019ai aussit\u00f4t r\u00e9alis\u00e9 le premier travail avec des singes \u00e0 Duke. Ces animaux ont r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler un bras m\u00e9canique gr\u00e2ce \u00e0 une interface cerveau\/machine. C\u2019est alors que la chose a r\u00e9ellement explos\u00e9. Il y avait un potentiel non seulement en recherche de base, qui continue \u00e0 \u00eatre un domaine sensible, mais \u00e9galement en termes d\u2019applications cliniques.<\/p>\n<p><em><strong>Quelles sont les perspectives de l\u2019application <\/strong><\/em><em><strong>de l\u2019interface cerveau\/machine sur <\/strong><\/em><em><strong>l\u2019homme?<\/strong><\/em><br \/>\nIl y a deux ans, nous avons test\u00e9 l\u2019interface sur 11 individus alors qu\u2019ils se soumettaient \u00e0 une chirurgie destin\u00e9e \u00e0 soulager les sympt\u00f4mes de la maladie de Parkinson. Elle a bien fonctionn\u00e9. Nous implantons temporairement 32 micro\u00e9lectrodes dans une r\u00e9gion du cerveau et nous captons l\u2019activit\u00e9 n\u00e9cessaire pour mouvoir une proth\u00e8se.Mais il y a de nombreuses possibilit\u00e9s d\u2019application. Nous devons investir simultan\u00e9ment dans de nombreuses directions et davantage dans la recherche de base.Apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 le potentiel de cet abordage, diff\u00e9rents groupes de recherches am\u00e9ricains ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans ce domaine.Mais certaines personnes ne pensent d\u00e9j\u00e0 qu\u2019\u00e0 gagner de l\u2019argent et c\u2019est une attitude qui m\u2019horripile. Il y a deux ou trois entreprises qui d\u00e9clarent ouvertement qu\u2019il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de mener des recherches et qu\u2019il suffit de poser l\u2019implant, avec les fils et le reste, sur les personnes. Ceci est une folie. Il y a encore de nombreuses questions sans r\u00e9ponses.Comment le cerveau va-t-il r\u00e9agir \u00e0 un implant durant des ann\u00e9es? A titre d\u2019exemple, nous avons aux \u00c9tats-Unis, deux singes de nuit (Aotus trivirgatus)qui ont un implant depuis quatre ans. Les animaux se portent bien et l\u2019implant fonctionne encore.Nous allons publier un travail sur cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<p><em><strong>Un des plus grands probl\u00e8mes de l\u2019implant <\/strong><\/em><em><strong>cerveau\/machine est-il encore de miniaturiser <\/strong><\/em><em><strong>tous ses composants?<\/strong><\/em><br \/>\nOui, mais nous avons miniaturis\u00e9 une bonne partie du mat\u00e9riel utilis\u00e9 durant la premi\u00e8re exp\u00e9rience sur des \u00eatres humains. Maintenant presque tout tient sur une puce, une plaque plus petite qu\u2019une carte de cr\u00e9dit que, th\u00e9oriquement dans l\u2019avenir, le patient portera \u00e0 la ceinture, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un portable.Nous sommes actuellement en train d\u2019installer une s\u00e9rie d\u2019\u00e9quipement sur des singes pour une dur\u00e9e de 6 mois. Il ne s\u2019agira peut-\u00eatre pas de la version d\u00e9finitive de l\u2019interface qui sera utilis\u00e9e sur des humains, mais elle s\u2019en rapproche beaucoup.Maintenant tout est wireless, sans fils. Les signaux c\u00e9r\u00e9braux capt\u00e9s seront transmis par onde radio. Tout va vers cette plaque qui envoie les signaux, tel un portable, vers les robots qui se trouvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du patient. En outre, nous avons \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 tester un exosquelette, il s\u2019agit d\u2019une veste en m\u00e9tal que nous mettons sur un singe pour qu\u2019il se d\u00e9place sur un tapis roulant.<\/p>\n<p><strong><em>Qu\u2019est-ce que ce projet d\u2019exosquelette?<\/em><\/strong><br \/>\nIl s\u2019agit d\u2019un v\u00eatement complet, couvrant le corps, qui serait port\u00e9 par la personne handicap\u00e9e. Les exosquelettes existent d\u00e9j\u00e0, mais ils sont encore tr\u00e8s lourds et complexes et personne n\u2019a encore jamais pens\u00e9 \u00e0 les contr\u00f4ler gr\u00e2ce \u00e0 des signaux \u00e9manant du cerveau. En r\u00e9alit\u00e9, ce qui existe d\u00e9j\u00e0 c\u2019est un robot qui marche, mais qui ne tourne pas ni ne s\u2019arr\u00eate quand vous le voulez. Par exemple, une personne t\u00e9trapl\u00e9gique entre dans un appareil mais c\u2019est lui qui marche. Mon id\u00e9e est d\u2019adapter ce robot, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019origine pour \u00eatre utilis\u00e9 sur Mars, o\u00f9 un astronaute n\u2019aurait pas les forces n\u00e9cessaires pour marcher en fonction de la fatigue due au voyage. Personne ne doute du fait que nous r\u00e9ussirons \u00e0 obtenir les signaux c\u00e9r\u00e9braux n\u00e9cessaires pour contr\u00f4ler les articulations de ce robot. Ce que personne ne sait, c\u2019est comment nous allons maintenir cette personne dans cet exosquelette. En effet, quand le robot marche l\u2019\u00e9quilibre est perturb\u00e9 et il n\u2019arrive plus \u00e0 maintenir la posture debout qu\u2019il a \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Ceci est un grand d\u00e9fi en mati\u00e8re de contr\u00f4le, un probl\u00e8me d\u2019ing\u00e9nierie. Dans cette situation, le cerveau va devoir \u00e9galement fournir des signaux d\u2019\u00e9quilibre au robot. Personne n\u2019a jamais fait cela.<\/p>\n<p><em><strong>La personne doit r\u00e9apprendre \u00e0 marcher, <\/strong><\/em><em><strong>mais par le biais du robot?<\/strong><\/em><br \/>\nExactement.Et le robot doit \u00e9galement r\u00e9apprendre. Il faudra cr\u00e9er une ing\u00e9nierie adaptative, des mod\u00e8les adaptatifs qui apprendront comme un enfant. C\u2019est l\u2019id\u00e9e \u00e0 suivre. C\u2019est ceci qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 discuter avec des chercheurs suisses et japonais, l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les dieux de la robotique dans certains domaines. C\u2019est \u00e9galement ceci qui m\u2019a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er un r\u00e9seau international d\u2019instituts de neurosciences, ayant son si\u00e8ge en Suisse, et duquel fera \u00e9galement partie le projet de Natal. La neuroscience s\u2019est tellement d\u00e9velopp\u00e9e qu\u2019elle se trouve dans la m\u00eame situation que la physique il y a quarante ans. Il est impossible de faire des d\u00e9couvertes d\u2019un \u00e9norme impact \u00e0 un seul endroit, nous avons besoin d\u2019un groupe de personnes dans les sp\u00e9cialit\u00e9s les plus diverses, et venant de partout.<\/p>\n<p><em><strong>Au fait, comment vous est venue l\u2019id\u00e9e de <\/strong><\/em><em><strong>l\u2019institut de Neurosciences de Natal?<\/strong><\/em><br \/>\nCette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en 2002 par trois br\u00e9siliens, moi-m\u00eame, Sidarta Ribeiro, de mon \u00e9quipe \u00e0 la Duke, et Cl\u00e1udio Melo de l\u2019Oregon Health and Science University. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion que le Br\u00e9sil devait investir en sciences de pointe, sous un mod\u00e8le diff\u00e9rent, plus souple et accompagn\u00e9 d\u2019une vision sociale.Le mod\u00e8le universitaire de recherche br\u00e9silien est traditionnel, compliqu\u00e9 et fait face \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes.Nous voulons cr\u00e9er une structure identique aux instituts Max Planck, en Allemagne, qui forment un r\u00e9seau d\u2019instituts \u00e0 travers leur pays dans des domaines vitaux.<\/p>\n<p><em><strong>N\u2019est-ce pas une id\u00e9e m\u00e9galomane?<\/strong><\/em><br \/>\nSi, sans aucun doute, mais ma grandm\u00e8re me disait toujours, et je le r\u00e9p\u00e9terai jusqu\u2019\u00e0 ma mort, que r\u00eaver petit et r\u00eaver grand prennent autant de temps. Cependant, le r\u00e9sultat du petit r\u00eave est infime compar\u00e9 \u00e0 celui du grand r\u00eave. C\u2019est pour cela qu\u2019il vaut mieux r\u00eaver en grand. Je n\u2019ai pas l\u2019ambition de concr\u00e9tiser ce r\u00e9seau en deux ou trois ans. C\u2019est un projet qui concerne une g\u00e9n\u00e9ration et qui en est maintenant \u00e0 ses d\u00e9buts avec l\u2019Institut de Natal. Ce mod\u00e8le n\u2019existe nulle part. La Science peut \u00eatre un agent transformateur en termes sociaux, \u00e9ducationnels et de prestation de services cliniques. Le cerveau concerne \u00e9galement le sport, la science, l\u2019art, c\u2019est une chose r\u00e9volutionnaire. Cette vision n\u2019est pas seulement la mienne, elle est partag\u00e9e par d\u2019autres personnes dans d\u2019autres pays qui ont commenc\u00e9 \u00e0 percevoir cette id\u00e9e comme \u00e9tant fantastique. C\u2019est pour cela qu\u2019aujourd\u2019hui la plupart des fonds importants destin\u00e9s au projet de Natal proviennent de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p><em><strong>De quelles ressources disposez-vous actuellement?<\/strong><\/em><br \/>\nTout d\u2019abord, nous recevons quelques fonds du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, provenant d\u2019accords avec diff\u00e9rents minist\u00e8res pour un montant compris entre 4,5 millions et 5,5 millions de r\u00e9aux.Une partie de ces ressources est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Natal, et nous esp\u00e9rons bient\u00f4t en recevoir une autre partie.Nous avons \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 un grand partenariat avec l\u2019H\u00f4pital Syro-libanais de S\u00e3o Paulo qui int\u00e9grera ce r\u00e9seau international d\u2019instituts de neurosciences. Cet h\u00f4pital sera le centre clinique par excellence du r\u00e9seau et, en contrepartie, fera don d\u2019un million de dollars destin\u00e9 \u00e0 la partie sociale du projet de Natal.Nous avons \u00e9galement r\u00e9ussi \u00e0 obtenir des contrats de recherche pour le Br\u00e9sil, aux \u00c9tats-Unis, pour un montant d\u2019environ 2 millions de dollars pour les deux ou trois prochaines ann\u00e9es. Il y a quelques temps, nous avons r\u00e9alis\u00e9 une vente aux ench\u00e8res caritative d\u2019oeuvres d\u2019art \u00e0 S\u00e3o Paulo et en une seule nuit nous avons recueilli 350 mille r\u00e9aux. Quand j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 le projet de Natal en Suisse, ils m\u2019ont fait la proposition suivante. Si je cr\u00e9ais un institut de neuroing\u00e9nierie \u00e0 Lausanne et que je choisisse d\u2019\u00e9tablir le si\u00e8ge du r\u00e9seau international de neurosciences chez eux, ils m\u2019aideraient \u00e0 obtenir 6 millions de dollars pour le projet de Natal. J\u2019ai accept\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent je pense que nous avons atteint la somme totale de 10 millions de r\u00e9aux.<\/p>\n<p><em><strong>Est-ce que tout est r\u00e9gl\u00e9 avec le terrain \u00e0<\/strong><\/em><em><strong> Maca\u00edba, aux alentours de Natal, o\u00f9 fonctionnera<\/strong><\/em><em><strong> le si\u00e8ge de l\u2019institut?<\/strong><\/em><br \/>\nOui et nous avons d\u00e9j\u00e0 un autre terrain, offert par la mairie de Maca\u00edba, o\u00f9 nous allons construire l\u2019\u00e9cole et le centre de sant\u00e9 mentale, les deux li\u00e9s \u00e0 l\u2019institut. Mais en attendant de commencer les travaux du si\u00e8ge d\u00e9finitif du projet, au c\u00f4t\u00e9 duquel fonctionnera \u00e9galement un complexe sportif, nous n\u2019en restons pas l\u00e0. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de louer un b\u00e2timent \u00e0 Natal qui abritera les premiers laboratoires de l\u2019institut et \u00e9galement le premier volet social de notre projet, qui se traduira sous la forme de cours d\u2019\u00e9ducation scientifique destin\u00e9s aux jeunes. Sidarta est en train de s\u2019installer \u00e0 Natal pour commencer \u00e0 s\u2019occuper de l\u2019institut.<\/p>\n<p><em><strong>Quel sera le r\u00f4le de Natal et du Br\u00e9sil dans <\/strong><\/em><em><strong>ce r\u00e9seau de recherches?<\/strong><\/em><br \/>\nJe veux r\u00e9aliser ici la partie finale des tests cliniques, avec le soutien de l\u2019Universit\u00e9 de Duke.Pourquoi ici? D\u00e8s que le projet de Natal a commenc\u00e9 \u00e0 se mettre en route, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu\u2019il nous faudrait un centre clinique pour travailler avec ce r\u00e9seau international. Bien que l\u2019Universit\u00e9 de Duke poss\u00e8de un important centre clinique, nous voudrions r\u00e9aliser la recherche clinique au Br\u00e9sil.Nous voulons cr\u00e9er l\u2019\u00e9v\u00e9nement ici. C\u2019est pour cela que nous avons \u00e9labor\u00e9 un partenariat avec l\u2019h\u00f4pital Syro-libanais. Nous voulons qu\u2019un br\u00e9silien soit le premier \u00eatre humain \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de cette technologie, au point de marcher \u00e0 nouveau ou de bouger les bras.<\/p>\n<p><em><strong>Dans combien de temps cela sera-t-il <\/strong><\/em><em><strong>possible?<\/strong><\/em><br \/>\nC\u2019est difficile \u00e0 pr\u00e9voir, mais nous pensons avoir les conditions de le faire d\u2019ici trois ans. Il ne faut pas \u00e9carter l\u2019hypoth\u00e8se que quelqu\u2019un r\u00e9ussisse \u00e0 le faire avant nous, car parfois des d\u00e9couvertes r\u00e9volutionnaires apparaissent soudainement. Mais c\u2019est notre \u00e9ch\u00e9ance. L\u2019important est d\u2019obtenir un b\u00e9n\u00e9fice r\u00e9el durant les tests cliniques. Je veux que les premiers patients puissent au moins sentir une restauration motrice et effectuer quelques t\u00e2ches. Un t\u00e9trapl\u00e9gique, par exemple, utiliserait un robot pour prendre un verre ou une fourchette. Personne ne va quitter son lit et se mettre \u00e0 marcher instantan\u00e9ment.<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019Institut de Natal sera ouvert \u00e0 la participation<\/strong><\/em><em><strong> de chercheurs travaillant dans des<\/strong><\/em><em><strong> universit\u00e9s br\u00e9siliennes?<\/strong><\/em><br \/>\nL\u2019institut est un projet priv\u00e9 mais ouvert \u00e0 la collaboration de tout le monde. Je suis tr\u00e8s sollicit\u00e9 par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de neuroscientifiques. Je re\u00e7ois des courriels de tout le Br\u00e9sil.Mais la vieille g\u00e9n\u00e9ration de scientifiques br\u00e9siliens est tr\u00e8s f\u00e9odale. Elle pense que les territoires sont imp\u00e9n\u00e9trables. Chacun poss\u00e8de son fief et ne veut pas que d\u2019autres fiefs apparaissent car il y aura trop de comp\u00e9tition.Voir que cela existe toujours au Br\u00e9sil a \u00e9t\u00e9 pour moi une grande d\u00e9ception. Je n\u2019ai besoin d\u2019aucun fief au Br\u00e9sil. Cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mon intention. Je n\u2019ai jamais voulu disputer l\u2019obtention de fonds avec des chercheurs br\u00e9siliens au CNPq, \u00e0 la FAPESP ou \u00e0 la Finep, en aucune mani\u00e8re.<\/p>\n<p><em><strong>Pensez-vous que ceci fut le point dominant<\/strong><\/em><em><strong> de la r\u00e9action \u00e0 l\u2019encontre de votre projet<\/strong><\/em><em><strong> de Natal?<br \/>\n<\/strong><\/em>Il y a eu une crainte totalement exag\u00e9r\u00e9e, principalement au d\u00e9but du projet. Ma grande d\u00e9ception a \u00e9t\u00e9 de voir que certaines personnes occupant de hautes fonctions dans la hi\u00e9rarchie scientifique br\u00e9silienne avaient une mentalit\u00e9 \u00e9troite. C\u2019est la nature humaine et cela ne m\u2019a jamais influenc\u00e9. Mais il y a \u00e9galement eu les r\u00e9actions inverses de certaines personnes qui ont \u00e9t\u00e9 enthousiastes \u00e0 mon \u00e9gard.<\/p>\n<p><em><strong>Quelles sont les r\u00e9actions aujourd\u2019hui?<\/strong><\/em><br \/>\nJe pense que les gens n\u2019ont pas grand chose \u00e0 dire. Au d\u00e9but ils pensaient que l\u2019institut de Natal \u00e9tait une tr\u00e8s belle utopie et qu\u2019elle tomberait \u00e0 l\u2019eau quand j\u2019aurais go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 br\u00e9silienne. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas.Mes conceptions sont toujours les m\u00eames depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je suis parti aux \u00c9tats-Unis: \u00e9chouer est inconcevable. Cela peut prendre 20 ans. Je n\u2019ai jamais dit que je ferai cela en deux, trois ou quatre ans, mais le mot d\u00e9sister ne fait pas partie de mon vocabulaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Miguel Nocilelis: L\u2019homme aux multiples connections","protected":false},"author":13,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1182],"tags":[],"coauthors":[101],"class_list":["post-121425","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-entretien"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121425"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121425\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121425"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121425"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=121425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}