{"id":121538,"date":"2013-06-14T12:35:46","date_gmt":"2013-06-14T15:35:46","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=121538"},"modified":"2013-06-28T15:21:06","modified_gmt":"2013-06-28T18:21:06","slug":"affinage-cerebral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/affinage-cerebral\/","title":{"rendered":"Affinage c\u00e9r\u00e9bral"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en juillet 2006<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-122944\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/26a31-pesquisa-farmacologi-.jpg\" width=\"290\" height=\"176\" \/><span class=\"media-credits-inline\">H\u00c9LIO DE ALMEIDA SUR PHOTO DE TCG\/ LATIN STOCK<\/span>Dans un laboratoire exceptionnellement grand au second \u00e9tage d\u2019une demeure de style n\u00e9oclassique de couleur ocre, des fen\u00eatres de laquelle on peut appr\u00e9cier le jardin tr\u00e8s arbor\u00e9 de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto, de nouvelles \u00e9tudes \u00e9tablissent les fondements des utilisations m\u00e9dicales potentielles du cannabidiol. Le cannabidiol est l\u2019une des substances les plus abondantes d\u2019une plante qui suscite des passions, de doux d\u00e9lires ou de tristes souvenirs, des critiques v\u00e9h\u00e9mentes et, depuis quelque temps, un int\u00e9r\u00eat scientifique croissant: la marijuana. \u00c0 partir d\u2019exp\u00e9rimentations sur des animaux, l\u2019\u00e9quipe de Francisco Guimar\u00e3es a d\u00e9montr\u00e9 que le cannabidiol est aussi efficace contre l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 que les m\u00e9dicaments synth\u00e9tiques utilis\u00e9s depuis des d\u00e9cennies. De plus, les r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires de l\u2019une des \u00e9tudes en cours montrent qu\u2019il peut \u00e9galement att\u00e9nuer la d\u00e9pression.Comme d\u2019autres \u00e9tudes l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, le cannabidiol peut aussi fonctionner pour lutter contre la leuc\u00e9mie, l\u2019\u00e9pilepsie et des maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie d\u2019Alzheimer.<\/p>\n<p>Dans un autre laboratoire de l\u2019USP de Ribeir\u00e3o Preto \u2013 au quatri\u00e8me \u00e9tage de l\u2019H\u00f4pital des Cliniques, derri\u00e8re la demeure qui dans le pass\u00e9 abritait une fazenda de caf\u00e9 \u2013, Antonio Zuardi a rencontr\u00e9 des preuves montrant que ce compos\u00e9 pouvait \u00e9galement fonctionner comme antipsychotique et apaiser les sympt\u00f4mes les plus graves de la schizophr\u00e9nie, tels que les d\u00e9lires et la difficult\u00e9 de reconna\u00eetre son propre corps.Zuardi doit d\u00e9buter ce mois-ci des tests sur des personnes atteintes de trouble bipolaire de l\u2019humeur, auparavant d\u00e9nomm\u00e9 trouble maniaco-d\u00e9pressif. En effet, le cannabidiol pourrait agir contre l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration intense de la pens\u00e9e et d\u2019autres sympt\u00f4mes accompagnant ce type de trouble mental.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, des recherches men\u00e9es surtout aux \u00c9tats-Unis, en Angleterre et en Australie ont montr\u00e9 que le cannabidiol pouvait prot\u00e9ger le syst\u00e8me nerveux central en augmentant la survie des neurones, aider \u00e0 contenir des inflammations et \u00e0 contr\u00f4ler la tension art\u00e9rielle. Des indices laissent penser que le cannabidiol peut aussi bloquer la croissance de tumeurs dans le cerveau, ouvrant des perspectives selon lesquelles ce compos\u00e9 chimique \u2013 qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec les effets typiques de la marijuana \u2013 puisse \u00eatre utilis\u00e9 seul ou associ\u00e9 au constituant le plus \u00e9tudi\u00e9 de la c\u00e9l\u00e8bre plante: le delta 9-tetrahydrocannabinol, ou THC.<\/p>\n<p>\u00c9galement versatile, mais avec certains effets secondaires qui pourraient \u00eatre r\u00e9duits par le cannabidiol, le THC constitue d\u00e9j\u00e0 la base de deux m\u00e9dicaments, un aux \u00c9tats-Unis et un autre au Royaume-Uni. Les deux sont prescrits pour contenir la naus\u00e9e et le vomissement provoqu\u00e9s par le traitement chimioth\u00e9rapique contre le cancer. En observant l\u2019un des ph\u00e9nom\u00e8nes de la consommation de Cannabis sativa \u2013 la grande sensation de faim que d\u00e9crivent ceux qui connaissent bien la plante \u2013 les Fran\u00e7ais ont cr\u00e9\u00e9 une cat\u00e9gorie de m\u00e9dicaments qui bloque les mol\u00e9cules de surface sur lesquelles se fixe le THC.Conform\u00e9ment aux tests d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9s, ils permettent d\u2019aider les personnes \u00e0 perdre du poids. La GW Pharmaceuticals, dont le si\u00e8ge se trouve en Angleterre, a m\u00e9lang\u00e9 le cannabidiol et le THC en proportions \u00e9gales dans un m\u00e9dicament approuv\u00e9 au Canada en 2005 et destin\u00e9 \u00e0 lutter contre les douleurs provoqu\u00e9es par la scl\u00e9rose en plaques.<\/p>\n<p>Les articles scientifiques qui d\u00e9crivent les effets du cannabidiol et du THC, \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9veloppement de nouveaux m\u00e9dicaments, renvoient in\u00e9vitablement aux premi\u00e8res recherches d\u00e9but\u00e9es il y a trente ans par une \u00e9quipe de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de S\u00e3o Paulo (Unifesp); \u00e9quipe coordonn\u00e9e par le professeur Elisaldo Carlini et de laquelle Zuardi fut membre. Les d\u00e9couvertes augmentent depuis la connaissance sur la plante appel\u00e9e \u00e9galement herbe du diable en raison de son pouvoir stup\u00e9fiant: en fin de compte, il s\u2019agit de la drogue illicite la plus consomm\u00e9e dans le monde.D\u2019apr\u00e8s le Centre Br\u00e9silien d\u2019Informations sur les Drogues Psychotropiques (Cebrid), 6,9% de la population br\u00e9silienne ont d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9 de la marijuana au moins une fois dans leur vie \u2013 r\u00e9sultat inf\u00e9rieur \u00e0 celui des \u00c9tats-Unis (34,2%), du Royaume-Uni (25%) ou du Chili (19,7%).Toutefois, il se peut que son impact social ne soit pas aussi \u00e9lev\u00e9 que ce que l\u2019on imagine. Selon le Cebrid, le nombre de d\u00e9pendants atteindrait 1% de la population du pays, soit environ 450 000 personnes. Sur les 50 000 hospitalisations caus\u00e9es par des drogues en 2005, seules 1,3% \u00e9taient associ\u00e9es \u00e0 la marijuana contre 90% \u00e0 l\u2019alcool.<\/p>\n<p><strong>Fibres dans les caravelles<\/strong><br \/>\nOriginaire d\u2019Asie, aux feuilles allong\u00e9es et d\u00e9coup\u00e9es, le Cannabis sativa peut atteindre trois m\u00e8tres de hauteur. Sa tige fournissait une fibre naturelle tr\u00e8s r\u00e9sistante, le chanvre, utilis\u00e9 dans la fabrication des voiles des embarcations portugaises qui sont arriv\u00e9es \u00e0 Salvador en 1500. Quelques d\u00e9cennies plus tard arriveraient les graines de chanvre, cach\u00e9es dans des poup\u00e9es en chiffon attach\u00e9es au bout des pagnes des esclaves noirs ; on retrouve cette anecdote dans le livre Cannabis sativa L. e subst\u00e2ncias canabin\u00f3ides em medecina (Cannabis sativa L. et substances cannabino\u00efdes en m\u00e9decine), \u00e9dit\u00e9 par le Cebrid.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le chanvre a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 au fur et \u00e0 mesure que ses \u00e9quivalents synth\u00e9tiques commen\u00e7aient \u00e0 \u00eatre produits. Plus tard est n\u00e9e une association entre l\u2019habitude de fumer les feuilles et les fleurs de cette plante, les classes les plus populaires et la folie. Ces relations sont aujourd\u2019hui vues avec des r\u00e9serves de la part de chercheurs comme Franjo Grotnhermen, de l\u2019Institut Nova en Allemagne. Dans un article publi\u00e9 le 15 mai de cette ann\u00e9e dans la revue m\u00e9dicale Lancet, il d\u00e9montre combien ces donn\u00e9es sont inconsistantes.<\/p>\n<p>L\u2019image n\u00e9gative de la plante, devenue un icone de la r\u00e9bellion, a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019effacer il y a pr\u00e8s de 40 ans, lors de l\u2019identification de la structure chimique de ses composants et de la d\u00e9couverte de leur fonctionnement dans l\u2019organisme.Les recherches sur les effets de la plante ont \u00e9t\u00e9 principalement l\u00e9gitim\u00e9es avec la d\u00e9couverte des mol\u00e9cules de surface des cellules nerveuses, les r\u00e9cepteurs CB1 et CB2, et sur lesquelles se fixerait le THC. Est alors apparue une question angoissante: le syst\u00e8me nerveux poss\u00e8derait-il un m\u00e9canisme naturel pour traiter le THC ? Le doute n\u2019est retomb\u00e9 que lorsque Raphael Mechoulam, de l\u2019Universit\u00e9 de J\u00e9rusalem, Isra\u00ebl, a isol\u00e9 une mol\u00e9cule tr\u00e8s semblable au principe actif de la marijuana, qui a re\u00e7u le nom d\u2019anandamide \u2013 en sanscrit, \u201cananda\u201dsignifie b\u00e9atitude. Il s\u2019agirait seulement du premier des endocannabino\u00efdes, des messagers chimiques produits quand les cellules nerveuses sont stimul\u00e9es, et consomm\u00e9s en quelques secondes.<\/p>\n<div id=\"attachment_122947\" style=\"max-width: 155px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-122947 \" alt=\"Le Cannabis sativa d\u00b4apr\u00e8s un dessin de 1887 de Franz Eugen K\u00f6hler: utilis\u00e9 depuis 6 000 ans\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/26a31-pesquisa-farmacologi-.jpg1_.jpg\" width=\"145\" height=\"290\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">FRANZ EUGEN K\u00d6HLER<\/span>Le Cannabis sativa d\u00b4apr\u00e8s un dessin de 1887 de Franz Eugen K\u00f6hler: utilis\u00e9 depuis 6 000 ans<span class=\"media-credits\">FRANZ EUGEN K\u00d6HLER<\/span><\/p><\/div>\n<p>Contre les insectes \u2013 En plus du THC, la marijuana contient 65 autres substances appel\u00e9es cannabino\u00efdes, qui peuvent exercer un effet sur les neurones \u2013 la plupart d\u2019entre elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9es. Certaines ont des effets oppos\u00e9s entre elles, \u00e0 l\u2019exemple du cannabidiol, qui inhibe l\u2019action du THC. Tous deux pr\u00e9sentent une structure chimique tr\u00e8s similaire et se forment dans les petites glandes recouvrant principalement les feuilles et les fleurs femelles de la plante Cannabis. Lorsque ces glandes fragiles se rompent, une r\u00e9sine au pouvoir stup\u00e9fiant \u00e9lev\u00e9 est lib\u00e9r\u00e9e: il s\u2019agit du haschich, qui doit fonctionner pour la plante comme d\u00e9fense contre les insectes.<\/p>\n<p>Responsable des effets les plus connus de la marijuana, comme la s\u00e9dation et l\u2019euphorie, le THC poss\u00e8de de nombreuses applications m\u00e9dicales: il s\u2019est montr\u00e9 capable de calmer des douleurs, des naus\u00e9es, des processus inflammatoires, et de stimuler l\u2019app\u00e9tit.Une telle versatilit\u00e9 explique pourquoi cette plante commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre cultiv\u00e9e et utilis\u00e9e \u00e0 des fins m\u00e9dicales il y a pr\u00e8s de 6 000 ans en Chine. Son usage th\u00e9rapeutique a atteint son apog\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, quand il \u00e9tait facile d\u2019obtenir des extraits de qualit\u00e9, avant de diminuer drastiquement dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle dernier. Dans un article publi\u00e9 dans la Revista Brasileira de Psiquiatria,Zuardi souligne que cela est d\u00fb \u201cen grande partie \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019obtenir des r\u00e9sultats consistants d\u2019\u00e9chantillons de plante avec diff\u00e9rentes puissances \u201c.<\/p>\n<p>Contre les douleurs \u2013 Des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es au Br\u00e9sil, aux \u00c9tats-Unis et en Angleterre indiquent que le THC peut aider \u00e0 att\u00e9nuer des probl\u00e8mes de sant\u00e9 comme le Sida, les douleurs li\u00e9es \u00e0 l\u2019arthrite, la scl\u00e9rose en plaques et l\u2019insomnie. Selon Carlini, le premier \u00e0 avoir \u00e9tudi\u00e9 au Br\u00e9sil les effets de la marijuana, \u201cil n\u2019y a plus de justification \u00e9thique pour emp\u00eacher les m\u00e9decins de prescrire le THC\u201d. Un des travaux les plus r\u00e9cents, men\u00e9 par une \u00e9quipe de l\u2019Imperial College London et publi\u00e9 en mai dans Anesthesiology, indique que l\u2019administration \u00e0 faibles doses de l\u2019extrait du Cannabis \u2013 un m\u00e9lange de cannabino\u00efdes, avec pr\u00e9dominance du THC \u2013 aide \u00e0 soulager les douleurs post-chirurgicales, avec des effets secondaires minimes ; des doses plus \u00e9lev\u00e9es provoquent tachycardie et naus\u00e9e.<\/p>\n<p>Le THC isol\u00e9 pr\u00e9sente d\u2019autres effets ind\u00e9sirables, tels que le rire immotiv\u00e9 et les fous rires, qui peuvent durer deux ou trois heures selon la description d\u2019une \u00e9dition de 1888 du Formulaire et guide m\u00e9dical, de Pedro Luiz Napoleon Chernoviz. Un ouvrage que Carlini \u00e9tudie avec attention, et qui mentionne d\u2019autres usages aujourd\u2019hui peu cit\u00e9s, comme le traitement de la bronchite chronique et diff\u00e9rents types de manque d\u2019air ou dyspn\u00e9e. Dans un article de r\u00e9vision publi\u00e9 en 2004 dans Toxicon,Carlini fait \u00e9tat d\u2019autres risques: le THC peut \u00e9galement r\u00e9duire la capacit\u00e9 de discrimination des intervalles de temps et de distances, la vigilance, la m\u00e9moire, l\u2019habilet\u00e9 de travaux mentaux, et g\u00e9n\u00e9rer des pens\u00e9es d\u00e9connect\u00e9es, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, des r\u00e9actions de panique, des d\u00e9lires ou des hallucinations. Alors que le cannabidiol n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 maintenant pr\u00e9sent\u00e9 qu\u2019un effet secondaire \u2013 la s\u00e9dation \u2013, \u00e0 des doses tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es.<\/p>\n<p>Cela explique pourquoi le cannabidiol pourra \u00eatre adopt\u00e9 dans un premier temps pour r\u00e9duire les effets secondaires du THC. Cette possibilit\u00e9 renforce le travail d\u00e9velopp\u00e9 depuis 1998 par GW Pharmaceuticals sur le Sativex, un m\u00e9dicament qui associe les deux compos\u00e9s \u00e0 doses \u00e9gales. L\u2019alliance entre les deux substances soeurs pourra aller au del\u00e0 de la scl\u00e9rose en plaques, maladie pour laquelle l\u2019usage m\u00e9dical du Sativex a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par le gouvernement canadien. Aux \u00c9tats-Unis, l\u2019Administration des Denr\u00e9es et M\u00e9dicaments (FDA) l\u2019a qualifi\u00e9 de nouveau m\u00e9dicament sous investigation (IND), permettant de d\u00e9marrer les tests \u00e0 la recherche d\u2019alternatives pour r\u00e9duire la douleur des personnes atteintes d\u2019un cancer.<\/p>\n<p>A fin de montrer les m\u00e9canismes selon lesquels la combinaison cannabidiol et THC pourrait agir et \u00e9viter les effets ind\u00e9sirables de l\u2019utilisation du THC seul, Ethan Russo \u2013 chercheur \u00e0 GW et dans les Universit\u00e9s am\u00e9ricaines de Washington et du Montana \u2013 se base sur les pr\u00e9cieux travaux produits par le laboratoire de l\u2019Unifesp, dirig\u00e9 par Carlini, entre 1970 et 1985; travaux encore aujourd\u2019hui tr\u00e8s cit\u00e9s dans les \u00e9tudes exploratoires sur la plante Cannabis sativa.\u00c0 l\u2019\u00e9poque, Carlini et son \u00e9tudiant de doctorat Jomar Medeiros Cunha \u2013 aujourd\u2019hui professeur titulaire de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale d\u2019Uberl\u00e2ndia, dans l\u2019\u00c9tat des Minas Gerais \u2013 avaient d\u00e9montr\u00e9 que le cannabidiol r\u00e9duisait de moiti\u00e9 les convulsions des personnes \u00e9pileptiques. Carlini a \u00e9galement montr\u00e9 sur des animaux que le cannabidiol augmentait ou bloquait l\u2019effet du THC. Ce n\u2019est qu\u2019en 1990 que Guimar\u00e3es, de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo de Ribeir\u00e3o Preto, a r\u00e9solu ce myst\u00e8re. Il a d\u00e9montr\u00e9 que les r\u00e9sultats contraires d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 avec le cannabidiol observ\u00e9s sur des mod\u00e8les animaux pouvaient \u00eatre expliqu\u00e9s par le dosage: de faibles doses produisent des effets anxiolytiques, alors que de fortes doses non.<\/p>\n<p><strong>Audace<\/strong><br \/>\nLorsque Zuardi a suivi sondoctorat dans le Laboratoire de Carlini entre 1976 et 1980, sous la direction d\u2019Isaac Karniol, il a fait quelque chose d\u2019os\u00e9: il a test\u00e9 deux compos\u00e9s sur huit volontaires sains, qui ne connaissaient la marijuana qu\u2019en th\u00e9orie. Chaque semaine ils recevaient un placebo,du cannabidiol,du THC,un m\u00e9lange de cannabidiol et THC ou diazepam, un anxiolytique tr\u00e8s connu qui servait de contr\u00f4le actif. Seul, le THC provoquait de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et des sympt\u00f4mes psychotiques tels que les grandes alt\u00e9rations de la pens\u00e9e, qui diminuaient fortement quand le volontaire recevait \u00e9galement du canna- bidiol.D\u2019apr\u00e8s Zuardi, \u201cce fut la premi\u00e8re indication des effets anxiolytiques et antipsychotiques possibles du cannabidiol\u201d.<\/p>\n<p>Il y a deux ans, son \u00e9tudiant Jos\u00e9 Alexandre Crippa a coordonn\u00e9 une exp\u00e9rimentation qui a d\u00e9montr\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019images du syst\u00e8me nerveux, que le cannabidiol activait les r\u00e9gions de l\u2019enc\u00e9phale associ\u00e9es \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, en augmentant le flux sanguin. Leonardo Resstel, Fabric\u00edo Maoreira et S\u00e2mia Joca, du laboratoire de Guimar\u00e3es, ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019approfondissement et \u00e0 l\u2019explication des \u00e9tudes effectu\u00e9es il y a 25 ans. Dans un travail accept\u00e9 par le journal Behavioral Brain Research, ils ont montr\u00e9 que le cannabidiol pouvait fonctionner aussi bien que le diazepam pour r\u00e9duire la peur conditionn\u00e9e chez des rats.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes sur la schizophr\u00e9nie demandent encore \u00e0 \u00eatre perfectionn\u00e9es.En 1995,Zuardi a trait\u00e9 une jeune femme de 19 ans qui souffrait de graves effets secondaires provoqu\u00e9s par l\u2019halop\u00e9ridol et d\u2019autres m\u00e9dicaments indiqu\u00e9s contre la schizophr\u00e9nie. Dans ce cas, le cannabidiol a bien fonctionn\u00e9.Mais dans un autre test, avec trois participants r\u00e9sistant au traitement conventionnel, le cannabidiol n\u2019a apport\u00e9 que de modestes am\u00e9liorations, indiquant par l\u00e0 que les personnes r\u00e9sistantes \u00e0 d\u2019autres m\u00e9dicaments ne r\u00e9pondent pas positivement \u00e0 cette composante du Cannabis sativa.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins,les perspectives sont bonnes. Un article de r\u00e9vision, publi\u00e9 en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e dans le Brazilian Journal and Biological Research, propose que le cannabidiol peut apporter des b\u00e9n\u00e9fices aux personnes atteintes de schizophr\u00e9nie non r\u00e9sistantes \u00e0 d\u2019autres m\u00e9dicaments. Avec un avantage: il ne provoque pas la rigidit\u00e9 musculaire et les tremblements pouvant appara\u00eetre avec les antipsychotiques habituellement utilis\u00e9s. Pour Guimar\u00e3es, \u201cl\u2019halop\u00e9ridol active deux r\u00e9gions du syst\u00e8me nerveux, les zones limbiques et les noyaux de la base, conduisant au maintien d\u2019une posture normale, alors que le cannabidiol active seulement les zones limbiques\u201d. Les premiers r\u00e9sultats d\u2019un test sur des dizaines de personnes coordonn\u00e9 par Markus Leweke,de l\u2019Universit\u00e9 allemande de K\u00f6ln, indiquent que le cannabidiol peut agir aussi bien que l\u2019amisulpride, un autre antipsychotique tr\u00e8s utilis\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u201cOpportunit\u00e9 pr\u00e9cieuse\u201d<\/strong><br \/>\nSi certaines portes s\u2019ouvrent, d\u2019autres en revanche se referment. La FDA a \u00e9mis fin avril une d\u00e9claration interdisant tout usage m\u00e9dical de la marijuana, renfor\u00e7ant la division entre le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et les 11 \u00c9tats nord-am\u00e9ricains qui avaient d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9 son utilisation pour soulager des douleurs. Le communiqu\u00e9 a entra\u00een\u00e9 des protestations parce qu\u2019il affirmait que les preuves de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019emploi m\u00e9dicinal de la marijuana \u00e9taient inexistantes. Et pourtant, l\u2019Institut de M\u00e9decine des \u00c9tats-Unis lui-m\u00eame avait recommand\u00e9 en 1999 que l\u2019utilisation de la plante contre les naus\u00e9es, la perte d\u2019app\u00e9tit et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 soit \u00e9tudi\u00e9e plus intens\u00e9ment, suite aux r\u00e9sultats positifs d\u00e9j\u00e0 obtenus. Du point de vue de Guimar\u00e3es, \u201cces restrictions ne se justifient pas scientifiquement\u201d.<\/p>\n<p>Mais il fait le pari suivant: de ces recherches appara\u00eetront d\u2019autres m\u00e9dicaments. Dans une \u00e9tude publi\u00e9e en 2005 dans Drugs of the Future, Leonora Lang, Daniel Malone et David Taylor, de l\u2019Universit\u00e9 australienne de Monsah, soutiennent que l\u2019exploitation des constituants de la marijuana comme le cannabidiol repr\u00e9sente une \u201copportunit\u00e9 clinique pr\u00e9cieuse\u201d. Au Br\u00e9sil, les opportunit\u00e9s d\u2019application des recherches seraient certainement plus claires s\u2019il n\u2019y avait eu un foss\u00e9 si grand entre les universit\u00e9s et les industries.<\/p>\n<p>Pour les scientifiques, un nouveau cycle d\u2019utilisation du comme m\u00e9dicament d\u00e9marre.\u201cUne utilisation plus consistante que dans le pass\u00e9\u201d, souligne Zuardi. Selon lui, \u201cles structures des compos\u00e9s chimiques sont d\u00e9sormais connues, les m\u00e9canismes d\u2019action sur le syst\u00e8me nerveux sont en train d\u2019\u00eatre \u00e9lucid\u00e9s, le caract\u00e8re effectif et la s\u00e9curit\u00e9 du traitement sont en train d\u2019\u00eatre scientifiquement prouv\u00e9s\u201d.<\/p>\n<p><em><strong>Les effets n\u00e9fastes du Cannabis<\/strong><\/em><br \/>\nIl va de soi que les indications m\u00e9dicales potentielles du Cannabis sativa ne justifient pas son usage r\u00e9cr\u00e9ationnel, marqu\u00e9 par une s\u00e9rie d\u2019effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur l\u2019organisme. Des yeux rouges, une bouche s\u00e8che et une acc\u00e9l\u00e9ration des battements cardiaques ne sont que les premiers signes. L\u2019habitude de fumer de la marijuana peut provoquer chez les hommes une diminution de la testost\u00e9rone, l\u2019hormone qui donne la masse musculaire, laisse la voix plus grave et actionne la production de spermatozo\u00efdes; chez les femmes, les alt\u00e9rations hormonales peuvent aller jusqu\u2019\u00e0 inhiber l\u2019ovulation. La fum\u00e9e, irritante, peut affecter les poumons et causer des probl\u00e8mes respiratoires \u2013 le plus courant est la bronchite. Parall\u00e8lement \u00e0 une sensation de calme, de rel\u00e2chement et d\u2019une envie de rire, l\u2019usage continu peut provoquer tremblements, sueur, angoisse et peur de perdre le contr\u00f4le mental \u2013 ledit mauvais voyage ou bad trip, selon ses usagers. Les pertes temporaires de la capacit\u00e9 de perception de l\u2019espace, de la m\u00e9moire \u00e0 court terme et de la pens\u00e9e abstraite peuvent nuire au d\u00e9veloppement d\u2019activit\u00e9s exigeant de l\u2019attention et de la concentration, telle que la conduite ou les \u00e9tudes. L\u2019usage continu peut \u00e9galement \u00e9veiller ou aggraver des maladies psychiques.Pour plus d\u2019informations, consulter: Cebrid (www.unifesp.br\/psicobio\/cebrid).<\/p>\n<p><strong>LE PROJET <\/strong>Participation du glutamate et de l\u2019oxyde nitrique dans la physiopathog\u00e9nie de troubles psychiatriques <strong>MODALIT\u00c9<\/strong> Projet Th\u00e9matique <strong>COORDINATEUR<\/strong> FRANCISCO SILVEIRA GUIMAR\u00c3ES \u2013 USP <strong>INVESTISSEMENT<\/strong> 501 016,74 r\u00e9aux (FAPESP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Affinage c\u00e9r\u00e9bral","protected":false},"author":17,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-121538","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121538"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121538\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121538"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121538"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=121538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}