{"id":122304,"date":"2013-06-24T14:52:34","date_gmt":"2013-06-24T17:52:34","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=122304"},"modified":"2013-06-28T16:33:38","modified_gmt":"2013-06-28T19:33:38","slug":"il-a-tue-la-liberte-et-est-alle-au-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/il-a-tue-la-liberte-et-est-alle-au-cinema\/","title":{"rendered":"Il a tue la liberte et est alle au cinema"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en janvier 2006<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_122989\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-122989\" alt=\"Lucio Flavio, le passager de l\u00b4agonie, d\u00b4Hector Babenco\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/80a85-pesquisa-historia-fr.jpg\" width=\"290\" height=\"189\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">REPRODUCTION\/ ENCICLOP\u00c9DIA DO CINEMA BRASILEIRO<\/span>Lucio Flavio, le passager de l\u00b4agonie, d\u00b4Hector Babenco<span class=\"media-credits\">REPRODUCTION\/ ENCICLOP\u00c9DIA DO CINEMA BRASILEIRO<\/span><\/p><\/div>\n<p>Loin des yeux, loin du coeur. C\u2019est dans cet esprit qu\u2019a agi le r\u00e9gime militaire en mutilant et en interdisant des livres, des films, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et des chansons au cours de la longue p\u00e9riode qui d\u00e9buta en 1964 et s\u2019acheva en 1988, avec l\u2019abolition d\u00e9finitive de la censure par la Constitution br\u00e9silienne. Z\u00e9 Celso Corr\u00eaa, dramaturge, alertait en 1968 \u201cNotre effort cr\u00e9ateur est immense, mais l\u2019efficacit\u00e9 incroyable, merveilleuse et rationnelle de la censure \u00e0 tout d\u00e9truire l\u2019est encore plus. C\u2019est une des rares choses du service public qui fonctionnent dans ce pays\u201d. La post\u00e9rit\u00e9 a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se souvenir de l\u2019aspect anec- dotique des vetos de censeurs incultes et analphab\u00e8tes. Pour Leonor Souza Pinto, auteur de la th\u00e8se de doctorat Le cin\u00e9ma br\u00e9silien au risque de la censure pendant la dictature militaire de 1964 \u00e0 1985, soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse,\u201c C\u2019est une grave erreur. La censure a affect\u00e9 la formation de g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res et a \u00e9t\u00e9 fondamentale pour le maintien du r\u00e9gime dictatorial, qui n\u2019aurait pas dur\u00e9 aussi longtemps sans elle. Pour les militaires, d\u00e9truire l\u2019identit\u00e9 culturelle du Br\u00e9sil et la remplacer par la leur \u00e9tait une strat\u00e9gie fondamentale.Et le locus pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de cette action a \u00e9t\u00e9 le cin\u00e9ma\u201d. Souza Pinto est \u00e9galement coordinatrice du r\u00e9cent site internet www.memoriacinebr.com.br,qui permet d\u2019acc\u00e9der gratuitement et sans restriction aux proc\u00e8s de censure et aux rapports des censeurs, en \u00e9dition fac-simil\u00e9.<\/p>\n<p>\u201cPartant du principe qu\u2019il faut exposer pour conserver\u201d, ce premier segment du projet met \u00e0 disposition 6 000 documents sur 175 films br\u00e9siliens. Il s\u2019agit d\u2019une partie des documents sur la censure qui, depuis les ann\u00e9es 1990, se trouve aux Archives Nationales de Bras\u00edlia. Selon Souza Pinto, \u201cla recherche sur ces proc\u00e8s en finit avec l\u2019id\u00e9e selon laquelle la censure n\u2019\u00e9tait que born\u00e9e, mal inform\u00e9e et malform\u00e9e; elle appara\u00eet comme un instrument organis\u00e9, un pilier de soutien important pour la consolidation du r\u00e9gime militaire. [&#8230;] La dictature voyait le cin\u00e9ma br\u00e9silien comme un moyen de formation de mentalit\u00e9s et de renforcement de l\u2019identit\u00e9 nationale, c\u2019est pourquoi elle n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 ses efforts pour investir dans une censure toujours plus efficace, qui a non seulement emp\u00each\u00e9 les cin\u00e9astes de s\u2019exprimer mais aussi aid\u00e9 \u00e0 \u00e9loigner le public du cin\u00e9ma br\u00e9silien\u201d. Inim\u00e1 Sim\u00f5es, critique et auteur de Roteiro da intoler\u00e2ncia (Itin\u00e9raire de l\u2019intol\u00e9rance), pense \u00e9galement que l\u2019on ne peut sous-estimer le pouvoir du veto \u201cDans les ann\u00e9es 1960 et 1970, le cin\u00e9ma \u00e9tait un grand instrument de mobilisation, et la dictature d\u00e9cida de s\u2019en servir pour contr\u00f4ler la soci\u00e9t\u00e9. La censure n\u2019\u00e9tait pas, comme on le pense, faite par une bande d\u2019idiots\u201d. Certes, toute r\u00e8gle admet des exceptions, \u00e0 l\u2019exemple du censeur qui voyait dans les films de kung-fu un canal de diffusion des th\u00e8ses mao\u00efstes. Ou un de ses coll\u00e8gues qui d\u00e9finit ainsi la trame de Macuna\u00edama, de Joaquim Pedro de Andrade \u201cHistoire d\u2019un Noir qui devient Blanc et va en ville assouvir ses instincts sexuels, puis retourne dans la jungle\u201d. Dans Qu\u2019il \u00e9tait bon mon petit fran\u00e7ais, la censure pouvait \u00eatre motiv\u00e9e par des orgueils br\u00e9siliens offens\u00e9s dans leur machisme. Ainsi,un policier se plaignit au directeur du film, Nelson Pereira dos Santos que \u201cle p\u00e9nis du Fran\u00e7ais est plus grand que celui des Indiens br\u00e9siliens. \u00c7a ne va pas!\u201d.<\/p>\n<p>Ce qui commen\u00e7a comme une com\u00e9die s\u2019acheva en trag\u00e9die. D\u2019apr\u00e8s Leonor Souza Pinto,\u201cla censure s\u2019est adapt\u00e9e progressivement aux n\u00e9cessit\u00e9s politiques de la dictature. Jusqu\u2019en 1967 elle est moraliste, en accord avec les craintes de la soci\u00e9t\u00e9 conservatrice br\u00e9silienne et de l\u2019\u00c9glise, toutes deux sympathisantes et actrices du coup d\u2019\u00c9tat\u201d. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019interdiction totale \u00e9tait rare mais les coupures tr\u00e8s abondantes. La censure s\u2019affairait surtout \u00e0 retirer de la vue du peuple ce qu\u2019elle jugeait inappropri\u00e9e.M\u00eame le metteur en sc\u00e8ne Z\u00e9 do Caix\u00e3o dut changer la sc\u00e8ne finale de son protagoniste ath\u00e9e dans Cette nuit je m\u2019incarnerai dans ton cadavre, en l\u2019obligeant \u00e0 crier \u201cDieu, je crois en ta force\u201d. La censure \u00e9tait pratiqu\u00e9e par les \u00e9pouses de militaires, les anciens joueurs de football, les employ\u00e9s du D\u00e9partement de l\u2019Agriculture et de l\u2019\u00c9levage, les comptables, les prot\u00e9g\u00e9s, qui d\u00e9cidaient de ce que pouvaient voir ou non les Br\u00e9siliens. Pendant les s\u00e9ances de censure, quand ils voyaient quelque chose d\u2019inconvenant ils donnaient un coup de clochette et le projec- tionniste pla\u00e7ait un papier sur le morceau \u00e0 \u00eatre coup\u00e9.<\/p>\n<p>Ce nonobstant, le cin\u00e9ma fut constamment consid\u00e9r\u00e9 par les militaires comme un sujet s\u00e9rieux.Toujours selon Souza Pinto,\u201cLe gouvernement militaire voyait le cin\u00e9ma comme une force transformatrice importante.Pour preuve les films de l\u2019Ip\u00eas (Institut de Recherches et d\u2019\u00c9tudes Sociales), responsables de la d\u00e9moralisation de l\u2019image de Goulart.Produits en 1962, ils r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9j\u00e0 la vision de la droite sur le potentiel du cin\u00e9ma. Ce sont des films d\u2019excellente qualit\u00e9 technique,montrant un grand investissement \u2013 de capital et d\u2019effort \u2013 dans leur production\u201d. Apr\u00e8s avoir reconnu le potentiel des \u00e9crans, \u00e9loigner le public du cin\u00e9ma d\u2019auteur devint pendant la dictature une obsession. Heureusement pour la culture br\u00e9silienne, les cin\u00e9astes ont continu\u00e9 \u00e0 faire des films. Souza Pinto rappelle \u201cLe critique fran\u00e7ais Georges Sadoul a envoy\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire de Roberto Farias, un message aux directeurs br\u00e9siliens \u2018Faites vos films, comme vous pouvez. N\u2019arr\u00eatez pas.Parce qu\u2019un jour \u00e7a cessera et, ce jourl\u00e0, les films seront l\u00e0 pour raconter cette histoire\u2019\u201d. S\u2019ils ne sont pas parvenus pas \u00e0 faire les oeuvres dont ils r\u00eavaient, les cin\u00e9astes ont cependant laiss\u00e9 un h\u00e9ritage notable de r\u00e9sistance, en particulier apr\u00e8s l\u2019Acte Institu-tionnel n\u00ba 5 (AI-5), en 1969.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 partir de 1966, la censure change sa cible et se pr\u00e9pare progressivement \u00e0 la r\u00e9pression de l\u2019expression politique.Les censeurs suivent des cours \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bras\u00edlia, avec le critique Paulo Emilio Salles Gomes. Sur les rapports commencent \u00e0 appara\u00eetre, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, des coupures \u00e0 teneur morale et id\u00e9ologique. Dans El Justicero (Le Justicier) de Nelson Pereira dos Santos, de 1968,\u201cl\u2019analyse des censeurs indique la pr\u00e9sence de sc\u00e8nes et de phrases vulgaires m\u00e9lang\u00e9es aux clich\u00e9s de la propagande subversive\u201d. Toutes les copies furent saisies et d\u00e9truites.Pereira dos Santos ne verra \u00e0 nouveau son film que plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s. Souza Pinto observe \u201cqu\u2019en 1967, les directeurs et les chefs de censure, jusqu\u2019alors des fonctionnaires publics, sont peu \u00e0 peu remplac\u00e9s par des militaires; \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1968, la direction est presqu\u2019enti\u00e8rement militaris\u00e9e.Avec l\u2019AI-5 et l\u2019extension de la censure \u00e0 tous les producteurs culturels, l\u2019interdiction bien organis\u00e9e, f\u00e9roce et implacable entre en sc\u00e8ne\u201d.<\/p>\n<p>Les censeurs sont chaque fois plus entra\u00een\u00e9s pour d\u00e9couvrir des messages subliminaux, quel que soit le support! Dans Macuna\u00edma par exemple, un censeur a fait couper les sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019actrice Joana Fomm apparaissait v\u00eatue d\u2019une robe aux couleurs suppos\u00e9es de l\u2019Alliance pour le Progr\u00e8s, une organisation am\u00e9ricaine ha\u00efe par les militaires. L\u2019avis sur Antonio das Mortes, de Glauber Rocha, montre ce changement de regard de la censure \u201cRocha profite du sujet qu\u2019il a choisi pour faire, de mani\u00e8re subreptice, une pr\u00e9dication politique. Je sugg\u00e8re de couper les sc\u00e8nes ou le directeur fait cela. Quant aux sc\u00e8nes de violence, j\u2019attire seulement l\u2019attention de la docte direction, car je consid\u00e8re que dans un film violent elles sont essentielles\u201d. Du sang, oui, des id\u00e9es, non.<\/p>\n<p><strong>Poison<br \/>\n<\/strong> Le rapport sur T\u00eate Coup\u00e9es,\u00e9galement de Glauber Rocha, alerte \u201cJe vois, Monsieur le Chef, l\u2019utilisation d\u2019une symbologie malicieusement \u00e9labor\u00e9e pour impressionner des esprits non-avertis,qui peut servir d\u2019arme dangereuse au sein de la strat\u00e9gie de l\u2019action subversive, dans l\u2019intention de transmettre des messages r\u00e9volutionnaires \u00e0 travers des images apparemment ing\u00e9nues, mais qui contiennent, de mani\u00e8re subliminale, le poison insidieux de la propagande communiste\u201d.Le film de Rog\u00e9rio Sganzerla, A mulher de todos (La femme de tous), subit une s\u00e9rie de coupures dont l\u2019agencement est symptomatique \u201c1. Couper la sc\u00e8ne o\u00f9 appara\u00eet un journal montrant le titre \u2018Delfim Netto dit que 69 sera l\u2019ann\u00e9e dor\u00e9e\u2019; 2. Couper la sc\u00e8ne o\u00f9 la femme appara\u00eet en train de danser les seins nus; 3. Retirer de la bande sonore la phrase \u2018il n\u2019existe pas de libert\u00e9 individuelle sans libert\u00e9 collective, etc.\u201d.\u00c0 chaque ligne, la \u201cdialectique\u201d entre la morale et la politique est pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Inim\u00e1 Sim\u00f5es signale \u201cqu\u2019une sc\u00e8ne montrant un jeune les poings ferm\u00e9s contre l\u2019oppression et chantant l\u2019International \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019une sc\u00e8ne o\u00f9 un couple se consacre \u00e0 des activit\u00e9s sexuelles. La censure s\u2019effor\u00e7ait de mettre en avant l\u2019id\u00e9al de l\u2019\u00e9poque, qui pr\u00e9conisait que le communisme international se trouvait partout dans la vie quotidienne.Pour les th\u00e9oriciens de la notion de s\u00e9curit\u00e9 nationale, montrer une sc\u00e8ne de sexe avant le mariage, des critiques de l\u2019autoritarisme des parents, la r\u00e9volte des adolescents, tout cela constituait des \u2018manifestations du communisme\u2019pour d\u00e9truire les familles et les institutions. Il s\u2019agissait d\u2019un virus invisible \u00e0 l\u2019oeil nu, seulement per\u00e7u par les censeurs qui se consid\u00e9raient comme des personnes pr\u00e9par\u00e9es\u201d. Dans les ann\u00e9es 1970 pourtant, le gouvernement qui dix ans auparavant avait r\u00e9prim\u00e9 les jambes habill\u00e9es de bas de l\u2019actrice Fernanda Montenegro dans La Morte de Leon Hirszman, fut de connivence avec l\u2019ascension de la pornochanchada (com\u00e9die pseudo-\u00e9rotique). \u201cC\u2019est la question que je me pose\u201d, d\u00e9clare Souza Pinto,\u201clorsque j\u2019analyse le second segment de documents de la censure \u00e0 appara\u00eetre bient\u00f4t sur le site.Mon intuition initiale me fait penser que l\u2019encouragement de la pornochanchada fut une forme suppl\u00e9mentaire trouv\u00e9e par la dictature pour \u00e9loigner les spectateurs des cin\u00e9mas. Je n\u2019en suis pas encore s\u00fbre, mais de quel autre but s\u2019agirait-il sinon d\u2019encourager un type de cin\u00e9ma qui provoquerait assur\u00e9ment la col\u00e8re de la bourgeoisie conservatrice et formatrice de l\u2019opinion?\u201d Pour le critique Sim\u00f5es, la mansu\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des films de femmes nues fonctionna aussi pour \u00e9loigner les cin\u00e9astes des sujets s\u00e9rieux. Ils permettaient de gagner de l\u2019argent sans provoquer de maux de t\u00eate.<\/p>\n<p>Dans le champ politique, la bonne volont\u00e9 \u00e9tait plus difficile. La strat\u00e9gie pr\u00e9somptueuse d\u00e9velopp\u00e9e par certains censeurs \u00e9tait de lib\u00e9rer des films qui selon eux ne seraient pas compris par le public et deviendraient, rapidement, politiquement inoffensifs. En sugg\u00e9rant la lib\u00e9ration du film Terre en transe de Glauber Rocha, un censeur observe:\u201cEn partant de la fiction, Rocha r\u00e9ussit \u00e0 faire de l\u2019irr\u00e9el une id\u00e9e plus parfaite que l\u2019original.Pourtant, le sujet ne plaira pas au public profane en raison de sa complexit\u00e9 et du montage elliptique du r\u00e9cit. Il s\u2019agit d\u2019un film destin\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite intellectualis\u00e9e, car sa construction et son expression sont trop cart\u00e9siennes, recherchant quelque chose d\u2019abstrait pour exprimer un probl\u00e8me politique\u201d. Quelques mois plus tard, un document confidentiel demandait \u201cd\u2019informer le nom du censeur responsable de la lib\u00e9ration des films La chinoise et Terre en transe, d\u2019\u00e9claircir \u00e9galement le contenuid\u00e9ologique des films cit\u00e9s et de voir si des irr\u00e9gularit\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 commises \u00e0 l\u2019occasion de leur lib\u00e9ration\u201d. Il faut interdire ceux qui n\u2019interdisent pas.<\/p>\n<div id=\"attachment_122993\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-122993\" alt=\"Liber\u00e9 sans coupures pour \u00eatre exib\u00e9 \u00e0 23 heures\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/80a85-pesquisa-historia-fr.jpg2_.jpg\" width=\"290\" height=\"196\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">PHOTOS EDUARDO CESAR \/ REPRODUCTION\/ MONTAGE JOS\u00c9 R. MEDDA<\/span>Liber\u00e9 sans coupures pour \u00eatre exib\u00e9 \u00e0 23 heures<span class=\"media-credits\">PHOTOS EDUARDO CESAR \/ REPRODUCTION\/ MONTAGE JOS\u00c9 R. MEDDA<\/span><\/p><\/div>\n<p>Jusqu\u2019en 1966, les rapports sollicitant une \u00e9valuation des instances sup\u00e9rieures \u00e9taient rares. Les censeurs se sentaient en confiance vis-\u00e0-vis de leur \u00e9valuation. Mais en 1968 cela commence \u00e0 se produire r\u00e9guli\u00e8rement, illustrant le changement de direction qui se structure dans la censure; il s\u2019agit, en quelque sorte, d\u2019un reflet de l\u2019incertitude du choc entre les militaires partisans de la ligne dure et ceux plus ouverts.Avec l\u2019AI-5, toute erreur est punie. Les censeurs craignent alors d\u2019autoriser un film\u201d.Bien que le film Les conspirateurs de Joaquim Pedro ait \u00e9t\u00e9 diss\u00e9qu\u00e9 par les censeurs, aucun motif ne fut trouv\u00e9 pour l\u2019interdire (des professeurs ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s pour aider \u00e0 d\u00e9couvrir des messages occultes).Une fois \u00e0 l\u2019affiche, un document confidentiel demande en 1972 des \u00e9claircissements sur la lib\u00e9ration:\u201cLa revue Manchete a publi\u00e9 un reportage affirmant que le \u2018film \u00e9tait l\u2019histoire de Tiradentes que les livres ne racontent pas\u2019. On soup\u00e7onne donc que le film pr\u00e9sente des connotations subliminales \u00e0 caract\u00e8re subversif\u201d.<\/p>\n<p>Les figures embl\u00e9matiques du pays pouvaient aussi conna\u00eetre des probl\u00e8mes. Pour que la bande-annonce du film Roberto Carlos em ritmo de aventura (Roberto Carlos sur un rythme d\u2019aventure) puisse \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e, Delfim Netto envoya une demande au ministre de la Justice: \u201cJ\u2019ai l\u2019honneur de solliciter une exception dans le cas du film, car il s\u2019agit d\u2019une histoire dont le protagoniste est l\u2019artiste populaire br\u00e9silien le plus admir\u00e9\u201d.Le cercle se refermait.\u201c Le fait que les films soient lib\u00e9r\u00e9s ou non par le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la censure, qui prenait les rapports et donnait sa d\u00e9cision finale selon son bon plaisir,devient habituel\u201d, raconte Souza Pinto. C\u2019est le cas par exemple pour le film Allez Br\u00e9sil, \u00e9galement de Farias.Un rapport disait \u201cLe message principal est un appel \u00e0 la prise de conscience, qui conduit \u00e0 m\u00e9diter sur l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 pernicieuse dans des \u00e9poques de convulsion intestine. N\u00e9anmoins, face \u00e0 l\u2019ouverture politique, on ne peut nier sa lib\u00e9ration censoriale\u201d.On va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 demander au directeur d\u2019ins\u00e9rer, au d\u00e9but du film, un message du r\u00e9gime \u201cCe film se passe en 1970, \u00e0 un des moments les plus difficiles de la vie br\u00e9silienne, lorsque le gouvernement s\u2019appliquait \u00e0 lutter contre l\u2019extr\u00e9misme arm\u00e9. Enl\u00e8vements, morts, exc\u00e8s, moments de douleur et d\u2019affliction. Aujourd\u2019hui une page tourn\u00e9e dans l\u2019histoire d\u2019un pays qui ne peut perdre la perspective du futur\u201d. Tout semblait en ordre et le film fut lib\u00e9r\u00e9 par les censeurs. Toutefois, Farias re\u00e7ut un court message \u201cJe vous fais savoir que cette division, apr\u00e8s examen, n\u2019a pas lib\u00e9r\u00e9 le film Allez Br\u00e9sil. Cordialement, Solange Maria Teixeira Hernandez, directrice de la censure\u201d.Madame Hernandez a donc pens\u00e9 diff\u00e9remment de ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>Si les cin\u00e9astes ont souffert, le public, lui, a perdu son cin\u00e9ma. Le besoin de recourir \u00e0 des m\u00e9taphores dans les films pour vaincre la censure provoqua la s\u00e9paration entre le cin\u00e9aste et le spectateur. \u201cNous avons consciemment rendu la communication difficile\u201d, rappelle Nelson Pereira dos Santos.\u201cOn n\u2019avait pas d\u2019autres choix. La censure \u00e9tait sophistiqu\u00e9e, elle en devenait cynique.Un censeur me disait \u2018personne ne va comprendre ces films\u2019\u201d.Pour Leonor S. Pinto, l\u2019obligation de changer de styles et de langages pour pouvoir continuer \u00e0 travailler amena les cin\u00e9astes \u00e0 s\u2019enfermer dans un herm\u00e9tisme, avec pour cons\u00e9quence la m\u00e9fiance du public vis-\u00e0vis des films br\u00e9siliens.Une m\u00e9fiance qui persiste encore aujourd\u2019hui chez certains. Tr\u00e8s souvent pourtant, la complexit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas intentionnelle. Plusieurs films souffraient de vetos si extr\u00eames qu\u2019\u00e0 leur arriv\u00e9e sur les \u00e9crans ils \u00e9taient pratiquement incom-pr\u00e9hensibles.\u201cIl vaut mieux interdire le film, car les coupures sont si nombreuses que la pellicule va devenir un court-m\u00e9trage sans aucun sens\u201d, observe un censeur.Certains r\u00e9alisateurs pla\u00e7aient des sc\u00e8nes pol\u00e9miques afin de cr\u00e9er des \u201csurplus\u201d qui allaient permettre au censeur de couper sans interdire.Un censeur vocif\u00e9ra dans son rapport \u201cIl semble que Neville d\u2019Almeida ait agit ainsi dans Piranhas do asfalto (Putains du trottoir).Mais comme il est question de cin\u00e9ma br\u00e9silien, pour d\u00e9montrer notre compr\u00e9hension chr\u00e9tienne des insanit\u00e9s humaines, nous sugg\u00e9rons la lib\u00e9ration du film de cet incons\u00e9quent, simple copie de Godard\u201d.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, s\u2019il ne s\u2019agissait pas des films tr\u00e8s populaires de Mazzaroppi ou des Trapalh\u00f5es, le public fuyait lorsqu\u2019il entendait parler de cin\u00e9ma br\u00e9silien.Parfois, il exigeait m\u00eame la censure de certains films. Il existe plusieurs lettres demandant l\u2019interdiction de films \u00e0 l\u2019affiche, des d\u00e9nonciations prises au s\u00e9rieux et annex\u00e9es aux proc\u00e8s.Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 A dama do lota\u00e7\u00e3o (La Dame du Minibus), une spectatrice \u00e9crivit au ministre de la Justice \u201cC\u2019est un cas qui rel\u00e8ve de la police. Il y a des sc\u00e8nes que m\u00eame les plus exp\u00e9riment\u00e9s des mortels ne peuvent supporter. Je ne suis pas puritaine, parce que je connais la vie telle qu\u2019elle est.Mais \u00eatre une femme me donne la naus\u00e9e. J\u2019ai honte de me regarder dans le miroir. Il faut interdire ce film\u201d. Des exag\u00e9-rations, car la police restait vigilante. Certains comptes rendus d\u00e9taill\u00e9s confirment que Glauber Rocha,Ruy Guerra et Joaquim Pedro, entre autres, \u00e9taient surveill\u00e9s par le D\u00e9partement de l\u2019Ordre Politique et Social (Deops). Dans le cas de Glauber Rocha, la r\u00e9v\u00e9lation a une saveur particuli\u00e8re se plaignant beaucoup d\u2019\u00eatre espionn\u00e9, il fut injustement qualifi\u00e9 de parano\u00efaque.<\/p>\n<p><strong>Embrafilme<\/strong><br \/>\nSi ce n\u2019\u00e9tait pas le cas de ce r\u00e9alisateur, la schizophr\u00e9nie \u00e9tait sans aucun doute la maladie dont souffrait la censure. En fin de compte, une grande partie des films censur\u00e9s ou coup\u00e9s au Br\u00e9sil recevait le label de \u201cbonne qualit\u00e9\u201d, c\u2019est-\u00e0dire qu\u2019ils pouvaient \u00eatre vus dans leur int\u00e9gralit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (cela permit de sauver nombre de pellicules pour la post\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l\u2019abri des ciseaux des censeurs).\u201cD\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation par le r\u00e9gime, en 1969, d\u00e9but de l\u2019AI-5, d\u2019Embrafilme, qui commence comme\u00a0 une entreprise de distribution. Cela montre que la censure reconnaissait la qualit\u00e9 de notre cin\u00e9ma et savait combien il aidait \u00e0 construire, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, une image d\u2019un Br\u00e9sil d\u00e9mocratique, o\u00f9 le gouvernement \u2018encourageait les cin\u00e9astes\u2019, alors qu\u2019ici ils avaient du mal \u00e0 approuver un film\u201d, observe la chercheuse.<\/p>\n<p>Avec la d\u00e9mocratisation, la censure se tourna vers une autre cible. Elle laissa progressivement de c\u00f4t\u00e9 le cin\u00e9ma libre pour s\u2019attaquer au nouveau grand v\u00e9hicule de communication de la dictature la t\u00e9l\u00e9vision. Leonor S. Pinto souligne que \u201cdes films \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9s pour le cin\u00e9ma et dilac\u00e9r\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, quand ils n\u2019\u00e9taient pas programm\u00e9s \u00e0 des horaires tardifs. La vision selon laquelle la censure c\u00e8de \u00e0 l\u2019ouverture politique est fausse. En r\u00e9alit\u00e9 son travail reste le m\u00eame, sauf que d\u00e9sormais le contr\u00f4le se fait sur la t\u00e9l\u00e9vision, et il ne s\u2019arr\u00eatera qu\u2019au moment de la fin de la censure en 1988\u201d. Les r\u00e9alisateurs passent par un deuxi\u00e8me chemin de croix pour r\u00e9ussir \u00e0 faire diffuser leurs films \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Aujourd\u2019hui, c\u2019est le march\u00e9 qui censure. D\u2019apr\u00e8s Inim\u00e1 Sim\u00f5es, \u201cla TV ne transgresse pas, ne d\u00e9passe pas les limites impos\u00e9es par le march\u00e9. S\u2019il n\u2019y a pas eu le baiser gay du feuilleton Am\u00e9rica, c\u2019est parce que les recherches effectu\u00e9es par la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Globo avaient certainement montr\u00e9 qu\u2019elle aurait plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir les sponsors que les points audimat\u201d. Les ciseaux du march\u00e9 vainquent m\u00eame la pierre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"IL A TUE LA LIBERTE ET EST ALLE AU CINEMA","protected":false},"author":370,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[684],"class_list":["post-122304","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/370"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=122304"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122304\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=122304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=122304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=122304"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=122304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}