{"id":127873,"date":"2013-08-21T15:52:08","date_gmt":"2013-08-21T18:52:08","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=127873"},"modified":"2013-08-23T18:02:47","modified_gmt":"2013-08-23T21:02:47","slug":"amazonie-en-%e2%80%a83-dimensions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/amazonie-en-%e2%80%a83-dimensions\/","title":{"rendered":"Amazonie en \u20283 dimensions"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 en Mars 2013<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_128200\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-128200\" alt=\"La for\u00eat vue de la Station Spatiale Internationale: 150 kilom\u00e8tres du fleuve Amazone, ses affluents et les nombreux lacs et terres inondables qui l\u2019entourent\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/Amazonia_ISS017-E-13856_lrg2.jpg\" width=\"290\" height=\"193\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Astronaut photograph ISS 017-E-13856 \/ Na sa<\/span>La for\u00eat vue de la Station\u00a0Spatiale Internationale:\u00a0150 kilom\u00e8tres du fleuve\u00a0Amazone, ses affluents\u00a0et les nombreux lacs et terres\u00a0inondables qui l\u2019entourent<span class=\"media-credits\">Astronaut photograph ISS 017-E-13856 \/ Na sa<\/span><\/p><\/div>\n<p>Les arbres apparaissent en rouge, en jaune ainsi que d\u2019autres couleurs vibrantes comme si chacune avait \u00e9t\u00e9 peinte \u00e0 la main, sur des cartes affich\u00e9es aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019articles scientifiques et d\u2019invitations \u00e0 des s\u00e9minaires, dans le couloir du b\u00e2timent h\u00e9bergeant le Projet Dynamique Biologique de Fragments Forestiers (PDBFF) de l\u2019Institut National de Recherches Amazonien (Inpa), \u00e0 Manaus. Le proc\u00e9d\u00e9 utilis\u00e9 pour cr\u00e9er ces cartes s\u2019appelle LiDAR (Light Detection and Ranging). Il enregistre la variation de la lumi\u00e8re refl\u00e9t\u00e9e par les arbres, facilitant grandement les \u00e9tudes des chercheurs qui travaillent sur le plus vieux programme de suivi des for\u00eats tropicales br\u00e9siliennes et l\u2019un des plus anciens au monde. Ce programme a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 en 1979 afin de conna\u00eetre les impacts de la construction des routes et de l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019agro-\u00e9levage sur la for\u00eat amazonienne. Ce programme accompagne l\u2019\u00e9volution de 11 zones de for\u00eats fragment\u00e9es, outre des zones continues adjacentes qui servent de contr\u00f4le comparatif, pour un total de mille kilom\u00e8tres carr\u00e9s de for\u00eat avec des arbres allant jusqu\u2019\u00e0 55 m\u00e8tres de hauteur.<\/p>\n<p>Il y a encore peu de temps, la seule mani\u00e8re d\u2019obtenir des informations d\u00e9taill\u00e9es sur la composition et les changements de la for\u00eat \u00e9tait de voyager de nombreuses heures sur des pistes en terre en affrontant la pluie, la chaleur, les moustiques et les champignons, avant d\u2019arriver dans des zones d\u2019\u00e9tude parfois situ\u00e9es \u00e0 80 kilom\u00e8tres de Manaus. \u00abIl est \u00e9vident que cette nouvelle technique ne r\u00e9soudra pas tous nos probl\u00e8mes ni ne nous dispensera de visites sur le terrain, mais elle nous aide beaucoup\u00bb, d\u00e9clare l\u2019\u00e9cologue pauliste Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo, coordonnateur scientifique du PDBFF, un programme actuellement financ\u00e9 par l\u2019Institut Smithsonian, l\u2019Inpa, et des agences et des fondations de soutien \u00e0 la recherche au Br\u00e9sil et aux \u00c9tats-Unis. Alors que les images de satellite sont bidimensionnelles, celles du LiDAR sont tridimensionnelles. Elles sont cr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir de la lumi\u00e8re refl\u00e9t\u00e9e par la cime des arbres et qui est capt\u00e9e par des avions qui survolent les zones d\u2019\u00e9tude. \u00abNous pouvons cartographier des clairi\u00e8res, qui ont un r\u00f4le important pour le fonctionnement de la for\u00eat, et avoir une bonne notion du relief qui supporte la v\u00e9g\u00e9tation\u00bb, dit Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo.<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 LiDAR, seul ou combin\u00e9 avec d\u2019autres techniques de t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection, peut fournir des informations d\u00e9taill\u00e9es sur la hauteur, la concentration, la distribution des arbres et indiquer les groupes d\u2019animaux susceptibles d\u2019y vivre. Plus la for\u00eat est enchev\u00eatr\u00e9e (ou d\u2019une structure complexe) comme le dit Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo, moins elle aura de chances d\u2019abriter des groupes sp\u00e9cifiques d\u2019oiseaux et de chauve-souris, par exemple. Dans une \u00e9tude achev\u00e9e r\u00e9cemment dans une des zones du projet, le biologiste br\u00e9silien Karl Mokross, de l\u2019Universit\u00e9 Publique de Louisiane, aux \u00c9tats-Unis, a d\u00e9montr\u00e9 que les oiseaux qui vivaient dans le sous-bois, r\u00e9gion sous la cime des arbres, cherchaient des insectes pour s\u2019alimenter de pr\u00e9f\u00e9rence dans la for\u00eat primaire et rarement dans la for\u00eat secondaire appel\u00e9e aussi capoeira au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-128204\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-1-300x151.jpg\" width=\"300\" height=\"151\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-1-300x151.jpg 300w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-1-810x410.jpg 810w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-1-1024x518.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>L\u2019\u00e9quipe de l\u2019Inpa a \u00e9galement emprunt\u00e9 \u00e0 la chimie une technique d\u2019identification de compos\u00e9s chimiques pour classer les plantes appel\u00e9e spectrographie proche infrarouge, outre les images tridimensionnelles. Ce proc\u00e9d\u00e9 se base sur le fait que les liaisons chimiques de certaines mol\u00e9cules poss\u00e8dent des fr\u00e9quences de vibration sp\u00e9cifiques qui sont ensuite enregistr\u00e9es par un appareil et exprim\u00e9es sous la forme d\u2019un graphique. En utilisant cette m\u00e9thode, la biologiste Fl\u00e1via Machado Durgante et d\u2019autres chercheurs de l\u2019Inpa ont examin\u00e9 159 feuilles, appartenant \u00e0 10 esp\u00e8ces d\u2019arbre, collect\u00e9es dans une zone de for\u00eat prot\u00e9g\u00e9e proche de Manaus et dans les zones d\u2019\u00e9tude du PBDFF. Ces feuilles sont conserv\u00e9es dans la collection du programme qui poss\u00e8de actuellement 54 mille \u00e9chantillons de feuilles et de structures reproductives (fleurs et fruits) des arbres contr\u00f4l\u00e9s. Ils ont ensuite obtenu ce que l\u2019on appelle la signature spectrale de chaque esp\u00e8ce et ont conclu que cette technique repr\u00e9sentait une m\u00e9thode simple et bon march\u00e9 pour identifier les esp\u00e8ces de plante et diff\u00e9rentier les esp\u00e8ces trop proches, m\u00eame en l\u2019absence des structures reproductives comme les fleurs et des fruits qui facilitent le travail de reconnaissance des botanistes et des \u00e9cologues. Dans ce travail qui sera publi\u00e9 au mois de mars dans la revue Forest Ecologyand Management, le taux moyen de r\u00e9ussite a \u00e9t\u00e9 de 96,6%. La biologiste Carla Lang a commenc\u00e9 \u00e0 analyser les signatures spectrales de feuilles d\u2019arbre et de plants de la m\u00eame esp\u00e8ce pour d\u00e9terminer s\u2019il y a une coh\u00e9rence entre elles. Si c\u2019est le cas, cela facilitera la t\u00e2che ardue d\u2019identifier les plants et de pr\u00e9voir la distribution des esp\u00e8ces dans la for\u00eat.<\/p>\n<p><strong>Les premi\u00e8res alliances<\/strong><br \/>\nLes techniques de travail dont disposent maintenant les chercheurs du programme d\u2019\u00e9tudes de l\u2019Amazonie leur apportent un confort m\u00e9rit\u00e9. Ce programme a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9labor\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 par deux biologistes \u00e9tasuniens, Thomas Lovejoy et David Conway Oren, les deux ayant d\u00e9j\u00e0 de nombreuses ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience en mati\u00e8re de recherche sur le terrain dans la r\u00e9gion. \u00c0 cette \u00e9poque, le gouvernement encourageait l\u2019occupation des for\u00eats du nord de Manaus avec l\u2019\u00e9levage. \u00abC\u2019est moi qui ai pr\u00e9venu Thomas Lovejoy sur la chance unique que nous avions de discuter avec les propri\u00e9taires, d\u2019entrer dans les for\u00eats avant qu\u2019elles ne soient d\u00e9bois\u00e9es et de faire des inventaires biologiques, chose qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 faite au Panama\u00bb, se rappelle Oren, ornithologue qui a travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019Inpa, au Mus\u00e9e Goeldi et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019\u00e9tat du Par\u00e1 (UFPA), \u00e0 Bel\u00e9m, et actuellement coordonnateur en biodiversit\u00e9 au Minist\u00e8re des Sciences, de la Technologie et de l\u2019Innovation (MCTI). Les biologistes n\u2019ont pas oubli\u00e9 que la construction du canal de Panam\u00e1, qui s\u2019est achev\u00e9e en 1914, avait isol\u00e9 des zones d\u2019une for\u00eat tropicale sur laquelle nous savions peu de choses. Thomas Lovejoy a ador\u00e9 l\u2019id\u00e9e et m\u2019a dit qu\u2019il trouverait un financement.<\/p>\n<div id=\"attachment_128208\" style=\"max-width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-128208\" alt=\"Des routes comme celle-ci brisent l\u2019unit\u00e9 de la for\u00eat et cr\u00e9ent des fragments qui limitent les d\u00e9placements des animaux, r\u00e9duisent la biodiversit\u00e9 et influencent le climat\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/Amazonia_034_6375202.jpg\" width=\"290\" height=\"287\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Sergio Jorge Brazil \/ Photononstop\u2002<\/span>Des routes comme\u00a0celle-ci brisent l\u2019unit\u00e9\u00a0de la for\u00eat et cr\u00e9ent des\u00a0fragments qui limitent\u00a0les d\u00e9placements\u00a0des animaux, r\u00e9duisent\u00a0la biodiversit\u00e9 et\u00a0influencent le climat<span class=\"media-credits\">Sergio Jorge Brazil \/ Photononstop\u2002<\/span><\/p><\/div>\n<p>Thomas Lovejoy est devenu le porte-parole du programme et l\u2019une des plus grandes autorit\u00e9s mondiales en termes de biodiversit\u00e9. Il est actuellement professeur de sciences et de politique environnementale \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 George Mason, aux \u00c9tats-Unis. Un article d\u00e9coup\u00e9 d\u2019une page du journal A Prov\u00edncia do Par\u00e1 du 7 janvier 1979 et affich\u00e9 dans le couloir de l\u2019immeuble du PBDFF pr\u00e9sente un projet de cette \u00e9poque appel\u00e9 Programme de Taille Minimum Critique de l\u2019Amazonie dont le budget annuel s\u2019\u00e9levait \u00e0 500 mille dollars US. Ce projet \u00e9tait soutenu par l\u2019Inpa, l\u2019Institut Br\u00e9silien de D\u00e9veloppement Forestier (IBDF), qui a ensuite donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019Ibama, et la Superintendance de la Zone Franche de Manaus (Suframa). D\u00e9finir une zone minimum pour pr\u00e9server une for\u00eat de mani\u00e8re effective \u00e9tait une pr\u00e9occupation du gouvernement br\u00e9silien et \u00e9galement \u00abun probl\u00e8me mondial\u00bb, d\u00e9clarait Thomas Lovejoy, quand il faisait partie du Fonds Mondial de la Vie Sauvage (WWF), qui fut la premi\u00e8re institution internationale \u00e0 financer ce travail.<\/p>\n<p>Ce fut l\u2019\u00e9poque dor\u00e9e de l\u2019Inpa, sous la direction de Warwick Kerr. En seulement un jour ou deux j\u2019ai re\u00e7u le feu vert du directeur et du chef du D\u00e9partement d\u2019\u00c9cologie de l\u2019Inpa, Herbert Schubart, et de la Suframa, qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9ceptive. Les fermiers ont \u00e9galement collabor\u00e9\u00bb, raconte Thomas Lovejoy en se rem\u00e9morant la cr\u00e9ation de ce programme de recherche en Amazonie. \u00abJ\u2019ai fondamentalement accompagn\u00e9 Rob (Richard Bierregaard, biologiste et premier coordonnateur scientifique du PDBFF, actuellement \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Caroline du Nord, aux \u00c9tats-Unis), je l\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 des personnes de Manaus et je l\u2019ai laiss\u00e9 travailler. Rob s\u2019est li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec les fermiers qui \u00e9taient contents de participer \u00e0 un travail qui avait l\u2019attention des m\u00e9dias\u00bb.<\/p>\n<p>Le programme pr\u00e9voyait l\u2019isolement de zones de for\u00eat de taille variable ainsi que le relev\u00e9 et le suivi d\u2019arbres, d\u2019insectes, d\u2019amphibiens, de reptiles, d\u2019oiseaux et de mammif\u00e8res. L\u2019objectif \u00e9tait de d\u00e9terminer les esp\u00e8ces qui p\u00e9rissaient et celles qui survivaient \u00e0 mesure que la for\u00eat diminuait. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re d\u2019examiner l\u2019impact de la fragmentation sur la for\u00eat et les organismes qui la constituent. De nos jours encore, la r\u00e9duction de la zone de v\u00e9g\u00e9tation native, r\u00e9sultat de l\u2019expansion des routes, de l\u2019agriculture ou de l\u2019\u00e9levage, est l\u2019une des principales causes de la perte de biodiversit\u00e9 en Amazonie, la plus grande for\u00eat tropicale du monde.<\/p>\n<p><strong>Base de donn\u00e9es amazonienne<\/strong><br \/>\nLe travail de terrain r\u00e9alis\u00e9 durant 33 ans jusqu\u2019en 2012, a produit une monumentale base de donn\u00e9es sur les arbres et les oiseaux. Les chercheurs \u00e9tudient actuellement la croissance de 45 376 arbres et de 178 295 arbustes (moins de 10 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre \u00e0 hauteur de poitrine) sur 55 hectares de for\u00eat continue et 39 hectares de for\u00eat fragment\u00e9e. \u00abNous \u00e9tudions la for\u00eat qui poss\u00e8de la communaut\u00e9 arbor\u00e9e la plus vari\u00e9e du monde\u00bb, d\u00e9clare Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. Outre les arbres, ils ont r\u00e9cemment commenc\u00e9 \u00e0 comptabiliser les lianes. Dans une \u00e9tude r\u00e9cemment termin\u00e9e, ils ont marqu\u00e9 33 154 lianes sur 69 hectares. \u00abLes lianes ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas la cible des relev\u00e9s forestiers, mais elles repr\u00e9sentent une parcelle importante de la biomasse et de la diversit\u00e9 d\u2019une for\u00eat\u00bb.<\/p>\n<p>La base de donn\u00e9es contient des informations sur 60 mille oiseaux appartenant \u00e0 400 esp\u00e8ces qui vivent dans le sous-bois, r\u00e9gion interm\u00e9diaire entre la cime des arbres et le sol. Chaque oiseau est bagu\u00e9 avec un num\u00e9ro qui permet aux biologistes, apr\u00e8s les avoir captur\u00e9 dans des filets, de conna\u00eetre leurs d\u00e9placements. \u00abCette banque de donn\u00e9es nous permet de poser des questions plus complexes qui n\u2019apparaissent qu\u2019apr\u00e8s des d\u00e9cennies de suivi et qui servent de base aux politiques publiques pour r\u00e9soudre de nouveaux probl\u00e8mes comme l\u2019impact des changements climatiques sur l\u2019Amazonie\u00bb, d\u00e9clare Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. \u00abDe nombreux chercheurs viennent travailler ici parce que nous avons d\u00e9j\u00e0 parcouru un long chemin et ils n\u2019ont pas besoin de repartir de z\u00e9ro. Cette connaissance est un patrimoine national\u00bb.<\/p>\n<p>Les nombreux r\u00e9sultats du PDBFF n\u2019auraient pas pu \u00eatre obtenus dans une \u00e9tude plus courte, selon l\u2019une des conclusions d\u2019un article publi\u00e9 en janvier dans la revue Biological Conservation et contenant un r\u00e9sum\u00e9 de 32 ans de travail sur le terrain. L\u2019article est sign\u00e9 par 16 biologistes issus de diff\u00e9rentes institutions br\u00e9siliennes, \u00e9tasuniennes, australiennes et mexicaines li\u00e9es au PDBFF. Le premier auteur est le biologiste \u00e9tasunien William Laurance, qui a v\u00e9cu cinq ans \u00e0 Manaus et qui travaille actuellement en Australie. Selon cet article, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des arbres de grande taille \u00e0 la fragmentation et aux effets d\u2019\u00e9v\u00e8nements \u00e9ph\u00e9m\u00e8re comme El Ni\u00f1o et les temp\u00eates, ne deviendra \u00e9vidente qu\u2019apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019observation. En guise de conclusion ils affirment que quand les arbres tombent ils peuvent former des clairi\u00e8res qui d\u00e9vient l\u2019humidit\u00e9 des arbres proches et qui modifient la luminosit\u00e9 et la temp\u00e9rature (voir ilustration). La fragmentation peut r\u00e9duire la circulation de l\u2019eau, limiter le territoire de nombreuses esp\u00e8ces d\u2019oiseaux qui n\u2019arrivent pas \u00e0 traverser de grandes zones d\u00e9bois\u00e9es, r\u00e9duire la population d\u2019abeilles, de gu\u00eapes, de col\u00e9opt\u00e8res et de fourmis, augmenter les population de grenouilles et d\u2019araign\u00e9es, causant une perte cumulative de la biodiversit\u00e9 et une diminution des r\u00e9serves d\u2019eau.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-128210\" alt=\"\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2-294x300.jpg\" width=\"294\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2-294x300.jpg 294w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2-486x496.jpg 486w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2-1003x1024.jpg 1003w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/070-075_Amazonia_FRA-2.jpg 1246w\" sizes=\"auto, (max-width: 294px) 100vw, 294px\" \/><\/a>For\u00eat fragile<\/strong><br \/>\nLes simulations du comportement de la for\u00eat aliment\u00e9es par les donn\u00e9es du PDBFF sugg\u00e8rent que m\u00eame des fragments de 10 hectares ont besoin d\u2019au moins un si\u00e8cle pour r\u00e9cup\u00e9rer leur diversit\u00e9 biologique et leur biomasse ant\u00e9rieure. Quand ces fragments sont cr\u00e9\u00e9s, leurs communaut\u00e9s d\u2019arbres, de palmiers de plantes grimpantes et d\u2019animaux subissent une transformation profonde. \u00abComme r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, plus la zone est petite, plus les effets de la fragmentation se feront ressentir\u00bb, d\u00e9clare Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. Il suffit de parcourir les zones d\u2019\u00e9tudes pour noter les diff\u00e9rences. Les fragments plus petits ont d\u00e9j\u00e0 perdu une partie de leur structure foresti\u00e8re originale et ressemblent \u00e0 une for\u00eat secondaire qui r\u00e9siste avec difficult\u00e9, alors que les plus grands fragments, principalement ceux de 100 hectares, abritent encore des esp\u00e8ces d\u2019arbres qui se d\u00e9veloppent avec peu de lumi\u00e8re et une humidit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, comme dans une for\u00eat typiquement amazonienne. Les zones plus petites sont plus fragiles \u00abet souffrent davantage durant les fortes s\u00e8cheresses comme celles de 2005 et de 2010\u00bb, observe Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo.<\/p>\n<p>Une des cons\u00e9quences de la fragmentation est l\u2019effet de bordure. Il s\u2019agit des transformations sur la p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019une for\u00eat caus\u00e9es par la radiation solaire, la lumi\u00e8re et les vents des zones externes. Les arbres les plus proches de la bordure peuvent tomber plus facilement, s\u00e9cher ou mourir sur pied car ils sont plus sensibles aux changements du microclimat. Suite \u00e0 l\u2019effet de bordure et \u00e0 la fragmentation de la for\u00eat, \u00abla moiti\u00e9 de la faune d\u2019oiseaux et de mammif\u00e8res du sous-bois peuvent entrer en extinction locale et parfois de mani\u00e8re irr\u00e9versible\u00bb, alerte Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. Selon l\u2019article de 2011, la d\u00e9forestation due \u00e0 la cr\u00e9ation de p\u00e2turages repr\u00e9sente chaque ann\u00e9e 32 mille kilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires de nouvelles bordures de for\u00eats et produit des paysages domin\u00e9s par de petits fragments de formats irr\u00e9guliers inf\u00e9rieurs \u00e0 400 hectares, augmentant l\u2019effet des radiation solaire et des vents sur la v\u00e9g\u00e9tation native.\u2028\u00abSi c\u2019est comme \u00e7a ici, cela pourrait \u00eatre encore pire dans d\u2019autres zones comme dans la r\u00e9gion de l\u2019arco do fogo (arc de feu), qui correspond aux \u00e9tats du Par\u00e1, du Mato Grosso et de Rond\u00f4nia, plus sujette \u00e0 la d\u00e9forestation\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abIl y a deux jours, le couloir \u00e9tait encombr\u00e9 de nombreuses valises\u00bb, commente Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo, durant cette matin\u00e9e du 9 novembre 2012. \u00abNotre 21\u00e8me cours de formation s\u2019est termin\u00e9 hier et nous avons d\u00e9j\u00e0 form\u00e9 420 \u00e9cologues\u00bb. Chaque ann\u00e9e, le cours d\u2019\u00c9cologie du Paysage Amazonien (r\u00e9alis\u00e9 normalement au mois de juillet ou d\u2019ao\u00fbt et exceptionnellement au mois d\u2019octobre, comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re) r\u00e9unit 20 \u00e9tudiants de troisi\u00e8me cycle universitaire et 15 professeurs originaires de diff\u00e9rentes universit\u00e9s du pays. \u00abLa plupart des participants n\u2019avait jamais mis les pieds en Amazonie\u00bb, raconte Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. Les professeurs pr\u00e9sentent les diff\u00e9rents environnements de la r\u00e9gion, allant des plaines d\u2019inondation aux archipels des Anavilhanas, afin de former des professionnels qualifi\u00e9s qui comprendront et aideront \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Des cours de trois semaines destin\u00e9s aux \u00e9tudiants universitaires sont une autre mani\u00e8re de partager les r\u00e9sultats obtenus et d\u2019\u00e9largir les connaissances sur la r\u00e9gion. \u00abJ\u2019ai r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 l\u2019un des responsables de ce cours \u00e0 l\u2019Universidade Estadual Paulista (Unesp) de Rio Claro, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Publique de Minas Gerais et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale d\u2019Amazonie\u00bb, d\u00e9clare Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. \u00abLe PDBFF forme actuellement plus de chercheurs br\u00e9siliens que de chercheurs \u00e9tasuniens\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s lui, l\u2019Institut Smithsonian et l\u2019Inpa couvrent seulement 20% des d\u00e9penses annuelles et la plus grande part du budget annuel de 1,2 million de reais provient de dons, de bailleurs de fonds ou de fondations br\u00e9siliennes et \u00e9tasuniennes. \u00abIl a \u00e9t\u00e9 difficile de trouver des financements au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie car les dons se focalisaient principalement sur d\u2019autres objectifs, ainsi les fonds destin\u00e9s aux \u00e9tudes sur la fragmentation foresti\u00e8re ont migr\u00e9 vers les \u00e9tudes sur les changements climatiques\u00bb, d\u00e9clare Jos\u00e9 Lu\u00eds Camargo. \u00abLa d\u00e9valorisation du dollar est un autre probl\u00e8me important qui se pose. Nous avons perdu un tiers du budget pr\u00e9vu en quelques ann\u00e9es \u00e0 cause du change\u00bb. Il y a \u00e9galement d\u2019autres pr\u00e9occupations comme une possible redistribution des terres proches des zones d\u2019\u00e9tudes, ce qui pourrait provoquer des changements dans l\u2019utilisation de la terre et amplifier les impacts nuisibles sur les fragments de for\u00eat.<\/p>\n<p><em>Articles Scientifiques<\/em><br \/>\nDurgante, F.M. <em>et al<\/em>. Species spectral signature: Discriminating closely related plant species in the Amazon with near-infrared leaf-spectroscopy. <strong>Forest Ecology and Management<\/strong>. v. 291, 213. Sous presse.<br \/>\nLAURANCE, W. <em>et al<\/em>. The fate of Amazonian forest fragments: a 32-year investigation. <strong>Biological Conservation<\/strong>. v. 144, n. 1, p. 56-67. 2011.<br \/>\nSTARK, S.C. <em>et al<\/em>. Amazon forest carbon dynamics predicted by profiles of canopy leaf area and light environment. <strong>Ecology Letters<\/strong>. v. 15, n. 12, p. 1.406-14. 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Amazonie en \u20283 dimensions","protected":false},"author":17,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[5968],"class_list":["post-127873","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127873","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127873"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127873\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127873"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127873"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127873"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=127873"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}