{"id":236452,"date":"2013-09-03T13:55:19","date_gmt":"2013-09-03T16:55:19","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/?p=236452"},"modified":"2017-04-18T17:59:36","modified_gmt":"2017-04-18T20:59:36","slug":"du-paludisme-aux-maladies-emergentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/du-paludisme-aux-maladies-emergentes\/","title":{"rendered":"Du paludisme aux maladies \u00e9mergentes"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_236457\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/banho.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236457\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236457\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/banho-300x225.jpg\" alt=\"(1)Danger en fin d\u2019apr\u00e8s-midi : des enfants du district de Triunfo, dans l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia, se baignent \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les moustiques Anoph\u00e8les, vecteurs du paludisme, ont l\u2019habitude d\u2019attaquer\" width=\"300\" height=\"225\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> Danger en fin d\u2019apr\u00e8s-midi : des enfants du district de Triunfo, dans l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia, se baignent \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les moustiques Anoph\u00e8les, vecteurs du paludisme, ont l\u2019habitude d\u2019attaquer<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p><em>Publi\u00e9 en mars 2002<\/em><\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es sur les maladies tropicales vivent un moment unique dans l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia. En effet, cet ancien territoire f\u00e9d\u00e9ral fortement colonis\u00e9 par des \u00e9migrants venus du sud du pays dans les ann\u00e9es 60 et 70, et devenu \u00e9tat de la f\u00e9d\u00e9ration il y a seulement 21 ans, m\u00e8ne actuellement des recherches de pointe dans le domaine du paludisme, de la leishmaniose et d\u2019autres maladies, anciennes ou \u00e9mergentes, transmises \u00e0 l\u2019homme par une arm\u00e9e d\u2019insectes, de moustiques et de tiques infect\u00e9s par des bact\u00e9ries, des virus et des parasites de tout types. C\u2019est sur les rives du rio Madeira, \u00e0 Portochuelo, un district de Porto Velho \u00e0 une heure de bateau de la capitale de l\u2019\u00e9tat, que des chercheurs de l\u2019Institut de Sciences Biom\u00e9dicales de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (ICB\/USP), qui poss\u00e8dent depuis cinq ans un centre de recherche avanc\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tat, et des chercheurs du Centre de Recherche en M\u00e9decine Tropicale (Cepem) de Porto Velho, ont fait une grande d\u00e9couverte. Ils ont en effet confirm\u00e9, en 1999, les soup\u00e7ons qui pesaient sur une caract\u00e9ristique du paludisme br\u00e9silien qui complique le contr\u00f4le de cette end\u00e9mie.<\/p>\n<p>Les scientifiques ont prouv\u00e9 de mani\u00e8re absolue, l\u2019existence en Amazonie de porteurs asymptomatiques de <em>Plasmodium vivax<\/em>, protozoaire responsable d\u2019environ 80% des cas enregistr\u00e9s au Br\u00e9sil. Les 20% restants sont principalement dus \u00e0 <em>Plasmodium falciparum<\/em>, esp\u00e8ce plus agressive du parasite du paludisme et qui tue annuellement 1 \u00e0 2 millions de personnes en Afrique, principalement des enfants. Un pourcentage moindre de cas enregistr\u00e9s concerne <em>Plasmodiummalariae<\/em>. La confirmation d\u00e9finitive qu\u2019il y a avait et qu\u2019il y a des porteurs du <em>P. vivax<\/em> ne pr\u00e9sentant aucun des sympt\u00f4mes du paludisme a \u00e9t\u00e9 obtenue en utilisant une m\u00e9thode mol\u00e9culaire plus pr\u00e9cise que l\u2019habituel test en laboratoire utilis\u00e9 pour d\u00e9pister la maladie. Il s\u2019agit de la technique PCR (r\u00e9action en cha\u00eene de polym\u00e9rase) qui agrandit le DNA des parasites et permet l\u2019identification de la vari\u00e9t\u00e9 de protozoaires pr\u00e9sente dans le sang des malades, m\u00eame en petites quantit\u00e9s. Ce travail a eu de grandes r\u00e9percutions sur le plan international et a fait l\u2019objet d\u2019un article scientifique publi\u00e9 dans la revue anglaise <em>Lancet<\/em>, une des publications m\u00e9dicales les plus renomm\u00e9es au monde.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de cas asymptomatiques de paludisme dans l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia est peut \u00eatre la plus grande d\u00e9couverte scientifique de ces deux centres de recherche, qui travaillent ensembles et s\u00e9par\u00e9ment. Le Centre Amazonien de l\u2019ICB a d\u00e9couvert certains indices prouvant l\u2019existence d\u2019une esp\u00e8ce de protozoaire encore inconnue du genre <em>Leishmania<\/em> et qui serait un nouvel agent responsable de la transmission de la leishmaniose t\u00e9gumentaire am\u00e9ricaine (LTA), maladie infectieuse qui chaque ann\u00e9e attaque la peau et les muqueuses de 28 mille br\u00e9siliens du nord au sud du pays. Dans la commune de Monte Negro, situ\u00e9e \u00e0 250 kilom\u00e8tres au sud de Porto Velho, o\u00f9 fonctionne la base de l\u2019ICB, les chercheurs ont \u00e9galement constat\u00e9 une incidence \u00e9lev\u00e9e d\u2019une maladie de la peau peu diagnostiqu\u00e9e, la chromoblastomycose, et ont \u00e9galement identifi\u00e9s un nouveau type de tiques du genre <em>Amblyomma<\/em> que l\u2019on rencontre sur les animaux terrestres, principalement le tapir (<em>Tapir<\/em><em> terrestris<\/em>) et qui peut transmettre certaines maladies \u00e0 l\u2019homme. &#8220;\u00c0 Rond\u00f4nia, tout est \u00e0 d\u00e9couvrir et il y a beaucoup de recherches \u00e0 mener&#8221;, d\u00e9clare Erney Plessmann de Camargo, 66 ans, ex-professeur titulaire de l\u2019ICB. C\u2019est actuellement le tout nouveau directeur de l\u2019Institut Butantan et le coordonnateur d\u2019un projet dont l\u2019objectif est de recenser la faune des tiques \u00e0 Rond\u00f4nia et de v\u00e9rifier la pr\u00e9valence de trois vari\u00e9t\u00e9s de bact\u00e9ries potentiellement pathog\u00e8nes, <em>Rickettsia, Borrelia et Erlichia<\/em> , dans ces arthropodes.<\/p>\n<div id=\"attachment_236462\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/pano.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236462\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236462\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/pano-300x199.jpg\" alt=\"L\u2019\u00e9toffe rouge devant la maison indique un cas suspect de paludisme: signal pour que le motocycliste de la mairie de Candeias s\u2019arr\u00eate et qu\u2019il collecte le sang pour r\u00e9aliser l\u2019examen \" width=\"300\" height=\"199\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> L\u2019\u00e9toffe rouge devant la maison indique un cas suspect de paludisme: signal pour que le motocycliste de la mairie de Candeias s\u2019arr\u00eate et qu\u2019il collecte le sang pour r\u00e9aliser l\u2019examen<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>Plessmann est le co-auteur de l\u2019article sur la d\u00e9couverte de porteurs asymptomatiques du plasmode du paludisme \u00e0 Rond\u00f4nia, aux c\u00f4t\u00e9s de Fabiana Alves (ICB) et de Luiz Hildebrando Pereira da Silva, directeur scientifique du Cepem et autorit\u00e9 mondiale en mati\u00e8re de maladies tropicales. Luiz Hildebrando ex-directeur de deux d\u00e9partements de l\u2019Institut Pasteur, est probablement le principal responsable de la transformation de l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia en centre de recherche national. \u201cNous pensons que ces asymptomatiques sont immunis\u00e9s et servent de r\u00e9servoir \u00e0 la maladie\u201d, d\u00e9clare le parasitologue qui se d\u00e9die depuis plus de quarante ans aux sciences. Selon les sp\u00e9cialistes de l\u2019ICB et du Cepem, il est aussi important d\u2019identifier et de traiter les porteurs asymptomatiques de <em>P. vixax,<\/em> pour freiner l\u2019avanc\u00e9e de la maladie, que de mettre en pratique les mesures traditionnelles de contr\u00f4le de cette end\u00e9mie, comme combattre l\u2019agent transmetteur ou vecteur (au Br\u00e9sil, femelles du moustique <em>Anopheles darlingi<\/em> infest\u00e9es par le plasmode) et soigner le plus rapidement possible les cas symptomatiques. selon Luiz Hildebrando, \u00e9tudier les asymptomatiques est aussi une mani\u00e8re de comprendre les m\u00e9canismes impliqu\u00e9s dans cette apparente immunisation naturelle pour mettre au point un vaccin contre le paludisme provoqu\u00e9 par <em>P. vivax<\/em> d\u2019ici une d\u00e9cennie. &#8220;La plupart des recherches en cours sur les vaccins du paludismes concernent les cas d\u2019infection provoqu\u00e9s par <em>P. falciparum<\/em> &#8221;, d\u00e9clare-t-il. Le g\u00e9nome de <em>falciparum<\/em>, il faut le signaler, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment s\u00e9quenc\u00e9 par un groupe international de laboratoires.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une intervention pilote en Amazonie, des chercheurs du Cepem vont, ce mois-ci, commencer \u00e0 identifier et \u00e0 traiter des cas asymptomatiques de paludisme \u00e0 Vila Candel\u00e1ria, \u00e9galement sur les rives du rio Madeira, mais beaucoup plus pr\u00e8s de la ville que le district de Portochuelo. La communaut\u00e9 riveraine de Candel\u00e1ria, o\u00f9 passait la mythique voie ferr\u00e9e Madeira-Mamor\u00e9, se situe \u00e0 dix minutes en voiture de la capitale Porto Velho, commune de 330 mille habitants qui s\u2019\u00e9tend sur une zone plane de 34 mil kilom\u00e8tres carr\u00e9s, 20 fois plus grande que la ville de S\u00e3o Paulo. Le village de Candel\u00e1ria est fr\u00e9quent\u00e9 durant le week-end par une population variable d\u2019estivants qui viennent de Porto Velho.<\/p>\n<div id=\"attachment_236455\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/apanhando-1.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236455\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236455\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/apanhando-1-300x212.jpg\" alt=\"App\u00e2ts humains : des stagiaires de l\u2019USP...\" width=\"300\" height=\"212\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> App\u00e2ts humains : des stagiaires de l\u2019USP&#8230;<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p><strong>Des m\u00e9decins font la diff\u00e9rence<br \/>\n<\/strong>Dans ce village, o\u00f9 vivent en permanence 260 habitants, les \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9e par le Cepem indiquent que 30% des habitants sont porteurs de <em>P. vivax<\/em>, mais ne manifestent pas les sympt\u00f4mes du paludisme (fi\u00e8vre jusqu\u2019\u00e0 40 degr\u00e9s et transpiration continue durant deux \u00e0 quatre heures), sans compter les 40% qui poss\u00e8dent le plasmode et les sympt\u00f4mes cliniques. \u201cTraiter les asymptomatiques peut changer le cours du paludisme\u201d, d\u00e9clare Mauro Shugiro Tada, m\u00e9decin-chef pauliste du Cepem. Ce dernier est install\u00e9 depuis 17 ans \u00e0 Rond\u00f4nia afin de mener des recherches sur les maladies tropicales dans un centre qui est l\u2019embryon de son local de travail actuel, \u00e0 Costa Marques, fronti\u00e8re bolivienne, o\u00f9 dit-il en plaisantant \u201cle paludisme attaquait m\u00eame les pieds de papaye\u201d.<\/p>\n<p>Quand on parle de paludisme au Br\u00e9sil, il faut surtout parler de l\u2019Amazonie qui concentre plus de 99% des cas du pays. Selon des informations partielles transmises par la Fondation Nationale de la Sant\u00e9 (Funasa), 340 mille cas de paludisme et 85 d\u00e9c\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s en 2001. Dans l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia, le nombre de cas s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 50 mille. Le nombre de malades enregistr\u00e9s en 2000 dans tout le pays s\u2019\u00e9levait \u00e0 610 mille, pour 240 d\u00e9c\u00e8s. Malgr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 de notre syst\u00e8me de sant\u00e9 (pire en Amazonie que dans d\u2019autres endroits du pays), la r\u00e9alit\u00e9 br\u00e9silienne est encore nettement meilleure que la r\u00e9alit\u00e9 africaine, ce qui chez nous amenuise un peu le poids des end\u00e9mies.<\/p>\n<p>\u201cNotre paludisme grave est diff\u00e9rent de la vari\u00e9t\u00e9 africaine\u201d, d\u00e9clare Luiz Hildebrando, qui a d\u00e9j\u00e0 contract\u00e9 la maladie au S\u00e9n\u00e9gal et est porteur du <em>Trypanosoma cruzi<\/em>, mais ne souffre pas de la maladie de Chagas. \u201cEn Afrique, la prise en charge m\u00e9dicale est bien pire que chez nous et les enfants sont les victimes pr\u00e9f\u00e9rentielles de <em>falciparum<\/em>, qui fr\u00e9quemment provoque des complications c\u00e9r\u00e9brales et entra\u00eene la mort. Au Br\u00e9sil, ce sont les adultes qui contractent le paludisme grave, principalement des agriculteurs, des orpailleurs ou des gens habitant au bord des rivi\u00e8res, mais les probl\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux sont rares.\u201d En Amazonie, il y a peu de m\u00e9decins dans les zones rurales mais en marchant quelques kilom\u00e8tres, un malade peut recevoir une aide m\u00e9dicale d\u2019urgence, d\u00e9clare le scientifique. En Afrique, marcher n\u2019am\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 rien\u201d.<\/p>\n<div id=\"attachment_236454\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/anofelis-5.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236454\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236454\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/anofelis-5-300x284.jpg\" alt=\"...capturent des moustiques (ici, l\u2019Anoph\u00e8les) \u00e0 un horaire, une temp\u00e9rature et un taux d\u2019humidit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9s \" width=\"300\" height=\"284\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> &#8230;capturent des moustiques (ici, l\u2019<em>Anoph\u00e8les<\/em>) \u00e0 un horaire, une temp\u00e9rature et un taux d\u2019humidit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9s<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>Malgr\u00e9 ses engagements \u00e0 S\u00e3o Paulo, Erney Plessmann se rend pratiquement tous les mois en Amazonie. \u201cNous travaillons \u00e0 Rond\u00f4nia comme des sentinelles afin de contr\u00f4ler les maladies anciennes, \u00e9mergentes et r\u00e9\u00e9mergentes\u201d, d\u00e9clare-t-il. \u201cOn ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut appara\u00eetre, comme le virus Ebola.\u201d Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il n\u2019y a pas de r\u00e9cits de cas confirm\u00e9s de victimes du myst\u00e9rieux virus qui provoque une fi\u00e8vre h\u00e9morragique capable de tuer le patient en quelques jours. Les chercheurs de l\u2019USP et du Cepem ne travaillent pas sp\u00e9cifiquement \u00e0 Rond\u00f4nia dans le but de rechercher des cas d\u2019Ebola. Mais comme les for\u00eats africaines et asiatiques sont l\u2019habitat naturel du virus, on peut naturellement penser que cette maladie puisse s\u2019\u00e9tendre aux for\u00eats tropicales br\u00e9siliennes. C\u2019est pour cela que comme les scouts nous devons toujours \u00eatre pr\u00eats \u00e0 intervenir.<\/p>\n<p><strong>S\u2019exposant aux moustiques<br \/>\n<\/strong>M\u00eame quand il ne peut pas voyager, Plessmann sait que le projet sur les tiques est en bonne main, gr\u00e2ce \u00e0 son fils Lu\u00eds Marcelo Aranha Camargo, \u00e2g\u00e9 de 40 ans et coordonnateur du Noyau Avanc\u00e9 de Recherche de l\u2019ICB. Monte Negro, qui poss\u00e8de deux types de paludisme, enregistre une incidence \u00e9lev\u00e9e de paludisme et de leishmaniose t\u00e9gumentaire am\u00e9ricaine. Camargo, qui passe la plupart de son temps \u00e0 Rond\u00f4nia, se rend \u00e0 S\u00e3o Paulo tous les 45 jours pour enseigner et orienter ses \u00e9l\u00e8ves. Dans cette ville de 12 mille habitants o\u00f9 le manque d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et de moyens de t\u00e9l\u00e9communication sont choses courantes, une de ses t\u00e2ches d\u00e9velopp\u00e9e consiste \u00e0 coordonner un travail syst\u00e9matique de capture des vecteurs de la maladie, comme les moustiques et les tiques. On utilise souvent un app\u00e2t humain pour attraper un moustique, en offrant \u00e0 l\u2019insecte la succulente jambe d\u00e9couverte d\u2019un employ\u00e9 ou d\u2019un stagiaire. Le risque de piq\u00fbre est permanent mais la m\u00e9thode fonctionne. L\u2019ICB a d\u00e9j\u00e0 captur\u00e9 plus de 80 mille moustiques et, avec d\u2019autres techniques, 10 mille tiques.<\/p>\n<p>C\u2019est en collectant ces vecteurs dans la for\u00eat que l\u2019\u00e9quipe de Camargo a captur\u00e9 des exemplaires de la nouvelle esp\u00e8ce de tiques, ressemblant fortement \u00e0 l\u2019<em>Amblyomma incisum<\/em>. Les chercheurs de l\u2019ICB ont recherch\u00e9 des indices prouvant que les tiques, encore peu \u00e9tudi\u00e9es, sont \u00e9galement responsables d\u2019une s\u00e9rie de maladies anciennes ou \u00e9mergentes transmises aux animaux et aux \u00eatres humains. Dans certains cas cette relation est encore obscure. Dans d\u2019autres cas, elle est d\u00e9j\u00e0 connue. C\u2019est le cas de la fi\u00e8vre maculeuse, caus\u00e9e par la bact\u00e9rie <em>Rickettsia rickettsii<\/em>, transmise \u00e0 l\u2019homme par la tique <em>Amblyomma cajennense <\/em>qui attaque normalement les chevaux et d\u2019autres animaux sylvestres. Ceux qui pensent que la maladie n\u2019est pr\u00e9sente qu\u2019en Amazonie se trompent. La fi\u00e8vre maculeuse est m\u00eame end\u00e9mique dans certaines r\u00e9gions proches de S\u00e3o Paulo, comme celle de Campinas o\u00f9 des d\u00e9c\u00e8s on d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s.<\/p>\n<div id=\"attachment_236456\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/apanhando-2.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236456\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-236456\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/apanhando-2-723x1024.jpg\" alt=\"\u00c0 Monte Negro, sur les rives du rio Jamari, la collecte se poursuit...\" width=\"300\" height=\"425\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span><\/a> \u00c0 Monte Negro, sur les rives du rio Jamari, la collecte se poursuit&#8230;<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>Outre les recherches men\u00e9es sur la nouvelle tique, l\u2019\u00e9quipe permanente de Camargo \u00e0 Monte Negro et Jeffrey Shaw, chercheur travaillant au si\u00e8ge pauliste de l\u2019ICB, a \u00e9galement identifi\u00e9, dans des patients atteints de leishmaniose t\u00e9gumentaire am\u00e9ricaine, un parasite vecteur de la maladie qui semblerait \u00eatre une vari\u00e9t\u00e9 encore non d\u00e9crite dans la litt\u00e9rature scientifique. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour on sait que six vari\u00e9t\u00e9s de protozoaires du genre <em>Leishmania<\/em>, transmis \u00e0 l\u2019homme par des moustiques du genre <em>Lutzomyia<\/em>, ont provoqu\u00e9 des infections de peau au Br\u00e9sil. Il s\u2019agit de <em>Leishmania braziliensis, L. amazonensis, L. guyanensis<\/em> (les trois principaux protozoaires) et <em>L. lainsoni, L. naiffi et L. shawi<\/em> . \u201cNous pensons d\u00e9couvrir bient\u00f4t une septi\u00e8me vari\u00e9t\u00e9 du parasite qui provoque \u00e9galement la leishmaniose t\u00e9gumentaire\u201d, d\u00e9clare Camargo. Dans ses \u00e9tudes sur la maladie, le chef du noyau amazonien de l\u2019ICB est \u00e9galement assist\u00e9 par le m\u00e9decin S\u00e9rgio Basano, son orienteur de ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019USP et membre de l\u2019\u00e9quipe de l\u2019institut de Rond\u00f4nia qui poss\u00e8de deux laboratoires et une petite zone rurale destin\u00e9e aux recherches de terrain.<\/p>\n<p>\u00c0 Monte Negro, les chercheurs ont \u00e9galement constat\u00e9 une incidence tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e d\u2019une maladie de la peau pratiquement inconnue et caus\u00e9e par des champignons rencontr\u00e9s dans des restes d\u2019animaux et des d\u00e9chets dans la for\u00eat; la chromoblastomycose, peu diagnostiqu\u00e9e car souvent confondue avec la leishmaniose t\u00e9gumentaire am\u00e9ricaine, qui provoque des blessures sur la peau. Dix cas de cette maladie on \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9s entre 1997 et 2001 dans cette ville. \u201cCeci repr\u00e9sente un taux d\u2019incidence annuel de 1,6 cas de la maladie pour 10 mille habitants, le plus \u00e9lev\u00e9 du monde, et sugg\u00e8re que la chromoblastomycose doit avoir une grande pr\u00e9valence dans les communes voisines\u201d, d\u00e9clare Camargo. L\u2019autre pays poss\u00e9dant le plus grand indice de chromoblastomycose est Madagascar, avec 1,2 cas pour 10 mille habitants.<\/p>\n<p>Pour \u00e9tudier les maladies tropicales, les scientifiques doivent n\u00e9cessairement \u00eatre au contact de ces maladies. \u00c0 Porto Velho, quand la plupart des malades sentent une fi\u00e8vre forte, qui peut \u00eatre un sympt\u00f4me du paludisme, ils recherchent spontan\u00e9ment les services du Cepem \u00e0 Porto Velho. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, 18 mille personnes ont r\u00e9alis\u00e9 des examens dans ces services pour savoir s\u2019ils avaient contract\u00e9 la maladie. Sept mille personnes avaient le paludisme. Le diagnostic n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 conclusif pour les onze mille personnes restantes. Les tests r\u00e9alis\u00e9s en laboratoire ne sont pas parvenus \u00e0 identifier la cause du probl\u00e8me, ceci indique qu\u2019il y a un terrain propice \u00e0 l\u2019\u00e9tude de nouvelles maladies \u00e0 Rond\u00f4nia.<\/p>\n<div id=\"attachment_236458\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/carrapato-novo-1.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236458\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236458\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/carrapato-novo-1-300x300.jpg\" alt=\"...tiques et probablement la nouvelle esp\u00e8ce d\u2019Amblyomma (ci-dessus) accroch\u00e9e au tissu\" width=\"300\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">EDUARDO CESAR<\/span><\/a> &#8230;tiques et probablement la nouvelle esp\u00e8ce d\u2019<em>Amblyomma<\/em> (ci-dessus) accroch\u00e9e au tissu<span class=\"media-credits\">EDUARDO CESAR<\/span><\/p><\/div>\n<p>Les habitants du village de Monte Negro se sont d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence permanente des chercheurs de l\u2019ICB\/USP et d\u2019autres universit\u00e9s, qui dispensent r\u00e9guli\u00e8rement des soins m\u00e9dicaux, assistant le pouvoir public local en s\u2019occupant de ses habitants. Mais les patients ne peuvent pas toujours aller \u00e0 la rencontre des m\u00e9decins. Les chercheurs du Cepem et de l\u2019ICB doivent donc aller r\u00e9guli\u00e8rement sur le terrain pour visiter des zones d\u2019acc\u00e8s plus difficile. Lors de leurs nombreux voyages et plut\u00f4t que de rencontrer une maladie rare, les chercheurs passent la majeure partie de leur temps \u00e0 soigner une population sans assistance m\u00e9dicale dans les r\u00e9gions les plus pauvres d\u2019Amazonie. \u00c0 titre d\u2019exemple, l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia ne poss\u00e8de pas d\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine et poss\u00e8de approximativement un m\u00e9decin pour 2.200 habitants.<\/p>\n<p>L\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) recommande au moins un m\u00e9decin pour mille personnes. S\u00e3o Paulo enregistre un m\u00e9decin pour 500 habitants. &#8220;La situation du paludisme et de la sant\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Rond\u00f4nia serait bien meilleure si on augmentait seulement le nombre de m\u00e9decins, de un pour 1000 ou de un pour 1.500 habitants&#8221;, d\u00e9clare Luiz Hildebrando. La prise en charge des communaut\u00e9s rurales est une source d\u2019information pour les \u00e9tudes scientifiques et \u00e9galement un devoir \u00e9thique pour les chercheurs.<\/p>\n<div id=\"attachment_236460\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/homem.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236460\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236460\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/homem-300x198.jpg\" alt=\"Jos\u00e9 M\u00e1ximo, p\u00eacheur de Vila Candel\u00e1ria: le traitement des porteurs asymptomatiques de Plasmodium peut changer le cours du paludisme \" width=\"300\" height=\"198\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">eduardo cesar<\/span><\/a> Jos\u00e9 M\u00e1ximo, p\u00eacheur de Vila Candel\u00e1ria: le traitement des porteurs asymptomatiques de <em>Plasmodium<\/em> peut changer le cours du paludisme<span class=\"media-credits\">eduardo cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>Voici \u00e0 quoi ressemble une journ\u00e9e sur le terrain.<\/p>\n<p>Vers 8h30, le m\u00e9decin pauliste Rui Durlacher, 34 ans, et l\u2019infirmi\u00e8re Jussara Brito, le m\u00eame \u00e2ge, montent dans la camionnette du Cepem qui se situe dans une ancienne aile du Centre de M\u00e9decine Tropicale de Rond\u00f4nia (Cemetron), un des h\u00f4pitaux de l\u2019\u00e9tat, dans la banlieue de Porto Velho. De nombreuses personnes f\u00e9briles sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la recherche d\u2019un service qui fonctionne 24 heures sur 24, tous les jours de l\u2019ann\u00e9e, afin de se faire piquer le doigt pour r\u00e9cup\u00e9rer une goutte de sang qui indiquera s\u2019il y a un nouveau cas de paludisme, de dengue ou de je ne sais quoi. Mais ce ne sont pas ces patients qui am\u00e8nent nos deux chercheurs \u00e0 s\u2019installer dans le v\u00e9hicule alors que le chauffeur d\u00e9marre. Chaque mardi et chaque jeudi, Durlacher et Jussara se rendent dans la commune de Candeias, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le district rural de Triunfo, qui compte 2.700 habitants et dont la plupart souffrent de paludisme et d\u2019autres probl\u00e8mes de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le voyage dure environ une heure et demie, avec de rapides arr\u00eats dans le modeste dispensaire de Candeias (13 mille habitants avec ceux de Triunfo) qui ne poss\u00e8de pas d\u2019h\u00f4pital et dans un bureau de la Funasa au bord de la route BR 364. Ils parcourent ainsi 100 kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 leur destination finale; 80 kilom\u00e8tres de route nationale en bon \u00e9tat et 30 kilom\u00e8tres de piste populairement appel\u00e9e \u00abligne\u00bb dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<div id=\"attachment_236463\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/prof-Ernei.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236463\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236463\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/prof-Ernei-300x199.jpg\" alt=\"Plessmann au bord du rio Madeira : \u201cOn ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut appara\u00eetre, comme un cas d\u2019Ebola\u201d\" width=\"300\" height=\"199\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> Plessmann au bord du rio Madeira : \u201cOn ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut appara\u00eetre, comme un cas d\u2019Ebola\u201d<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>Antonio Eus\u00e9bio da Silva, 42 ans, atteint par quatre paludismes, mineur et responsable du centre urbain de Triunfo, d\u00e9clare : &#8220;\u00c0 Triunfo, la sant\u00e9 s\u2019appelle Cepem et docteur Rui. S\u2019ils partent d\u2019ici nous aurons des probl\u00e8mes&#8221;. Durlacher explique que le district, qui abrite moins d\u2019un quart de la population de Candeias, concentrait il y a quelques ann\u00e9es la moiti\u00e9 des cas de paludisme de la commune. Actuellement, il y a des habitants sans la maladie depuis plus de deux ans.<\/p>\n<p>Durlacher et Jussara se rendent ensuite au dispensaire local. Ils discutent avec les employ\u00e9s, re\u00e7oivent des patients et repartent dans la camionnette en empruntant des pistes encore plus \u00e9troites et effondr\u00e9es qui d\u00e9bouchent dans les communaut\u00e9s les plus \u00e9loign\u00e9es. Dans un jour productif, ils visitent au moins six maisons afin de suivre l\u2019\u00e9volution des divers cadres cliniques. Ils traitent n\u2019importe quel probl\u00e8me de sant\u00e9 qui pourrait appara\u00eetre, comme l\u2019hypertension chez les personnes \u00e2g\u00e9es, la malnutrition et la diarrh\u00e9e chez les enfants, l\u2019\u00e9volution d\u2019une grossesse ou un b\u00e9b\u00e9 br\u00fbl\u00e9 par les rayons du soleil. Et bien entendu les cas de paludisme, principal objet d\u2019\u00e9tude du Cepem ainsi que d\u2019autres maladies infectieuses. &#8220;Nous ne choisissons pas les patients&#8221;, d\u00e9clare Jussara, dans le meilleur style clinique.<\/p>\n<div id=\"attachment_236461\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/medico.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236461\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-236461\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/medico-274x300.jpg\" alt=\"Le m\u00e9decin pauliste Rui Durlacher examine Perp\u00e9tua Severiano, 62 ans, qui souffre d\u2019hypertension: soigner est un devoir \u00e9thique des chercheurs\" width=\"300\" height=\"328\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">eduardo cesar<\/span><\/a> Le m\u00e9decin pauliste Rui Durlacher examine Perp\u00e9tua Severiano, 62 ans, qui souffre d\u2019hypertension: soigner est un devoir \u00e9thique des chercheurs<span class=\"media-credits\">eduardo cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, il est temps de repartir \u00e0 la base, et il n\u2019est pas rare que les chercheurs assistent \u00e0 une sc\u00e8ne identique \u00e0 celle que montre la photographie ouvrant ce reportage\u00a0: des enfants et des adultes se rafra\u00eechissant innocemment dans un ruisseau ou une lagune. C\u2019est justement \u00e0 cette heure-ci, en fin de journ\u00e9e au bord des rivi\u00e8res, que le moustique transmetteur du paludisme <em>Anoph\u00e8les darlingi<\/em>, aime piquer ses victimes. Il est probable que des \u00e9toffes rouges seront d\u2019ici peu mises devant les maisons des baigneurs insouciants, c\u2019est un signal utilis\u00e9 par les habitants pour indiquer une fi\u00e8vre \u00e9lev\u00e9e, et un possible cas de paludisme. Cette signalisation est destin\u00e9e aux motocyclistes de la mairie qui passent quotidiennement pour leur signaler qu\u2019il faut r\u00e9aliser le plus rapidement possible un test de d\u00e9pistage.<\/p>\n<p>***<br \/>\n<strong>Le scientifique qui a \u00e9chang\u00e9 la Seine pour le Madeira<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s une brillante carri\u00e8re de 32 ans sur le sol fran\u00e7ais et apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 son poste de chef de l\u2019unit\u00e9 de Parasitologie Exp\u00e9rimentale de l\u2019Institut Pasteur \u00e0 Paris, le professeur Luiz Hildebrando Pereira da Silva est retourn\u00e9 dans son pays natal afin d\u2019\u00e9tudier prioritairement les aspects mol\u00e9culaires, cliniques et \u00e9pid\u00e9miologiques du paludisme grave caus\u00e9 par <em>P. falciparum<\/em>.<\/p>\n<p>En 1997, retrait\u00e9 de l\u2019institut Pasteur et \u00e2g\u00e9 de 70 ans, il a pos\u00e9 sa candidature pour un poste de professeur titulaire \u00e0 l\u2019ICB\/USP. Il a \u00e9t\u00e9 admis et au lieu de travailler dans une des universit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat de S\u00e3o Paulo, il a choisi Porto Velho. En effet, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia (1,2 millions d\u2019habitants et moins de 1% de la population br\u00e9silienne) avait un c\u00f4t\u00e9 attractif pour les chercheurs car il concentrait la moiti\u00e9 des cas du pays, entre 250 et 300 mille cas par an. Un quart des cas des trois Am\u00e9riques.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cinq ans apr\u00e8s avoir \u00e9chang\u00e9 les rives de la Seine pour celles du rio Madeira, d\u00e9j\u00e0 retrait\u00e9 de l\u2019USP mais toujours actif au Cepem, Luiz Hildebrando, dont les \u00e9tudes sur le paludisme sont en partie financ\u00e9es par la FAPESP, n\u2019est pas totalement parvenu \u00e0 atteindre son objectif. En effet, les cas de paludisme provoqu\u00e9s par P. falciparum \u00e0 Rond\u00f4nia, environ 20% du total des cas de l\u2019\u00e9tat, sont devenus tr\u00e8s rares dans la zone d\u2019action du Cepem et les complications dues au paludisme grave ont pratiquement disparues.<\/p>\n<div id=\"attachment_236459\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/cientista.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236459\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236459\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/cientista-300x199.jpg\" alt=\"Luiz Hildebrando: une rigueur scientifique admirable, une vision sociale et un humour raffin\u00e9\" width=\"300\" height=\"199\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Eduardo Cesar<\/span><\/a> Luiz Hildebrando: une rigueur scientifique admirable, une vision sociale et un humour raffin\u00e9<span class=\"media-credits\">Eduardo Cesar<\/span><\/p><\/div>\n<p>Dans les 1.500 cas enregistr\u00e9s de la maladie provoqu\u00e9s par <em>P. falciparum<\/em> et \u00e9tudi\u00e9s durant deux ans par les chercheurs du Cepem, seuls deux patients ont pr\u00e9sent\u00e9 de graves complications. Morale de l\u2019histoire : la simple pr\u00e9sence des membres de l\u2019\u00e9quipe du Cepem qui \u00e9tudient les particularit\u00e9s du paludisme national et qui sont bien entra\u00een\u00e9s pour diagnostiquer et traiter la maladie en intervenant rapidement dans les cas les plus graves et parfois mortels, a \u00e9limin\u00e9 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude du parasitologue.<\/p>\n<p>Communiste convaincu et scientifique engag\u00e9, Luiz Hildebrando n\u00e9 \u00e0 Santos aussi fran\u00e7ais que br\u00e9silien, est loin d\u2019\u00eatre un scientifique comme les autres. Tout d\u2019abord par son \u00e2ge, 73 ans. \u00c0 cet \u00e2ge les personnes pensent davantage \u00e0 leur retraite qu\u2019au travail, mais le professeur Hildebrando, qui semble avoir 10 ans de moins que son \u00e2ge, exp\u00e9die toujours les affaires courantes du Cepem pendant le week-end.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, il est d\u00e9j\u00e0 officiellement \u00e0 la retraite. Trois fois d\u2019ailleurs. Une en France \u00e0 l\u2019institut Pasteur depuis 1997, apr\u00e8s 30 ans de services. Et deux au Br\u00e9sil, les deux \u00e0 l\u2019USP : la premi\u00e8re en 1980, par un acte administratif qui fut une sorte de r\u00e9paration pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 \u00e0 deux reprises de l\u2019universit\u00e9 pendant la dictature militaire, et la deuxi\u00e8me en 1998, un an apr\u00e8s son retour \u00e0 l\u2019USP, o\u00f9 il fut admis par concours au poste de professeur titulaire, jusqu\u2019\u00e0 sa retraite \u00e0 70 ans, \u00e2ge limite pour un fonctionnaire public.<\/p>\n<p>Avant que certains ne pensent que le grand parasitologue est un rockfeller du service public, il convient de souligner que sa derni\u00e8re retraite de fonctionnaire lui rapporte environ 30 r\u00e9aux par mois. \u201cMais c\u2019est suffisant pour avoir une bonne vie et aller une fois par an, en France\u201d, d\u00e9clare Luiz Hildebrando qui, pour son travail au Cepem, b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une bourse de chercheur visiteur du Conseil National de D\u00e9veloppement Scientifique et Technologique (CNPq). Pourquoi aller en France si il a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 autant de temps aupr\u00e8s de la tour Eiffel\u00a0? C\u2019est parce que sa femme et la plupart de ses enfants (et petits enfants) habitent l\u00e0-bas et il ne les voit que trois mois par an, les neufs mois restants il \u00e9tudie le paludisme et d\u2019autres maladies tropicales \u00e0 Porto Velho. \u201cDans l\u2019avenir, je passerai davantage de temps en France et un peu moins au Br\u00e9sil\u201d, d\u00e9clare le chercheur qui a r\u00e9cemment publi\u00e9 son deuxi\u00e8me livre de m\u00e9moires appel\u00e9 Chroniques de Notre \u00c9poque, (Maison d\u2019\u00e9dition Paz e Terra).<\/p>\n<p>S\u2019il fait cela, ses coll\u00e8gues du Cepem vont sentir son absence. Tous l\u2019admirent. Le professeur Hildebrando appartient \u00e0 ce type de chercheur d\u2019une comp\u00e9tence in\u00e9galable et d\u2019un charisme propre \u00e0 former et \u00e0 diriger des \u00e9quipes. Il est difficilement rempla\u00e7able, m\u00eame si parfois sa rigueur scientifique semble trop europ\u00e9enne pour les br\u00e9siliens et les latins en g\u00e9n\u00e9ral, qui aiment utiliser des ruses et des artifices. \u201cSi ce n\u2019est pas pour faire \u00e0 sa mani\u00e8re, en suivant une m\u00e9thode scientifique rigoureuse, il vaut mieux ne pas le faire\u201d, d\u00e9clare Juan Abel Rodrigues, m\u00e9decin bolivien de 26 ans. Ce dernier, originaire de Cochabamba, a obtenu une ma\u00eetrise au Cepem gr\u00e2ce \u00e0 une bourse du Capes. \u201cIl y a une chose que j\u2019aime beaucoup chez le professeur, c\u2019est son sens de l\u2019humour. \u00c0 la fin du mois de janvier, le lendemain de la victoire par 6 \u00e0 0 de l\u2019\u00e9quipe br\u00e9silienne de football sur la Bolivie, lors d\u2019un match disput\u00e9 \u00e0 Goi\u00e2nia, il a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Juan que la Bolivie \u00e9tait championne du monde de football, mais d\u2019un football jou\u00e9 \u00e0 3 mille m\u00e8tres d\u2019altitude, bien entendu. Une r\u00e9f\u00e9rence au fait que l\u2019\u00e9quipe de Juan ne jouait bien que quand les matchs se d\u00e9roulaient dans des villes boliviennes situ\u00e9es \u00e0 une altitude \u00e9lev\u00e9e provoquant des malaises chez ses adversaires.<\/p>\n<p>***<br \/>\n<strong>Le g\u00e9nome responsable du paludisme grave a \u00e9t\u00e9 d\u00e9chiffr\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Il a fallu six ans de travail et 20 millions de dollars US pour d\u00e9chiffrer le g\u00e9nome d\u2019une des quatre vari\u00e9t\u00e9s de plasmode qui provoquent le paludisme. En f\u00e9vrier, des chercheurs anglais du Sanger Centre et des chercheurs nord-am\u00e9ricains de l\u2019institut de Recherche G\u00e9nomique (Tigr) ont conclu le s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome du <em>Plasmodium falciparum<\/em>, responsable de la plupart des cas les plus graves de paludisme dans le monde, 90% de ces cas en Afrique (1 \u00e0 2 millions de d\u00e9c\u00e8s par an, principalement des enfants). Pour un protozoaire d\u2019\u00e0 peine une cellule, <em>P. facilparum<\/em> poss\u00e8de un code g\u00e9n\u00e9tique complexe et ressemble davantage au g\u00e9nome d\u2019un animal qu\u2019\u00e0 celui d\u2019une bact\u00e9rie.<\/p>\n<p>Les 25 millions de paires de bases de son DNA contiennent 5.600 g\u00e8nes, un sixi\u00e8me de la quantit\u00e9 rencontr\u00e9e chez l\u2019homme. L\u2019\u00e9tude des fonctions de ces g\u00e8nes et des prot\u00e9ines qu\u2019ils produisent peut \u00eatre vitale pour la d\u00e9couverte de nouvelles drogues qui combattront cette maladie. Au Br\u00e9sil, trois agents sont responsables de la maladie : <em>P. vivax<\/em> (80% des cas), <em>P. malariae<\/em> (moins de 1% des cas) et le propre <em>P. falciparum<\/em> (environ 20% des cas).<\/p>\n<p>En Afrique, <em>P. falciparum<\/em> est principalement transmis \u00e0 l\u2019homme par le moustique <em>Anoph\u00e8les gambiae <\/em>qui est d\u00e9j\u00e0 \u00e9radiqu\u00e9 au Br\u00e9sil et dont le g\u00e9nome est en train d\u2019\u00eatre s\u00e9quenc\u00e9 par un groupe international de laboratoires, y compris par le r\u00e9seau Onsa (Organisation pour le S\u00e9quen\u00e7age et l\u2019Analyse de Nucl\u00e9otides), cr\u00e9e par la FAPESP.<\/p>\n<p><strong>Les projets<\/strong><br \/>\n<strong>1.<\/strong> \u00c9tude des Vari\u00e9t\u00e9s de Tiques de Rond\u00f4nia et D\u00e9termination de la Pr\u00e9valence de Rickettsia, Erlichia et Borrelia dans ces arthropodes; <strong>Modalit\u00e9\u00a0<\/strong>Projet Th\u00e9matique;\u00a0<strong>Coordinateur;\u00a0<\/strong>Erney Fel\u00edcio Plessmann Camargo &#8211; ICB\/USP; <strong>Investissement\u00a0<\/strong>410.079,07 r\u00e9aux<br \/>\n<strong>2.<\/strong> Variantes d\u2019Antig\u00e8nes de Plasmodium Falciparum: Participation au Ph\u00e9nom\u00e8ne de Cytoadh\u00e9rence et R\u00e9percussions dans la pathog\u00e9nie du paludisme grave;<b>\u00a0<\/b><strong>Modalit\u00e9\u00a0<\/strong>Ligne r\u00e9guli\u00e8re d\u2019aide \u00e0 la recherche; <strong>Coordonnateur\u00a0<\/strong>Luiz Hildebrando Pereira da Silva &#8211; ICB\/USP; <strong>Investissement\u00a0<\/strong>392.269,81 r\u00e9aux<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Des scientifiques paulistes transforment l\u2019\u00c9tat de Rond\u00f4nia en centre de recherche avanc\u00e9 d\u2019un grand impact social","protected":false},"author":13,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[101],"class_list":["post-236452","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=236452"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236452\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=236452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=236452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=236452"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=236452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}