{"id":236711,"date":"2013-09-03T14:05:13","date_gmt":"2013-09-03T17:05:13","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/?p=236711"},"modified":"2017-04-24T14:41:48","modified_gmt":"2017-04-24T17:41:48","slug":"qui-seme-recolte-de-largent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/qui-seme-recolte-de-largent\/","title":{"rendered":"Qui s\u00e8me r\u00e9colte de l\u2019argent"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_236714\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas102-p-86-87.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236714\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236714\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas102-p-86-87-300x169.jpg\" alt=\"Le monde des d\u00e9couvertes : l\u2019intense trafic de navires a permis l\u2019entr\u00e9e de plantes et d\u2019\u00e9pices dans le pays\" width=\"300\" height=\"169\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">D\u00c9PARTEMENT DES CARTES ET PLANS DE LA BIBLIOTH\u00c9QUE NATIONALE, PARIS, FRANCE<\/span><\/a> Le monde des d\u00e9couvertes : l\u2019intense trafic de navires a permis l\u2019entr\u00e9e de plantes et d\u2019\u00e9pices dans le pays<span class=\"media-credits\">D\u00c9PARTEMENT DES CARTES ET PLANS DE LA BIBLIOTH\u00c9QUE NATIONALE, PARIS, FRANCE<\/span><\/p><\/div>\n<p>L\u2019historien fran\u00e7ais Fernand Braudel (1902-1985) racontait l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 travers les \u00e9changes, l\u2019\u00e9conomie entre les peuples. \u00ab\u00a0Il y a toujours eu des \u00e9conomies-monde, ou du moins depuis tr\u00e8s longtemps. De m\u00eame qu\u2019il y a toujours eu, du moins depuis tr\u00e8s longtemps, des soci\u00e9t\u00e9s, des civilisations, des \u00c9tats et m\u00eame des Empires\u00a0\u00bb, \u00e9crivit Braudel dans <em>Le temps du monde<\/em>. Mais si cette \u00e9conomie a toujours r\u00e9gul\u00e9 les destin\u00e9es du monde, elle s\u2019est accrue il y a 500 ans. Apr\u00e8s le voyage de Christophe Colomb en Am\u00e9rique, les choses ne furent plus jamais les m\u00eames. Hommes, maladies, animaux et plantes d\u00e9pass\u00e8rent la barri\u00e8re physique de l\u2019\u00e9volution et pass\u00e8rent d\u2019un continent \u00e0 l\u2019autre dans des navires command\u00e9s par des explorateurs intr\u00e9pides.<\/p>\n<p>Braudel disait \u00e9galement qu\u2019apr\u00e8s la d\u00e9couverte de l\u2019Am\u00e9rique les Europ\u00e9ens pass\u00e8rent un certain temps sans savoir que faire de cette immensit\u00e9 de terres. Ce n\u2019est qu\u2019aux XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles que la colonisation prit r\u00e9ellement forme. Les \u00e9changes s\u2019intensifi\u00e8rent, les villes commenc\u00e8rent \u00e0 se former. S\u2019effor\u00e7ant de transformer ces terres inhospitali\u00e8res en un paradis lucratif \u00e0 l\u2019\u00e9gal des Indes, le Portugal commen\u00e7a \u00e0 faire venir dans ses bateaux \u2013 de mani\u00e8re constante \u2013 des arbres, des semences, des boutures et des savants connaissant les secrets des plantes. L\u2019historienne M\u00e1rcia Mois\u00e9s Ribeiro, rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Br\u00e9siliennes de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (IEB\/USP), \u00e9tudie ce temps de changement, lorsqu\u2019eurent lieu dans l\u2019Am\u00e9rique portugaise les essais de plantation d\u2019\u00e9pices de l\u2019Orient\u00a0: clou de girofle, gingembre, canelle et poivre.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s M\u00e1rcia M. Ribeiro, \u00ab\u00a0la fr\u00e9quence de contacts entre les colonies portugaises du monde, et plus sp\u00e9cifiquement entre le Br\u00e9sil et l\u2019Orient, devint plus intense \u00e0 partir de la fin du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Comme le voyage entre l\u2019Orient et le Portugal \u00e9tait long, l\u2019escale de quelques jours au Br\u00e9sil \u00e9tait in\u00e9vitable. Les autorit\u00e9s de Lisbonne tentaient quand m\u00eame d\u2019interdire cet arr\u00eat pour \u00e9viter la contrebande, mais elle finissait toujours par se produire d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre\u00a0\u00bb. En 1672, un arr\u00eat\u00e9 du roi autorisa l\u2019escale \u00e0 Salvador, dans l\u2019\u00c9tat de Bahia. Cons\u00e9quence de cela, les arr\u00eats des navires venant d\u2019Orient augment\u00e8rent au Br\u00e9sil. Ils y d\u00e9barquaient un chargement, presque toujours ill\u00e9galement, et recevaient en retour des marchandises pour l\u2019Europe. \u00ab\u00a0C\u2019est ce trafic intense de navires qui rendit possible l\u2019entr\u00e9e de plantes, d\u2019\u00e9pices et d\u2019esp\u00e8ces utiles pour les boutiques d\u2019apothicaires br\u00e9siliennes\u00a0\u00bb, raconte la chercheuse.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes entre les continents commenc\u00e8rent quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Portugais au Br\u00e9sil. \u00ab\u00a0Le cocotier est arriv\u00e9 ici vers 1553 \u00e0 bord d\u2019embarcations venant du Cap Vert, mais provenant de l\u2019Est Asiatique. Aujourd\u2019hui, l\u2019arbre est devenu l\u2019un des symboles du pays\u00a0\u00bb, explique l\u2019historienne. Dans le sillage du palmier arriv\u00e8rent ensuite au Br\u00e9sil la mangue, le jaque, la cannelle, le sucre, le coton. Mais au-del\u00e0 des anecdotes relatant quelles plantes arriv\u00e8rent au Br\u00e9sil, la recherche de M. M. Ribeiro s\u2019attache \u00e0 analyser le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat portugais comme m\u00e9diateur des activit\u00e9s scientifiques portant sur les ressources naturelles des vastes r\u00e9gions de l\u2019empire ultramarin.<\/p>\n<div id=\"attachment_236713\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas102-p-88.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236713\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-236713\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas102-p-88-300x300.jpg\" alt=\"Noix de coco (par Eckout) : ce symbole national n\u2019est arriv\u00e9 au Br\u00e9sil qu\u2019en 1553, \u00e0 bord d\u2019embarcations en provenance de l\u2019Est Asiatique\" width=\"300\" height=\"300\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">MUS\u00c9E NATIONAL DU DANEMARK, COPENHAGE<\/span><\/a> <em>Noix de coco<\/em> (par Eckout) : ce symbole national n\u2019est arriv\u00e9 au Br\u00e9sil qu\u2019en 1553, \u00e0 bord d\u2019embarcations en provenance de l\u2019Est Asiatique<span class=\"media-credits\">MUS\u00c9E NATIONAL DU DANEMARK, COPENHAGE<\/span><\/p><\/div>\n<p><strong>\u00c9tude de la nature<\/strong><br \/>\nSelon l\u2019historienne, \u00ab\u00a0au cours du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019\u00e9tude de la nature se justifia dans la mesure o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s en b\u00e9n\u00e9ficiaient. Le gouvernement m\u00e9tropolitain cherchait \u00e0 conna\u00eetre toutes les esp\u00e8ces botaniques, pas seulement celles de l\u2019Am\u00e9rique portugaise mais aussi d\u2019autres domaines afin de les classifier dans le syst\u00e8me de Lin\u00e9e et, surtout, de d\u00e9couvrir leurs usages m\u00e9dicinaux, technologiques et alimentaires\u00a0\u00bb. Peu \u00e0 peu, le gouvernement portugais incita de mani\u00e8re explicite l\u2019\u00e9change de plantes entre les continents, pour essayer de diversifier les cultures et de sauver la balance commerciale, d\u00e9j\u00e0 source de pr\u00e9occupation pour les dirigeants portugais.<\/p>\n<p>M. Ribeiro reprend une \u00e9tude pionni\u00e8re de l\u2019historienne Maria Odila da Silva Dias, parue en 1969 et rest\u00e9e inaper\u00e7ue dans la revue de l\u2019Institut Historique et G\u00e9ographique Br\u00e9silien. Intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Aspects de l\u2019illustration au Br\u00e9sil\u00a0\u00bb, le travail relate qu\u2019en 1796 Dom Rodrigo de Sousa Coutinho, absolutiste \u00e9rudit et ministre de Maria I, commen\u00e7a une politique de r\u00e9novation de l\u2019agriculture et d\u2019introduction de nouvelles techniques rurales. Il demandait aux gouverneurs des capitaineries des rapports sur les proc\u00e9d\u00e9s employ\u00e9s dans la pr\u00e9paration et la culture des esp\u00e8ces exportables\u00a0; il ordonnait que soient faits les relev\u00e9s de plantes natives destin\u00e9s au royaume, ainsi que les exploitations min\u00e9ralogiques\u00a0; il promettait des r\u00e9compenses aux cultivateurs les plus ing\u00e9nieux\u00a0; il essayait de promouvoir l\u2019introduction du labourage et la culture de nouvelles esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Mais pas seulement. Dans cette politique officielle d\u2019incitation aux \u00e9changes de plantes et de connaissances, le gouverneur de la capitainerie de S\u00e3o Paulo recevait \u2013 \u00e9crit M. O. Da Silva Dias \u2013 des \u00ab\u00a0brochures et des m\u00e9moires sur les arbres \u00e0 sucre en g\u00e9n\u00e9ral, sur les types de sucre fabriqu\u00e9s \u00e0 Rio de Janeiro, sur la culture de la pomme de terre, de l\u2019anil, du caf\u00e9, de la cannelle de Goa, du clou de girofle, du cactus <em>urumbeba<\/em>\u00a0; sur le cotonnier, la culture du lin et du chanvre\u00a0; sur les vari\u00e9t\u00e9s de quinquina, au sujet d\u2019alcalis fixes ; sur les m\u00e9thodes agricoles utilis\u00e9es en Am\u00e9rique du Nord et des livres de nature plus technique sur les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019estampage, la construction de b\u00e2timents ruraux et la pr\u00e9paration du roquefort\u00a0; l\u2019art de faire de la colle\u00a0; la pr\u00e9paration du tabac\u00a0; des trait\u00e9s de min\u00e9ralogie et sur l\u2019extraction et la pr\u00e9paration du salp\u00eatre\u00a0; des \u00e9tudes de botanique, des trait\u00e9s de m\u00e9decine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_236712\" style=\"max-width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3.jpg\" rel=\"attachment wp-att-236712\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-236712\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3.jpg\" alt=\"\u00c9pices (par Eckout) : investissant dans l\u2019Am\u00e9rique pour compenser la perte des \u00e9pices d\u2019Orient\" width=\"300\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3.jpg 952w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3-700x725.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3-120x124.jpg 120w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ervas-3-250x259.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">MUS\u00c9E NATIONAL DU DANEMARK, COPENHAGE<\/span><\/a> <em>\u00c9pices<\/em> (par Eckout) : investissant dans l\u2019Am\u00e9rique pour compenser la perte des \u00e9pices d\u2019Orient<span class=\"media-credits\">MUS\u00c9E NATIONAL DU DANEMARK, COPENHAGE<\/span><\/p><\/div>\n<p><strong>Experts<\/strong><strong> orientaux<\/strong><br \/>\nSelon la chercheuse, \u00ab\u00a0m\u00eame si une partie des historiens br\u00e9siliens et portugais se penchent beaucoup plus sur le th\u00e8me de la nature depuis quelques d\u00e9cennies, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 absent de l\u2019historiographie plus traditionnelle\u00a0\u00bb. Toutefois, la plupart des \u00e9tudes appara\u00eet de mani\u00e8re plus intense dans les ann\u00e9es 70 et 80 du XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, \u00e9poque de la fondation de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences de Lisbonne. La p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente manque d\u2019analyses plus approfondies. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette p\u00e9riode que porte l\u2019\u00e9tude de M. M Ribeiro.<\/p>\n<p>L\u2019envoi de plantes au Br\u00e9sil n\u2019aurait servi \u00e0 rien s\u2019il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 de la technologie de culture. \u00ab\u00a0Conscient du manque de personnel qualifi\u00e9 en la mati\u00e8re en Am\u00e9rique portugaise, le gouvernement m\u00e9tropolitain envoya au Br\u00e9sil plusieurs experts orientaux\u00a0\u00bb, souligne la chercheuse. Lors d\u2019un de ces voyages \u2013 dans le m\u00eame vaisseau emmenant Dom Pedro de Almeida du Portugal, qui venait de quitter le poste de vice-roi des Indes \u2013, un groupe de personnes originaires de Goa embarqua. Sur ordre royal, elles avaient pour mission de diffuser, parmi les habitants du Br\u00e9sil, des techniques de culture de plantes orientales.<\/p>\n<p>\u00c0 un autre moment \u2013 plus pr\u00e9cis\u00e9ment en 1692 \u2013, une correspondance anonyme adress\u00e9e au vice-roi des Indes commente la multiplication des canneliers dans l\u2019\u00c9tat de Bahia, et affirme qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas aussi bons que ceux provenant des Indes, en raison du manque d\u2019individus sp\u00e9cialis\u00e9s dans la culture de cette plante. Un autre exemple de l\u2019importation de techniques agricoles des Indes appara\u00eet dans la correspondance \u00e9chang\u00e9e en 1694 entre le gouvernement portugais et le gouverneur du Maranh\u00e3o, Francisco de S\u00e1 Menezes. Optimiste vis-\u00e0-vis des plantations de girofliers du Maranh\u00e3o, le roi du Portugal ordonne au gouverneur la plantation de plus de cent pieds de giroflier et lui dit de suivre \u00e0 la lettre les conseils des experts indiens.<\/p>\n<p>M Ribeiro a m\u00eame d\u00e9couvert combien gagnaient les <em>canarins<\/em> (terme utilis\u00e9 au Portugal pour d\u00e9signer les habitants de Goa venant au Br\u00e9sil). \u00ab\u00a0Ils recevaient un salaire de huit sous par jour pour r\u00e9aliser un grand nombre de t\u00e2ches, dont l\u2019enseignement de la bonne mani\u00e8re de semer le lin de diverses qualit\u00e9s, la transmission des techniques d\u2019am\u00e9lioration et la prise en charge de la culture des m\u00fbriers, qui ne donnaient pas de fruits\u00a0\u00bb. Les m\u00fbriers \u00e9taient importants pour permettre au ver \u00e0 soie de commencer \u00e0 produire. Inquiet de la faible production des m\u00fbriers, le gouverneur de l\u2019\u00c9tat de Bahia, Diogo de Mendon\u00e7a Corte Real, fit part du probl\u00e8me au vice-roi du Br\u00e9sil, le comte d\u2019Atouguia. Il attribuait aussi cette situation au manque d\u2019individus sp\u00e9cialis\u00e9s au Br\u00e9sil, estimant que cela ne pourrait se r\u00e9soudre qu\u2019avec l\u2019aide de personnes dot\u00e9es d\u2019une \u00ab\u00a0intelligence dans la culture de ces arbres\u00a0\u00bb. Bien que le gouvernement de Jean V (1706-1750) ait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les importations d\u2019esp\u00e8ces asiatiques vers l\u2019Am\u00e9rique portugaise, c\u2019est Joseph 1<sup>er<\/sup> (1750-1777) qui a le plus encourag\u00e9 ce type de pratique.<\/p>\n<p><strong>Adaptation<\/strong><br \/>\nPour que les plantes puissent \u00eatre adapt\u00e9es au Br\u00e9sil, le gouvernement portugais compta sur un alli\u00e9 puissant\u00a0: l\u2019\u00c9glise Catholique. Il existait sur tout le territoire br\u00e9silien des fermes exp\u00e9rimentales, dans lesquelles les j\u00e9suites adaptaient les plantes. L\u2019une d\u2019elles est devenue plus connue que les autres, tant par la quantit\u00e9 de lettres qu\u2019elle recevait de fermiers pr\u00e9occup\u00e9s par les pestes et les fourmis que par la quantit\u00e9 de j\u00e9suites savants qui y vivaient. Elle s\u2019appelait <em>Quinta<\/em><em> do Tanque<\/em> et se trouvait dans la province de l\u2019\u00c9tat de Bahia. D\u2019apr\u00e8s la chercheuse, \u00ab\u00a0les j\u00e9suites furent des agents importants dans le processus de transmission du savoir m\u00e9dical et botanique aux divers points de l\u2019Empire portugais. \u00c0 travers les lettres, sorte de rapport sur les activit\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es par les ignatiens, et les pharmacop\u00e9es, recueil de formules de m\u00e9dicaments, la Compagnie de J\u00e9sus fonctionna comme un maillon entre les diff\u00e9rents peuples de l\u2019Empire colonial portugais en ce qui concerne la culture et la pratique scientifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En investissant dans l\u2019Am\u00e9rique, le Portugal tentait de compenser \u00e9conomiquement la perte des \u00e9pices en Orient. Mais le pays en vint \u00e0 atteindre une cible qu\u2019il n\u2019avait pas vis\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 cette incitation commerciale, la culture de m\u00e9dicaments des Indes au Br\u00e9sil permit de promouvoir la circulation d\u2019une culture scientifique dans ses diff\u00e9rents domaines d\u2019outre-mer, l\u2019aventure des plantes de par le monde au dire de la chercheuse. \u00ab\u00a0L\u2019esprit expansionniste se basait sur des principes contradictoires. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il \u00e9tait avide de nouveaut\u00e9s, anxieux de d\u00e9voiler la diversit\u00e9 du monde, de l\u2019autre il \u00e9tait domin\u00e9 par la tradition qui l\u2019amenait \u00e0 encadrer l\u2019inconnu dans des mod\u00e8les d\u00e9j\u00e0 familiers\u00a0\u00bb. D\u00e9voiler ces savoirs nous aide \u00e0 comprendre la mentalit\u00e9 scientifique de l\u2019\u00e9poque et le r\u00f4le fondamental jou\u00e9 par les Portugais \u2013 en tant que transporteurs primaires et secondaires \u2013 dans la diffusion mondiale des plantes.<\/p>\n<p><strong>Le projet<\/strong><br \/>\nVoyages en Outre-mer, la Circulation de la Connaissance Scientifique dans l\u2019Empire Colonial Portugais 1650-1800; <strong>Modalit\u00e9<\/strong> Programme Jeune Chercheur \/ Fondation de Soutien \u00e0 la Recherche de l\u2019\u00c9tat de S\u00e3o Paulo (FAPESP); <strong>Chercheur<\/strong> M\u00e1rcia Mois\u00e9s Ribeiro \u2013 Institut d\u2019\u00c9tudes Br\u00e9siliennes \/ Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Apr\u00e8s avoir perdu les sources de l\u2019Orient, les Portugais reprirent, au Br\u00e9sil, le commerce lucratif des \u00e9pices","protected":false},"author":191,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[506],"class_list":["post-236711","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236711","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/191"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=236711"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236711\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=236711"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=236711"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=236711"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=236711"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}