{"id":280857,"date":"2019-04-09T18:04:38","date_gmt":"2019-04-09T21:04:38","guid":{"rendered":"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=280857"},"modified":"2019-04-15T17:56:07","modified_gmt":"2019-04-15T20:56:07","slug":"les-impacts-de-linvestissement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/les-impacts-de-linvestissement\/","title":{"rendered":"Les impacts de l\u2019investissement"},"content":{"rendered":"<p>En temps de crise \u00e9conomique, il est fr\u00e9quent que la soci\u00e9t\u00e9 questionne les d\u00e9penses publiques et demande \u00e0 ce que soient privil\u00e9gi\u00e9es des activit\u00e9s dont les effets seront visibles et imm\u00e9diats. Les domaines o\u00f9 les r\u00e9sultats sont plus diffus ou moins palpables sont souvent vus comme non prioritaires au moment de l\u2019attribution de moyens financiers. Quand ce syst\u00e8me affecte le syst\u00e8me de la recherche, pour lequel le financement d\u00e9pend en grande partie (variable d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre) de l\u2019\u00c9tat, il se traduit fr\u00e9quemment par une opposition entre recherche fondamentale et recherche appliqu\u00e9e, comme s\u2019il s\u2019agissait de concepts ind\u00e9pendants et pas profond\u00e9ment interreli\u00e9s entre eux. L\u2019investissement dans des recherches qui aboutissent rapidement \u00e0 des nouveaux produits et \u00e0 des technologies tend \u00e0 \u00eatre vu comme une priorit\u00e9 pour aider la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 sortir de la crise. \u00c0 l\u2019inverse, les moyens allou\u00e9s \u00e0 la recherche fondamentale sont parfois consid\u00e9r\u00e9s comme une extravagance. C\u2019est ce qu\u2019a affirm\u00e9 le r\u00e9publicain Ronald Reagan en 1967 alors qu\u2019il \u00e9tait gouverneur de Californie\u00a0: pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes budg\u00e9taires, il a propos\u00e9 que les contribuables cessent de financer la \u00ab\u00a0curiosit\u00e9 intellectuelle\u00a0\u00bb dans des programmes et des cours des universit\u00e9s d\u2019\u00e9tat\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a certains luxes intellectuels dont nous pourrions tr\u00e8s bien nous passer\u00a0\u00bb. Les critiques ont plu de toutes parts. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le journal <em>The Los Angeles Times <\/em>a r\u00e9agi en \u00e9crivant dans son \u00e9ditorial\u00a0: \u00ab\u00a0Si une universit\u00e9 n\u2019est pas le lieu o\u00f9 la curiosit\u00e9 intellectuelle doit \u00eatre encourag\u00e9e et subventionn\u00e9e, alors elle n\u2019est rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 de la science du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le d\u00e9bat demande des classifications bien plus complexes que ce que les deux cat\u00e9gories (recherche fondamentale et recherche appliqu\u00e9e) ont \u00e0 offrir. D\u2019apr\u00e8s Graeme Reid, professeur anglais de politologie de l\u2019University Coll\u00e8ge London et auteur du rapport <em>Why should the taxpayer fund science and research\u00a0?<\/em> [Pourquoi le contribuable devrait-il financer la science et la recherche\u00a0?], publi\u00e9 en 2014\u00a0: \u00ab\u00a0Les concepts de recherche fondamentale et appliqu\u00e9e peuvent \u00eatre utiles dans des discussions abstraites et fonctionner dans des situations sp\u00e9cifiques, mais elles ne sont pas adapt\u00e9es pour cat\u00e9goriser la science\u00a0\u00bb. Pour lui, le d\u00e9nominateur commun pour classifier la science doit \u00eatre l\u2019\u00ab\u00a0excellence\u00a0\u00bb, sans laquelle aucune connaissance fondamentale ou appliqu\u00e9e ne produit des r\u00e9sultats consistants.<\/p>\n<p>Reid cite l\u2019exemple de l\u2019organisme qui finance et \u00e9value le syst\u00e8me universitaire d\u2019enseignement et de recherche anglais, le Higher Education Funding Council for England (HEFCE). Le HEFCE distribue des subventions sans faire r\u00e9f\u00e9rence aux deux cat\u00e9gories\u00a0; ce qui compte, c\u2019est la qualit\u00e9 de la recherche. Le rapport mentionne un document lanc\u00e9 en 2010 par le Conseil de la Science et de la Technologue li\u00e9 au Premier Ministre du Royaume-Uni, intitul\u00e9 <em>A vision for UK research<\/em>. Dans ce document, il est \u00e9crit que le point central de l\u2019activit\u00e9 de recherche est sa capacit\u00e9 \u00e0 poser des questions importantes, et que continuer \u00e0 diff\u00e9rencier un versant fondamental et un versant appliqu\u00e9 entra\u00eene plus de probl\u00e8mes et de divisions que de solutions. Reid observe que les b\u00e9n\u00e9fices issus d\u2019investissements dans la recherche vont tr\u00e8s au-del\u00e0 de la polarisation entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les avantages de mieux comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes et, de l\u2019autre, les gains d\u00e9coulant du d\u00e9veloppement de technologies. \u00c0 titre d\u2019exemples, les startups cr\u00e9\u00e9es dans les universit\u00e9s pour transformer rapidement la connaissance en richesse, l\u2019attrait d\u2019investissements globaux en recherche et d\u00e9veloppement pour des universit\u00e9s, les p\u00f4les d\u2019innovation, ou encore l\u2019offre de main-d\u2019\u0153uvre hautement sp\u00e9cialis\u00e9e \u00e0 des entreprises et des organisations publiques. \u00ab\u00a0Le milieu de la recherche est un \u00e9cosyst\u00e8me d\u00e9licat qui offre de multiples b\u00e9n\u00e9fices pour l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 tout au long de chemins complexes et reli\u00e9s entre eux\u00a0\u00bb, d\u00e9clare le professeur.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"2300\" class=\"aligncenter size-full wp-image-283435\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5.jpg 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5-250x240.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5-700x671.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos5-120x115.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au lieu de diff\u00e9rencier les b\u00e9n\u00e9fices de la science appliqu\u00e9e et de la science fondamentale, des acteurs et des institutions du milieu scientifique ont construit de nouvelles formes de classification des objectifs de la recherche, qui tournent autour d\u2019un concept-cl\u00e9\u00a0: l\u2019impact de l\u2019investissement. Carlos Henrique de Brito Cruz, directeur scientifique de la FAPESP, d\u00e9clare dans le chapitre du livre <em>University priorities and constraints<\/em> (Economica, 2016) \u2013 un ouvrage qui r\u00e9unit les contributions de 23 <em>leaders<\/em> d\u2019universit\u00e9s de recherche, pr\u00e9sent\u00e9 en juin 2015 au forum Glion Colloquium, en Suisse\u00a0: \u00ab\u00a0la notion d\u2019impact est un concept tr\u00e8s vaste et poss\u00e8de plusieurs dimensions, comme le social, l\u2019\u00e9conomique et l\u2019intellectuel\u00a0\u00bb. Il existe des recherches qui b\u00e9n\u00e9ficient la soci\u00e9t\u00e9 parce qu\u2019elles inspirent ou soutiennent des politiques publiques dans pratiquement toutes les sph\u00e8res. Un exemple g\u00e9n\u00e9ral est celui de la contribution de plusieurs disciplines \u00e0 la compr\u00e9hension de ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s au climat. Un autre, plus sp\u00e9cifique, est le r\u00f4le des r\u00e9sultats du programme Biota-FAPESP dans l\u2019activit\u00e9 l\u00e9gislative. Cr\u00e9\u00e9 en 1999 pour cartographier la biodiversit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo, le programme a produit des connaissances diffus\u00e9es sous la forme d\u2019articles scientifiques, de livres, d\u2019atlas et de cartes, qui ont servi de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019instauration de 6 d\u00e9crets gouvernementaux et 13 r\u00e9solutions sur l\u2019environnement.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9tude de 2005 financ\u00e9e par le D\u00e9partement de Recherche, Science et Technologie du Qu\u00e9bec, les politologues Beno\u00eet Godin et Christian Dor\u00e9 ont recens\u00e9 les diff\u00e9rents types d\u2019impact produits par la recherche et \u00e9tabli une liste de 11 items. Certains sont notoires, comme les impacts scientifique, technologique et \u00e9conomique. D\u2019autres sont moins \u00e9tudi\u00e9s, comme l\u2019impact culturel, per\u00e7u en tant que transformations des habilet\u00e9s et des attitudes des individus gr\u00e2ce \u00e0 une compr\u00e9hension \u00e9largie des ph\u00e9nom\u00e8nes de la nature\u00a0; ou l\u2019impact organisationnel, quand de nouvelles connaissances aident \u00e0 perfectionner la gestion (cf plus loin, <em>Les types d\u2019impact de la science<\/em>). \u00ab\u00a0Si l\u2019impact \u00e9conomique ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9, il repr\u00e9sente une partie d\u2019un tout qui s\u2019\u00e9tend aux sph\u00e8res sociale, culturelle et organisationnelle de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, ont affirm\u00e9 Godin et Dor\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"1400\" class=\"alignnone size-full wp-image-280862\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16.png 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16-250x146.png 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16-700x408.png 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr16-120x70.png 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>La science pour la science<\/strong><br \/>\nUn grand vilain dans ces discussions est ladite recherche men\u00e9e par curiosit\u00e9, \u00e9quivoquement comprise comme synonyme de la recherche fondamentale. Il s\u2019agit en v\u00e9rit\u00e9 de celle o\u00f9 le scientifique choisit le th\u00e8me sur lequel il va travailler \u2013 au lieu d\u2019\u00eatre invit\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier un domaine ou un probl\u00e8me donn\u00e9s \u2013 qui peut avoir un caract\u00e8re abstrait, appliqu\u00e9 ou m\u00eame les deux. M\u00eame si ce n\u2019est pas intentionnel, ce versant a d\u00e9j\u00e0 fourni des contributions importantes dans des domaines tels que les lasers, la physique atomique et la biotechnologie. Un cas classique a eu lieu en 1983, quand deux \u00e9quipes de chercheurs de pays diff\u00e9rent ont d\u00e9couvert qu\u2019un r\u00e9trovirus (post\u00e9rieurement baptis\u00e9 \u00ab\u00a0VIH\u00a0\u00bb) \u00e9tait responsable d\u2019une nouvelle maladie, le syndrome d\u2019immunod\u00e9ficience acquise (Sida). Les \u00e9quipes du nord-am\u00e9ricain Robert Gallo et du fran\u00e7ais Luc Montagnier ont r\u00e9ussi apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019une recherche qui a vu le jour gr\u00e2ce \u00e0 la curiosit\u00e9 de scientifiques, car personne n\u2019imaginait que ce r\u00e9trovirus avait de l\u2019importance pour la sant\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>La recherche ayant un impact intellectuel peut aussi avoir des impacts \u00e9conomiques ou sociaux, mais une partie servira exclusivement \u00e0 amplifier la connaissance, sans retour tangible imm\u00e9diat. Dans une interview publi\u00e9e sur le site de Harvard Medical School, le biochimiste Stephen Buratowski a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Une recherche fondamentale n\u2019atteint pas toujours un point final [\u2026] Beaucoup de sujets \u00e9tudi\u00e9s \u00e0 partir de la curiosit\u00e9 des scientifiques cherchent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des questions fondamentales de la biologie. Leur compr\u00e9hension permet d\u2019aller de l\u2019avant et d\u2019affronter des probl\u00e8mes cliniques concrets\u00a0\u00bb. Buratowski est professeur de l\u2019Universit\u00e9 Harvard et son laboratoire \u00e9tudie les m\u00e9canismes d\u2019expression des g\u00e8nes dans des cellules eucaryotes.<\/p>\n<p>Un exemple de la nouvelle cat\u00e9gorie de production de connaissance fortement bas\u00e9e sur la recherche suscit\u00e9e par la curiosit\u00e9 est la \u00ab\u00a0recherche transformative\u00a0\u00bb, avec des id\u00e9es et des d\u00e9couvertes qui sont susceptibles de changer radicalement la compr\u00e9hension de certains concepts scientifiques et cr\u00e9er de nouveaux paradigmes. Le terme a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 au cours de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de la d\u00e9cennie ant\u00e9rieure par la National Science Foundation (NSF), principale agence nord-am\u00e9ricaine de soutien de la recherche fondamentale, et par l\u2019Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC), du Royaume-Uni. Il d\u00e9finit la recherche cr\u00e9ative et \u00e0 haut risque, mais aussi celle capable d\u2019aboutir \u00e0 des technologies radicalement nouvelles \u2013 avec des possibilit\u00e9s de r\u00e9sultat fabuleux. Mais pour atteindre ces r\u00e9sultats, il ne faut pas oublier que des id\u00e9es vraiment r\u00e9volutionnaires peuvent demander un temps de d\u00e9veloppement long et parfois de grands investissements, sans pour autant pr\u00e9senter les r\u00e9sultats d\u00e9sir\u00e9s \u00e0 la fin. La science, c\u2019est aussi cela.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"2580\" class=\"aligncenter size-full wp-image-280866\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17.png 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17-250x269.png 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17-700x753.png 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr17-120x129.png 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La difficult\u00e9 \u00e0 comprendre ces limitations de la science entra\u00eene souvent des tensions. En f\u00e9vrier 2016, la Chambre des repr\u00e9sentants des \u00c9tats-Unis a approuv\u00e9 un projet de loi qui propose de modifier le processus d\u2019\u00e9valuation de la NSF. Le texte qui doit encore \u00eatre vot\u00e9 par le S\u00e9nat exige que tout projet de recherche soumis \u00e0 la NSF soit accompagn\u00e9 d\u2019une justification montrant qu\u2019il \u00ab\u00a0promeut le progr\u00e8s de la science aux \u00c9tats-Unis\u00a0\u00bb et qu\u2019il r\u00e9pond \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat national\u00a0\u00bb. John Holdren, le directeur du bureau de Politique Scientifique et Technologique de la Maison Blanche est oppos\u00e9 au texte\u00a0: \u00ab\u00a0plusieurs crit\u00e8res mentionn\u00e9s pour d\u00e9terminer si un projet est d\u2019int\u00e9r\u00eat national ne s\u2019appliquent pas \u00e0 la recherche fondamentale. [\u2026] Les auteurs de la loi veulent savoir si la recherche va augmenter la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie, am\u00e9liorer la sant\u00e9 et le bien-\u00eatre, consolider la d\u00e9fense nationale. Tout cela est li\u00e9 \u00e0 la recherche appliqu\u00e9e. Ils ne comprennent donc pas que la recherche fondamentale concerne la qu\u00eate de la compr\u00e9hension scientifique sans anticiper aucun b\u00e9n\u00e9fice particulier\u00a0?\u00a0\u00bb. Ce type de pression au parlement n\u2019est pas nouveau pour la NSF. En 2013, l\u2019agence a suspendu la s\u00e9lection annuelle de projets en science politique apr\u00e8s que le Congr\u00e8s ait approuv\u00e9 une loi l\u2019emp\u00eachant de financer des recherches dans ce domaine de connaissance parce que rien ne garantissait des b\u00e9n\u00e9fices pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale, ni un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique. Lors des n\u00e9gociations sur le budget, le s\u00e9nateur r\u00e9publicain Tom Coburn a parl\u00e9 de \u00ab\u00a0gaspillage de ressources f\u00e9d\u00e9rales en projets de science politique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Connaissance et d\u00e9veloppement<\/strong><br \/>\nLa discussion sur l\u2019investissement public dans la recherche a lieu depuis que plusieurs pays ont d\u00e9cid\u00e9 de structurer les syst\u00e8mes publics nationaux de science et de technologie. Cela s\u2019est produit apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, quand l\u2019application d\u2019une s\u00e9rie de d\u00e9veloppements scientifiques (comme le radar et le plastique) et l\u2019expansion de la science de la nutrition ont connu un grand impact et renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la connaissance conduit au d\u00e9veloppement, justifiant ainsi le financement \u00e9tatique. Le mod\u00e8le qui \u00e9tablit que c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00c9tat de soutenir la recherche appliqu\u00e9e et fondamentale a \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9 par l\u2019ing\u00e9nieur nord-am\u00e9ricain Vannevar Bush, qui a dirig\u00e9 l\u2019US Office of Scientific Research and Development (OSRD), organisme du gouvernement nord-am\u00e9ricain par lequel pratiquement tous les efforts de R &amp; D ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s pendant la guerre. Sur commande du gouvernement, Bush a produit en 1945 un document intitul\u00e9 <em>Science, the endless frontier<\/em> [Science, la fronti\u00e8re sans fin]. Il propose que la recherche fondamentale soit r\u00e9alis\u00e9e sans penser \u00e0 des finalit\u00e9s pratiques. Cette connaissance g\u00e9n\u00e9rale permettrait de faire face \u00e0 un grand nombre de probl\u00e8mes pratiques importants, m\u00eame si elle ne fournit aucune r\u00e9ponse sp\u00e9cifique \u2013 ce serait \u00e0 la recherche appliqu\u00e9e de trouver des solutions. Selon Bush, \u00ab\u00a0pour le gouvernement, la mani\u00e8re la plus simple et la plus efficace de consolider la recherche entrepreneuriale est d\u2019appuyer la recherche fondamentale et de d\u00e9velopper des talents scientifiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans un article publi\u00e9 en 2014 dans la <em>Revista Brasileira de Inova\u00e7\u00e3o<\/em> [<em>Revue Br\u00e9silienne d\u2019Innovation<\/em>], Carlos Henrique de Brito Cruz rappelle que Bush jugeait insuffisant le volume de recherche fondamentale produit aux \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019\u00e9poque. En cons\u00e9quence, beaucoup d\u2019applications d\u00e9velopp\u00e9es dans le pays se basaient sur la connaissance fondamentale originaire d\u2019universit\u00e9s europ\u00e9ennes. Brito Cruz \u00e9crit que le rapport a suscit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis des r\u00e9actions curieuses\u00a0: \u00ab\u00a0Le <em>New York Times<\/em> a reproch\u00e9 au rapport de proposer peu d\u2019engagement gouvernemental de soutien \u00e0 la recherche\u00a0; le <em>Wall Street Journal<\/em> a estim\u00e9 que l\u2019industrie ne pourrait faire tout ce qui \u00e9tait propos\u00e9 qu\u2019en \u00e9change d\u2019une r\u00e9duction d\u2019imp\u00f4ts via une fiscalit\u00e9 incitative. Et le directeur du Bureau des Budgets du gouvernement, Harold Smith, a jug\u00e9 inad\u00e9quate la d\u00e9fense de la libert\u00e9 de recherche avec des ressources publiques. Sur le ton de la plaisanterie, il a propos\u00e9 de changer le titre du rapport par \u2018Science, la d\u00e9pense sans fin\u2019\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"2250\" class=\"aligncenter size-full wp-image-283439\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8.jpg 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8-250x234.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8-700x656.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/infos8-120x113.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De l\u2019avis de la politologue Elizabeth Balbachevsky de la Facult\u00e9 de Philosophie, Lettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (FFLCH-USP), \u00ab\u00a0Bush a d\u00e9fendu la libert\u00e9 de recherche et l\u2019investissement dans la science d\u00e9tach\u00e9 de tout type d\u2019int\u00e9r\u00eat sur des applications\u00a0\u00bb. Il voyait la science comme une source in\u00e9puisable de connaissance et de d\u00e9veloppements \u00e0 l\u2019origine d\u2019innovations. Le document a inspir\u00e9 la cr\u00e9ation de la NSF en 1950 et servi de fondement \u00e0 la formation d\u2019agences de soutien \u00e0 la recherche de plusieurs pays (dont le Br\u00e9sil) souhaitant concevoir leurs syst\u00e8mes de science et de technologies.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me a fonctionn\u00e9 sans grandes difficult\u00e9s jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, quand le monde a connu sa premi\u00e8re crise \u00e9conomique d\u2019apr\u00e8s-guerre. Si les premiers touch\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 les principaux pays d\u00e9velopp\u00e9s, ils ont entra\u00een\u00e9 avec eux beaucoup de pays en voie de d\u00e9veloppement. Les gouvernements ont commenc\u00e9 \u00e0 exiger un r\u00e9sultat plus rapide des investissements publics dans le domaine scientifique. \u00ab\u00a0Le co\u00fbt chaque fois plus \u00e9lev\u00e9 de la recherche a aussi fait pression sur les budgets des gouvernements et des agences de soutien \u00e0 la recherche, et contribu\u00e9 \u00e0 rechercher un impact et un r\u00e9sultat \u00e0 court terme\u00a0\u00bb, explique Brito Cruz. D\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es du Tufts Center for the Study of Drug Development, les co\u00fbts des tests pr\u00e9cliniques et cliniques de nouveaux m\u00e9dicaments ont augment\u00e9 15 fois entre les ann\u00e9es 1970 et 2010 \u2013 rien que la derni\u00e8re d\u00e9cennie, l\u2019augmentation a \u00e9t\u00e9 de 145\u00a0%. En m\u00eame temps, on a cherch\u00e9 \u00e0 augmenter et \u00e0 mieux comprendre les interactions entre les universit\u00e9s, les entreprises et le gouvernement. Toujours selon Brito Cruz, \u00ab\u00a0le <em>boom<\/em> des <em>startups<\/em> \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 a montr\u00e9 clairement aux contribuables et \u00e0 leurs repr\u00e9sentants qu\u2019il y avait l\u00e0 une grande opportunit\u00e9 \u00e0 exploiter\u00a0: cr\u00e9er de la richesse \u00e0 partir de la connaissance beaucoup plus vite qu\u2019avant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1980 est entr\u00e9 en vigueur le Bayh-Dole Act, la l\u00e9gislation nord-am\u00e9ricaine sur la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle en lien avec la recherche financ\u00e9e par le gouvernement. Jusqu\u2019alors, le gouvernement n\u2019avait pas de politique unifi\u00e9e sur les brevets. Des accords de financement de recherche sign\u00e9s entre les agences gouvernementales et des institutions de recherche, des entreprises ou des organisations sans buts lucratifs se sont vus inclure des clauses qui autorisaient ces derni\u00e8res \u00e0 breveter elles-m\u00eames leurs inventions. Une dimension importante de la nouvelle l\u00e9gislation fut l\u2019augmentation des r\u00e9sultats de recherche brevetables, qui ont inclus des connaissances et des m\u00e9thodes non directement associ\u00e9es \u00e0 une application.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"1860\" class=\"aligncenter size-full wp-image-280874\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19.png 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19-250x194.png 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19-700x543.png 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr19-120x93.png 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Des partenariats entre universit\u00e9s et entreprises, programmes de soutien \u00e0 la recherche dans des petites entreprises et brevetage de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle produite par des chercheurs sont devenus la cible des agences de soutien, des universit\u00e9s et des institutions de recherche. L\u2019un des r\u00e9sultats de l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9changes entre les universit\u00e9s et les entreprises est la participation relative de l\u2019industrie au financement \u00e0 la recherche. Aux \u00c9tats-Unis, ce taux a oscill\u00e9 entre 5 et 7 % au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans la plupart des pays de l\u2019Organisation de Coop\u00e9ration et de D\u00e9veloppement \u00c9conomiques (OCDE), la participation du secteur priv\u00e9 au financement de la recherche des universit\u00e9s varie de 2 \u00e0 10 %. Un point fort de la courbe est l\u2019Allemagne, avec un taux de 14\u00a0%.<\/p>\n<p>Ces \u00e9changes sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 double sens. Les industries font appel aux universit\u00e9s pour partager les risques de recherche, avoir acc\u00e8s \u00e0 des scientifiques qualifi\u00e9s, \u00e0 des installations appropri\u00e9es et \u00e0 des groupes de chercheurs et d\u2019\u00e9tudiants qui peuvent consolider leur <em>corpus<\/em> de recherche. Les universit\u00e9s tendent \u00e0 percevoir ces collaborations comme l\u2019occasion de capter des ressources pour la recherche et de relever des d\u00e9fis scientifiques et technologiques rencontr\u00e9s par les forces productives. D\u2019apr\u00e8s Carlos Am\u00e9rico Pacheco, professeur de l\u2019Institut d\u2019\u00c9conomie de l\u2019Unicamp, l\u2019exp\u00e9rience internationale montre que la production de brevets dans les universit\u00e9s et le brevetage de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle pour les entreprises occupent un r\u00f4le important mais compl\u00e9mentaire, et ce dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des entreprises\u00a0: \u00ab\u00a0Les sources d\u2019information pour l\u2019innovation technologique des entreprises sont plus bas\u00e9es sur leur cha\u00eene de fournisseurs et de clients que sur les universit\u00e9s. C\u2019est avec la science que les entreprises viabilisent leurs efforts de d\u00e9veloppement, mais elles s\u2019organisent plus par rapport \u00e0 ce que demande le march\u00e9 que par rapport \u00e0 ce qu\u2019une universit\u00e9 peut offrir\u00a0\u00bb. La cr\u00e9ation de <em>startups<\/em> serait un m\u00e9canisme plus sophistiqu\u00e9 et plus efficace pour rapprocher l\u2019universit\u00e9 du secteur priv\u00e9. \u00ab\u00a0Cela a renforc\u00e9 certains p\u00f4les r\u00e9gionaux de comp\u00e9titivit\u00e9 autour des universit\u00e9s, qui ont attir\u00e9 des laboratoires d\u2019entreprises et des investisseurs et sont ainsi devenus un microcosme stimulant\u00a0\u00bb, explique Pacheco qui a \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire ex\u00e9cutif du Minist\u00e8re de la Science et de la Technologie entre 1999 et 2002.<\/p>\n<p><strong>Le quadrant de Pasteur<\/strong><br \/>\nLe d\u00e9bat sur la diff\u00e9renciation entre science fondamentale et appliqu\u00e9e a connu un tournant avec la publication du livre du politologue Donald Stockes de l\u2019Universit\u00e9 de Princeton, <em>Pasteur\u2019s Quadrant\u00a0: Basic science and technological innovation<\/em> (1997). Stokes y propose une nouvelle classification. En plus des recherches fondamentales (\u00e0 l\u2019exemple des travaux du physicien danois Niels Bohr sur la structure atomique et la physique quantique dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et des recherches de d\u00e9veloppement technologique (symbolis\u00e9s par l\u2019\u00e9clairage \u00e9lectrique de Thomas Edison), Stokes a mis en \u00e9vidence une autre cat\u00e9gorie\u00a0: celles qui peuvent contribuer \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de la connaissance et qui pr\u00e9sentent dans le m\u00eame temps des perspectives d\u2019application pratique de grand impact. Un des exemples de cette cat\u00e9gorie sont les \u00e9tudes du fran\u00e7ais Louis Pasteur dans le domaine de la microbiologie, qui ont d\u2019ailleurs inspir\u00e9 le titre du livre. Elles ont \u00e0 la fois fait avancer la connaissance et donn\u00e9 lieu \u00e0 des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2400\" height=\"1370\" class=\"alignnone size-full wp-image-280878\" src=\"http:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20.png 2400w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20-290x166.png 290w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20-250x143.png 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20-700x400.png 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/agosto-infos-fr20-120x69.png 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2400px) 100vw, 2400px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pour Balbachevsky, \u00ab\u00a0Stokes a montr\u00e9 que le mod\u00e8le de Vannevar Bush n\u2019a pas fonctionn\u00e9 aux \u00c9tats-Unis de la m\u00eame mani\u00e8re que dans d\u2019autres pays, car le gouvernement nord-am\u00e9ricain investissait beaucoup dans des domaines fondamentaux mais qui cherchaient \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des questions pratiques \u00e0 moyen et long terme. [\u2026] C\u2019est le cas des agences comme les Instituts nationaux de sant\u00e9, qui d\u00e9tiennent plus de ressources que la NSF, ou le D\u00e9partement de la d\u00e9fense\u00a0\u00bb. Les \u00c9tats-Unis ont toujours maintenu un syst\u00e8me dual qui prend en compte et l\u2019avanc\u00e9e de la connaissance, et les applications. L\u2019id\u00e9e selon laquelle ce type d\u2019investissement a multipli\u00e9 la capacit\u00e9 d\u2019innovation am\u00e9ricaine a mobilis\u00e9 l\u2019Europe dans les ann\u00e9es 1990\u00a0: \u00ab\u00a0Les pays europ\u00e9ens avaient suivi le mod\u00e8le de Bush et produit une science de grande qualit\u00e9, mais ils n\u2019ont pas d\u00e9velopp\u00e9 la m\u00eame interface avec le secteur productif\u00a0\u00bb. Cette tentative de lien avec le secteur productif est d\u00e9sormais perceptible depuis les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, dans la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne, pratiquement tous les programmes cherchent \u00e0 former des r\u00e9seaux dans lesquels gouvernements et entreprises entrent avec une partie des ressources\u00a0\u00bb, indique Balbachevsky.<\/p>\n<p>Dans le cadre d\u2019Horizon 2020, le principal programme scientifique de l\u2019Union Europ\u00e9enne dont le budget est de 80 milliards d\u2019euros pour 2014-2020, les financements sont divis\u00e9s en trois parties. L\u2019une d\u2019elles est la recherche fondamentale, elle finance des projets dont le moteur principal est la curiosit\u00e9 et des th\u00e8mes qui vont servir de base \u00e0 de nouvelles technologies. La deuxi\u00e8me est la recherche en entreprises, qui met des moyens \u00e0 la disposition des petites, moyennes et grandes entreprises, y compris dans des programmes o\u00f9 le retour sur investissement est jug\u00e9 \u00e0 haut risque. La troisi\u00e8me est la recherche qui tente de relever les \u00ab\u00a0d\u00e9fis de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 travers des topiques interdisciplinaires comme le vieillissement de la population, l\u2019efficience \u00e9nerg\u00e9tique et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p>La notion de d\u00e9fi soci\u00e9tal est devenue omnipr\u00e9sente dans le budget Recherche de beaucoup de pays, comme l\u2019a montr\u00e9 un rapport diffus\u00e9 en octobre 2015 par un groupe de chercheurs de l\u2019Unit\u00e9 de Recherche en Politique Scientifique de l\u2019Universit\u00e9 anglaise de Sussex. Le travail a compar\u00e9 l\u2019investissement public en R &amp; D dans des pays nordiques (Su\u00e8de, Norv\u00e8ge, Danemark et Finlande) avec celui de certains pays du BRIC (Br\u00e9sil, Inde et Chine) et les \u00c9tats-Unis. Il a montr\u00e9 que cette cat\u00e9gorie \u00e9tait mise en avant dans les strat\u00e9gies de toutes les nations \u00e9tudi\u00e9es, avec des investissements dans des domaines tels que l\u2019\u00e9nergie, le climat et la sant\u00e9. Seuls les \u00c9tats-Unis ne suivent pas cette direction, avec de fortes dotations gouvernementales en R &amp; D dans le domaine de la d\u00e9fense (53 % du total en 2013)\u00a0; le domaine de la sant\u00e9 arrive \u00e0 la deuxi\u00e8me place, avec 24,3 % du total. La recherche en a conclu qu\u2019il n\u2019existait pas de norme sur le taux id\u00e9al d\u2019investissement dans les recherches fondamentale et appliqu\u00e9e. Les pays nordiques ont tendance \u00e0 d\u00e9penser pr\u00e8s de 40 % des ressources publiques en science dans la recherche fondamentale. La Chine et l\u2019Inde beaucoup moins, de l\u2019ordre de 20 \u00e0 25 %. L\u2019\u00e9tude n\u2019a pas trouv\u00e9 de donn\u00e9es solides sur la r\u00e9partition des investissements au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tat entrepreneur<\/strong><br \/>\nEn fin de compte, l\u2019\u00c9tat doit-il ou non investir dans la recherche\u00a0? Pour l\u2019\u00e9conomiste italienne Mariana Mazzucato, professeure de l\u2019Universit\u00e9 de Sussex, l\u2019investissement public dans la science exerce un r\u00f4le essentiel dans la production de connaissances, surtout quand ce processus implique des co\u00fbts et des risques \u00e9lev\u00e9s, qui sont \u00e9vit\u00e9s par les entreprises. C\u2019est un des sujets principaux de son livre <em>The entrepreneurial State <\/em>[<em>L\u2019\u00c9tat entrepreneur<\/em>] (2014). M\u00eame dans des domaines tr\u00e8s innovants, comme le domaine pharmaceutique, les \u00e9nergies renouvelables ou la technologie de l\u2019information, le secteur priv\u00e9 entre dans le jeu seulement apr\u00e8s que le secteur public a investi consid\u00e9rablement dans des \u00e9tapes de la recherche o\u00f9 les r\u00e9sultats sont totalement incertains\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la biotechnologie, la nanotechnologie et Internet, le capital risque est arriv\u00e9 15 \u00e0 20 ans apr\u00e8s que les investissements les plus importants ont \u00e9t\u00e9 faits avec des ressources du secteur public. [\u2026] L\u2019\u00c9tat est derri\u00e8re la majorit\u00e9 des r\u00e9volutions technologiques et des longues p\u00e9riodes de croissance. C\u2019est pour cette raison qu\u2019un \u2018\u00c9tat entrepreneur\u2019 est n\u00e9cessaire pour assumer le risque et cr\u00e9er une nouvelle vision au lieu de simplement corriger les failles du march\u00e9\u00a0\u00bb. Dans ses conf\u00e9rences, Mazzucato cite l\u2019exemple des smartphones pour montrer qu\u2019une bonne partie de la technologie qu\u2019ils contiennent a d\u00e9pendu d\u2019investissements publics, notamment du D\u00e9partement de d\u00e9fense des \u00c9tats-Unis, \u00e0 un moment o\u00f9 on n\u2019imaginait pas la port\u00e9e qu\u2019auraient Internet, le syst\u00e8me de navigation GPS et l\u2019\u00e9cran tactile.<\/p>\n<p>La promotion de l\u2019investissement public dans la recherche fondamentale a r\u00e9cemment re\u00e7u le soutien du pays qui investit le plus en R &amp; D en termes relatifs \u2013 l\u2019\u00e9quivalent de 4 % de son produit Int\u00e9rieur Brut \u2013 et qui, traditionnellement, d\u00e9pense moins de 20 % de ce total en recherche fondamentale\u00a0: la Cor\u00e9e du Sud. La strat\u00e9gie qui a construit le d\u00e9veloppement de son \u00e9conomie, bas\u00e9e sur le perfectionnement et la baisse de prix de technologies cr\u00e9\u00e9es dans d\u2019autres pays, s\u2019est tourn\u00e9e vers la recherche fondamentale. Dans la ville de Daejeon est r\u00e9alis\u00e9e une exp\u00e9rimentation charg\u00e9e de d\u00e9tecter l\u2019existence de l\u2019axion, une particule qui composerait hypoth\u00e9tiquement la mati\u00e8re noire, qui est invisible mais forme une bonne partie de l\u2019Univers. Il s\u2019agit d\u2019une initiative \u00e0 haut risque, qui symbolise l\u2019intention du pays de devenir un <em>leader<\/em> dans le domaine de la recherche fondamentale. Si le projet \u2013 qui co\u00fbte 7,6 millions US$ par an au pays \u2013 r\u00e9ussit, il pourrait donner \u00e0 la Cor\u00e9e du Sud le tr\u00e8s convoit\u00e9 prix Nobel. En mai 2016, le pr\u00e9sident sud-cor\u00e9en Park Geun-hye a annonc\u00e9 une augmentation de 36 % du niveau de financement de la recherche fondamentale dans le pays. D\u2019apr\u00e8s la revue <em>Nature<\/em>, il a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La recherche fondamentale commence par la curiosit\u00e9 intellectuelle de scientifiques et de techniciens, mais elle peut devenir une source de nouvelles technologies et industries\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si tous sont d\u2019accord sur le fait que l\u2019\u00c9tat doit investir dans une recherche aussi bien pour les r\u00e9sultats tangibles que pour les r\u00e9sultats intangibles, la discussion persiste sur la distribution des ressources disponibles pour r\u00e9pondre aux attentes de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 court et \u00e0 long terme. Les questions qui se posent aux politiciens et aux administrateurs du syst\u00e8me public en science et technologie sont de d\u00e9cider combien donner \u00e0 chaque cat\u00e9gorie de recherche et savoir jusqu\u2019\u00e0 quel point ils peuvent interf\u00e9rer pour d\u00e9cider de l\u2019objet de la recherche. La qu\u00eate d\u2019\u00e9quilibre est importante pour que les institutions publiques de recherche parviennent \u00e0 obtenir des r\u00e9sultats qui ont des cons\u00e9quences sur la soci\u00e9t\u00e9 et produisent en parall\u00e8le un stock consistant de recherche fondamentale. Quand tout le monde se place du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, le bateau finit par couler, observe Francis Collins, pr\u00e9sident des Instituts nationaux de la sant\u00e9\u00a0; il d\u00e9fend (dans un article de la revue <em>Science<\/em> de 2012) l\u2019importance de la pr\u00e9servation des d\u00e9penses de l\u2019agence en recherche fondamentale. Mais les chercheurs doivent aussi montrer constamment \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ce qu\u2019ils font et les impacts obtenus par la connaissance produite\u00a0; c\u2019est en tout cas ce qui ressort d\u2019un \u00e9ditorial de la revue <em>Nature<\/em> de fin juillet qui salue les r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9valuation pilote faite par l\u2019European Research Council sur 199 projets de recherche fondamentale financ\u00e9s. L\u2019\u00e9valuation a montr\u00e9 que \u00be des projets ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des avanc\u00e9es scientifiques significatives et qu\u2019au moins \u00bc a eu un impact sur l\u2019\u00e9conomie, la soci\u00e9t\u00e9 ou la formulation de politiques.<\/p>\n<p>L\u2019utilit\u00e9 de la \u00ab\u00a0connaissance inutile\u00a0\u00bb est r\u00e9sum\u00e9e dans une conversation entre l\u2019\u00e9ducateur nord-am\u00e9ricain Abraham Flexner, fondateur de l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Avanc\u00e9es de l\u2019Universit\u00e9 de Princeton, et l\u2019entrepreneur George Eastman, inventeur du film photographique, reprise dans un article publi\u00e9 par Flexner en 1939 dans la revue <em>Harpers<\/em> (<a href=\"http:\/\/library.ias.edu\/files\/UsefulnessHarpers.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">library.ias.edu\/files\/UsefulnessHarpers.pdf<\/a>). Eastman pensait utiliser son immense fortune pour promouvoir l\u2019\u00e9ducation de th\u00e8mes\u00a0 utiles. Flexner lui a demand\u00e9 qui \u00e9tait, de son point de vue, le \u00ab\u00a0travailleur de la science le plus utile au monde\u00a0\u00bb. L\u2019entrepreneur a r\u00e9pondu sans h\u00e9siter\u00a0: Guglielmo Marconi, l\u2019Italien qui a invent\u00e9 la radio. Mais Flexner a surpris son interlocuteur en lui disant que \u2013 ind\u00e9pendamment de l\u2019utilit\u00e9 de la radio \u2013 la contribution de l\u2019Italien avait \u00e9t\u00e9 minime. Il a expliqu\u00e9 que Marconi n\u2019aurait rien fait sans les contributions du scientifique \u00e9cossais James Clerk Maxwell (dont les \u00e9quations abstraites ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des analyses dans le champ du magn\u00e9tisme et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9) et du physicien allemand Heinrich Hertz (qui a plus tard d\u00e9montr\u00e9 l\u2019existence de la radiation \u00e9lectromagn\u00e9tique). Flexner a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ni Maxwell ni Hertz ne se souciaient de l\u2019utilit\u00e9 de leur travail\u00a0; une telle pens\u00e9e ne leur a jamais travers\u00e9 l\u2019esprit. Ils n\u2019avaient aucun objectif pratique. \u00c9videmment, l\u2019inventeur a \u00e9t\u00e9 au sens l\u00e9gal Marconi, mais qu\u2019est-ce que Marconi a invent\u00e9\u00a0? Juste un dernier d\u00e9tail technique, un dispositif de r\u00e9ception, le coh\u00e9reur, qui est d\u00e9j\u00e0 devenu obsol\u00e8te, quasi universellement mis de c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb. Hertz et Maxwell n\u2019ont rien invent\u00e9, mais leur \u00ab\u00a0travail th\u00e9orique inutile\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par un technicien intelligent pour cr\u00e9er de nouveaux moyens de communication, utiles et divertissants. Et Flexner d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Qui ont \u00e9t\u00e9 les hommes utiles\u00a0? Non pas Marconi mais Clerk Maxwell et Heinrich Hertz. Hertz et Maxwell \u00e9taient des g\u00e9nies sans pens\u00e9e utilitaire. Marconi a \u00e9t\u00e9 un inventeur intelligent, avec aucune autre pens\u00e9e au-del\u00e0 de l\u2019utilitaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Publi\u00e9 en ao\u00fbt 2016<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En temps de crise, la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00f4ne un retour du financement public de la recherche sans tenir compte des chemins complexes et interreli\u00e9s de la production scientifique","protected":false},"author":11,"featured_media":280882,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1191],"tags":[2442,2472],"coauthors":[98],"class_list":["post-280857","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique-st","tag-economie","tag-financement"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/280857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=280857"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/280857\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":283443,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/280857\/revisions\/283443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/280882"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=280857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=280857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=280857"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=280857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}