{"id":310845,"date":"2019-11-14T11:10:05","date_gmt":"2019-11-14T14:10:05","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=310845"},"modified":"2019-11-14T11:10:05","modified_gmt":"2019-11-14T14:10:05","slug":"avant-loubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/avant-loubli\/","title":{"rendered":"Avant l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"<p>Ne pas trouver ses cl\u00e9s de voiture, distraitement rang\u00e9es dans le tiroir des chaussettes au lieu d\u2019\u00eatre sur le porte-clefs mural, ou \u00eatre incapable de retrouver son chemin apr\u00e8s une course dans le quartier, comme cela se passe pour la professeure universitaire dans le film <em>Still Alice<\/em> (2014), peuvent \u00eatre les premiers signes de la maladie d\u2019Alzheimer. D\u00e9crite il y a un peu plus d\u2019un si\u00e8cle par le psychiatre et neuroanatomiste allemand Alois Alzheimer, et quasi simultan\u00e9ment par le psychiatre et neuroanatomiste tch\u00e8que Oskar Fischer, cette maladie qui \u00e9limine progressivement les cellules c\u00e9r\u00e9brales est devenue connue pour effacer la m\u00e9moire et r\u00e9duire la capacit\u00e9 \u00e0 planifier et \u00e0 r\u00e9aliser les t\u00e2ches du quotidien (faire sa liste de courses, par exemple). Toutefois, ces signes sont typiques des stades avanc\u00e9s de la maladie. Bien avant cela, elle peut se manifester de mani\u00e8re dissimul\u00e9e et \u00eatre confondue avec des probl\u00e8mes plus communs de la population comme la d\u00e9pression, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ou des alt\u00e9rations du sommeil et de l\u2019app\u00e9tit.<\/p>\n<p>On sait depuis un certain temps que ces troubles psychiatriques sont plus fr\u00e9quents chez les personnes qui d\u00e9veloppent la maladie d\u2019Alzheimer en vieillissant que chez la population \u00e2g\u00e9e saine. Une partie des neurologues et des sp\u00e9cialistes en sant\u00e9 mentale affirme, sur la base d\u2019\u00e9tudes de populations, que la d\u00e9pression et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 appara\u00eetraient en premier en raison de l\u2019isolement et d\u2019autres difficult\u00e9s li\u00e9es au vieillissement\u00a0; et que si elles ne sont pas trait\u00e9es, le risque de d\u00e9velopper la maladie d\u2019Alzheimer augmente. \u00c0 pr\u00e9sent, d\u2019autres d\u00e9couvertes montrent que l\u2019inverse peut parfois se produire : des manifestations psychiatriques seraient la cons\u00e9quence de troubles neurologiques des premiers stades de la maladie d\u2019Alzheimer.<\/p>\n<p>Des r\u00e9sultats concluants montrent que les probl\u00e8mes psychiatriques pr\u00e9c\u00e9deraient la perte de m\u00e9moire et la d\u00e9mence qui se manifestent 20 \u00e0 30 ans apr\u00e8s les premi\u00e8res l\u00e9sions neurologiques de la maladie d\u2019Alzheimer. C\u2019est ce qui ressort du travail men\u00e9 par la neuropathologiste br\u00e9silienne Lea Tenenholz Grinberg, professeure de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) et de l\u2019Universit\u00e9 de Californie \u00e0 S\u00e3o Francisco (UCSF) en collaboration avec des chercheurs br\u00e9siliens et nord-am\u00e9ricains. Ils ont d\u00e9couvert que le risque de probl\u00e8mes psychiatriques augmente apr\u00e8s l\u2019apparition des premi\u00e8res l\u00e9sions. La probabilit\u00e9 de d\u00e9velopper une anxi\u00e9t\u00e9 et des alt\u00e9rations (augmentation ou diminution) de l\u2019app\u00e9tit et du sommeil est trois fois plus \u00e9lev\u00e9e chez ceux qui pr\u00e9sentent des l\u00e9sions initiales). D\u2019autre part, le risque de d\u00e9pression est presque quatre fois plus \u00e9lev\u00e9 et le risque d\u2019agitation six fois sup\u00e9rieur. D\u2019apr\u00e8s Grinberg, \u00ab\u00a0ces r\u00e9sultats indiquent que dans une partie des cas la maladie d\u2019Alzheimer est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e dans des zones qui modulent l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale quand apparaissent les premi\u00e8res manifestations psychiatriques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_310854\" style=\"max-width: 2290px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-310854 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1.jpg\" alt=\"\" width=\"2280\" height=\"1517\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1.jpg 2280w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1-250x166.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1-700x466.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_2280px-1-120x80.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2280px) 100vw, 2280px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">L\u00e9o Ramos Chaves  <\/span><\/a> \u00c9chantillons de tissu c\u00e9r\u00e9bral conserv\u00e9s \u00e0 la Biobanque pour les \u00e9tudes sur le vieillissement de l\u2019USP<span class=\"media-credits\">L\u00e9o Ramos Chaves  <\/span><\/p><\/div>\n<p>Les chercheurs en sont arriv\u00e9s \u00e0 cette conclusion apr\u00e8s avoir analys\u00e9 le cerveau de 455 personnes \u00e2g\u00e9es de 58 \u00e0 82 ans de la Biobanque pour les \u00e9tudes sur le vieillissement de l\u2019USP, une des plus grandes \u00ab\u00a0archives\u00a0\u00bb de cerveau au monde. Les 3 000 exemplaires ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s par les familles de personnes ayant \u00e9t\u00e9 soumises \u00e0 une autopsie dans le Service de v\u00e9rification de d\u00e9c\u00e8s de la capitale, \u00e0 S\u00e3o Paulo. En r\u00e9alit\u00e9, les auteurs de l\u2019\u00e9tude n\u2019ont pas analys\u00e9 seulement le cerveau. Ils ont aussi examin\u00e9 le tronc c\u00e9r\u00e9bral qui, avec le cervelet et le cerveau, compose l\u2019enc\u00e9phale, un ensemble de structures pr\u00e9sentes sous le cr\u00e2ne. En 2009, Grinberg et les \u00e9quipes du neuroanatomiste allemand Helmut Heinsen (\u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Universit\u00e9 de W\u00fcrzburg), du neurologue Ricardo Nitrini et du g\u00e9riatre Wilson Jacob Filho (tous deux de l\u2019USP), ont confirm\u00e9 que l\u2019une des premi\u00e8res structures ab\u00eem\u00e9es dans la maladie d\u2019Alzheimer se situait au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral, et non du cerveau.<\/p>\n<p>Dans l\u2019article publi\u00e9 en octobre 2018 dans <em>Jornal of Alzheimer\u2019s Disease<\/em>, les chercheurs ont r\u00e9uni les cas conform\u00e9ment \u00e0 la classification propos\u00e9e par le couple de neuroanatomistes allemands Heiko Braak et Eva Braak (1939-2000). Pr\u00e9sent\u00e9e en 1991, l\u2019\u00e9chelle regroupe les cas d\u2019Alzheimer en six stades dont la gravit\u00e9 augmente au fur et \u00e0 mesure que cro\u00eet le nombre de l\u00e9sions et de zones affect\u00e9es de l\u2019enc\u00e9phale. L\u2019\u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e en 2011 par Heiko Braak apr\u00e8s la d\u00e9couverte que les premi\u00e8res r\u00e9gions affect\u00e9es se situent au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>L\u2019indication selon laquelle les troubles psychiatriques pr\u00e9c\u00e8dent le d\u00e9clin de la m\u00e9moire s\u2019est confirm\u00e9e quand le groupe de l\u2019USP et de l\u2019UCSF a confront\u00e9 l\u2019\u00e9volution des dommages sur l\u2019enc\u00e9phale observ\u00e9s au microscope, aux probl\u00e8mes psychiatriques et aux signes cliniques de la maladie d\u2019Alzheimer pr\u00e9sent\u00e9s par des patients quelques mois avant de mourir. Aux stades 1 et 2, quand les l\u00e9sions sont r\u00e9duites et qu\u2019elles se concentrent sur des structures du tronc c\u00e9r\u00e9bral, comme le noyau dorsal du raph\u00e9 et le <em>locus c\u0153ruleus<\/em>, les signes de d\u00e9pression, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, d\u2019agitation et d\u2019alt\u00e9rations de l\u2019app\u00e9tit et du sommeil \u00e9taient plus fr\u00e9quents.<\/p>\n<\/div><a name=\"#018-023_Alzheimer_273-fr\"><\/a><iframe id=\"018-023_Alzheimer_273-fr\" style=\"overflow: hidden; width: 100%; height: calc(100vh - 200px)\" data-ratio_760=\"0.49\" data-ratio_1190=\"0.49\" class=\"resizable\" data-ratio=\"1.75\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/revista_embeds\/018-023_Alzheimer_273-fr\/index.html?1224552883\"  scrolling=\"no\" noborders><\/iframe><div class=\"post-content sequence\">\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019une des r\u00e9gions les plus primitives de l\u2019enc\u00e9phale, le tronc c\u00e9r\u00e9bral connecte la moelle \u00e9pini\u00e8re au cerveau. Dans l\u2019histoire \u00e9volutive des \u00eatres vivants, il appara\u00eet chez les amphibiens, et chez les \u00eatres humains il se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un c\u00f4ne invers\u00e9 long d\u2019une dizaine de centim\u00e8tres. Le tronc c\u00e9r\u00e9bral a moins de 1 % des 86\u00a0milliards de neurones de l\u2019enc\u00e9phale \u2013 les neurones sont les cellules qui transmettent, traitent et emmagasinent des informations. Mais il abrite plusieurs petites structures qui exercent des fonctions essentielles pour la vie\u00a0: elles participent au contr\u00f4le de la respiration, de la faim, des battements cardiaques, de la pression art\u00e9rielle, de la temp\u00e9rature corporelle et de la r\u00e9gulation des cycles de sommeil et de veille. De plus, elles se connectent \u00e0 des r\u00e9gions du cerveau qui r\u00e9gulent l\u2019humeur, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, la formation et la r\u00e9cup\u00e9ration de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Certaines de ces structures contiennent des neurones sp\u00e9ciaux qui produisent plus d\u2019un neurotransmetteur, un compos\u00e9 responsable de la communication entre les cellules c\u00e9r\u00e9brales. \u00ab\u00a0Par le biais de leurs neurotransmetteurs, ces structures augmentent ou r\u00e9duisent l\u2019activit\u00e9 de plusieurs zones c\u00e9r\u00e9brales\u00a0\u00bb, explique Nutrini, coauteur de l\u2019\u00e9tude actuelle et sp\u00e9cialiste en d\u00e9mences.<\/p>\n<p>Les nouvelles d\u00e9couvertes peuvent repr\u00e9senter deux avanc\u00e9es \u2013 m\u00eame si ce n\u2019est pas dans l\u2019imm\u00e9diat \u2013 pour la recherche et le traitement de la maladie d\u2019Alzheimer. Ainsi, l\u2019identification pr\u00e9coce de signes psychiatriques peut aider \u00e0 tester de nouveaux m\u00e9dicaments, \u00e9valuer aux premiers stades de la maladie l\u2019efficacit\u00e9 de compos\u00e9s en cours de d\u00e9veloppement pour \u00e9viter ou retarder la progression de la maladie. Aujourd\u2019hui, la plupart des essais cliniques sont r\u00e9alis\u00e9s avec des personnes \u00e0 des stades avanc\u00e9s de la maladie, sans r\u00e9sultats encourageants. Pour certains chercheurs, la manifestation psychiatrique de la maladie d\u2019Alzheimer peut \u00e9ventuellement permettre de prescrire plus t\u00f4t les m\u00e9dicaments d\u00e9j\u00e0 disponibles. Dans un article publi\u00e9 en 2015 dans la revue <em>Neurobiology of Stress<\/em>, le groupe de la biologiste Elisabeth Van Bockstaele, de l\u2019Universit\u00e9 nord-am\u00e9ricaine Drexel, sugg\u00e8re que l\u2019utilisation d\u2019antid\u00e9presseurs est susceptible de prot\u00e9ger les structures du tronc c\u00e9r\u00e9bral des l\u00e9sions ou de r\u00e9tablir leurs fonctions.<\/p>\n<div id=\"attachment_310846\" style=\"max-width: 910px\" class=\"wp-caption alignleft vertical\"><a href=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-310846 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"886\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2.jpg 900w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2-250x246.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2-700x689.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/018-023_Alzheimer_273_900px-2-120x118.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Cathrine Petersen\/Lea T. Grinberg lab\/ UCSF<\/span><\/a> La structure en forme de toile (centre de l\u2019image) est un agr\u00e9gat de plaques b\u00eata-amylo\u00efdes ; les structures en forme de flamme de bougie sont des enchev\u00eatrements neurofibrillaires<span class=\"media-credits\">Cathrine Petersen\/Lea T. Grinberg lab\/ UCSF<\/span><\/p><\/div>\n<p>Pour la psychiatre Paula Villela Nunes, professeure de la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Jundia\u00ed, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tude coordonn\u00e9e par Grinberg est importante parce qu\u2019elle montre que la d\u00e9pression chez la personne \u00e2g\u00e9e peut ne pas \u00eatre d\u2019origine primaire, caus\u00e9e par des facteurs sociaux ou environnementaux, mais r\u00e9sulter d\u2019une d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales\u00a0\u00bb. Cela ne signifie pas qu\u2019il serait plus facile de traiter ces personnes. Sp\u00e9cialiste en psychiatrie g\u00e9riatrique et chercheuse de l\u2019Institut de psychiatrie (IPq) de l\u2019USP, Villela Nunes \u00e9tudie l\u2019action de compos\u00e9s produits par le syst\u00e8me nerveux qui prot\u00e8gent le cerveau. Elle pense que la d\u00e9pression d\u00e9coulant de la maladie d\u2019Alzheimer r\u00e9pond moins bien aux antid\u00e9presseurs \u00e0 cause des l\u00e9sions d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives au niveau du cerveau\u00a0: \u00ab\u00a0traiter ces cas de d\u00e9pression est peut-\u00eatre un d\u00e9fi aussi grand que le traitement des d\u00e9mences\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une des premi\u00e8res structures du tronc c\u00e9r\u00e9bral affect\u00e9e par la maladie d\u2019Alzheimer est le <em>locus c\u0153ruleus<\/em>. Cette zone contient des neurones producteurs de noradr\u00e9naline, un neurotransmetteur qui contr\u00f4le l\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019attention, le stress et d\u2019autres r\u00e9actions au milieu. Des alt\u00e9rations de son fonctionnement peuvent entra\u00eener troubles du sommeil, anxi\u00e9t\u00e9, d\u00e9pression, alt\u00e9rations de la m\u00e9moire et inflammations associ\u00e9es aux l\u00e9sions neurologiques de la maladie d\u2019Alzheimer. Une autre structure affect\u00e9e dans les premiers stades de la maladie, et identifi\u00e9e par Grinberg et ses collaborateurs en 2009, est le noyau dorsal du raph\u00e9, un centre important de synth\u00e8se de la s\u00e9rotonine. Des changements au niveau de ce neurotransmetteur sont associ\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pression et \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les premiers stades de la maladie, ces structures pr\u00e9sentent seulement un des deux types de l\u00e9sions d\u00e9crites par Alois Alzheimer en 1906 \u2013 il a publi\u00e9 ses d\u00e9couvertes en 1907, l\u2019ann\u00e9e ou Oskar Fischer a rendu publiques ses propres donn\u00e9es. Lors d\u2019un congr\u00e8s psychiatrique dans la ville allemande de T\u00fcbingen, Alzheimer a \u00e9voqu\u00e9 le cas d\u2019Auguste Deter, une femme intern\u00e9e en 1901 suite \u00e0 une crise de parano\u00efa. Elle avait progressivement souffert de troubles du sommeil, de perte de m\u00e9moire, d\u2019agressivit\u00e9 et de confusion. Elle est morte cinq ans plus tard, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 50 ans, la couche la plus externe (cortex) du cerveau atteinte par deux types de l\u00e9sions connues plus tard sous le nom de plaques de prot\u00e9ine b\u00eata-amylo\u00efde et enchev\u00eatrements neurofibrillaires de la prot\u00e9ine tau \u2013 seule la derni\u00e8re appara\u00eet sur le <em>locus c\u0153ruleus<\/em> des cerveaux \u00e9valu\u00e9s par le groupe de l\u2019USP et de l\u2019UCSF.<\/p>\n<picture data-tablet=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-0-tablet.png\" data-tablet_size=\"1900x967\" alt=\"\">\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-0-desktop.png\" media=\"(min-width: 1920px)\" \/>\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-0-tablet.png\" media=\"(min-width: 1140px)\" \/>\n    <img decoding=\"async\" class=\"responsive-img\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-0-mobile.png\" \/>\n  <\/picture>\n<p>Des analyses r\u00e9centes de cerveaux <em>post mortem<\/em> et des exp\u00e9rimentations avec des souris g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es pour d\u00e9velopper les l\u00e9sions de la maladie d\u2019Alzheimer sugg\u00e8rent que les enchev\u00eatrements de la prot\u00e9ine tau sont les premi\u00e8res atteintes du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Dans des conditions normales, cette prot\u00e9ine joue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cellules le r\u00f4le d\u2019un fil qui maintient uni un faisceau de microtubules\u00a0: elle stabilise des ensembles de microtubules qui d\u00e9finissent l\u2019architecture cellulaire. Dans la maladie d\u2019Alzheimer, elle subit une alt\u00e9ration chimique et se d\u00e9sagr\u00e8ge en filaments qui forment des enchev\u00eatrements. Ils s\u2019accumulent de mani\u00e8re d\u00e9sordonn\u00e9e, portent pr\u00e9judice au fonctionnement de la cellule et parfois ils vont jusqu\u2019\u00e0 la tuer.<\/p>\n<p>De l\u2019avis du biochimiste Sergio Teixeira Ferreira, professeur de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ) et chercheur sur les causes de la maladie d\u2019Alzheimer, \u00ab\u00a0les enchev\u00eatrements sont les premi\u00e8res l\u00e9sions que les pathologistes r\u00e9ussissent \u00e0 observer, mais je pense que ce ne sont pas les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs\u00a0\u00bb. Comme d\u2019autres sp\u00e9cialistes, il situe l\u2019origine du probl\u00e8me \u00e0 la surface externe des cellules, dans la d\u00e9gradation anormale de la prot\u00e9ine pr\u00e9curseur du b\u00eata-amylo\u00efde, essentielle pour la survie des neurones. Diff\u00e9rents facteurs environnementaux \u2013 comme le tabagisme, le stress prolong\u00e9 ou la privation de sommeil \u2013 semblent favoriser le d\u00e9mant\u00e8lement inadapt\u00e9 de cette prot\u00e9ine, qui donne lieu \u00e0 des fragments appel\u00e9s peptides b\u00eata-amylo\u00efdes. Ces peptides tendent \u00e0 adh\u00e9rer les uns aux autres et \u00e0 former de longues fibres qui se regroupent dans les plaques b\u00eata-amylo\u00efde observ\u00e9es par Alzheimer dans le cerveau d\u2019Auguste Deter.<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1990, il a \u00e9t\u00e9 dit que l\u2019accumulation de ces plaques en dehors des cellules provoquerait la mort en masse des neurones. Mais les doutes n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 surgir. Il y avait des personnes avec beaucoup de plaques dans le cerveau et sans d\u00e9mence, et inversement. Au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, on a d\u00e9couvert que l\u2019effet le plus toxique serait plut\u00f4t provoqu\u00e9 par des accumulations plus petites\u00a0: les oligom\u00e8res b\u00eata-amylo\u00efdes, qui produiraient des dommages de mani\u00e8re directe et indirecte.<\/p>\n<picture data-tablet=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-1-tablet.png\" data-tablet_size=\"1900x1100\" alt=\"\">\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-1-desktop.png\" media=\"(min-width: 1920px)\" \/>\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-1-tablet.png\" media=\"(min-width: 1140px)\" \/>\n    <img decoding=\"async\" class=\"responsive-img\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/alzh-fr-1-mobile.png\" \/>\n  <\/picture>\n<p>Dans la premi\u00e8re situation, ils semblent bloquer les synapses (connexions entre les neurones) et entra\u00eenent l\u2019atrophie et la mort des cellules. Les oligom\u00e8res p\u00e9n\u00e8trent aussi dans les neurones, modifient la prot\u00e9ine tau et favorisent la formation des enchev\u00eatrements neurofibrillaires, \u00e9galement mortels pour les cellules. \u00c0 l\u2019UFRJ, Ferreira et la neuroscientifique Fernanda De Felice aident \u00e0 d\u00e9voiler la toxicit\u00e9 des oligom\u00e8res, qui peut \u00eatre en partie indirecte. \u00c0 partir d\u2019exp\u00e9rimentations avec des cellules et des animaux, ils ont montr\u00e9 que les oligom\u00e8res sont responsables d\u2019une r\u00e9action inflammatoire\u00a0: ils stimulent les microglies, les principales cellules de d\u00e9fense du syst\u00e8me nerveux central, pour qu\u2019elles produisent des cytokines tel que le facteur de n\u00e9crose tumoral alpha. Ce m\u00e9diateur inflammatoire rend les neurones plus sensibles \u00e0 l\u2019action des oligom\u00e8res.<\/p>\n<p>112 ann\u00e9es apr\u00e8s la caract\u00e9risation de la maladie d\u2019Alzheimer, des dizaines d\u2019\u00e9tudes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es et des dizaines de compos\u00e9s test\u00e9s pour tenter de stopper ou retarder la maladie. \u00c0 l\u2019heure actuelle, les sp\u00e9cialistes sont d\u2019avis qu\u2019il faut trouver le moyen d\u2019identifier les l\u00e9sions au d\u00e9but ou avant qu\u2019elles ne commencent (des examens d\u2019images sont en cours de d\u00e9veloppement pour d\u00e9tecter la pr\u00e9sence des oligom\u00e8res dans le cerveau) et utiliser des m\u00e9dicaments qui \u00e9vitent les dommages avant l\u2019apparition des signes cliniques de la maladie.<\/p>\n<p>En janvier 2018, 112 m\u00e9dicaments faisaient partie de l\u2019une des trois phases de tests cliniques sur des \u00eatres humains, le passage obligatoire avant d\u2019\u00eatre mis sur le march\u00e9. D\u2019apr\u00e8s une \u00e9valuation du neurologue Jeffrey Cummings de la Clinique nord-am\u00e9ricaine Cleveland, publi\u00e9e dans la revue <em>Alzheimer\u2019s &amp; Dementia<\/em>, 63 % sont des m\u00e9dicaments qui essaient de modifier le cours de la maladie. Ce sont en g\u00e9n\u00e9ral des anticorps, des mol\u00e9cules d\u2019origine biologique qui adh\u00e8rent aux peptides b\u00eata-amylo\u00efdes, \u00e0 la prot\u00e9ine tau ou aux deux, pour les neutraliser. Utilis\u00e9s aux stades avanc\u00e9s, ils sont peu efficaces, mais de plus en plus de tentatives proposent de les tester sur des personnes sans sympt\u00f4mes de la maladie d\u2019Alzheimer ou dont le risque de d\u00e9velopper la maladie est \u00e9lev\u00e9. Une de ces \u00e9tudes est men\u00e9e en Colombie par le neurologue Francisco Lopera, professeur de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Anti\u00f3quia. Avec ses collaborateurs, ils traitent avec l\u2019anticorps monoclonal crenezumab 100 individus d\u2019une famille porteuse d\u2019une alt\u00e9ration g\u00e9n\u00e9tique qui acc\u00e9l\u00e8re la production de b\u00eata-amylo\u00efde et provoque la d\u00e9mence avant 50 ans. Les participants prendront le m\u00e9dicament pendant cinq ans puis leurs r\u00e9sultats seront compar\u00e9s avec un groupe placebo\u00a0; les premi\u00e8res donn\u00e9es devraient sortir en 2002. Lopera a dit \u00e0 <em>Pesquisa Fapesp<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Avant de d\u00e9buter le traitement sur des personnes asymptomatiques, nous esp\u00e9rons avoir plus de succ\u00e8s avec la neutralisation de l\u2019amylo\u00efde. [\u2026] Il faut peut-\u00eatre aussi utiliser des anticorps pour bloquer la prot\u00e9ine tau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Trouver des traitements efficaces contre la maladie d\u2019Alzheimer est urgent. Les m\u00e9dicaments utilis\u00e9s pour retarder la perte de m\u00e9moire agissent sur le neurotransmetteur ac\u00e9tylcholine et augmentent l\u2019attention. N\u00e9anmoins, ils ne fonctionnent au maximum que quelques ann\u00e9es. En outre, la maladie devient de plus en plus fr\u00e9quente maintenant que les gens vivent plus longtemps. L\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 estime qu\u2019il existe pr\u00e8s de 50 millions de personnes atteintes de d\u00e9mence dans le monde, dont 60 \u00e0 80 % des cas provoqu\u00e9s par la maladie d\u2019Alzheimer. Ce nombre devrait tripler d\u2019ici 2050 (<em>cf. graphique<\/em>). S\u2019occuper de personnes atteintes de d\u00e9mence co\u00fbte 818 milliards de dollars US par an dans le monde selon le <em>World Alzheimer report 2015<\/em>, publi\u00e9 par l\u2019organisation non gouvernementale Alzheimer\u2019s Disease International. Au Br\u00e9sil, le traitement de chaque individu co\u00fbte en moyenne 16 500 dollars US par an selon les donn\u00e9es publi\u00e9es cette ann\u00e9e dans <em>Plos One<\/em> par les chercheurs de l\u2019USP, de l\u2019Universit\u00e9 de Taubat\u00e9 et de l\u2019H\u00f4pital Santa Marcelina. Des calculs approximatifs sugg\u00e8rent qu\u2019il y aurait 1,2 millions de personnes atteintes de d\u00e9mence dans le pays et que 100 000 cas apparaissent chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"bibliografia separador-bibliografia\"><strong>Projet<\/strong><br \/>\nDiagnostic nosologique de d\u00e9mence chez la population br\u00e9silienne (<a href=\"https:\/\/bv.fapesp.br\/pt\/auxilios\/22505\/diagnostico-nosologico-de-demencia-em-populacao-brasileira\/?q=06\/55318-1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">n\u00b006\/55318-1<\/a>) ; <strong>Modalit\u00e9<\/strong> Aide \u00e0 la recherche\u00a0\u2013 R\u00e9guli\u00e8re ; <strong>Chercheur Responsable<\/strong> Ricardo Nitrini (USP) ; <strong>Investissement<\/strong>\u00a0123 173,15 reais BRL.<\/p>\n<p class=\"bibliografia\"><strong>Article scientifique<\/strong><br \/>\nEhrenberg, A. J. <em>et alii<\/em>. \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/content.iospress.com\/articles\/journal-of-alzheimers-disease\/jad180688\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Neuropathologic correlates of psychiatric symptoms in Alzheimer\u2019s disease<\/a>\u00a0\u00bb, <strong>Journal of Alzheimer\u2019s Disease<\/strong>, v. 66, n\u00b01, pp. 115-126, 16 oct. 2018.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Des probl\u00e8mes psychiatriques peuvent repr\u00e9senter les premiers signes de la maladie d\u2019Alzheimer","protected":false},"author":16,"featured_media":310850,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1177],"tags":[],"coauthors":[105],"class_list":["post-310845","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-couverture","position_at_home-sumario"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/310845","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=310845"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/310845\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":311597,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/310845\/revisions\/311597"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/310850"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=310845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=310845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=310845"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=310845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}