{"id":311345,"date":"2019-11-14T11:19:57","date_gmt":"2019-11-14T14:19:57","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=311345"},"modified":"2019-11-14T11:19:57","modified_gmt":"2019-11-14T14:19:57","slug":"etoiles-hors-du-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/etoiles-hors-du-commun\/","title":{"rendered":"\u00c9toiles hors du commun"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019astronome br\u00e9silien Roberto Kalbusch Saito cherchait des \u00e9toiles dont la luminosit\u00e9 augmente pendant des p\u00e9riodes r\u00e9guli\u00e8res, des astres importants pour d\u00e9terminer les distances dans la galaxie, quand il a rencontr\u00e9 un objet au comportement inusit\u00e9, qu\u2019il ne sait pas encore expliquer. D\u00e9crit dans un article publi\u00e9 en novembre 2018 dans <em>Monthly Notices of the Royal Astronomical Society<\/em>, l\u2019astre \u00e9nigmatique a re\u00e7u le nom de WIT-07. Les trois lettres sont l\u2019abr\u00e9viation de <em>what it this<\/em>, phrase en anglais qui signifie <em>Qu\u2019est-ce que c\u2019est que \u00e7a\u00a0?<\/em> Le nombre indique qu\u2019il est le septi\u00e8me objet au comportement inattendu parmi les pr\u00e8s de 800 millions observ\u00e9s de 2010 \u00e0 2018 par le t\u00e9lescope Vista au Chili, qui r\u00e9alise une cartographie tridimensionnelle haute d\u00e9finition du centre de la Voie lact\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur les sept objets \u00e0 luminosit\u00e9 variable d\u00e9tect\u00e9s par le Vista, six ont pr\u00e9sent\u00e9 une augmentation initiale de l\u2019\u00e9mission de lumi\u00e8re puis se sont estomp\u00e9s, ce qui a conduit l\u2019astronome de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina (UFSC) et ses collaborateurs \u00e0 imaginer qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019\u00e9toiles victimes d\u2019\u00e9ruptions. La WIT-01 a \u00e9t\u00e9 une exception. Apr\u00e8s avoir brill\u00e9 davantage, elle n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e et a sans doute subi une mort explosive, de laquelle il ne resterait qu\u2019une \u00e9toile quasiment \u00e9teinte. Quant \u00e0 la WIT-07, elle s\u2019est comport\u00e9e diff\u00e9remment\u00a0: au lieu de briller plus, elle devenait sombre de temps en temps, comme si un corps dense passait devant elle et bloquait la diffusion d\u2019une partie de sa lumi\u00e8re vers la Terre.<\/p>\n<p>Saito et ses collaborateurs ont constat\u00e9 que les \u00e9clipses subies par la WIT-07 \u00e9taient irr\u00e9guli\u00e8res et les r\u00e9ductions de luminosit\u00e9 variables et d\u2019une fr\u00e9quence inconstante. Provoqu\u00e9es par le passage d\u2019une plan\u00e8te devant une \u00e9toile ou d\u2019une \u00e9toile plus petite devant la principale, les \u00e9clipses stellaires ont habituellement une p\u00e9riodicit\u00e9 fixe et sont facilement reconnaissables sur des graphiques appel\u00e9s courbes de lumi\u00e8re, qui montrent comment la luminosit\u00e9 varie avec le temps. Chaque \u00e9clipse entra\u00eene une diminution de la lumi\u00e8re qui arrive sur la Terre, suivie d\u2019une augmentation de la luminosit\u00e9 de m\u00eame dur\u00e9e et intensit\u00e9. \u00ab\u00a0Le passage d\u2019un corps sph\u00e9rique, comme une plan\u00e8te, devant une \u00e9toile g\u00e9n\u00e8re un graphique en forme de U\u00a0\u00bb, explique Saito.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas ce qui se produit avec la WIT-07. Observ\u00e9e 85 fois en huit ans, cette \u00e9toile apparemment plus vieille que le Soleil et de masse inconnue s\u2019est \u00e9teinte au moins quatre fois, avec des intensit\u00e9s et des dur\u00e9es diff\u00e9rentes. La plus longue a eu lieu en 2012.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du mois de mai de cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019\u00e9toile a commenc\u00e9 \u00e0 perdre lentement sa luminosit\u00e9 sur une p\u00e9riode de 48 jours. En juillet, elle a pr\u00e9sent\u00e9 une r\u00e9duction abrupte de 80 % de sa luminosit\u00e9 pendant 11 jours. \u00c0 la fin de l\u2019\u00e9clipse, il ne lui a fallu que quelques jours pour briller comme avant. Saito raconte que \u00ab\u00a0la WIT-07 est une des \u00e9toiles qui ne rentrent dans aucune cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9toile \u00e0 luminosit\u00e9 variable\u00a0\u00bb. L\u2019astronome ne se risque pas \u00e0 fournir une explication d\u00e9taill\u00e9e sur la cause des \u00e9clipses. Il pourrait s\u2019agir des restes d\u2019un syst\u00e8me plan\u00e9taire r\u00e9cemment form\u00e9, d&#8217;accumulations de poussi\u00e8re lib\u00e9r\u00e9es par une \u00e9toile de petite masse ou des fragments d\u2019une plan\u00e8te victime d\u2019une collision r\u00e9cente\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne savons pas ce que nous voyons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_311354\" style=\"max-width: 810px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-311354 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"564\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px.jpg 800w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px-250x176.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px-700x494.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/066-067_Astro_274-1-800px-120x85.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">SAITO, R. K. <em>et alii<\/em>. MNRAS. 2019<\/span><\/a> Et l\u2019\u00e9toile WIT-07 (<em>ci-dessus, au centre de l\u2019image<\/em>)<span class=\"media-credits\">SAITO, R. K. <em>et alii<\/em>. MNRAS. 2019<\/span><\/p><\/div>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, seules deux autres \u00e9toiles ont pr\u00e9sent\u00e9 un comportement similaire. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite en 2012 par l\u2019astronome nord-am\u00e9ricain Eric Mamajek, professeur de l\u2019Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Rochester. Alors qu\u2019il travaillait au Chili, Mamajek a analys\u00e9 les donn\u00e9es du Superwasp, utilis\u00e9 pour d\u00e9tecter des exoplan\u00e8tes, et identifi\u00e9 l\u2019\u00e9clipse irr\u00e9guli\u00e8re d\u2019une \u00e9toile dont la masse est semblable \u00e0 celle du Soleil, mais cependant beaucoup plus jeune\u00a0: la Swasp J140747.93-394542.6, ou simplement J1407. Avec 16 millions d\u2019ann\u00e9es et \u00e0 420 ann\u00e9es-lumi\u00e8re de la Terre, l\u2019\u00e9toile s\u2019est \u00e9teinte plusieurs jours au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2007. L\u2019\u00e9v\u00e9nement a culmin\u00e9 en avril avec une r\u00e9duction de luminosit\u00e9 de l\u2019ordre de 95 %. Dans l\u2019article publi\u00e9 dans <em>The Astronomical Journal,<\/em> Mamajek et ses collaborateurs supposent que cela est d\u00fb au passage d\u2019une plan\u00e8te aux anneaux beaucoup plus larges et denses que ceux de Saturne devant la J1407.<\/p>\n<p>Trois ans plus tard, l\u2019astronome nord-am\u00e9ricaine Tabetha Boyajian a pr\u00e9sent\u00e9 une autre \u00e9toile hors du commun. En stage de postdoctorat \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 nord-am\u00e9ricaine de Yale, elle a eu acc\u00e8s aux donn\u00e9es de quatre ans d\u2019observations du satellite Kepler de la Nasa, qui recherchait des plan\u00e8tes similaires \u00e0 la Terre parmi 150 000 \u00e9toiles. Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019analyse automatique de donn\u00e9es, Boyajian mais aussi des chercheurs des \u00c9tats-Unis, d\u2019Europe et pr\u00e8s de<br \/>\n3 000 astronomes amateurs ont revu une \u00e0 une les courbes de lumi\u00e8re obtenues avec Kepler. L\u2019une d\u2019elles se distinguait des autres. Elle montrait 10 occultations d\u2019une \u00e9toile similaire au Soleil et situ\u00e9e dans la constellation du Cygne, \u00e0 1\u00a0470 ann\u00e9es-lumi\u00e8re de la Terre.<\/p>\n<p>Les \u00e9clipses de cette \u00e9toile \u2013 la KIC 8462852, surnomm\u00e9e Tabby star \u2013 pr\u00e9sentaient aussi une dur\u00e9e variable et une perte de luminosit\u00e9 qui oscillait entre 0,5 % et 22 %. Si la plupart des occultations ont \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9es par une plan\u00e8te, elle doit \u00eatre 1 000 fois plus grande que la Terre, a dit Boyajian lors d\u2019une conf\u00e9rence TED en 2016 \u2013 Tabetha Boyajian est aujourd\u2019hui professeure de l\u2019Universit\u00e9 Publique de Louisiane, aux \u00c9tats-Unis. Dans l\u2019article d\u00e9crivant les occultations et publi\u00e9 en 2015 dans <em>Monthly Notices of the Royal Astronomical Society<\/em>, les auteurs ont avanc\u00e9 plusieurs interpr\u00e9tations. Les plus plausibles seraient le passage d\u2019un essaim de centaines de milliers de com\u00e8tes devant Tabby star ou de fragments lib\u00e9r\u00e9s par la rupture d\u2019un corps rocheux d\u2019au moins 100 kms de diam\u00e8tre.<\/p>\n<p>L\u2019astronome br\u00e9silien M\u00e1rcio Catelan, professeur de l\u2019Universit\u00e9 catholique pontificale du Chili et coauteur de l\u2019\u00e9tude qui d\u00e9crit la WIT-07 affirme\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame s\u2019il existe beaucoup d\u2019\u00e9toiles \u00e0 luminosit\u00e9 variable, je ne connais pas d\u2019autres cas pr\u00e9sentant le m\u00eame type de variation que ces trois \u00e9toiles. [\u2026] Je pense que ce sont seulement les premiers d\u2019une nouvelle classe d\u2019objets variables, qui pourrait \u00eatre baptis\u00e9e Tabby-Bobby-Mamajek stars\u00a0\u00bb. On s\u2019attend \u00e0 rencontrer d\u2019autres objets dans les relev\u00e9s qui commenceront dans la prochaine d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, on ne sait pas jusqu\u2019\u00e0 quel point la WIT-07 est diff\u00e9rente des deux autres \u00e9toiles. Dans un courriel envoy\u00e9 \u00e0 <em>Pesquisa FAPESP<\/em>, Tabetha Boyajian dit qu\u2019\u00ab\u00a0il y a encore peu d\u2019informations sur la WIT-07\u00a0\u00bb. \u00c9galement via courriel, Mamajek \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Elle semble \u00eatre plus chaude et d\u2019une masse plus grande que les deux autres, mais on ne sait pas si elle est plus jeune, plus vieille ou du m\u00eame \u00e2ge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"bibliografia separador-bibliografia\"><strong>Article scientifique<\/strong><br \/>\nSAITO, R. K. <em>et alii<\/em>. \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/mnras\/article-abstract\/482\/4\/5000\/5162859\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">VVV-WIT-07 : Another Boyajian\u2019s star or a Mamajek\u2019s object?<\/a>\u00a0\u00bb, <strong>Monthly Notices of the Royal Astronomical Society<\/strong>, v. 482, n. 4, pp. 5000-9, 1<sup>er<\/sup> f\u00e9v. 2019.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"D\u00e9couvertes au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des \u00e9toiles \u00e0 luminosit\u00e9 variable intriguent les chercheurs","protected":false},"author":16,"featured_media":311350,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1180],"tags":[],"coauthors":[105],"class_list":["post-311345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=311345"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311345\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":311358,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311345\/revisions\/311358"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/311350"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=311345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=311345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=311345"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=311345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}