{"id":311607,"date":"2019-11-14T11:26:36","date_gmt":"2019-11-14T14:26:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=311607"},"modified":"2019-11-14T11:26:36","modified_gmt":"2019-11-14T14:26:36","slug":"pour-la-survie-des-langues-amerindiennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/pour-la-survie-des-langues-amerindiennes\/","title":{"rendered":"Pour la survie des langues am\u00e9rindiennes"},"content":{"rendered":"<p>Les langues am\u00e9rindiennes parl\u00e9es dans le pays, environ 170, constituent aujourd\u2019hui un objet de recherche important dans le domaine de la linguistique. Il s\u2019agit d\u2019une lutte contre le temps. Devant leur risque de disparition dans les 50 \u00e0 100 ans \u00e0 venir, des linguistiques s\u2019efforcent de les enregistrer et de travailler pour garantir leur survie. \u00c0 travers des manuels scolaires, des dictionnaires, des sites Internet en langue am\u00e9rindienne et des <em>corpus<\/em> linguistiques num\u00e9riques, une g\u00e9n\u00e9ration de chercheurs qui travaille sur le sujet depuis les ann\u00e9es 1990 propose des contributions qui r\u00e9pondent en m\u00eame temps \u00e0 des exigences scientifiques du domaine et \u00e0 des objectifs sociaux.<\/p>\n<p>Professeure de linguistique de la Facult\u00e9 de Philosophie, lettres et sciences humaines de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (FFLCH-USP), Luciana Storto affirme que \u00ab\u00a0nous avons perdu une grande diversit\u00e9 et nous allons encore en perdre davantage\u00a0\u00bb. Avant la colonisation, plus de 1 000 langues autochtones \u00e9taient parl\u00e9es dans le pays. Malgr\u00e9 tout, le Br\u00e9sil est reconnu mondialement pour la multiplicit\u00e9 de ses langues\u00a0: il y a 37 familles ou sous-familles linguistiques (macro-j\u00ea et tupi sont les plus grands groupes), plus huit autres langues isol\u00e9es (c\u2019est-\u00e0-dire non reli\u00e9es \u00e0 aucune autre).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es de l\u2019Institut br\u00e9silien de g\u00e9ographie et statistiques (IBGE) indiquent que la population am\u00e9rindienne dans le pays a augment\u00e9\u00a0: elle est actuellement de 896\u00a0917 individus. Par contre, ils sont de moins en moins \u00e0 parler ces langues\u00a0: 434 664 sont capables de les utiliser. Si beaucoup de peuples ne vivent pas sur des terres am\u00e9rindiennes, la plupart de ceux qui parlent des langues am\u00e9rindiennes vivent sur des surfaces d\u00e9limit\u00e9es, qui occupent 13 % du territoire br\u00e9silien et favorisent la pr\u00e9servation de la langue et de la culture de ces ethnies. Dans le livre <em>L\u00ednguas ind\u00edgenas\u00a0: Tradi\u00e7\u00e3o, universais e diversidade<\/em> [Langues am\u00e9rindiennes\u00a0: tradition, universels et diversit\u00e9] pr\u00e9vu pour 2019, Storto explique que si l\u2019aide au niveau de la sant\u00e9 et de l\u2019alimentation s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e parmi les peuples am\u00e9rindiens, le \u00ab\u00a0pr\u00e9jug\u00e9 historique\u00a0\u00bb a conduit beaucoup \u00e0 abandonner leur langue et \u00e0 penser que c\u2019\u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable pour apprendre \u00e0 parler couramment la langue portugaise.<\/p>\n<p>Pour les langues de transmission orale, les cons\u00e9quences de ce processus sont d\u00e9sastreuses. \u00ab\u00a0La connaissance est pass\u00e9e de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration essentiellement \u00e0 travers des r\u00e9cits racont\u00e9s par les plus anciens et les plus exp\u00e9riment\u00e9s aux plus jeunes\u00a0\u00bb, observe Storto. Quand les plus vieux cessent d\u2019utiliser une langue et que les enfants cessent de l\u2019apprendre, elle est amen\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre. L\u2019\u00e9cole pourrait intervenir sur ce processus, malheureusement elle n\u2019en est pas toujours capable. Bien que l\u2019enseignement am\u00e9rindien b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une autonomie l\u00e9galement garantie depuis 1999, il n\u2019existe pas de projet \u00e9ducatif structur\u00e9 \u2013 chaque ethnie doit se charger de concevoir le sien. Avec peu de professionnels am\u00e9rindiens form\u00e9s \u00e0 cette t\u00e2che, les communaut\u00e9s d\u00e9pendent d\u2019une collaboration sp\u00e9cialis\u00e9e pour d\u00e9velopper des mat\u00e9riels sp\u00e9cifiques d\u2019enseignement de leur langue.<\/p>\n<p>Le travail du linguiste avec les communaut\u00e9s am\u00e9rindiennes est vaste et d\u00e9bute presque toujours par la description de la langue sous ses nombreux aspects\u00a0: les sons et leurs combinaisons, les mots et leur composition, les phrases et leurs formations, la langue dans son utilisation. Une premi\u00e8re synth\u00e8se de ces connaissances donne lieu \u00e0 des travaux th\u00e9oriques qui peuvent par exemple prendre la forme d\u2019une grammaire. C\u2019est ce qu\u2019a r\u00e9alis\u00e9 Storto dans sa th\u00e8se de doctorat soutenue au Massachusetts Institute of Technology (IMT), aux \u00c9tats-Unis. Elle a travaill\u00e9 sur le karitiana, la langue d\u2019une communaut\u00e9 qui vit dans une zone situ\u00e9e \u00e0 Porto Velho (\u00e9tat br\u00e9silien de Rond\u00f4nia).<\/p>\n<blockquote><p>La production de mat\u00e9riel pour les communaut\u00e9s est une mani\u00e8re de r\u00e9tribuer la contribution des Am\u00e9rindiens<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Filomena Sandalo, professeure de linguistique de l\u2019Institut des \u00c9tudes sur le langage de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de Campinas (IEL-Campinas), \u00ab\u00a0il n\u2019est pas rare que ce soit la premi\u00e8re approche, parce que toute langue a une logique et parce que les linguistes ont une technique pour extraire cette logique et \u00e9crire des grammaires\u00a0\u00bb. Chercheuse en la mati\u00e8re depuis plus de 25 ans, elle a aussi propos\u00e9 une grammaire dans sa th\u00e8se de doctorat soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Pittsburgh. Son travail portait sur le kadiw\u00e9u, une langue parl\u00e9e par la communaut\u00e9 am\u00e9rindienne du m\u00eame nom et dont les terres se situent dans l\u2019\u00e9tat du Mato Grosso.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la description, qui est aussi une mani\u00e8re de conna\u00eetre et de dominer la langue, le travail peut se d\u00e9velopper dans diff\u00e9rentes directions. Celui de Sandalo a emprunt\u00e9 une trajectoire peu commune parce qu\u2019il se subordonne \u00e0 des discussions th\u00e9oriques dans le champ du g\u00e9n\u00e9rativisme. Pr\u00e9sent\u00e9 par le linguiste et philosophe \u00e9tasunien Noam Chomsky \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, le g\u00e9n\u00e9rativisme d\u00e9crit et explique de mani\u00e8re abstraite le langage, entendu comme une capacit\u00e9 inn\u00e9e du cerveau humain. Sandalo a r\u00e9alis\u00e9 \u00ab\u00a0une grammaire atypique si l\u2019on compare \u00e0 ceux qui travaillent sur la documentation des langues am\u00e9rindiennes. [\u2026]. Le th\u00e8me que je recherche, ce sont les universels du langage. Ce qui caract\u00e9rise le langage humain ind\u00e9pendamment de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>Corpus<\/em> num\u00e9rique et site Internet<\/strong><br \/>\nUne partie du projet \u00ab\u00a0Fronti\u00e8res et asym\u00e9tries en phonologie et morphologie\u00a0\u00bb, qui propose des exp\u00e9rimentations avec le kadiw\u00e9u et le portugais pour r\u00e9fl\u00e9chir sur la th\u00e9orie linguistique, a \u00e9t\u00e9 de cr\u00e9er un <em>corpus<\/em> num\u00e9rique de cette langue am\u00e9rindienne. Coordonn\u00e9 par Sandalo et disponible sur le site du Projet Tycho Brahe de l\u2019Unicamp, le <em>corpus<\/em> r\u00e9unit certains r\u00e9cits de ce peuple sous forme de documents sonores et \u00e9crits. En plus d\u2019une analyse morphologique, chaque mot est traduit (les annotations d\u2019un texte pour expliquer, par exemple, le sens d\u2019un mot sont appel\u00e9es par les linguistes des \u00ab\u00a0gloses\u00a0\u00bb). L\u2019objectif est double\u00a0: servir aussi bien pour les recherches linguistiques que pour l\u2019utilisation scolaire. \u00ab\u00a0Le <em>corpus<\/em> est aussi un m\u00e9canisme de pr\u00e9servation de langues\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise la coordonnatrice du projet.<\/p>\n<p>Dans le domaine des recherches th\u00e9oriques, la production de mat\u00e9riel pour une utilisation au sein des communaut\u00e9s est vue comme une mani\u00e8re de r\u00e9tribuer la contribution des am\u00e9rindiens. Selon Storto, \u00ab\u00a0c\u2019est un gros travail que de r\u00e9unir des textes, des phrases, et nous avons besoin qu\u2019ils nous aident tout le temps pour les traductions. En \u00e9change, nous produisons un mat\u00e9riel didactique, une orthographe, un projet de documentation\u00a0\u00bb. De tels projets ont une valeur importante pour les communaut\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Si elle est montr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole, la vid\u00e9o d\u2019a\u00efeuls en train de parler la langue, par exemple, est utile en tant que m\u00e9moire de la connaissance traditionnelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div><div class='overflow-responsive-img' style='text-align:center'><picture data-tablet=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/indig-fr-0-tablet.jpg\" data-tablet_size=\"1900x1717\" alt=\"\">\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/indig-fr-0-desktop.jpg\" media=\"(min-width: 1920px)\" \/>\n    <source srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/indig-fr-0-tablet.jpg\" media=\"(min-width: 1140px)\" \/>\n    <img decoding=\"async\" class=\"responsive-img\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/indig-fr-0-mobile.jpg\" \/>\n  <\/picture><\/div><div class=\"post-content sequence\">\n<p>Devant l\u2019importance de l\u2019\u00e9criture pour la culture occidentale, le fait que les langues am\u00e9rindiennes ne poss\u00e8dent pas de signes graphiques les rend plus vuln\u00e9rables. C\u2019est pourquoi la proposition de l\u2019orthographe fait souvent partie du travail du linguiste qui \u00e9tablit l\u2019alphabet et les r\u00e8gles pour son utilisation. C\u2019est ce qu\u2019a fait Wilmar D\u2019Angelis au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 dans un travail r\u00e9alis\u00e9 conjointement avec les am\u00e9rindiens Kaingang de l\u2019ouest de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo \u2013 une ethnie avec laquelle il collabore depuis pr\u00e8s de quarante ans, au d\u00e9but comme indig\u00e9niste et ensuite comme linguiste. Dans un processus participatif, la communaut\u00e9 et le chercheur ont adapt\u00e9 une orthographe \u00e9labor\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960 pour les Kaingang du sud du pays. D\u00e9fenseur et cr\u00e9ateur de projets inclusifs, D\u2019Angelis insiste sur l\u2019importance de la visibilit\u00e9 de la langue am\u00e9rindienne dans des communaut\u00e9s o\u00f9 la technologie est pr\u00e9sente\u00a0: ne pas voir sa propre langue sur Internet, \u00ab\u00a0dans ce qui semble \u00eatre pour les Am\u00e9rindiens le plus grand espace de diffusion et de circulation d\u2019id\u00e9es et d\u2019informations\u00a0\u00bb, peut les amener \u00e0 croire que les langues autochtones n\u2019ont pas de fonction dans le monde r\u00e9el, qu\u2019elles n\u2019ont de la valeur que comme folklore. C\u2019est pour cela que le chercheur juge fondamental la cr\u00e9ation de contextes o\u00f9 la langue soit vraiment utilis\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est cette pens\u00e9e qui a guid\u00e9 la cr\u00e9ation, en 2008, du Kanhg\u00e1g J\u00f3go\u00a0: le premier site Internet totalement en langue am\u00e9rindienne au Br\u00e9sil, fruit de la collaboration du groupe de recherche de D\u2019Angelis et de membres des communaut\u00e9s Kaingang de l\u2019\u00e9tat du Rio Grande do Sul \u2013 une collaboration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ensuite avec d\u2019autres ethnies. Pour D\u2019Angelis, ne pas rendre possible l\u2019utilisation de la technologie comme outil au service de la langue am\u00e9rindienne \u00e9quivaudrait \u00e0 emmener un frigo dans le village et ne permettre d\u2019y garder que les aliments venus de ville, et pas ceux produits localement.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9cup\u00e9ration d\u2019informations<\/strong><br \/>\nAvec des \u00e9tudiants du groupe de recherche InDIOMAS, le professeur de l\u2019Unicamp r\u00e9alise des projets auxquels participent des membres de diff\u00e9rentes communaut\u00e9s am\u00e9rindiennes. Pour \u00e9viter que des langues cessent d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es, comme les nhandewa-guarani, krenak et kaingang de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo, par exemple, les chercheurs r\u00e9cup\u00e8rent l\u2019information linguistique, organisent des ateliers de formation de professeurs et produisent du mat\u00e9riel pour l\u2019enseignement de la langue. Le groupe est en train de finaliser le second volume du livre <em>Li\u00e7\u00f5es de gram\u00e1tica nhandewa-guarani<\/em> [Le\u00e7ons de grammaire nhandewa-guarani] et va publier en 2019, \u00e0 la demande de la communaut\u00e9 elle-m\u00eame, un dictionnaire scolaire du kaingang de l\u2019\u00e9tat de S\u00e3o Paulo. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019ouvrages qui indiquent des termes en portugais et leur correspondant dans la langue autochtone (et qui, selon D\u2019Angelis, seraient consult\u00e9s par un Am\u00e9rindien pour chaque 100 non Am\u00e9rindiens), le dictionnaire propose de montrer ce que signifient les termes dans la culture kaingang. Un des d\u00e9fis de sa r\u00e9alisation a \u00e9t\u00e9 d\u2019encourager les quelques usagers restants \u00e0 se rem\u00e9morer des termes qu\u2019ils n\u2019utilisent plus parce que li\u00e9s \u00e0 des situations ou \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments qui n\u2019existent plus, comme des animaux que l\u2019on ne rencontre plus ou des coutumes qui ne sont plus pratiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Les travaux de Cristina Fargetti, professeure de linguistique de la Facult\u00e9 de sciences et lettres de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de S\u00e3o Paulo J\u00falio Mesquito Filho (FCL-Unesp, campus Araraquara), vont aussi \u00e0 contre-courant des propositions qui pr\u00e9sentent la culture am\u00e9rindienne \u00e0 partir du regard occidental. Elle d\u00e9veloppe depuis 2010 un vocabulaire juruna. Au lieu de traduire des termes comme \u00ab\u00a0neige\u00a0\u00bb pour une culture qui ne poss\u00e8de pas ce concept, elle demande aux Juruna comment ils voient leur propre r\u00e9alit\u00e9. Pour une entr\u00e9e sur un oiseau en particulier, la traduction en portugais s\u2019accompagne d\u2019informations sur ses liens avec un mythe ou une chanson, ou encore sur les connotations de son chant.<\/p>\n<div id=\"attachment_311612\" style=\"max-width: 2290px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-311612 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1.jpg\" alt=\"\" width=\"2280\" height=\"1526\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1.jpg 2280w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1-700x469.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/084-087_L\u00ednguas-ind\u00edgenas_273_2280px-1-120x80.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 2280px) 100vw, 2280px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Valter Campanato\/ ABR<\/span><\/a> Des Am\u00e9rindiens de Cacoal, \u00e9tat de Rond\u00f4nia, des ethnies Suru\u00ed, Cinta-Larga et Karitiana, participent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de remise de tablettes<span class=\"media-credits\">Valter Campanato\/ ABR<\/span><\/p><\/div>\n<p><strong>Production litt\u00e9raire<\/strong><br \/>\nLe travail de Fargetti avec la communaut\u00e9 du Parc am\u00e9rindien du Xingu (\u00e9tat du Mato Grosso) a d\u00e9but\u00e9 il y a pr\u00e8s de 30 ans, \u00e0 l\u2019occasion des recherches r\u00e9alis\u00e9es dans le cadre du master. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la langue juruna ne poss\u00e9dait pas de registre \u00e9crit, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une liste de mots signal\u00e9s par des voyages et quelques scientifiques. Quelques ann\u00e9es plus tard, la participation \u00e0 un projet de formation de professeurs am\u00e9rindiens a abouti \u00e0 la proposition d\u2019une orthographe juruna\u00a0; des membres de la communaut\u00e9 ont r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 des solutions pour une \u00e9criture capable de faciliter son utilisation. Actuelle coordinatrice du Linbra (Groupe de recherche sur les langues am\u00e9rindiennes br\u00e9siliennes), Cristina Fargetti observe qu\u2019\u00ab\u00a0aujourd\u2019hui, beaucoup de jeunes \u00e9crivent dans leur propre langue, et ils tapent tr\u00e8s vite sur leur clavier. C\u2019est le signe que la langue a du sens, des fonctions, et qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent utiliser le juruna plut\u00f4t que le portugais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour les Juruna, la valorisation de la culture est une r\u00e9alit\u00e9 bas\u00e9e sur l\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 la langue [<em>voir encadr\u00e9<\/em>]. Si \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 ils \u00e9taient une cinquantaine, aujourd\u2019hui ils sont plus de 500 \u00e0 parler la langue autochtone. Le portugais est seulement utilis\u00e9 avec les non Am\u00e9rindiens ou les visiteurs d\u2019autres ethnies. Fargetti constate que l\u2019apprentissage de l\u2019\u00e9criture juruna a amen\u00e9 les plus jeunes \u00e0 s\u2019int\u00e9resser davantage aux histoires et aux mythes racont\u00e9s par les anciens\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont d\u00e9couvert que les histoires \u00e9crites \u00e9taient toujours des r\u00e9ductions, des adaptations de ce qui est vivant et dynamique dans la parole\u00a0; partant de l\u00e0, on a aussi commenc\u00e9 \u00e0 valoriser la parole\u00a0\u00bb. L\u2019existence d\u2019une litt\u00e9rature produite en juruna, et plus sp\u00e9cifiquement en vers, est \u00e9galement un point tr\u00e8s positif\u00a0: \u00ab\u00a0Les po\u00e8tes n\u2019annoncent jamais la mort de leur langue, mais sa grande vitalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Luciana Storto, les Karitiana valorisent aussi leur propre culture depuis quelques d\u00e9cennies, avec l\u2019ascension progressive de leaderships dans la communaut\u00e9. Depuis 1991 environ, des leaders et des professeurs sont remplac\u00e9s par des membres de la communaut\u00e9 qui s\u2019autog\u00e8re et lutte pour offrir dans son propre village tout l\u2019enseignement du primaire et du coll\u00e8ge\u00a0: \u00ab\u00a0La tendance est de devenir autosuffisants, mais sans isolement. [\u2026] Les personnes surfent sur Internet, \u00e9tudient, veulent travailler. Il n\u2019est pas possible d\u2019arr\u00eater le temps. L\u2019id\u00e9al est qu\u2019ils apportent la diversit\u00e9 et les sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs cultures aux professions qu\u2019ils vont exercer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p>La production litt\u00e9raire est un indicateur de la vitalit\u00e9 de la langue et motif de c\u00e9l\u00e9bration<\/p><\/blockquote>\n<div class=\"box\"><strong>Pr\u00e9servation depuis l\u2019enfance<\/strong><\/p>\n<p>Quand elle a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par les Juruna pour enregistrer leurs berceuses, Cristina Fargetti a \u00e9t\u00e9 surprise\u00a0: quelques ann\u00e9es auparavant, elle avait demand\u00e9 aux membres de la communaut\u00e9 si les femmes avaient l\u2019habitude de chanter le soir \u00e0 leurs enfants. La r\u00e9ponse avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9gative. \u00ab\u00a0Qui ne pose pas la bonne question ne re\u00e7oit pas la bonne r\u00e9ponse\u00a0\u00bb, dit-elle aujourd\u2019hui apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert que la tradition existe bel et bien, mais que les berceuses ne peuvent \u00eatre chant\u00e9es que pendant la journ\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 16 heures environ. Les Juruna pensent que le sommeil emporte temporairement l\u2019\u00e2me des personnes loin du corps. Si elles \u00e9taient chant\u00e9es le soir, ces chansons \u00e9loigneraient l\u2019\u00e2me rapidement. Pouss\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, elle n\u2019arriverait pas \u00e0 revenir et entra\u00eenerait la maladie, voire m\u00eame la mort de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de la recherche, qui avait pour objectif de revitaliser cette tradition de la communaut\u00e9 am\u00e9rindienne, se trouve dans <em>Fala de bicho, fala de gente \u2013 Cantigas de ninar do povo juruna<\/em> [Parole d\u2019animal, parole de gens \u2013 Berceuses du peuple juruna] (\u00e9ditions Sesc). Le livre propose une \u00e9tude compl\u00e8te du genre en le comparant \u00e0 des chansons portugaises et br\u00e9siliennes, analyse leur sens pour les Juruna et offre une transcription et une traduction contextualis\u00e9e de 49 berceuses. Le r\u00e9pertoire musical vari\u00e9 de cette ethnie est \u00e9galement l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude men\u00e9e par la chercheuse et compositrice Marlui Miranda, qui signe la transcription des chansons r\u00e9unies par Fargetti et reproduites sur un CD accompagnant l\u2019ouvrage. Il y a aussi des discussions sur l\u2019humour chez les Juruna et sur la mani\u00e8re dont ils voient les diff\u00e9rences entre les humains et les animaux \u2013 des aspects importants pour comprendre les chansons et obtenir des connaissances linguistiques et anthropologiques sp\u00e9cifiques.<\/div>\n<p class=\"bibliografia separador-bibliografia\"><strong>Projets<\/strong><br \/>\n<strong>1<\/strong>. Contact et changement linguistique dans la r\u00e9gion du Alto Rio Negro (<a href=\"https:\/\/bv.fapesp.br\/pt\/auxilios\/90404\/contato-e-mudanca-linguistica-no-alto-rio-negro\/?q=14\/50764-0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">n\u00b0 14\/50764-0<\/a>) ; <strong>Modalit\u00e9<\/strong> Aide \u00e0 la Recherche \u2013 R\u00e9guli\u00e8re ; <strong>Chercheuse responsable<\/strong> Luciana Raccanello Storto (USP) ; <strong>Investissement<\/strong> 66 326,29 reais BRL.<br \/>\n<strong>2.<\/strong> Fronti\u00e8res et asym\u00e9tries en phonologie et morphologie (<a href=\"https:\/\/bv.fapesp.br\/pt\/auxilios\/58153\/fronteiras-e-assimetrias-em-fonologia-e-morfologia\/?q=12\/17869-7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">n\u00b0 12\/17869-7<\/a>) ; <strong>Modalit\u00e9<\/strong> Projet Th\u00e9matique ; <strong>Chercheuse responsable<\/strong> Maria Filomena Spatti Sandalo (Unicamp) ; <strong>Investissement<\/strong> 422\u00a0423,59 reais BRL.<\/p>\n<p class=\"bibliografia\"><strong>Articles scientifiques<\/strong><br \/>\nD\u2019ANGELIS, W. da R. \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.webindigena.org\/Imagens\/Noticias\/Arquivos\/Do%20Indio%20na%20Web%20%C3%A0%20Web%20Indigena.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Do \u00edndio na web \u00e0 web ind\u00edgena<\/a>\u00a0\u00bb, dans D\u2019ANGELIS, W. da R. et VASCONCELOS, E. A. (Org.). <strong>Conflito lingu\u00edstico e direitos das minorias ind\u00edgenas<\/strong>, Campinas, Editora Curt Nimuendaj\u00fa, pp. 111-21, 2011.<br \/>\nFARGETTI, C. M. \u00ab <a href=\"http:\/\/periodicos2.uesb.br\/index.php\/estudosdalinguagem\/article\/view\/1012\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Breve hist\u00f3ria da ortografia da l\u00edngua juruna<\/a> \u00bb, Estudos da L\u00edngua(gem), v. junho, pp. 123-42, 2006. Disponible \u00e0 l\u2019adresse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Avec l\u2019aide de la technologie, des chercheurs tentent d\u2019\u00e9viter la disparition de langues autochtones du Br\u00e9sil","protected":false},"author":657,"featured_media":311608,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[1946],"class_list":["post-311607","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-humanites","position_at_home-sumario"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311607","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/657"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=311607"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311607\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":311624,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/311607\/revisions\/311624"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/311608"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=311607"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=311607"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=311607"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=311607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}