{"id":493024,"date":"2023-10-05T19:17:11","date_gmt":"2023-10-05T22:17:11","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=493024"},"modified":"2023-10-05T19:17:11","modified_gmt":"2023-10-05T22:17:11","slug":"promesses-sans-fonds","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/promesses-sans-fonds\/","title":{"rendered":"Promesses sans fonds"},"content":{"rendered":"<p>En 1835, plusieurs rapports sur la situation des provinces de l\u2019Empire d\u00e9non\u00e7aient des d\u00e9faillances au niveau de l\u2019\u00e9ducation br\u00e9silienne. Dans l\u2019\u00c9tat d\u2019Alagoas, le document d\u00e9plorait les \u00ab\u00a0tr\u00e8s faibles ressources\u00a0\u00bb investies et les \u00ab\u00a0salaires d\u00e9risoires\u00a0\u00bb des enseignants. Dans l\u2019\u00c9tat de Santa Catarina, 15 \u00e9coles \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9es aussi bien qu\u2019on pouvait s\u2019y attendre\u00a0\u00bb. Dans l\u2019\u00c9tat de Mato Grosso, les m\u00e9thodes d\u2019enseignement \u00e9taient aussi critiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019enseignement dans le Br\u00e9sil ind\u00e9pendant contraste avec les discours modernisateurs de ses partisans. Jos\u00e9 da Silva Lisboa, le vicomte de Cairu (1753-1835) qui \u00e9tait inspecteur des \u00e9tablissements litt\u00e9raires et scientifiques du royaume, affirmait qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation, gaspiller n\u2019est pas d\u00e9penser, mais \u00e9conomiser (<em>voir<\/em> Pesquisa FAPESP, <em>n\u00ba 313<\/em>). En 1821, Jos\u00e9 Bonif\u00e1cio de Andrada e Silva (1763-1838) d\u00e9clarait que la cr\u00e9ation d\u2019une universit\u00e9 au Br\u00e9sil \u00e9tait \u00ab\u00a0d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 absolue\u00a0\u00bb (<em>voir<\/em> Pesquisa FAPESP, <em>n\u00ba 319<\/em>). Son fr\u00e8re Martim Francisco Ribeiro de Andrada (1775-1844) a propos\u00e9 un syst\u00e8me \u00e9ducatif pour le pays qui \u00e9tait une adaptation du projet du marquis de Condorcet (1743-1794) pour la France r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Carlota Boto, historienne de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) explique que malgr\u00e9 cela, \u00ab\u00a0les ressources d\u00e9pens\u00e9es pour l\u2019\u00e9ducation \u00e9taient tr\u00e8s limit\u00e9es et peu coh\u00e9rentes avec le discours exub\u00e9rant sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une instruction publique dans l\u2019Empire\u00a0\u00bb. Citant le sociologue Celso Beisiegel (1935-2017), l\u2019historienne observe que \u00ab\u00a0le Br\u00e9sil a pour caract\u00e9ristique de produire un discours p\u00e9dagogique de mani\u00e8re audacieuse mais avec des pratiques \u00e9ducatives \u00e9triqu\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le r\u00e9cent livre <em>O Ponto a que chegamos<\/em><em>\u00a0<\/em><em>: Duzentos anos de atraso educacional e seu impacto nas politicas do presente<\/em> [<em>O<\/em><em>\u00f9 <\/em><em>nous en sommes arriv\u00e9s\u00a0: deux cents ans de retard \u00e9ducatif et leur impact sur les politiques du pr\u00e9sent<\/em>, \u00e9d. FGV], le journaliste Ant\u00f4nio Gois, un des fondateurs de l\u2019Association des journalistes de l\u2019\u00e9ducation (Jeduca), ouvre le chapitre sur l\u2019Empire avec une \u00e9pigraphe de Dom Pedro 1er (1798-1834)\u00a0: dans un manifeste publi\u00e9 en ao\u00fbt\u00a01822, il promettait \u00ab\u00a0un code d\u2019instruction publique nationale qui fera germer et v\u00e9g\u00e9ter abondamment les talents\u00a0\u00bb, avec \u00ab\u00a0une \u00e9ducation lib\u00e9rale, qui donnera \u00e0 ses membres l\u2019\u00e9ducation n\u00e9cessaire pour promouvoir le bonheur du grand Ensemble br\u00e9silien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Gois, cette promesse exprimait le lib\u00e9ralisme qui a influenc\u00e9 les processus d\u2019ind\u00e9pendance des Am\u00e9riques\u00a0: \u00ab\u00a0Des pays comme la Prusse et les \u00c9tats-Unis commen\u00e7aient \u00e0 organiser des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9ducation publique, gratuite et pour tous, quelque chose de r\u00e9volutionnaire pour l\u2019\u00e9poque. Aujourd\u2019hui, l\u2019id\u00e9e est presque banale, mais en ce temps-l\u00e0 on se demandait pourquoi l\u2019\u00e9lite devait c\u00e9der une partie de ses revenus via des imp\u00f4ts pour permettre \u00e0 un paysan d\u2019\u00e9tudier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Boto consid\u00e8re que le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res h\u00e9rit\u00e9 du Portugal est diff\u00e9rent de celui qui existait dans des pays comme la France et les \u00c9tats-Unis. Dans la proposition de Martim Francisco, adapt\u00e9e de Condorcet, \u00ab\u00a0plusieurs \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans le projet fran\u00e7ais ont disparu, comme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la citoyennet\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. [&#8230;] Condorcet a pens\u00e9 \u00e0 un projet pour la formation de citoyens d\u2019une r\u00e9publique. Dans le Br\u00e9sil du Premier Empire, il s\u2019agissait de former des sujets pour la royaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette formation a \u00e9t\u00e9 un objectif central de l\u2019\u00e9ducation au Br\u00e9sil depuis le transfert de la cour portugaise au Br\u00e9sil (1808-1821), observe Jos\u00e9 Gondra, professeur de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de Rio de Janeiro (UERJ)\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait cr\u00e9er toute une structure pour le nouveau si\u00e8ge du royaume. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019organiser le pays et de former les personnes dans une soci\u00e9t\u00e9 de culture orale et avec un taux d\u2019analphab\u00e9tisme gigantesque, probablement sup\u00e9rieur \u00e0 90\u00a0%\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Gondra observe que dans ses premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, le Br\u00e9sil \u00e9tait min\u00e9 par des conflits et des r\u00e9bellions. 4,5\u00a0millions de personnes \u00e9taient r\u00e9parties sur le territoire, parmi lesquelles des peuples autochtones, des personnes esclavagis\u00e9es et beaucoup d\u2019immigrants\u00a0: \u00ab\u00a0Ils parlaient des langues diff\u00e9rentes, vivaient de mani\u00e8re diff\u00e9rente. L\u2019\u00e9cole a \u00e9t\u00e9 une ressource importante pour nationaliser et <em>br\u00e9<\/em><em>silianiser<\/em> ces personnes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es re\u00e7ues du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res et le d\u00e9sir d\u2019unifier la population sont la base de ce qui a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 sur l\u2019\u00e9ducation pendant l\u2019Empire. \u00ab \u00c0 l\u2019ind\u00e9pendance, les efforts de cr\u00e9ation d\u2019un syst\u00e8me d\u2019enseignement compatible avec les projets \u00e9mergents de nation et d\u2019\u00c9tat, et en lien avec les perspectives de progr\u00e8s et de civilit\u00e9, se sont institutionnalis\u00e9s \u00bb, explique Aline de Morais Limeira, p\u00e9dagogue de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat de Para\u00edba (UFPB). L\u2019histoire du syst\u00e8me d\u2019enseignement durant la p\u00e9riode imp\u00e9riale est l\u2019histoire de cette institutionnalisation.<\/p>\n<p>L\u2019article 179 de la Constitution de 1824 consacre deux articles \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. L\u2019item XXXII inclut parmi les droits civils \u00ab\u00a0l\u2019instruction primaire et gratuite pour tous les citoyens\u00a0\u00bb, et l\u2019item XXXIII fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0coll\u00e8ges et universit\u00e9s o\u00f9 seront enseign\u00e9s les \u00e9l\u00e9ments des sciences, belles lettres et arts\u00a0\u00bb. La Loi sur les \u00e9coles primaires, de 1827, ordonnait \u00ab\u00a0la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9coles primaires dans toutes les villes, hameaux et lieux les plus peupl\u00e9s\u00a0\u00bb, avec des salaires compris entre 200\u00a0000\u00a0et 500\u00a0000 r\u00e9is BRL pour les professeurs des \u00e9coles.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1140\" height=\"357\" class=\"size-full wp-image-493029 alignright\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/086-089_educacao-no-bicentenario_320-1-1140.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/086-089_educacao-no-bicentenario_320-1-1140.jpg 1140w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/086-089_educacao-no-bicentenario_320-1-1140-250x78.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/086-089_educacao-no-bicentenario_320-1-1140-700x219.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/086-089_educacao-no-bicentenario_320-1-1140-120x38.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 1140px) 100vw, 1140px\" \/><span class=\"media-credits-inline\">Z\u00e9 Vicente<\/span><\/p>\n<p>Mais les discours et les lois se traduisaient peu en investissements. En 1830, la premi\u00e8re ann\u00e9e o\u00f9 le budget imp\u00e9rial est disponible, les d\u00e9penses pour l\u2019\u00e9ducation dans les provinces ont atteint seulement 9\u00a0% d\u2019un total sup\u00e9rieur \u00e0 321 <em>contos de r<\/em><em>\u00e9is<\/em>, selon une \u00e9tude publi\u00e9e en 2017 par Dalvit Greiner de Paula et Vera L\u00facia Nogueira de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de Minas Gerais (UEMG). En comparaison, la Constitution de 1988 stipule dans l\u2019article 212 que l\u2019\u00e9ducation doit recevoir au moins 18\u00a0% de ce que per\u00e7oit le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et 25\u00a0% des recettes des \u00c9tats et des municipalit\u00e9s. Dans beaucoup de provinces, les salaires des enseignants sont inf\u00e9rieurs au minimum l\u00e9gal\u00a0: 150\u00a0000 r\u00e9is\/an. Pour avoir une id\u00e9e, le revenu minimum n\u00e9cessaire pour voter \u00e9tait de 100\u00a0000 r\u00e9is. Et pour se pr\u00e9senter aux \u00e9lections locales, 200\u00a0000 r\u00e9is.<\/p>\n<p>Une des cons\u00e9quences du manque de ressources a \u00e9t\u00e9 la prolif\u00e9ration d\u2019institutions priv\u00e9es, qui recevaient des aides du gouvernement. Gondra explique que \u00ab\u00a0la subvention \u00e9tait utilis\u00e9e parce que l\u2019\u00c9tat disait ne pas \u00eatre en mesure de soutenir un r\u00e9seau d\u2019\u00e9coles pour tous. Cela justifiait le transfert de ressources au secteur priv\u00e9 et aux \u00e9coles confessionnelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1834, l\u2019acte additionnel \u00e0 la Constitution a partiellement d\u00e9centralis\u00e9 l\u2019administration imp\u00e9riale. Les provinces sont devenues responsables des \u00e9coles, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la capitale du pays. Toutefois, la source principale de ressources de l\u2019\u00e9poque, le droit de douane, \u00e9tait hors de port\u00e9e des gouvernements des provinces. Selon Limeira, \u00ab\u00a0l\u2019application des ressources n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur des besoins. Certaines provinces avaient une seule \u00e9cole publique de niveau secondaire. Dans la plupart d\u2019entre elles, la pr\u00e9sence des filles \u00e9tait interdite. On comprend aujourd\u2019hui que dans l\u2019ensemble, la d\u00e9centralisation de la gestion de l\u2019enseignement public a pu limiter le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 cause de la vari\u00e9t\u00e9 des budgets provinciaux et des questions politiques locales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De l\u2019avis de Gondra, on ne peut pas comprendre le sc\u00e9nario de l\u2019\u00e9ducation sous l\u2019Empire sans tenir compte de ce qui a \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9 de la p\u00e9riode coloniale. Dans la colonie, l\u2019\u00e9ducation a surtout eu lieu dans les \u00e9coles fond\u00e9es par des ordres religieux, en particulier la Compagnie de J\u00e9sus. Un grand changement s\u2019est produit en 1759 avec la promulgation par le gouvernement portugais de la Loi d\u2019extermination, de proscription et d\u2019expulsion de leurs royaumes et domaines d\u2019outre-mer des clercs r\u00e9guliers de la Compagnie de J\u00e9sus, et l\u2019instauration des \u00ab\u00a0classes royales\u00a0\u00bb [<em>aulas r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>gias<\/em>], c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019enseignement public \u2013 dans lequel l\u2019\u00c9tat d\u00e9finissait le programme, engageait les enseignants et d\u00e9livrait le dipl\u00f4me.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme visait \u00e0 moderniser l\u2019Empire et \u00e0 former des cadres pour son administration. Le nouveau syst\u00e8me \u00e9tait financ\u00e9 par un imp\u00f4t unique appel\u00e9 \u00ab\u00a0subvention litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, cr\u00e9\u00e9 en 1772, pr\u00e9lev\u00e9 sur la vente d\u2019eau-de-vie, de vin et de vinaigre dans le royaume, aux A\u00e7ores et \u00e0 Mad\u00e8re. Dans les colonies d\u2019Am\u00e9rique et d\u2019Afrique, l\u2019imp\u00f4t \u00e9tait per\u00e7u sur la viande d\u00e9coup\u00e9e dans les boucheries. Pendant le transfert de la cour portugaise au Br\u00e9sil, la recette de la subvention litt\u00e9raire a atteint 12 <em>contos de r<\/em><em>\u00e9is<\/em> par an. Le philosophe Carlos Roberto Jamil Cury de l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de Minas Gerais explique dans son article <em>Financiamento da educa\u00e7\u00e3o brasileira<\/em><em>\u00a0<\/em><em>: Do subsidio liter<\/em><em>\u00e1<\/em><em>rio ao Funeb<\/em> [Le financement de l\u2019\u00e9ducation br\u00e9silienne\u00a0: de la subvention litt\u00e9raire au Funeb] qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un faible montant pour couvrir toute la colonie.<\/p>\n<p>Pour Limeira, m\u00eame si les donn\u00e9es sur la p\u00e9riode coloniale sont rares, des documents sur les ann\u00e9es 1770 des Archives historiques d\u2019Outre-mer, au Portugal, indiquent l\u2019ouverture dans la colonie de plus de 350 postes d\u2019enseignants de latin, grec, rh\u00e9torique et philosophie, et plus de 470 ma\u00eetres charg\u00e9s d\u2019apprendre \u00e0 lire, \u00e9crire et compter. Gondra pr\u00e9cise que 17 de ces ma\u00eetres sont arriv\u00e9s au Br\u00e9sil entre la fin du XVIII<sup>e<\/sup> et le d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Quand l&#8217;entourage de Dom Jo\u00e3o VI (1767-1826) a d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro, il y avait 20 ma\u00eetres royaux dans la ville.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me des classes royales a perdur\u00e9 pendant le premier r\u00e8gne. Les professeurs reconnus par l\u2019\u00c9tat enseignaient les mati\u00e8res s\u00e9par\u00e9ment et les \u00e9tudiants suivaient chaque cours s\u00e9par\u00e9ment. Peu \u00e0 peu, les chaires se sont regroup\u00e9es dans des \u00e9coles telles que l\u2019Atheneu Norte-Riograndense (1834), les lyc\u00e9es de Para\u00edba et de Bahia (1836) et le coll\u00e8ge Pedro II (1837) \u00e0 Rio de Janeiro. La premi\u00e8re institution \u00e0 former des enseignants (\u00e9cole normale) en Am\u00e9rique latine a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e \u00e0 Niter\u00f3i (\u00c9tat de Rio de Janeiro) en 1835.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme de 1759 a expuls\u00e9 les j\u00e9suites, mais pas les autres ordres de l\u2019\u00c9glise catholique. Malgr\u00e9 tout, il existe des documents prouvant que des j\u00e9suites enseignaient dans le priv\u00e9, souligne Gondra. Dans l\u2019Empire, l\u2019\u00c9glise jouait un r\u00f4le fondamental dans l\u2019\u00e9ducation, et pas seulement \u00e0 travers les \u00e9coles confessionnelles. Limeira explique que \u00ab\u00a0le catholicisme \u00e9tait la religion officielle, un \u2018bras\u2019 de l\u2019\u00c9tat. Sa pr\u00e9sence dans l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait importante et elle s\u2019est manifest\u00e9e de diff\u00e9rentes mani\u00e8res tout au long du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, avec par exemple l\u2019insertion de la doctrine chr\u00e9tienne dans le programme d\u2019\u00e9tudes ou dans l\u2019exercice de ses repr\u00e9sentants dans les fonctions \u00e9ducatives, comme l\u2019enseignement, l\u2019inspection de l\u2019enseignement, la s\u00e9lection des enseignants, l\u2019administration publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une donn\u00e9e souvent cit\u00e9e pour affirmer l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00e9ducation dans le Br\u00e9sil imp\u00e9rial provient du premier recensement effectu\u00e9 dans le pays, en 1872. On a constat\u00e9 qu\u2019un peu plus de 80\u00a0% de la population libre \u00e9tait analphab\u00e8te, ce qui \u00e9quivalait \u00e0 6,8\u00a0millions des 8,4\u00a0millions d\u2019habitants. Mais Limeira nous met en garde\u00a0: si ce chiffre est lu isol\u00e9ment, on obtient une interpr\u00e9tation anachronique de ce qui s\u2019est pass\u00e9, parce qu\u2019il y avait une distinction entre personnes esclavagis\u00e9es et personnes libres, ainsi qu\u2019entre analphab\u00e9tisme et solarisation. Le taux relatif aux enfants consid\u00e9rait leur fr\u00e9quentation scolaire entre 6 et 15 ans et non pas leur alphab\u00e9tisation, et ce, alors qu\u2019il y avait des provinces (capitale incluse) o\u00f9 la scolarit\u00e9 obligatoire commen\u00e7ait \u00e0 7 ans.<\/p>\n<p>Gondra remarque que la production sur l\u2019histoire de l\u2019\u00e9ducation dans le cadre du bicentenaire de l\u2019ind\u00e9pendance a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019actualit\u00e9 de questions discut\u00e9es il y a 200 ans. La subvention de l\u2019enseignement priv\u00e9 r\u00e9appara\u00eet dans le syst\u00e8me de <em>bons d\u2019\u00e9tudes <\/em>propos\u00e9 par certains \u00e9conomistes. La relation entre la religion et l\u2019\u00e9ducation est toujours en discussion. L\u2019enseignement \u00e0 domicile, courant dans les familles ais\u00e9es au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, est \u00e0 nouveau propos\u00e9. Et le professeur de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Les questions qui ont anim\u00e9 les projets \u00e9ducatifs du pass\u00e9 changent, mais il y a aussi des continuit\u00e9s et certaines mesures r\u00e9apparaissent sous de nouvelles formes, comme si elles \u00e9taient nouvelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div class=\"box\"><strong>M\u00e9saventures universitaires<br \/>\n<\/strong><em>Les d\u00e9buts de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de l\u2019enseignement professionnel dans les anciennes colonies<\/em><\/p>\n<p>Pendant toute la p\u00e9riode coloniale, les universit\u00e9s n\u2019existaient pas dans l\u2019Am\u00e9rique portugaise. Sur les territoires appartenant \u00e0 l\u2019Espagne, au contraire, les premi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9es dans les ann\u00e9es 1550, au Mexique et au P\u00e9rou. D\u2019apr\u00e8s l\u2019historienne Maria Ligia Prado, de l\u2019USP, l\u2019absence d\u2019universit\u00e9s dans l\u2019Am\u00e9rique portugaise exprime les conditions de la m\u00e9tropole elle-m\u00eame. Au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, l\u2019Espagne \u00e9tait un empire europ\u00e9en puissant qui comptait plus de 20 universit\u00e9s. Le Portugal \u00e9tait une petite nation appauvrie, avec une seule universit\u00e9 \u00e0 Coimbra. Les Espagnols disposaient d\u2019un vaste corps enseignant, dont certains \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 aller dans le Nouveau Monde. En somme, \u00ab\u00a0les colonies \u00e9taient diff\u00e9rentes parce que les m\u00e9tropoles \u00e9taient diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019enseignement sup\u00e9rieur a progress\u00e9 lentement malgr\u00e9 les d\u00e9clarations en faveur de son expansion. Avec l\u2019arriv\u00e9e de la Cour en 1808, un syst\u00e8me de classes s\u00e9par\u00e9es similaire \u00e0 celui de l\u2019\u00e9ducation de base a \u00e9t\u00e9 mis en place. Peu \u00e0 peu, des cours comme ceux de l\u2019\u00c9cole d&#8217;anatomie, de chirurgie et de m\u00e9decine de Rio de Janeiro et de Salvador ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis dans les facult\u00e9s de m\u00e9decine de Rio de Janeiro et de Bahia (1832). Des facult\u00e9s de droit ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es \u00e0 S\u00e3o Paulo et Olinda (1827). Des facult\u00e9s d\u2019ing\u00e9nierie, comme la Polytechnique de Rio de Janeiro (1874) et l\u2019\u00c9cole des mines d\u2019Ouro Preto (1876) ont d\u00fb attendre un peu plus longtemps. Une universit\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e qu\u2019en 1920 : l\u2019Universit\u00e9 de Rio de Janeiro, plus tard d\u00e9sign\u00e9e Universit\u00e9 du Br\u00e9sil avant de devenir l\u2019actuelle Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ).<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode coloniale, les enfants des familles ais\u00e9es obtenaient g\u00e9n\u00e9ralement leur dipl\u00f4me d\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Coimbra. Dans l\u2019Am\u00e9rique espagnole, par contre, les processus d\u2019ind\u00e9pendance ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une pr\u00e9sence importante de personnes dipl\u00f4m\u00e9es d\u2019universit\u00e9s locales. C\u2019est notamment le cas de l\u2019Universit\u00e9 San Carlos, au Guatemala, et l\u2019Universit\u00e9 de Chuquisaca, en Bolivie.<\/p>\n<p>Maria L. Prado observe que \u00ab les universit\u00e9s de l\u2019Am\u00e9rique espagnole \u00e9taient conservatrices, li\u00e9es \u00e0 la formation de cadres pour l\u2019administration coloniale. Malgr\u00e9 cela, l\u2019effervescence de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle les a touch\u00e9es. Mariano Moreno [1778-1811], leader de l\u2019ind\u00e9pendance des Provinces unies du Rio da Prata, a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant \u00e0 Chuquisaca\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le cas de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur pr\u00e9sente une particularit\u00e9. En Am\u00e9rique espagnole, le projet des nouveaux dirigeants n\u2019\u00e9tait pas de consolider les universit\u00e9s existantes, mais de les fermer : \u00ab Pour les lib\u00e9raux de l\u2019Am\u00e9rique, les universit\u00e9s \u00e9taient rancuni\u00e8res par rapport au pass\u00e9 colonial \u00bb, \u00e9crit Prado dans l\u2019essai \u00ab Universidade, Estado e Igreja na Am\u00e9rica Latina \u00bb [Universit\u00e9, \u00c9tat et \u00e9glise en Am\u00e9rique latine] publi\u00e9 dans <em>Am\u00e9<\/em><em>rica Latina no <\/em><em>s\u00e9<\/em><em>culo XIX. Tramas, telas e textos<\/em> [L\u2019Am\u00e9rique latine au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: trames, toiles et textes, \u00e9d. Edusp, 2014].<\/p>\n<p>Le projet \u00e9tait de cr\u00e9er un syst\u00e8me d\u2019enseignement sup\u00e9rieur tourn\u00e9 vers des objectifs pratiques. \u00ab\u00a0Et c\u2019est le mod\u00e8le que le Br\u00e9sil suivra au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: les facult\u00e9s se professionnalisent\u00a0\u00bb. Dans cette perspective, ce n\u2019est pas l\u2019absence d\u2019universit\u00e9s dans le Br\u00e9sil imp\u00e9rial qui constitue une exception ou un retard par rapport aux pays voisins, mais la lenteur avec laquelle ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s les cours sup\u00e9rieurs et les facult\u00e9s.<\/div>\n<p class=\"bibliografia separador-bibliografia\"><strong>Articles scientifiques<\/strong><br \/>\nCASTANHA, A. 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Campinas: Papirus, 2017.<br \/>\nGOIS, A.\u00a0<strong>O ponto a que chegamos: Duzentos anos de atraso educacional e seu impacto nas pol\u00edticas do presente<\/strong>. Rio de Janeiro: Editora FGV, 2022.<br \/>\nLIMEIRA, A. M.\u00a0<em>et alii<\/em>.\u00a0<strong>Independ\u00eancia &amp; instru\u00e7\u00e3o no Brasil: Hist\u00f3ria, mem\u00f3ria e forma\u00e7\u00e3o (1822-1972)<\/strong>. Rio de Janeiro: EdUerj, 2022.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La pens\u00e9e lib\u00e9rale et le besoin de coh\u00e9sion nationale ont inspir\u00e9 des propositions d\u2019instruction publique universelle, mais le financement a toujours \u00e9t\u00e9 insuffisant","protected":false},"author":613,"featured_media":493025,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[1619],"class_list":["post-493024","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493024","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/613"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=493024"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493024\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":494583,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493024\/revisions\/494583"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/493025"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=493024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=493024"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=493024"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=493024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}