{"id":493038,"date":"2023-10-05T19:19:22","date_gmt":"2023-10-05T22:19:22","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=493038"},"modified":"2023-10-05T19:19:22","modified_gmt":"2023-10-05T22:19:22","slug":"sans-peur-de-lutter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/sans-peur-de-lutter\/","title":{"rendered":"Sans peur de lutter"},"content":{"rendered":"<p>Le 13\u00a0mai 1822, un groupe de 186 femmes a envoy\u00e9 \u00e0 Marie-L\u00e9opoldine (1797-1826) la <em>Lettre des dames bahianaises <\/em><em>\u00e0 <\/em><em>Son Altesse Royale Marie-L\u00e9<\/em><em>opoldine, la f<\/em><em>\u00e9licitant pour la part qu<\/em><em>\u2019<\/em><em>elle avait prise dans les r\u00e9solutions patriotiques de son mari le Prince R\u00e9gent Pierre<\/em>. Le document reconnaissait la contribution de la princesse d\u2019alors et future imp\u00e9ratrice au s\u00e9jour de son mari au Br\u00e9sil, un facteur important dans la compr\u00e9hension des signataires pour que l\u2019ind\u00e9pendance du Portugal se concr\u00e9tise. \u00ab\u00a0Bien plus qu\u2019une lettre, c\u2019est un manifeste politique\u00a0\u00bb, observe l\u2019historienne Maria de Lourdes Viana Lyra, de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ) et auteure d\u2019ouvrages comme <em>A utopia do poderoso imp<\/em><em>\u00e9<\/em><em>rio. Portugal e Brasil: <\/em><em>Bastidores da pol<\/em><em>\u00ed<\/em><em>tica, 1798-1822<\/em> (\u00c9ditions Sete Letras, 1994). \u00ab Au Br\u00e9sil, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les femmes \u00e9taient d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es \u00e0 un r\u00f4le subalterne, cantonn\u00e9 \u00e0 l\u2019ambiance priv\u00e9 et li\u00e9 \u00e0 la famille. La pr\u00e9sence f\u00e9minine \u00e9tait rendue invisible, mais les femmes n\u2019ont jamais cess\u00e9 de se mobiliser politiquement par rapport \u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance, dans laquelle elles ont agi de diff\u00e9rentes mani\u00e8res \u00bb, informe-t-elle.<\/p>\n<p>Dans un article sur le sujet, Lyra nous attire l\u2019attention sur le fait qu\u2019au-del\u00e0 des actions isol\u00e9es, men\u00e9es par des personnalit\u00e9s notoires comme Marie-L\u00e9opoldine elle-m\u00eame, il en existe d\u2019autres \u00ab\u00a0beaucoup plus expressives\u00a0\u00bb mais encore peu connues du grand public. En l\u2019occurrence, des mobilisations collectives de femmes ayant agi sur la sc\u00e8ne publique pendant la p\u00e9riode de l\u2019Ind\u00e9pendance. L\u2019historienne Andr\u00e9a Slemian, de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de S\u00e3o Paulo (Unifesp), va dans le m\u00eame sens. \u00ab Tout au long de ce processus, de nombreuses femmes se sont exprim\u00e9es \u00e0 travers les lettres, les manifestes, entre autres textes. La presse naissante au Br\u00e9sil a jou\u00e9 un r\u00f4le important \u00e0 cet \u00e9gard, non seulement en diffusant les id\u00e9es de ces femmes sur l\u2019Ind\u00e9pendance dans la rubrique des lettres des journaux, par exemple, mais aussi en servant de porte-parole et de soutien pour les questions li\u00e9es au genre f\u00e9minin et \u00e0 leurs droits \u00bb, note Slemian, qui \u00e9tudie depuis 20 ans l\u2019histoire de l\u2019Am\u00e9rique portugaise et du Br\u00e9sil entre les XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles.<\/p>\n<div id=\"attachment_493043\" style=\"max-width: 1150px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-493043 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-1-1140.jpg\" alt=\"\" width=\"1140\" height=\"583\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-1-1140.jpg 1140w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-1-1140-250x128.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-1-1140-700x358.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-1-1140-120x61.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 1140px) 100vw, 1140px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">New York Public Library<\/span>Une illustration sur la marche des femmes vers Versailles, pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise<span class=\"media-credits\">New York Public Library<\/span><\/p><\/div>\n<p>La mobilisation des femmes n\u2019\u00e9tait pas nouvelle au Br\u00e9sil, selon Lyra: \u00ab Il existe des archives de mouvements collectifs de femmes dans l\u2019\u00c9tat du Pernambuco aux XVII<sup>e<\/sup> et XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles, par exemple. Lors de l\u2019invasion hollandaise, une propri\u00e9taire fonci\u00e8re a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e et un groupe de femmes a demand\u00e9 l\u2019intervention du gouverneur Jo\u00e3o Maur\u00edcio de Nassau [1604-1679] afin que la prisonni\u00e8re puisse \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e \u00bb. Cependant, pendant la p\u00e9riode de l\u2019Ind\u00e9pendance, cette attitude s\u2019est renforc\u00e9e gr\u00e2ce aux vents r\u00e9volutionnaires qui soufflaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00ab Les femmes ont particip\u00e9 activement \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise [1789-1799], qui a engendr\u00e9 la D\u00e9claration des droits de la femme et de la citoyennet\u00e9 [1791]. Tout ce bouleversement a eu un fort impact sur la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque dans plusieurs parties du monde \u00e0 des degr\u00e9s divers \u00bb, explique Lyra.<\/p>\n<p>La participation des femmes au processus d\u2019ind\u00e9pendance du Br\u00e9sil ne s\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crit. \u00ab Il y avait des femmes qui dirigeaient des propri\u00e9t\u00e9s et des entreprises, suivaient ce qui se passait sur la sc\u00e8ne publique \u00bb, observe Slemian. C\u2019est le cas de la propri\u00e9taire d\u2019une plantation de canne \u00e0 sucre, Barbara Pereira de Alencar (1760-1832), qui a particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution r\u00e9publicaine de 1817 au Cear\u00e1. \u00ab La province de Pernambouc \u00e9tait oblig\u00e9e de verser des sommes mensuelles importantes pour maintenir la Cour portugaise install\u00e9e \u00e0 Rio de Janeiro depuis 1808. De plus, la pr\u00e9sence royale faisait gonfler les prix dans la Colonie. Tout cela a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 du m\u00e9contentement, de l\u2019\u00e9lite aux couches populaires, et fonctionn\u00e9 comme un d\u00e9clencheur de la r\u00e9volution \u00bb, explique l\u2019historien Flavio Jos\u00e9 Gomes Cabral, de l\u2019Universit\u00e9 catholique de l\u2019\u00c9tat de Pernambouc (Unicap), qui pr\u00e9pare un livre sur l\u2019\u00e9pisode. \u00abLe soul\u00e8vement a commenc\u00e9 au Pernambouc et s\u2019est \u00e9tendu au Cear\u00e1, dans le Rio Grande do Norte et au Para\u00edba.\u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_493047\" style=\"max-width: 1150px\" class=\"wp-caption alignright vertical\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-493047 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-3-1140-1.jpg\" alt=\"\" width=\"1140\" height=\"769\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-3-1140-1.jpg 1140w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-3-1140-1-250x169.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-3-1140-1-700x472.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-3-1140-1-120x81.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 1140px) 100vw, 1140px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Biblioth\u00e8que Nationale\u2002<\/span>Un livre sur la vie de Barbara de Alencar<span class=\"media-credits\">Biblioth\u00e8que Nationale\u2002<\/span><\/p><\/div>\n<p>N\u00e9e\u00a0dans le\u00a0Pernambuco, B\u00e1rbara Alencar a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 apr\u00e8s son mariage au Cear\u00e1, o\u00f9, en tant que veuve, elle a commenc\u00e9 \u00e0 commander le moulin de Pau Seco, dans la r\u00e9gion de Crato. \u00ab\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re, elle avait une ascendance indig\u00e8ne et, du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, elle \u00e9tait portugaise \u00bb, rapporte Cabral. Deux de ses enfants ont fr\u00e9quent\u00e9 le s\u00e9minaire \u00e9piscopal de Nossa Senhora da Gra\u00e7a \u00e0 Olinda, li\u00e9 au dioc\u00e8se de Pernambouc et \u00e0 un noyau r\u00e9volutionnaire f\u00e9roce dans la province. L\u2019un d\u2019eux \u00e9tait Jos\u00e9 Martiniano Pereira de Alencar (1794-1860), qui allait devenir plus tard le p\u00e8re du romancier Jos\u00e9 de Alencar (1829-1877). \u00ab\u00a0Jos\u00e9 Martiniano avait le soutien de sa m\u00e8re pour diffuser des id\u00e9es en faveur de la r\u00e9volution \u00e0 Crato, notamment dans l\u2019organisation de r\u00e9unions qui attiraient les membres de la famille et les amis\u00a0\u00bb, poursuit le chercheur.<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9mant\u00e8lement de la r\u00e9volution, Barbara de Alencar est arr\u00eat\u00e9e le 13 juin 1817 et emmen\u00e9e dans la ville de Fortaleza. \u00ab\u00a0Avant, elle a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e \u00e0 l\u2019ex\u00e9cration publique dans les rues de Crato\u00a0\u00bb, dit Cabral. Elle ne r\u00e9cup\u00e9rera sa libert\u00e9 qu\u2019environ trois ans plus tard, en novembre 1820, apr\u00e8s des s\u00e9jours dans les prisons de Recife et de Salvador. \u00ab\u00a0L\u2019histoire de Barbara de Alencar est encore peu connue\u00a0\u00bb, observe Lyra. L\u2019une des raisons, selon la sp\u00e9cialiste, est que tout au long des XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cles, l\u2019historiographie br\u00e9silienne a trait\u00e9 l\u2019Ind\u00e9pendance du Br\u00e9sil en se concentrant sur le 7 septembre 1822 et sur les articulations engendr\u00e9es par les hommes dans les \u00c9tats de Minas Gerais, Rio de Janeiro et S\u00e3o Paulo.<\/p>\n<div id=\"attachment_493055\" style=\"max-width: 710px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-493055 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-5-700.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"930\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-5-700.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-5-700-250x332.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-5-700-120x159.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Anne S. K. Brown Collection, Brown University, Providence<\/span>Portraits de Maria Quit\u00e9ria de Jesus<span class=\"media-credits\">Anne S. K. Brown Collection, Brown University, Providence<\/span><\/p><\/div>\n<p>Selon Slemian, cette image est en train de changer au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019\u00e9tudes guid\u00e9es par la diversit\u00e9 dans les universit\u00e9s br\u00e9siliennes. \u00ab\u00a0Mais il reste encore beaucoup \u00e0 faire\u00a0\u00bb, observe-t-elle. L\u2019une des grandes difficult\u00e9s pour faire avancer les nouvelles recherches concerne les sources officielles de l\u2019\u00e9poque, selon S\u00e9rgio Armando Diniz Guerra Filho, de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Rec\u00f4ncavo da Bahia (UFRB). \u00ab\u00a0Ces documents ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par des hommes blancs d\u2019\u00e9lite et, en g\u00e9n\u00e9ral, excluent la participation d\u2019autres segments de la soci\u00e9t\u00e9, tels que les pauvres, les femmes, les Noirs et les peuples autochtones\u00a0\u00bb, explique l\u2019historien, qui a enqu\u00eat\u00e9 sur la participation populaire dans la Guerre d\u2019Ind\u00e9pendance \u00e0 Bahia (1822-1823) pour son master.<\/p>\n<p>Cependant, des indices de la pr\u00e9sence f\u00e9minine peuvent \u00eatre observ\u00e9s dans les manifestations populaires, soutient le chercheur. \u00ab Depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les parades civiques de l\u2019Ind\u00e9pendance \u00e0 Bahia, c\u00e9l\u00e9br\u00e9es le 2 juillet, honorent la figure du <em>caboclo<\/em><sup>1<\/sup>. Ces symboles de la participation populaire \u00e0 la guerre contre les Portugais sont souvent f\u00e9minins, comme c\u2019est le cas dans la municipalit\u00e9 de Santo Amaro da Purifica\u00e7\u00e3o \u00bb, rapporte Guerra Filho. Une autre indication est la procession connue sous le nom de <em>Careta do Mingau<\/em>, qui a lieu en juillet dans les rues de Saubara, \u00e9galement dans le Rec\u00f4ncavo Baiano. \u00ab Les femmes se couvrent d\u2019un drap pour rappeler leurs compatriotes autrefois d\u00e9guis\u00e9es en fant\u00f4mes pour apporter de la nourriture \u00e0 l\u2019aube aux combattants retranch\u00e9s. S\u2019occuper de la nourriture et des uniformes, en plus des malades dans les infirmeries, est une autre dimension de la participation f\u00e9minine au processus d\u2019Ind\u00e9pendance \u00bb, explique le chercheur.<\/p>\n<p>Mais toutes les femmes n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-garde, \u00e0 l\u2019exemple de Maria Quit\u00e9ria de Jesus (c.1792-1853), qui s\u2019est d\u00e9guis\u00e9e en homme et a adopt\u00e9 le surnom de soldat Medeiros pour lutter contre les Portugais \u00e0 Bahia. \u00ab Elle a \u00e9t\u00e9 reconnue parmi les troupes pour sa bonne pr\u00e9cision et sa v\u00e9ritable identit\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e que lorsque son p\u00e8re est all\u00e9 la chercher \u00e0 Cachoeira, alors capitale int\u00e9rimaire de Bahia. Quit\u00e9ria de Jesus a refus\u00e9 de rentrer chez elle et a continu\u00e9 \u00e0 se battre \u00bb, raconte Guerra Filho. En 1823, la combattante a re\u00e7u de Pierre I le grade de chevalier de l\u2019Ordre Imp\u00e9rial du Cruzeiro, \u00e0 Rio de Janeiro.<\/p>\n<p>L\u2019image de Maria Quit\u00e9ria de Jesus en tant qu\u2019h\u00e9ro\u00efne de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance a commenc\u00e9 \u00e0 se construire au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, observe l\u2019historien d\u2019art Nathan Gomes dans son m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u00ab Th\u00e9\u00e2tre de la m\u00e9moire, th\u00e9\u00e2tre de la guerre: Maria Quit\u00e9ria de Jesus dans la formation de l\u2019imaginaire national (1823-1979) \u00bb. Soutenue en avril \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes br\u00e9siliennes (IEB) de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP), la recherche a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par la FAPESP. Selon Gomes, l\u2019histoire de la femme bahianaise a pris de l\u2019importance lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e dans le livre <em>Journal of a voyage to Brazil and residence there during parts of the years 1821, 1822 and 1823 <\/em>[<em>Journal d<\/em><em>\u2019<\/em><em>un voyage au Br\u00e9<\/em><em>sil et r<\/em><em>\u00e9sidence pendant quelques p\u00e9riodes au cours des ann\u00e9es 1821, 1822 et 1823<\/em>]. Il s\u2019agit du r\u00e9cit de voyage de l\u2019artiste et \u00e9crivaine anglaise Maria Graham. (1785 -1842), qui a notamment travaill\u00e9 comme pr\u00e9ceptrice pour les enfants de Pierre I et Marie-L\u00e9opoldine \u00e0 Rio de Janeiro.<\/p>\n<div id=\"attachment_493051\" style=\"max-width: 1150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-493051 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-4-1140.jpg\" alt=\"\" width=\"1140\" height=\"613\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-4-1140.jpg 1140w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-4-1140-250x134.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-4-1140-700x376.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-4-1140-120x65.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 1140px) 100vw, 1140px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">Ipac<\/span>La procession Careta do Mingau, une manifestation qui fait r\u00e9f\u00e9rence au r\u00f4le des femmes dans le processus de l\u2019Ind\u00e9pendance, dans les images de Bahia<span class=\"media-credits\">Ipac<\/span><\/p><\/div>\n<p>Lanc\u00e9e en 1824 par l\u2019\u00e9diteur britannique Longmann &amp; Co., la publication pr\u00e9sentait \u00e9galement un portrait de la femme bahianaise, dont la recherche attribue la paternit\u00e9 aux Anglais Augustus Earle (1793-1838) et Denis Dighton (1792-1827), en plus du graveur Edward Finden (1791 -1857). \u00ab Quit\u00e9ria de Jesus appara\u00eet en entier, avec un jupon par-dessus son uniforme. C\u2019est l\u2019image qui est rest\u00e9e d\u2019elle \u00bb, souligne Gomes. Entre 1840 et 1930, une s\u00e9rie d\u2019actions d\u00e9velopp\u00e9es principalement par l\u2019Institut historique et g\u00e9ographique br\u00e9silien (IHGB), l\u2019Institut g\u00e9ographique et historique de Bahia (IGHB) et le Mus\u00e9e Paulista (MP) ont contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9pandre la renomm\u00e9e de la combattante bahianaise dans la m\u00e9moire collective. \u00ab L\u2019apog\u00e9e de la cons\u00e9cration \u00e0 cette \u00e9poque s\u2019est produite lors du centenaire de l\u2019Ind\u00e9pendance, en 1922 \u00bb, pr\u00e9cise le chercheur. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le Mus\u00e9e Paulista, aujourd\u2019hui propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019USP, a commenc\u00e9 \u00e0 exposer dans sa salle principale un portrait de Maria Quit\u00e9ria peint en 1920 par l\u2019Italien Domenico Failutti (1872-1923) ainsi que des toiles comme <em>Independ<\/em><em>\u00ea<\/em><em>ncia ou morte! (1888)<\/em>, de Pedro America (1843-1905).<\/p>\n<p>Le processus d\u2019appropriation de l\u2019image de Maria Quit\u00e9ria a \u00e9volu\u00e9 dans le temps, comme le montre la recherche. En 1953, l\u2019ann\u00e9e du centenaire de sa mort, la combattante bahianaise remporte sa premi\u00e8re biographie: sur un ton romantis\u00e9, elle est sign\u00e9e par Manuel Pereira Reis J\u00fanior, historien bahianais \u00e0 la t\u00eate des comm\u00e9morations de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Cette m\u00eame ann\u00e9e, l\u2019arm\u00e9e br\u00e9silienne rend obligatoire la pr\u00e9sence d\u2019un portrait de la combattante dans ses bureaux et cr\u00e9e la mention Maria Quit\u00e9ria. Bien plus tard, en 1996, elle deviendra la patronne du Conseil compl\u00e9mentaire des officiers de l\u2019arm\u00e9e br\u00e9silienne. \u00ab Dans les ann\u00e9es 1980, la corporation a commenc\u00e9 \u00e0 accepter des femmes officiers \u00bb, souligne Gomes.<\/p>\n<div id=\"attachment_493059\" style=\"max-width: 710px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-493059 size-full\" src=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-6-700.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"779\" srcset=\"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-6-700.jpg 700w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-6-700-250x278.jpg 250w, https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/SITE_MulheresBicentenario-6-700-120x134.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><span class=\"media-credits-inline\">NYPL<\/span>Portrait de Marie-L\u00e9opoldine<span class=\"media-credits\">NYPL<\/span><\/p><\/div>\n<p>La recherche remonte aux ann\u00e9es 1970, lorsque le Mouvement F\u00e9minin pour l\u2019Amnistie (MFPA) a fait de Maria Quit\u00e9ria de Jesus un symbole contre l\u2019autoritarisme pendant la dictature militaire (1964-1985). Cr\u00e9\u00e9 en 1975 par un groupe de femmes de S\u00e3o Paulo, le MFPA s\u2019est rapidement r\u00e9pandu dans tout le pays. \u00c0 la t\u00eate de l\u2019initiative se trouvait la ma\u00eetresse de maison et militante Therezinha Zerbini (1928-2015), dont le mari, militaire, avait \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 par le coup d\u2019\u00c9tat. \u00ab Le combat de Therezinha contre la dictature \u00e9tait ancien. Elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des organisatrices du congr\u00e8s clandestin de l\u2019UNE [Union nationale des \u00e9tudiants] qui s\u2019est tenu \u00e0 Ibi\u00fana [SP], en 1968, par exemple \u00bb, raconte Gomes.<\/p>\n<p>Quant au MFPA, le choix de Maria Quit\u00e9ria de Jesus comme symbole s\u2019inscrivait dans une strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du mouvement de s\u2019associer \u00e0 un personnage d\u00e9j\u00e0 important du panth\u00e9on des Forces arm\u00e9es, mais dont la signification d\u00e9passait le domaine strictement militaire. \u00ab\u00a0Cela pourrait repr\u00e9senter, par exemple, la d\u00e9fense de la participation des femmes en politique \u00bb, souligne Gomes. \u00ab\u00a0Elles croyaient qu\u2019avec cela, elles pourraient agir avec plus de libert\u00e9\u00a0\u00bb. La strat\u00e9gie a partiellement fonctionn\u00e9. En 1977, la premi\u00e8re \u00e9dition du bulletin Maria Quit\u00e9ria, en plus d\u2019affiches et de pamphlets \u00e0 son image, a \u00e9t\u00e9 saisie par le SNI (Service national d\u2019information), qui a \u00e9galement infiltr\u00e9 un photographe lors d\u2019une manifestation \u00e0 laquelle le mouvement participait \u00e0 Salvador.<\/p>\n<p><strong>Alternative mod<\/strong><strong>\u00e9<\/strong><strong>r<\/strong><strong>\u00e9<\/strong><strong>e<br \/>\n<\/strong>Dans la salle principale du Mus\u00e9e Paulista, celui-l\u00e0 m\u00eame qui abrite le portrait de Maria Quit\u00e9ria, se trouve une toile en l\u2019honneur de l\u2019imp\u00e9ratrice Marie-L\u00e9opoldine, \u00e9galement peinte par Failutti dans les ann\u00e9es 1920. \u00ab N\u00e9e \u00e0 Vienne, Marie-L\u00e9opoldine \u00e9tait la fille de Fran\u00e7ois II, empereur d\u2019Autriche, ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e pour r\u00e9gner. En \u00e9pousant le prince h\u00e9ritier du Royaume-Uni luso-br\u00e9silien, le futur empereur Pierre I, elle s\u2019installe au Br\u00e9sil avec la conviction que le renforcement de la monarchie sous les tropiques sera b\u00e9n\u00e9fique pour le maintien des r\u00e9gimes absolutistes en d\u00e9cadence en Europe depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00bb, dit Lyra (UFRJ), auteure de la biographie sur l\u2019Autrichienne qui est incluse dans le livre <em>Queens of Portugal in the new world: Carlota Joaquina, Leopoldina de Habsburgo<\/em>, publi\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur portugais C\u00edrculo de Leitores, en 2011.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Slemian, l\u2019activit\u00e9 politique de Marie-L\u00e9opoldine \u00e0 la Cour portugaise s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e principalement au d\u00e9but des ann\u00e9es 1820. \u00ab\u00a0Elle a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le processus d\u2019ind\u00e9pendance, qu\u2019elle a exerc\u00e9 avec une extr\u00eame rationalit\u00e9 et de mani\u00e8re plus prudente que son mari\u00a0\u00bb, observe le sp\u00e9cialiste, auteur de l\u2019article sur Marie-L\u00e9opoldine dans le <em>Dictionnaire de l<\/em><em>\u2019<\/em><em>Ind<\/em><em>\u00e9pendance: Histoire, m\u00e9moire et historiographie<\/em>, qui devrait \u00eatre lanc\u00e9 au second semestre. \u00ab\u00a0Cependant, il n\u2019est pas possible de falsifier sa performance. Marie-L\u00e9opoldine \u00e9tait conservatrice, terrifi\u00e9e par les bouleversements sociaux, se battant pour une alternative d\u2019ind\u00e9pendance mod\u00e9r\u00e9e, qui garderait le prince sur le tr\u00f4ne. Ce fut d\u2019ailleurs le projet concr\u00e9tis\u00e9 en 1822 \u00bb, conclut-elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019absence de droits politiques n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la participation des femmes au processus d\u2019ind\u00e9pendance du Br\u00e9sil","protected":false},"author":689,"featured_media":493039,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1188],"tags":[],"coauthors":[3453],"class_list":["post-493038","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-humanites"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493038","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/689"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=493038"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493038\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":493067,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493038\/revisions\/493067"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/493039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=493038"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=493038"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=493038"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=493038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}