{"id":554299,"date":"2025-06-11T11:58:28","date_gmt":"2025-06-11T14:58:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/?p=554299"},"modified":"2025-07-23T10:26:52","modified_gmt":"2025-07-23T13:26:52","slug":"liviu-nicu-un-pont-scientifique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/liviu-nicu-un-pont-scientifique\/","title":{"rendered":"Liviu Nicu: Un pont scientifique"},"content":{"rendered":"<p>Liviu Nicu, chercheur en micro et nanotechnologies, est rapidement devenu un fin observateur du paysage acad\u00e9mique sud-am\u00e9ricain. Arriv\u00e9 au Br\u00e9sil en f\u00e9vrier 2022 pour un projet en collaboration avec l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ), il est nomm\u00e9 quelques mois plus tard directeur de la repr\u00e9sentation du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en Am\u00e9rique du Sud \u2014 l\u2019un des 11 bureaux que l\u2019organisme fran\u00e7ais d\u00e9ploie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>En tant que directeur, il contribue activement au d\u00e9veloppement des coop\u00e9rations scientifiques entre le CNRS et les pays de la r\u00e9gion, en s\u2019appuyant sur les partenariats existants et en explorant de nouvelles opportunit\u00e9s de collaboration. Sa premi\u00e8re mission l\u2019a amen\u00e9 \u00e0 travers le sud du continent, du Chili \u00e0 l\u2019Uruguay, \u00e0 la rencontre de coll\u00e8gues dans des universit\u00e9s partenaires. Il y pr\u00e9sentait notamment un dispositif de coop\u00e9ration innovant du CNRS : les centres de recherche internationaux (IRC).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo (USP) est devenue un partenaire cl\u00e9 pour le CNRS, \u00ab\u00a0gr\u00e2ce \u00e0 la richesse et \u00e0 la profondeur de ses coop\u00e9rations pluridisciplinaires\u00a0\u00bb. En mars 2024, l\u2019IRC \u00ab\u00a0Transitions\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 sur le campus de l\u2019USP, \u00e0 S\u00e3o Paulo. Il s\u2019agit du cinqui\u00e8me centre de ce type lanc\u00e9 par le CNRS en collaboration avec une universit\u00e9, apr\u00e8s ceux cr\u00e9\u00e9s avec l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019Arizona et l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, aux \u00c9tats Unis, l\u2019Imperial College London, en Angleterre, et l\u2019Universit\u00e9 de Tokyo, au Japon. Un sixi\u00e8me centre a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke, au Canada.<\/p>\n<p><strong>L\u2019IRC a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 d\u00e9but 2024 au Br\u00e9sil. O\u00f9 en sont les travaux de coop\u00e9ration, un an apr\u00e8s ?<\/strong><br \/>\nNous avan\u00e7ons en trois \u00e9tapes : d\u2019abord, l\u2019identification des communaut\u00e9s scientifiques dans chacun des sept domaines th\u00e9matiques d\u00e9finis, comme piliers centraux \u2014 sciences humaines et sociales, \u00e9cologie et environnement, oc\u00e9anographie, immunologie, technologies quantiques, sciences de l\u2019informatique, agriculture et d\u00e9carbonation. Vient ensuite la consolidation autour de projets financ\u00e9s. Enfin, \u00e0 plus long terme, l\u2019interaction entre disciplines. Apr\u00e8s un an, certains domaines sont d\u00e9j\u00e0 bien structur\u00e9s, avec des projets en cours et des communaut\u00e9s actives. D\u2019autres avancent plus progressivement, selon les dynamiques propres \u00e0 chaque domaine. L\u2019interdisciplinarit\u00e9, au c\u0153ur de l\u2019ambition de l\u2019IRC, sera d\u00e9velopp\u00e9e dans une perspective de coop\u00e9ration sur dix ans.<\/p>\n<p><strong>Quels r\u00e9sultats concrets peut-on d\u00e9j\u00e0 observer ?<\/strong><br \/>\nPlusieurs workshops ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s, \u00e0 S\u00e3o Paulo et en France, dans les domaines des sciences sociales, de l\u2019informatique, de l\u2019immunologie et de l\u2019\u00e9cologie\/environnement. Il y a eu aussi un atelier virtuel en technologies quantiques, un workshop pr\u00e9sentiel en agriculture et d\u00e9carbonation, et un autre, en oc\u00e9anographie, est en pr\u00e9paration. Certaines communaut\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 soumis des projets, notamment dans le cadre de l\u2019appel commun ANR-FAPESP. Des bourses de doctorat vont bient\u00f4t d\u00e9marrer. Surtout, plusieurs chercheurs du CNRS sont d\u00e9j\u00e0 en poste au Br\u00e9sil : un en immunologie, au campus de l\u2019USP \u00e0 Ribeir\u00e3o Preto, trois en sciences humaines et sociales, install\u00e9s sur le campus Butant\u00e3, \u00e0 S\u00e3o Paulo et moi-m\u00eame pour la recherche en ing\u00e9nierie.<\/p>\n<p><strong>Comment l\u2019IRC contribue-t-il \u00e0 la formation de nouveaux chercheurs ?<\/strong><br \/>\nD\u00e8s son lancement, l\u2019IRC CNRS-USP a eu un effet amplificateur, attirant ainsi l\u2019attention des chercheurs fran\u00e7ais. Depuis, la participation aux appels \u00e0 projets franco-br\u00e9siliens \u2013 notamment ceux de l\u2019ANR \u2013 a doubl\u00e9. Pour soutenir cette dynamique, un programme de doctorat conjoint \u2013 le <em>PhD Joint Programme<\/em> \u2013 a \u00e9t\u00e9 mis en place : chaque ann\u00e9e, l\u2019USP et le CNRS accordent chacun cinq bourses de th\u00e8se, permettant la cr\u00e9ation de bin\u00f4mes \u2013 un chercheur de l\u2019USP et un du CNRS \u2013 qui encadrent chacun un doctorant. Ces \u00e9quipes franco-br\u00e9siliennes contribueront \u00e0 forger une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration scientifique, port\u00e9e par l\u2019esprit collaboratif et interdisciplinaire du centre.<\/p>\n<p><strong>Ce programme de doctorat est-il limit\u00e9 aux sept domaines scientifiques d\u00e9finis par le centre ?<\/strong><br \/>\nNon. Il a justement \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour aller au-del\u00e0 du cadre fixe des sept piliers th\u00e9matiques. L\u2019objectif est de maintenir une structure dynamique et flexible, capable d\u2019\u00e9voluer en fonction des besoins de la coop\u00e9ration. Par exemple, m\u00eame si l\u2019ing\u00e9nierie ou la physique nucl\u00e9aire ne figurent pas parmi les domaines actuellement retenus, des projets de th\u00e8se dans ces champs peuvent tout \u00e0 fait \u00eatre soutenus dans le cadre du programme. Nous avons tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 collaborer avec d\u2019autres domaines pour aborder ensemble des d\u00e9fis scientifiques de plus en plus complexes auxquels nous ne pouvons plus r\u00e9pondre en restant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos fronti\u00e8res (g\u00e9ographiques et disciplinaires) respectives.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les engagements financiers respectifs de la FAPESP, de l\u2019USP et du CNRS dans le cadre de ce programme ?<\/strong><br \/>\nLes trois institutions ont sign\u00e9 un accord pr\u00e9voyant un investissement de 30 millions de reais BRL par la FAPESP dans l\u2019IRC de l\u2019USP. Cette somme finance des bourses de doctorat et de post-doctorat, des workshops, ainsi que des \u00e9quipements, exclusivement pour des projets men\u00e9s \u00e0 l\u2019USP par des chercheurs du CNRS en collaboration avec leurs coll\u00e8gues br\u00e9siliens. Parall\u00e8lement, l\u2019USP et le CNRS financent chacun cinq bourses de th\u00e8se dans le cadre du <em>PhD Joint Programme<\/em>. Le CNRS mobilise \u00e9galement d\u2019autres instruments de coop\u00e9ration internationale : il soutient des projets internationaux, ainsi que d\u2019autres programmes de recherche bilat\u00e9raux. Il prend aussi en charge les salaires des chercheurs fran\u00e7ais envoy\u00e9s au Br\u00e9sil pour des s\u00e9jours de longue dur\u00e9e, souvent accompagn\u00e9s de leurs familles.<\/p>\n<p><strong>Ce mod\u00e8le de l\u2019IRC pourra-t-il s\u2019\u00e9ten\u00addre \u00e0 d\u2019autres universit\u00e9s de S\u00e3o Paulo ?<\/strong><br \/>\nOui, tout \u00e0 fait. Inspir\u00e9e par la dynamique cr\u00e9\u00e9e autour du partenariat CNRS-USP, la FAPESP a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9largir cette initiative \u00e0 d\u2019autres institutions. Elle propose d\u00e9sormais \u00e0 chaque universit\u00e9 \u2014 comme l\u2019Unifesp [Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de S\u00e3o Paulo], l\u2019Unicamp [Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de Campinas] ou d\u2019autres \u2014 la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er jusqu\u2019\u00e0 trois centres internationaux de recherche, chacun b\u00e9n\u00e9ficiant du m\u00eame financement de 30 millions de reais BRL. Le Centre CNRS-USP est donc le premier de cette s\u00e9rie, mais il ouvre la voie \u00e0 d\u2019autres partenariats internationaux structur\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Quels types d\u2019investissements le CNRS r\u00e9alise-t-il actuellement en Am\u00e9rique latine, et dans quels domaines ?<\/strong><br \/>\nLe CNRS entretient des coop\u00e9rations dans toutes les disciplines avec plusieurs pays d\u2019Am\u00e9rique du Sud, mais l\u2019intensit\u00e9 varie. En 2024, le Br\u00e9sil a re\u00e7u \u20ac 1,2 million d\u2019investissement, dont 56 % ont \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s vers les sciences humaines et sociales, l\u2019\u00e9cologie, l\u2019environnement et l\u2019observation de la Terre \u2014 des domaines traditionnellement forts en coop\u00e9ration. Le reste a \u00e9t\u00e9 investi dans des disciplines comme la biologie, la chimie, la physique et l\u2019ing\u00e9nierie. En Argentine, les \u20ac 400 000 allou\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis de mani\u00e8re plus \u00e9quilibr\u00e9e entre les disciplines. Au Chili, avec \u20ac 300 000 investis, la r\u00e9partition est similaire \u00e0 celle observ\u00e9e au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><strong>Au regard des investissements r\u00e9alis\u00e9s au Br\u00e9sil, on observe une coop\u00e9ration d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablie dans certaines disciplines. Quelles autres devraient, selon vous, \u00eatre davantage encourag\u00e9es ?<br \/>\n<\/strong>On a tendance \u00e0 associer le Br\u00e9sil \u00e0 des domaines comme les sciences humaines et sociales, l\u2019\u00e9cologie ou l\u2019observation de la Terre \u2014 ce qui est tout \u00e0 fait justifi\u00e9, car les collaborations dans ces domaines sont nombreuses et tr\u00e8s solides. Mais le pays ne se r\u00e9sume pas \u00e0 cela. Il y a ici d\u2019excellents physiciens, ing\u00e9nieurs, chimistes et biologistes, de tr\u00e8s haut niveau. Ce que nous devons faire, c\u2019est donc porter une attention accrue \u00e0 ces autres disciplines et renforcer la coop\u00e9ration dans des domaines o\u00f9 le Br\u00e9sil excelle \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p><strong>Votre propre recherche porte sur les micro et les nanotechnologies, n\u2019est-ce pas ?<\/strong><br \/>\nOui, tout \u00e0 fait. M\u00eame si mes fonctions actuelles sont tr\u00e8s prenantes, j\u2019ai tenu \u00e0 poursuivre une activit\u00e9 scientifique. Je viens d\u2019un laboratoire \u00e0 Toulouse sp\u00e9cialis\u00e9 en informatique, robotique, micro et nanotechnologies que j\u2019ai dirig\u00e9 pendant les six ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant mon arriv\u00e9e au Br\u00e9sil et avec lequel je continue \u00e0 collaborer. Par ailleurs, ma venue au Br\u00e9sil en 2022 s\u2019est faite dans le cadre d\u2019un projet de recherche avec une \u00e9quipe du d\u00e9partement de m\u00e9canique de l\u2019UFRJ, dans le domaine des m\u00e9tamat\u00e9riaux m\u00e9caniques. Depuis, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des collaborations plus larges avec des chercheurs \u00e0 S\u00e3o Paulo et \u00e0 S\u00e3o Carlos. Nous travaillons actuellement \u00e0 la construction de projets conjoints dans le domaine des microsyst\u00e8mes \u00e9lectrom\u00e9caniques. J\u2019y ai rencontr\u00e9 des \u00e9quipes scientifiques remarquables, \u00e0 la fois du point de vue th\u00e9orique et exp\u00e9rimental, avec lesquelles le dialogue est tr\u00e8s prometteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le sp\u00e9cialiste des nanotechnologies dirige la repr\u00e9sentation du CNRS en Am\u00e9rique du Sud et coordonne la coop\u00e9ration avec l\u2019USP \u00e0 travers l\u2019IRC Transitions","protected":false},"author":762,"featured_media":554304,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1182,1180],"tags":[],"coauthors":[5094],"class_list":["post-554299","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-entretien","category-sciences"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/554299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/762"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=554299"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/554299\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":558354,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/554299\/revisions\/558354"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/554304"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=554299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=554299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=554299"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistapesquisa.fapesp.br\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=554299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}