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Mémoire

L’aliéniste

Juliano Moreira a été le premier à divulguer Freud au Brésil et à transformer la psychiatrie en une spécialité médicale

Publié en juin 2006

Moreira (les bras croisés) avec Einstein, pendant la visite du physicien au Brésil, en 1925

PHOTOS ARCHIVES DE FÁTIMA VASCONCELLOSMoreira (les bras croisés) avec Einstein, pendant la visite du physicien au Brésil, en 1925PHOTOS ARCHIVES DE FÁTIMA VASCONCELLOS

Un jeune médecin de Salvador a été le premier à divulguer, au Brésil, les travaux assez particuliers d’un autre médecin originaire de Vienne. Selon les récits disponibles actuellement, Juliano Moreira a exposé aux étudiants de la Faculté de Médecine de Bahia les nouveautés encore controverses de Sigmund Freud en 1899. Son ami et également médecin – qui était aussi politicien et écrivain – Afrânio Peixoto a fait référence à ce fait en 1933, lors de l’hommage posthume à Moreira: “Freud, nouveauté de nos jours, était, il y a 30 ans, étudié par lui [Juliano Moreira] à Bahia”. Ronaldo Jacobina, chercheur à l’Université Fédérale de Bahia et connaisseur de la vie et de l’oeuvre de Moreira, rapporte: “Les 30 ans sont une référence approximative. Il se peut que ce soit 1903, 1900 ou même 1899”. C’est Mariazilda Perestrello qui mentionne 1899 – date, pourtant, antérieure à la publication de l’Interprétation des rêves – en citant, comme source primaire, le psychanalyste Danilo Perestrello. Quelques années plus tard, en 1914, Moreira a présenté un communiqué officiel sur la psychanalyse à la Sociedade Brasileira de Neurologia, Psiquiatria e Medicina Legal (Société Brésilienne de Neurologie, Psychiatrie et Médecine Légale). Ce furent les 150 ans de la naissance de Freud, commémorés en mai, qui ont révélé cette première citation relative à la psychanalyse au Brésil.

Juliano Moreira (1873- 1933) est un cas exceptionnel dans la médecine brésilienne. Il était métis, pauvre, du Nordeste brésilien, malade – il attrapa très tôt la tuberculose – et fils d’une domestique et d’un fonctionnaire municipal, qui ne l’a reconnu que tardivement, suivant Fátima Vasconcellos, psychiatre carioca, exprésidente de l’Association de Psychiatrie de Rio de Janeiro et auteur d’une dissertation à son sujet. Il a été extrêmement précoce, intelligent et déterminé: il est entré à la Faculté de Médecine de Bahia à 13 ans, ce qui était, à l’époque, permis aux excellents élèves. Il conclut sa formation universitaire à 18 ans, en 1891, avec la thèse Etiologia da sífilis maligna precoce (Étiologie de la syphilis maligne précoce).

Suivant Ana Maria Oda, de l’Université Publique de Campinas et également chercheur sur le sujet, c’est en 1900, lors de son second voyage en Europe, qu’il a connu des laboratoires et des chercheurs de divers pays liés à la psychiatrie, à la dermatologie et aux études sur la syphilis. En 1903, il est devenu directeur de l’Hôpital National des Aliénés, à Rio de Janeiro.

Pendant les 27 années au cours desquelles il a été à la tête de l’institution, Moreira a construit la psychiatrie en tant que spécialité médicale au Brésil, avec des idées et des pratiques nouvelles. Inspiré par la Clinique de Munich, dirigée par Emil Kraepelin, il a aboli les chemises de force et enlevé les barreaux des fenêtres. Il a séparé les adultes et les enfants internés, installé un laboratoire d’anatomie pathologique et d’analyses biochimiques. Il a intégré au corps de médecins des neuropsychiatres, des spécialistes en clinique médicale, en pédiatrie, en ophtalmologie, en gynécologie et en odontologie et a créé l’école pour la formation des infirmiers psychiatriques. Il a publié plus de cent travaux. Il a influencé la législation pour améliorer l’assistance aux malades. Il a été le co-fondateur de périodiques médicaux et d’institutions telles la Sociedade Brasileira de Psiquiatria, Neurologia e Ciências Afins (Société Brésilienne de Psychiatrie, de Neurologie et de Sciences Analogues) et a présidé l’Académie Brésilienne des Sciences – dans laquelle il reçut, en 1925, Albert Einstein – et a été le viceprésident de l’Académie Nationale de Médecine.

Mais, avant tout, Juliano Moreira a été médecin. “Il disait que l’‘aliéné’ devait être soigné comme n’importe quel autre malade, ce qui démontrait son manque de préjugé para rapport à la maladie mentale”, conclut Fátima Vasconcellos.

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