Guia Covid-19
Imprimir PDF Republish

COUVERTURE

Attraction de talents

Un groupe de l’institut physique de l’Unicamp se distingue en faisant venir des chercheurs d’autres pays

Publié en septembre de 2010

LAURA DAVIÑAÀune époque où l’on parle de l’importance d’internationaliser toujours davantage la science brésilienne, le groupe de chercheurs dirigé par le physicien Marcelo Knobel – professeur titulaire de l’Université d’état de Campinas (Unicamp) et recteur adjoint des 1er et 2e cycles [Graduação] – montre combien l’échange d’expériences entre étudiants de 3e cycle de nationalités différentes est capable d’enrichir la recherche et d’attirer davantage de chercheurs étrangers, dans un cercle vertueux. Âgé de 42 ans, Knobel coordonne depuis la fi n des années 1990 un groupe de recherche sur de nouveaux matériaux magnétiques installé au Laboratoire de Magnétisme et Basses Températures (LMBT) de l’Institut de Physique Gleb Wataghin, de l’Unicamp. Comme le groupe est reconnu internationalement et travaille en collaboration avec des scientifi ques de plusieurs pays, Knobel reçoit souvent des messages d’étudiants étrangers désireux de venir suivre un master, un doctorat ou un post-doctorat à l’Unicamp. Il évalue systématiquement les demandes en détail et, avec l’aide de l’université et d’agences d’aide à la recherche, a déjà réussi à faire venir des gens de divers pays dans son laboratoire ; actuellement, le laboratoire compte sur des doctorants et post-doctorants d’Inde, d’Espagne, du Chili, de Colombie et du Canada. « En plus de l’intérêt des chercheurs », observe Knobel, “le fait que nous disposions de bourses d’études aux montants très compétitifs internationalement aide beaucoup. […] Ils viennent au Brésil stimulés par la chance de pouvoir travailler dans un environnement où il est possible de réaliser des recherches de pointe, et même de mettre de l’argent de côté ».

La Canadienne Fanny Béron est l’une des postdoctorantes qui fait partie du groupe de Knobel. Elle a suivi ses études en ingénierie physique de l’École Polytechnique de Montréal et, doctorat en poche, elle s’est mise à la recherche d’une université étrangère en 2007 pour y préparer un post-doctorat. Arthur Yelon, son directeur de thèse qui entretient des relations professionnelles avec Knobel, lui a alors suggéré l’Unicamp. «Je ne voulais pas aller aux États-Unis, parce que je connais déjà bien le rythme de vie nord-américaine, et je n’ai pas trouvé de lieu en Europe qui ait un bon laboratoire dans une ville intéressante ». L’étudiante ne regrette pas son choix: « J’ai accès facilement à des équipements qu’il n’y avait pas à Montréal, je travaille avec un bon groupe qui produit beaucoup et j’ai la possibilité de collaborer avec plusieurs chercheurs de haut niveau ». Récemment, elle a changé sa bourse canadienne de post-doctorat pour une bourse de la FAPESP, d’un montant de 5028,90 réaux mensuels. « Le montant était le même, mais la FAPESP offre une réserve technique très utile pour se rendre à des conférences. […] Je sais que les conditions de recherche à l’Unicamp sont meilleures que dans d’autres lieux du Brésil. Le Brésil n’est pas un choix traditionnel pour les jeunes chercheurs étrangers qui préfèrent généralement les États-Unis ou l’Europe, mais j’ai trouvé ici tout ce dont j’avais besoin et en plus j’ai eu l’opportunité de mieux connaître l’Amérique du Sud ».

L’Espagnol Jacob Torrejón Díaz est un des autres chercheurs étrangers satisfaits de l’expérience à l’Unicamp. Il vient de terminer son post-doctorat d’une année dans le groupe de Knobel et se prépare à suivre un nouveau postdoctorat, cette fois au Laboratoire de Physiques des Solides du CNRS, à Paris. Lorsqu’il a achevé son doctorat sur les matériaux nanostructurés en 2009 à l’Université Autonome de Madrid, il s’est rendu compte que les alternatives de post-doctorat en Europe étaient limitées: « C’était le début de la crise économique et la plupart des programmes de bourses et de contrats de recherche ont été drastiquement réduits ». Il connaissait le professeur Kleber Pirota, du groupe de Marcelo Knobel, et c’est lui qui lui a suggéré l’Unicamp. « Il m’a parlé du fl ux continu des bourses de recherche de la FAPESP, des bourses qui étaient accordées très rapidement, pas plus d’un mois ou deux, au contraire de la plupart des agences européennes qui mettent une année pour octroyer une bourse. J’ai trouvé très attrayant et intéressant le projet de la recherche, l’équipement du Laboratoire de Magnétisme et Basses Températures et les conditions économiques de la bourse. Et je suis venu au Brésil ».Il a aussi développé des travaux dans divers domaines, de la résonance ferromagnétique aux nanofi ls isolés, qui sont publiés dans des revues internationales. « Je suis contente de pouvoir contribuer à l’amélioration de l’équipement du laboratoire. J’ai participé activement au montage du laboratoire de fabrication de nanostructures. Mon séjour a servi à établir une collaboration que j’espère durable ».

D’après Marcelo Knobel, la concentration d’étudiants d’Amérique Latine a entraîné l’adoption de deux langues au sein du laboratoire: l’anglais, qui est la langue franque de la science et le portunhol, mélange de portugais et d’espagnol. Fanny Béron et Jacob Torrejón Díaz ont travaillé avec des chercheurs comme l’Indien Surender Kumar Sharma, qui a suivi ses études et obtenu son doctorat en physique à l’Université Himachal Pradesh. Il est à l’Unicamp depuis 2007, avec une bourse de la FAPESP. « J’ai commencé à collaborer avec lui pendant son doctorat et après il a décidé de venir », se souvient Knobel. « Dans son cas, il y a un aspect très intéressant. Il vient de réussir à faire venir son épouse, qui a elle aussi gagné une bourse de la FAPESP pour un postdoctorat en biologie ». Le groupe est également composé d’étudiants telle que la Chilienne Lenina Valenzuela, diplômée en physique de l’Université de Santiago du Chili. Depuis 2007, elle mène sous la direction de Knobel un doctorat en magnéto-impédance, avec une bourse de la Capes (Coordination de Perfectionnement du Personnel de Niveau Supérieur). Tous les étrangers travaillent avec des étudiants de master et des boursiers d’initiation scientifi que brésiliens qui, selon Knobel, tirent profi t du partage de l’expérience et de la connaissance tout en se familiarisant avec d’autres langues et un environnement de recherche international.

Tâches bureaucratiques
LAURA DAVIÑAKnobel observe que la volonté de faire venir des étudiants étrangers ne suffi t pas, mais que le soutien institutionnel est aussi fondamental: « Dans d’autres pays, le leader d’un groupe de recherche reçoit une subvention et peut gérer avec autonomie les ressources pour faire venir des gens de l’étranger. Au Brésil, ça ne fonctionne pas ainsi. Ça fonctionne seulement parce que l’Unicamp est fortement tournée vers l’internationalisation et qu’elle recherche activement de nouveaux partenariats pour des échanges d’étudiants ». Le chercheur ajoute toutefois qu’il reste encore beaucoup de diffi cultés à résoudre, qui fi nissent souvent par surcharger de tâches bureaucratiques le leader du groupe; à titre d’exemple, obtenir un visa ou encore aider l’étudiant invité à trouver un logement. Ronaldo Pilli, recteur adjoint du secteur de la recherche de l’Unicamp confi rme: « J’ai dû me porter garant pour le loyer d’un chercheur étranger invité à rejoindre mon groupe ».

Le groupe de Knobel attire l’attention de par la diversité de chercheurs étrangers, néanmoins il est loin d’être un cas isolé à l’Unicamp. Un programme de bourses de doctorat établi par le CNPq (Conseil National de Développement Scientifi que et Technologique) et l’Académie des Sciences du Monde en Développement (TWAS) a déjà fait venir plusieurs étudiants pakistanais pour suivre un doctorat à l’Institut de Chimie (IQ) de l’Université. Selon Pilli, professeur de l’IQ, « ce qui est intéressant c’est l’effet en retour de ce processus, et je reçois de plus en plus de demandes de Pakistanais désireux de venir au Brésil ». Il existe un autre exemple réussi dans le domaine de l’initiation scientifi que en chimie: le programme pilote de la FAPESP et de la National Science Foundation (NSF), qui promeut l’échange entre des élèves de 1er et 2e cycles en chimie d’universités de l’état de São Paulo et nord-américaines. L’opportunité est à double sens : des étudiants de l’Unicamp vont suivre des stages aux États- Unis, et vice et versa. Ricardo Barroso, 21 ans, est l’un des étudiants de l’Unicamp à avoir participé au programme et il vient de co-signer un article paru dans la revue Science. À travers le stage effectué à l’Université de Californie à Los Angeles, il a participé à un projet de création d’un cristal synthétique tridimensionnel capable de capturer des émissions de dioxyde de carbone – le sujet de l’article publié dans Science.

L’Unicamp a une stratégie pour amplifier son internationalisation. D’après le recteur adjoint Ronaldo Pilli, un projet mis en place en 2009 est destiné à attirer des professeurs visitants étrangers pour donner des cours de courte durée. L’appel d’offres lancé l’an dernier en partenariat avec le rectorat adjoint de 3e cycle a reçu 60 propositions de départements intéressés par la venue de professeurs visitants pour donner des cours de 3e cycle d’une durée maximale de deux mois. 27 propositions ont été sélectionnées et l’Unicamp prévoit d’investir 400 000,00 réaux la première année. Un effort est également mené pour attirer des chercheurs visitants pour de plus longues périodes. L’objectif est d’offrir des bourses d’un à deux ans à des personnes intéressantes pour le département, avec au fi nal la chance de passer un concours pour y enseigner. Des annonces dans des revues scientifiques internationales, comme Nature et Science, ont attiré plus de 50 personnes dont les CV ont été minutieusement examinés par les départements de l’Unicamp. Les sélectionnés ont été invités à visiter l’université. Deux d’entre eux, un canadien et un français, doivent déjà venir passer jusqu’à deux ans à partir de mars. Pilli explique que l’intérêt « n’est pas seulement de faire venir des étrangers, mais aussi de rapatrier des chercheurs brésiliens établis à l’étranger ». Pour faciliter l’incorporation de ces chercheurs, l’Unicamp prévoit de changer les règles des concours de certaines catégories de professeurs, afin de permettre que les épreuves soient faites dans des langues étrangères.

Le domaine de l’enseignement est un autre domaine où l’Unicamp oeuvre fortement pour l’internationalisation. Chaque semestre, l’institution reçoit près de 100 étudiants étrangers (1er au 3e cycles); la plupart viennent de pays d’Amérique latine avec qui l’université possède des accords. Le nombre total
d’étudiants étrangers suivant des cours à l’Unicamp oscille entre 800 et 1000. D’après Leandro Tessler, physicien et responsable de la Coordination des Relations Institutionnelles et Internationales (Cori), « la recherche est grande au niveau d’étudiants de pays tels que le Pérou et la Colombie, qui voient l’Unicamp comme une référence en termes de sciences exactes et d’ingénieries ». Il constate que l’université a fait de grands efforts pour établir des accords avec des universités nord-américaines et européennes: « Il y a de l’espace pour grandir, en particulier avec les États-Unis ». L’idée est d’appliquer dans l’enseignement la même stratégie que celle de la recherche. « L’université se qualifi e quand elle s’expose à l’étranger. Dans la recherche, nous utilisons des paramètres internationaux et nous sommes reconnus. Nous sommes maintenant en train de faire la même chose avec l’enseignement ». L’un des avantages est que les étudiants sont en contact avec des idées différentes : « Les groupes universitaires brésiliens sont très homogènes et il est bon de connaître plus de diversité ». Toutefois, l’objectif fondamental est de garantir une formation supérieure internationalisée. « L’étudiant devient plus compétitif quand il possède un vécu international », affirme Tessler.

Republish