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MÉDECINE

Du paludisme aux maladies émergentes

Des scientifiques paulistes transforment l’État de Rondônia en centre de recherche avancé d’un grand impact social

(1)Danger en fin d’après-midi : des enfants du district de Triunfo, dans l’État de Rondônia, se baignent à l’heure où les moustiques Anophèles, vecteurs du paludisme, ont l’habitude d’attaquer

Eduardo Cesar Danger en fin d’après-midi : des enfants du district de Triunfo, dans l’État de Rondônia, se baignent à l’heure où les moustiques Anophèles, vecteurs du paludisme, ont l’habitude d’attaquerEduardo Cesar

Publié en mars 2002

Les recherches menées sur les maladies tropicales vivent un moment unique dans l’État de Rondônia. En effet, cet ancien territoire fédéral fortement colonisé par des émigrants venus du sud du pays dans les années 60 et 70, et devenu état de la fédération il y a seulement 21 ans, mène actuellement des recherches de pointe dans le domaine du paludisme, de la leishmaniose et d’autres maladies, anciennes ou émergentes, transmises à l’homme par une armée d’insectes, de moustiques et de tiques infectés par des bactéries, des virus et des parasites de tout types. C’est sur les rives du rio Madeira, à Portochuelo, un district de Porto Velho à une heure de bateau de la capitale de l’état, que des chercheurs de l’Institut de Sciences Biomédicales de l’Université de São Paulo (ICB/USP), qui possèdent depuis cinq ans un centre de recherche avancé dans l’intérieur de l’état, et des chercheurs du Centre de Recherche en Médecine Tropicale (Cepem) de Porto Velho, ont fait une grande découverte. Ils ont en effet confirmé, en 1999, les soupçons qui pesaient sur une caractéristique du paludisme brésilien qui complique le contrôle de cette endémie.

Les scientifiques ont prouvé de manière absolue, l’existence en Amazonie de porteurs asymptomatiques de Plasmodium vivax, protozoaire responsable d’environ 80% des cas enregistrés au Brésil. Les 20% restants sont principalement dus à Plasmodium falciparum, espèce plus agressive du parasite du paludisme et qui tue annuellement 1 à 2 millions de personnes en Afrique, principalement des enfants. Un pourcentage moindre de cas enregistrés concerne Plasmodiummalariae. La confirmation définitive qu’il y a avait et qu’il y a des porteurs du P. vivax ne présentant aucun des symptômes du paludisme a été obtenue en utilisant une méthode moléculaire plus précise que l’habituel test en laboratoire utilisé pour dépister la maladie. Il s’agit de la technique PCR (réaction en chaîne de polymérase) qui agrandit le DNA des parasites et permet l’identification de la variété de protozoaires présente dans le sang des malades, même en petites quantités. Ce travail a eu de grandes répercutions sur le plan international et a fait l’objet d’un article scientifique publié dans la revue anglaise Lancet, une des publications médicales les plus renommées au monde.

La découverte de cas asymptomatiques de paludisme dans l’État de Rondônia est peut être la plus grande découverte scientifique de ces deux centres de recherche, qui travaillent ensembles et séparément. Le Centre Amazonien de l’ICB a découvert certains indices prouvant l’existence d’une espèce de protozoaire encore inconnue du genre Leishmania et qui serait un nouvel agent responsable de la transmission de la leishmaniose tégumentaire américaine (LTA), maladie infectieuse qui chaque année attaque la peau et les muqueuses de 28 mille brésiliens du nord au sud du pays. Dans la commune de Monte Negro, située à 250 kilomètres au sud de Porto Velho, où fonctionne la base de l’ICB, les chercheurs ont également constaté une incidence élevée d’une maladie de la peau peu diagnostiquée, la chromoblastomycose, et ont également identifiés un nouveau type de tiques du genre Amblyomma que l’on rencontre sur les animaux terrestres, principalement le tapir (Tapir terrestris) et qui peut transmettre certaines maladies à l’homme. “À Rondônia, tout est à découvrir et il y a beaucoup de recherches à mener”, déclare Erney Plessmann de Camargo, 66 ans, ex-professeur titulaire de l’ICB. C’est actuellement le tout nouveau directeur de l’Institut Butantan et le coordonnateur d’un projet dont l’objectif est de recenser la faune des tiques à Rondônia et de vérifier la prévalence de trois variétés de bactéries potentiellement pathogènes, Rickettsia, Borrelia et Erlichia , dans ces arthropodes.

L’étoffe rouge devant la maison indique un cas suspect de paludisme: signal pour que le motocycliste de la mairie de Candeias s’arrête et qu’il collecte le sang pour réaliser l’examen

Eduardo Cesar L’étoffe rouge devant la maison indique un cas suspect de paludisme: signal pour que le motocycliste de la mairie de Candeias s’arrête et qu’il collecte le sang pour réaliser l’examenEduardo Cesar

Plessmann est le co-auteur de l’article sur la découverte de porteurs asymptomatiques du plasmode du paludisme à Rondônia, aux côtés de Fabiana Alves (ICB) et de Luiz Hildebrando Pereira da Silva, directeur scientifique du Cepem et autorité mondiale en matière de maladies tropicales. Luiz Hildebrando ex-directeur de deux départements de l’Institut Pasteur, est probablement le principal responsable de la transformation de l’État de Rondônia en centre de recherche national. “Nous pensons que ces asymptomatiques sont immunisés et servent de réservoir à la maladie”, déclare le parasitologue qui se dédie depuis plus de quarante ans aux sciences. Selon les spécialistes de l’ICB et du Cepem, il est aussi important d’identifier et de traiter les porteurs asymptomatiques de P. vixax, pour freiner l’avancée de la maladie, que de mettre en pratique les mesures traditionnelles de contrôle de cette endémie, comme combattre l’agent transmetteur ou vecteur (au Brésil, femelles du moustique Anopheles darlingi infestées par le plasmode) et soigner le plus rapidement possible les cas symptomatiques. selon Luiz Hildebrando, étudier les asymptomatiques est aussi une manière de comprendre les mécanismes impliqués dans cette apparente immunisation naturelle pour mettre au point un vaccin contre le paludisme provoqué par P. vivax d’ici une décennie. “La plupart des recherches en cours sur les vaccins du paludismes concernent les cas d’infection provoqués par P. falciparum ”, déclare-t-il. Le génome de falciparum, il faut le signaler, a été récemment séquencé par un groupe international de laboratoires.

Lors d’une intervention pilote en Amazonie, des chercheurs du Cepem vont, ce mois-ci, commencer à identifier et à traiter des cas asymptomatiques de paludisme à Vila Candelária, également sur les rives du rio Madeira, mais beaucoup plus près de la ville que le district de Portochuelo. La communauté riveraine de Candelária, où passait la mythique voie ferrée Madeira-Mamoré, se situe à dix minutes en voiture de la capitale Porto Velho, commune de 330 mille habitants qui s’étend sur une zone plane de 34 mil kilomètres carrés, 20 fois plus grande que la ville de São Paulo. Le village de Candelária est fréquenté durant le week-end par une population variable d’estivants qui viennent de Porto Velho.

Appâts humains : des stagiaires de l’USP...

Eduardo Cesar Appâts humains : des stagiaires de l’USP…Eduardo Cesar

Des médecins font la différence
Dans ce village, où vivent en permanence 260 habitants, les études réalisée par le Cepem indiquent que 30% des habitants sont porteurs de P. vivax, mais ne manifestent pas les symptômes du paludisme (fièvre jusqu’à 40 degrés et transpiration continue durant deux à quatre heures), sans compter les 40% qui possèdent le plasmode et les symptômes cliniques. “Traiter les asymptomatiques peut changer le cours du paludisme”, déclare Mauro Shugiro Tada, médecin-chef pauliste du Cepem. Ce dernier est installé depuis 17 ans à Rondônia afin de mener des recherches sur les maladies tropicales dans un centre qui est l’embryon de son local de travail actuel, à Costa Marques, frontière bolivienne, où dit-il en plaisantant “le paludisme attaquait même les pieds de papaye”.

Quand on parle de paludisme au Brésil, il faut surtout parler de l’Amazonie qui concentre plus de 99% des cas du pays. Selon des informations partielles transmises par la Fondation Nationale de la Santé (Funasa), 340 mille cas de paludisme et 85 décès ont été enregistrés en 2001. Dans l’État de Rondônia, le nombre de cas s’élève à 50 mille. Le nombre de malades enregistrés en 2000 dans tout le pays s’élevait à 610 mille, pour 240 décès. Malgré la précarité de notre système de santé (pire en Amazonie que dans d’autres endroits du pays), la réalité brésilienne est encore nettement meilleure que la réalité africaine, ce qui chez nous amenuise un peu le poids des endémies.

“Notre paludisme grave est différent de la variété africaine”, déclare Luiz Hildebrando, qui a déjà contracté la maladie au Sénégal et est porteur du Trypanosoma cruzi, mais ne souffre pas de la maladie de Chagas. “En Afrique, la prise en charge médicale est bien pire que chez nous et les enfants sont les victimes préférentielles de falciparum, qui fréquemment provoque des complications cérébrales et entraîne la mort. Au Brésil, ce sont les adultes qui contractent le paludisme grave, principalement des agriculteurs, des orpailleurs ou des gens habitant au bord des rivières, mais les problèmes cérébraux sont rares.” En Amazonie, il y a peu de médecins dans les zones rurales mais en marchant quelques kilomètres, un malade peut recevoir une aide médicale d’urgence, déclare le scientifique. En Afrique, marcher n’amène généralement à rien”.

...capturent des moustiques (ici, l’Anophèles) à un horaire, une température et un taux d’humidité contrôlés

Eduardo Cesar …capturent des moustiques (ici, l’Anophèles) à un horaire, une température et un taux d’humidité contrôlésEduardo Cesar

Malgré ses engagements à São Paulo, Erney Plessmann se rend pratiquement tous les mois en Amazonie. “Nous travaillons à Rondônia comme des sentinelles afin de contrôler les maladies anciennes, émergentes et réémergentes”, déclare-t-il. “On ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut apparaître, comme le virus Ebola.” Jusqu’à présent il n’y a pas de récits de cas confirmés de victimes du mystérieux virus qui provoque une fièvre hémorragique capable de tuer le patient en quelques jours. Les chercheurs de l’USP et du Cepem ne travaillent pas spécifiquement à Rondônia dans le but de rechercher des cas d’Ebola. Mais comme les forêts africaines et asiatiques sont l’habitat naturel du virus, on peut naturellement penser que cette maladie puisse s’étendre aux forêts tropicales brésiliennes. C’est pour cela que comme les scouts nous devons toujours être prêts à intervenir.

S’exposant aux moustiques
Même quand il ne peut pas voyager, Plessmann sait que le projet sur les tiques est en bonne main, grâce à son fils Luís Marcelo Aranha Camargo, âgé de 40 ans et coordonnateur du Noyau Avancé de Recherche de l’ICB. Monte Negro, qui possède deux types de paludisme, enregistre une incidence élevée de paludisme et de leishmaniose tégumentaire américaine. Camargo, qui passe la plupart de son temps à Rondônia, se rend à São Paulo tous les 45 jours pour enseigner et orienter ses élèves. Dans cette ville de 12 mille habitants où le manque d’électricité et de moyens de télécommunication sont choses courantes, une de ses tâches développée consiste à coordonner un travail systématique de capture des vecteurs de la maladie, comme les moustiques et les tiques. On utilise souvent un appât humain pour attraper un moustique, en offrant à l’insecte la succulente jambe découverte d’un employé ou d’un stagiaire. Le risque de piqûre est permanent mais la méthode fonctionne. L’ICB a déjà capturé plus de 80 mille moustiques et, avec d’autres techniques, 10 mille tiques.

C’est en collectant ces vecteurs dans la forêt que l’équipe de Camargo a capturé des exemplaires de la nouvelle espèce de tiques, ressemblant fortement à l’Amblyomma incisum. Les chercheurs de l’ICB ont recherché des indices prouvant que les tiques, encore peu étudiées, sont également responsables d’une série de maladies anciennes ou émergentes transmises aux animaux et aux êtres humains. Dans certains cas cette relation est encore obscure. Dans d’autres cas, elle est déjà connue. C’est le cas de la fièvre maculeuse, causée par la bactérie Rickettsia rickettsii, transmise à l’homme par la tique Amblyomma cajennense qui attaque normalement les chevaux et d’autres animaux sylvestres. Ceux qui pensent que la maladie n’est présente qu’en Amazonie se trompent. La fièvre maculeuse est même endémique dans certaines régions proches de São Paulo, comme celle de Campinas où des décès on déjà été constatés.

À Monte Negro, sur les rives du rio Jamari, la collecte se poursuit...

EDUARDO CESAR À Monte Negro, sur les rives du rio Jamari, la collecte se poursuit…EDUARDO CESAR

Outre les recherches menées sur la nouvelle tique, l’équipe permanente de Camargo à Monte Negro et Jeffrey Shaw, chercheur travaillant au siège pauliste de l’ICB, a également identifié, dans des patients atteints de leishmaniose tégumentaire américaine, un parasite vecteur de la maladie qui semblerait être une variété encore non décrite dans la littérature scientifique. Jusqu’à ce jour on sait que six variétés de protozoaires du genre Leishmania, transmis à l’homme par des moustiques du genre Lutzomyia, ont provoqué des infections de peau au Brésil. Il s’agit de Leishmania braziliensis, L. amazonensis, L. guyanensis (les trois principaux protozoaires) et L. lainsoni, L. naiffi et L. shawi . “Nous pensons découvrir bientôt une septième variété du parasite qui provoque également la leishmaniose tégumentaire”, déclare Camargo. Dans ses études sur la maladie, le chef du noyau amazonien de l’ICB est également assisté par le médecin Sérgio Basano, son orienteur de maîtrise à l’USP et membre de l’équipe de l’institut de Rondônia qui possède deux laboratoires et une petite zone rurale destinée aux recherches de terrain.

À Monte Negro, les chercheurs ont également constaté une incidence très élevée d’une maladie de la peau pratiquement inconnue et causée par des champignons rencontrés dans des restes d’animaux et des déchets dans la forêt; la chromoblastomycose, peu diagnostiquée car souvent confondue avec la leishmaniose tégumentaire américaine, qui provoque des blessures sur la peau. Dix cas de cette maladie on été diagnostiqués entre 1997 et 2001 dans cette ville. “Ceci représente un taux d’incidence annuel de 1,6 cas de la maladie pour 10 mille habitants, le plus élevé du monde, et suggère que la chromoblastomycose doit avoir une grande prévalence dans les communes voisines”, déclare Camargo. L’autre pays possédant le plus grand indice de chromoblastomycose est Madagascar, avec 1,2 cas pour 10 mille habitants.

Pour étudier les maladies tropicales, les scientifiques doivent nécessairement être au contact de ces maladies. À Porto Velho, quand la plupart des malades sentent une fièvre forte, qui peut être un symptôme du paludisme, ils recherchent spontanément les services du Cepem à Porto Velho. L’année dernière, 18 mille personnes ont réalisé des examens dans ces services pour savoir s’ils avaient contracté la maladie. Sept mille personnes avaient le paludisme. Le diagnostic n’a pas été conclusif pour les onze mille personnes restantes. Les tests réalisés en laboratoire ne sont pas parvenus à identifier la cause du problème, ceci indique qu’il y a un terrain propice à l’étude de nouvelles maladies à Rondônia.

...tiques et probablement la nouvelle espèce d’Amblyomma (ci-dessus) accrochée au tissu

EDUARDO CESAR …tiques et probablement la nouvelle espèce d’Amblyomma (ci-dessus) accrochée au tissuEDUARDO CESAR

Les habitants du village de Monte Negro se sont déjà habitués à la présence permanente des chercheurs de l’ICB/USP et d’autres universités, qui dispensent régulièrement des soins médicaux, assistant le pouvoir public local en s’occupant de ses habitants. Mais les patients ne peuvent pas toujours aller à la rencontre des médecins. Les chercheurs du Cepem et de l’ICB doivent donc aller régulièrement sur le terrain pour visiter des zones d’accès plus difficile. Lors de leurs nombreux voyages et plutôt que de rencontrer une maladie rare, les chercheurs passent la majeure partie de leur temps à soigner une population sans assistance médicale dans les régions les plus pauvres d’Amazonie. À titre d’exemple, l’État de Rondônia ne possède pas d’école de médecine et possède approximativement un médecin pour 2.200 habitants.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande au moins un médecin pour mille personnes. São Paulo enregistre un médecin pour 500 habitants. “La situation du paludisme et de la santé en général à Rondônia serait bien meilleure si on augmentait seulement le nombre de médecins, de un pour 1000 ou de un pour 1.500 habitants”, déclare Luiz Hildebrando. La prise en charge des communautés rurales est une source d’information pour les études scientifiques et également un devoir éthique pour les chercheurs.

José Máximo, pêcheur de Vila Candelária: le traitement des porteurs asymptomatiques de Plasmodium peut changer le cours du paludisme

eduardo cesar José Máximo, pêcheur de Vila Candelária: le traitement des porteurs asymptomatiques de Plasmodium peut changer le cours du paludismeeduardo cesar

Voici à quoi ressemble une journée sur le terrain.

Vers 8h30, le médecin pauliste Rui Durlacher, 34 ans, et l’infirmière Jussara Brito, le même âge, montent dans la camionnette du Cepem qui se situe dans une ancienne aile du Centre de Médecine Tropicale de Rondônia (Cemetron), un des hôpitaux de l’état, dans la banlieue de Porto Velho. De nombreuses personnes fébriles sont déjà à la recherche d’un service qui fonctionne 24 heures sur 24, tous les jours de l’année, afin de se faire piquer le doigt pour récupérer une goutte de sang qui indiquera s’il y a un nouveau cas de paludisme, de dengue ou de je ne sais quoi. Mais ce ne sont pas ces patients qui amènent nos deux chercheurs à s’installer dans le véhicule alors que le chauffeur démarre. Chaque mardi et chaque jeudi, Durlacher et Jussara se rendent dans la commune de Candeias, plus précisément dans le district rural de Triunfo, qui compte 2.700 habitants et dont la plupart souffrent de paludisme et d’autres problèmes de santé.

Le voyage dure environ une heure et demie, avec de rapides arrêts dans le modeste dispensaire de Candeias (13 mille habitants avec ceux de Triunfo) qui ne possède pas d’hôpital et dans un bureau de la Funasa au bord de la route BR 364. Ils parcourent ainsi 100 kilomètres jusqu’à leur destination finale; 80 kilomètres de route nationale en bon état et 30 kilomètres de piste populairement appelée «ligne» dans la région.

Plessmann au bord du rio Madeira : “On ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut apparaître, comme un cas d’Ebola”

Eduardo Cesar Plessmann au bord du rio Madeira : “On ne sait jamais quand une nouvelle maladie peut apparaître, comme un cas d’Ebola”Eduardo Cesar

Antonio Eusébio da Silva, 42 ans, atteint par quatre paludismes, mineur et responsable du centre urbain de Triunfo, déclare : “À Triunfo, la santé s’appelle Cepem et docteur Rui. S’ils partent d’ici nous aurons des problèmes”. Durlacher explique que le district, qui abrite moins d’un quart de la population de Candeias, concentrait il y a quelques années la moitié des cas de paludisme de la commune. Actuellement, il y a des habitants sans la maladie depuis plus de deux ans.

Durlacher et Jussara se rendent ensuite au dispensaire local. Ils discutent avec les employés, reçoivent des patients et repartent dans la camionnette en empruntant des pistes encore plus étroites et effondrées qui débouchent dans les communautés les plus éloignées. Dans un jour productif, ils visitent au moins six maisons afin de suivre l’évolution des divers cadres cliniques. Ils traitent n’importe quel problème de santé qui pourrait apparaître, comme l’hypertension chez les personnes âgées, la malnutrition et la diarrhée chez les enfants, l’évolution d’une grossesse ou un bébé brûlé par les rayons du soleil. Et bien entendu les cas de paludisme, principal objet d’étude du Cepem ainsi que d’autres maladies infectieuses. “Nous ne choisissons pas les patients”, déclare Jussara, dans le meilleur style clinique.

Le médecin pauliste Rui Durlacher examine Perpétua Severiano, 62 ans, qui souffre d’hypertension: soigner est un devoir éthique des chercheurs

eduardo cesar Le médecin pauliste Rui Durlacher examine Perpétua Severiano, 62 ans, qui souffre d’hypertension: soigner est un devoir éthique des chercheurseduardo cesar

En fin d’après-midi, il est temps de repartir à la base, et il n’est pas rare que les chercheurs assistent à une scène identique à celle que montre la photographie ouvrant ce reportage : des enfants et des adultes se rafraîchissant innocemment dans un ruisseau ou une lagune. C’est justement à cette heure-ci, en fin de journée au bord des rivières, que le moustique transmetteur du paludisme Anophèles darlingi, aime piquer ses victimes. Il est probable que des étoffes rouges seront d’ici peu mises devant les maisons des baigneurs insouciants, c’est un signal utilisé par les habitants pour indiquer une fièvre élevée, et un possible cas de paludisme. Cette signalisation est destinée aux motocyclistes de la mairie qui passent quotidiennement pour leur signaler qu’il faut réaliser le plus rapidement possible un test de dépistage.

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Le scientifique qui a échangé la Seine pour le Madeira

Après une brillante carrière de 32 ans sur le sol français et après avoir quitté son poste de chef de l’unité de Parasitologie Expérimentale de l’Institut Pasteur à Paris, le professeur Luiz Hildebrando Pereira da Silva est retourné dans son pays natal afin d’étudier prioritairement les aspects moléculaires, cliniques et épidémiologiques du paludisme grave causé par P. falciparum.

En 1997, retraité de l’institut Pasteur et âgé de 70 ans, il a posé sa candidature pour un poste de professeur titulaire à l’ICB/USP. Il a été admis et au lieu de travailler dans une des universités de l’État de São Paulo, il a choisi Porto Velho. En effet, au début des années 90, l’État de Rondônia (1,2 millions d’habitants et moins de 1% de la population brésilienne) avait un côté attractif pour les chercheurs car il concentrait la moitié des cas du pays, entre 250 et 300 mille cas par an. Un quart des cas des trois Amériques.

Aujourd’hui, cinq ans après avoir échangé les rives de la Seine pour celles du rio Madeira, déjà retraité de l’USP mais toujours actif au Cepem, Luiz Hildebrando, dont les études sur le paludisme sont en partie financées par la FAPESP, n’est pas totalement parvenu à atteindre son objectif. En effet, les cas de paludisme provoqués par P. falciparum à Rondônia, environ 20% du total des cas de l’état, sont devenus très rares dans la zone d’action du Cepem et les complications dues au paludisme grave ont pratiquement disparues.

Luiz Hildebrando: une rigueur scientifique admirable, une vision sociale et un humour raffiné

Eduardo Cesar Luiz Hildebrando: une rigueur scientifique admirable, une vision sociale et un humour raffinéEduardo Cesar

Dans les 1.500 cas enregistrés de la maladie provoqués par P. falciparum et étudiés durant deux ans par les chercheurs du Cepem, seuls deux patients ont présenté de graves complications. Morale de l’histoire : la simple présence des membres de l’équipe du Cepem qui étudient les particularités du paludisme national et qui sont bien entraînés pour diagnostiquer et traiter la maladie en intervenant rapidement dans les cas les plus graves et parfois mortels, a éliminé l’objet d’étude du parasitologue.

Communiste convaincu et scientifique engagé, Luiz Hildebrando né à Santos aussi français que brésilien, est loin d’être un scientifique comme les autres. Tout d’abord par son âge, 73 ans. À cet âge les personnes pensent davantage à leur retraite qu’au travail, mais le professeur Hildebrando, qui semble avoir 10 ans de moins que son âge, expédie toujours les affaires courantes du Cepem pendant le week-end.

En vérité, il est déjà officiellement à la retraite. Trois fois d’ailleurs. Une en France à l’institut Pasteur depuis 1997, après 30 ans de services. Et deux au Brésil, les deux à l’USP : la première en 1980, par un acte administratif qui fut une sorte de réparation pour avoir été éloigné à deux reprises de l’université pendant la dictature militaire, et la deuxième en 1998, un an après son retour à l’USP, où il fut admis par concours au poste de professeur titulaire, jusqu’à sa retraite à 70 ans, âge limite pour un fonctionnaire public.

Avant que certains ne pensent que le grand parasitologue est un rockfeller du service public, il convient de souligner que sa dernière retraite de fonctionnaire lui rapporte environ 30 réaux par mois. “Mais c’est suffisant pour avoir une bonne vie et aller une fois par an, en France”, déclare Luiz Hildebrando qui, pour son travail au Cepem, bénéficie d’une bourse de chercheur visiteur du Conseil National de Développement Scientifique et Technologique (CNPq). Pourquoi aller en France si il a déjà passé autant de temps auprès de la tour Eiffel ? C’est parce que sa femme et la plupart de ses enfants (et petits enfants) habitent là-bas et il ne les voit que trois mois par an, les neufs mois restants il étudie le paludisme et d’autres maladies tropicales à Porto Velho. “Dans l’avenir, je passerai davantage de temps en France et un peu moins au Brésil”, déclare le chercheur qui a récemment publié son deuxième livre de mémoires appelé Chroniques de Notre Époque, (Maison d’édition Paz e Terra).

S’il fait cela, ses collègues du Cepem vont sentir son absence. Tous l’admirent. Le professeur Hildebrando appartient à ce type de chercheur d’une compétence inégalable et d’un charisme propre à former et à diriger des équipes. Il est difficilement remplaçable, même si parfois sa rigueur scientifique semble trop européenne pour les brésiliens et les latins en général, qui aiment utiliser des ruses et des artifices. “Si ce n’est pas pour faire à sa manière, en suivant une méthode scientifique rigoureuse, il vaut mieux ne pas le faire”, déclare Juan Abel Rodrigues, médecin bolivien de 26 ans. Ce dernier, originaire de Cochabamba, a obtenu une maîtrise au Cepem grâce à une bourse du Capes. “Il y a une chose que j’aime beaucoup chez le professeur, c’est son sens de l’humour. À la fin du mois de janvier, le lendemain de la victoire par 6 à 0 de l’équipe brésilienne de football sur la Bolivie, lors d’un match disputé à Goiânia, il a déclaré à Juan que la Bolivie était championne du monde de football, mais d’un football joué à 3 mille mètres d’altitude, bien entendu. Une référence au fait que l’équipe de Juan ne jouait bien que quand les matchs se déroulaient dans des villes boliviennes situées à une altitude élevée provoquant des malaises chez ses adversaires.

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Le génome responsable du paludisme grave a été déchiffré

Il a fallu six ans de travail et 20 millions de dollars US pour déchiffrer le génome d’une des quatre variétés de plasmode qui provoquent le paludisme. En février, des chercheurs anglais du Sanger Centre et des chercheurs nord-américains de l’institut de Recherche Génomique (Tigr) ont conclu le séquençage du génome du Plasmodium falciparum, responsable de la plupart des cas les plus graves de paludisme dans le monde, 90% de ces cas en Afrique (1 à 2 millions de décès par an, principalement des enfants). Pour un protozoaire d’à peine une cellule, P. facilparum possède un code génétique complexe et ressemble davantage au génome d’un animal qu’à celui d’une bactérie.

Les 25 millions de paires de bases de son DNA contiennent 5.600 gènes, un sixième de la quantité rencontrée chez l’homme. L’étude des fonctions de ces gènes et des protéines qu’ils produisent peut être vitale pour la découverte de nouvelles drogues qui combattront cette maladie. Au Brésil, trois agents sont responsables de la maladie : P. vivax (80% des cas), P. malariae (moins de 1% des cas) et le propre P. falciparum (environ 20% des cas).

En Afrique, P. falciparum est principalement transmis à l’homme par le moustique Anophèles gambiae qui est déjà éradiqué au Brésil et dont le génome est en train d’être séquencé par un groupe international de laboratoires, y compris par le réseau Onsa (Organisation pour le Séquençage et l’Analyse de Nucléotides), crée par la FAPESP.

Les projets
1. Étude des Variétés de Tiques de Rondônia et Détermination de la Prévalence de Rickettsia, Erlichia et Borrelia dans ces arthropodes; Modalité Projet Thématique; Coordinateur; Erney Felício Plessmann Camargo – ICB/USP; Investissement 410.079,07 réaux
2. Variantes d’Antigènes de Plasmodium Falciparum: Participation au Phénomène de Cytoadhérence et Répercussions dans la pathogénie du paludisme grave; Modalité Ligne régulière d’aide à la recherche; Coordonnateur Luiz Hildebrando Pereira da Silva – ICB/USP; Investissement 392.269,81 réaux

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