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ÉVALUATION

En quoi sommes-nous bons?

Des études montrent que la recherche brésilienne se distingue au niveau mondial dans onze champs de la connaissance

Publié en février 2007

ILLUSTRATIONS CLAUDIUS CECCONDeux études publiées dans la revue Anais da Academia Brasileira de Ciências [Annales de l’Académie Brésilienne de Sciences ont dressé un portrait inédit de la production brésilienne qui se distingue sur la scène scientifique internationale. Les chercheurs – Rogerio Meneghini et Abel Packer, du Centre d’Information sur les Sciences de la Santé pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (Bireme) – ont analysé le meilleur de la production universitaire brésilienne entre les années 1994 et 2003: un ensemble de 248 articles scientifiques cités plus de cent fois dans d’autres articles de publications liées à la base de données Thomson-ISI (Institut for Scientific Information). Cet échantillon représente 0,23 % des 109 916 articles de chercheurs brésiliens publiés dans des revues et indexés dans l’ISI pendant cette période. Les répercussions d’un article se mesurent habituellement par le nombre de mentions dans d’autres articles.

Dans un second temps, les auteurs se sont attachés à regrouper les 248 articles en domaines de connaissance.Après avoir rencontré des dénominateurs communs pour 114 d’entre eux, ils en sont arrivés à la conclusion que 25 centres brésiliens d’excellence se distinguaient, et ce dans 11 domaines en particulier: Parmi les douze articles sur la Forêt Amazonienne – la plupart traitant des conséquences de l’exploitation forestière – huit étaient liés à l’Institut National de Recherches de l’Amazonie (Inpa), installé à Manaus. Pour Meneghini, “c’est une donnée très positive, car elle montre qu’il est possible de produire des recherches de haut niveau en dehors des grands centres”. Et la proximité avec l’objet d’étude n’explique pas l’impact. De fait, “beaucoup d’institutions d’autres pays mènent également des recherches en Amazonie”.

Les chirurgies cardiovasculaires constituent le thème des dix-huit articles les plus cités. La plupart des recherches sont reliées à de grands réseaux de recherche internationaux, et nombre d’entre elles abordent le même sujet: l’efficacité de techniques telles que l’angioplastie et l’implantation de stents pour désobstruer les artères.Des études réalisées par des institutions de São Paulo, l’Institut du Coeur (InCor) et l’Institut de Cardiologie Dante Pazzanese. À noter également les répercussions d’une autre innovation: la nouvelle technique de réduction de ventricules gauches dilatés, créée par le chirurgien Randas Batista de l’État du Paraná.

Vingt groupes brésiliens étudiant le métabolisme oxydatif des cellules ont produit dix articles mentionnés plus de cent fois. À noter en particulier cinq articles de l’équipe d’Aníbal Vercesi, professeur de la Faculté des Sciences Médicales de l’Université d’État de Campinas (Unicamp). Ses travaux ont permis de comprendre les relations entre les activités de la mitochondrie et la mort cellulaire. Trois autres travaux proviennent du groupe d’Ohara Augusto de l’Institut de Chimie de l’Université de São Paulo (USP), en partenariat avec l’Uruguayen Rafael Radi. Ils sont la conséquence d’une recherche qui a abouti à la formation d’un radical carbonate, composé jusqu’alors inconnu dans les organismes vivants.

Sept articles sur la catalyse chimique témoignent du succès des recherches coordonnées par Jairton Dupont et Roberto F. De Souza, professeurs à l’Université Fédérale de l’État du Rio Grande do Sul (UFRGS). En 1992, ils ont développé de nouveaux sels fondus, liquides à température ambiante et hautement stables, avec de nombreuses applications possibles dans l’industrie chimique. Ils ont réussi à produire divers liquides ioniques, applicables dans plusieurs champs de la science.

Trois articles brésiliens sur le séquençage génétique ont connu un retentissement important. Le principal d’entre eux porte sur le génome du phytopathogène Xylella fastidiosa, qui a d’ailleurs fait la couverture de la revue Nature le 13 juillet 2000. La xylella est responsable de la maladie qui s’attaque aux oranges. Le séquençage fut possible grâce à un programme coordonné par la FAPESP, qui a organisé le réseau en lien avec des institutions de São Paulo.“Il est encore tôt pour savoir si c’est la meilleure manière d’atteindre l’excellence en biologie moléculaire”, observe Meneghini,“mais notre capacité à organiser des réseaux de recherche au niveau national en ressort largement gagnante”

ILLUSTRATIONS CLAUDIUS CECCONLa recherche brésilienne en neurosciences a produit 16 articles de grande importance. L’un des groupes à s’être distingué travaille dans le domaine de la pharmacie expérimentale et est dirigé par Frederico Graeff, de la Faculté de Philosophie, Sciences et Lettres de l’Université de São Paulo à Ribeirão Preto. Son étude cherche à comprendre les effets soulageants ou anxiogènes des médicaments sur le comportement des souris. L’équipe ayant le plus produit d’articles est celle d’Iván Isquierdo, à l’Université Fédérale de l’État du Rio Grande do Sul, avec des travaux sur les mécanismes de la mémoire. Le pharmacologiste Xavier Albuquerque, des universités Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) et de Maryland, États-Unis, a analysé les aspects biophysiques de la transmission synaptique au niveau des neurones. L’un des articles est écrit par un Brésilien – Luiz Antônio Baccalá, de l’Université de São Paulo –, mais la recherche a été menée dans un laboratoire de l’Université américaine Duke.Ce laboratoire est dirigé par le Brésilien Miguel Nicolelis, connu pour ses travaux sur les connexions sensorimotrices (voir reportage p. 34).Meneghini et Packer observent que Xavier Albuquerque et Miguel Nicolelis ont tous deux été élèves de César Timo-Iaria, chercheur à l’USP et pionnier en matière de neurosciences au Brésil (décédé en 2005).

La physique des particules est à l’origine de 13 articles, en grande partie grâce aux collectes de données réalisées par deux réseaux de recherche: l’un relié à l’Institut de Physique de l’USP et l’autre au Centre Brésilien de Recherches Physiques. Les lauriers sont partagés: chacun des articles compte en moyenne 154 auteurs, originaires d’une dizaine de pays différents.

La physique quantique fait l’objet de sept articles,divisés en deux catégories: la première est davantage tournée vers le champ théorique et est dirigée par Constantino Tsallis du Centre Brésilien de Recherches Physiques ; Tsallis est à l’origine de concepts qui portent son nom, comme l’entropie Tsallis. La seconde est axée sur la physique expérimentale et est conduite par Luiz Davidovich de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ).

Quatorze articles se penchent sur la génétique humaine, avec en particulier les études de Mayana Zatz et de Maria Rita Passos Bueno. Chercheuses à l’USP, elles ont identifié les gènes impliqués dans la dystrophie musculaire humaine. L’unité d’Endocrinologie de la Faculté de Médecine de l’USP y a également contribué avec deux articles sur un type de pseudo-hermaphrodisme, une maladie génétique.

Les recherches sur les maladies infectieuses, comme la toxoplasmose, le Sida et la maladie de Chagas, apparaissent dans quatorze articles. Trois institutions se distinguent: l’Université Fédérale de l’État des Minas Gerais (UFMG), la Fondation Oswaldo Cruz et la Faculté de Médecine de l’USP à Ribeirão Preto. Enfin, trois articles sur l’utilisation de contraceptifs oraux et leurs effets sur les maladies vasculaires mettent en avant la participation de l’Université Fédérale de São Paulo (Unifesp) dans des études menées avec de grands réseaux de recherche internationaux.

Si ce relevé permet de souligner le volet international de la recherche brésilienne, les auteurs observent qu’il est cependant nécessaire de prendre en compte le contexte dans lequel s’insèrent ces données. La prédominance d’articles de médecine et de biomédecine (108 des 248 articles) ne s’explique pas seulement par la performance des scientifiques, elle est aussi due au fait que ce champ est particulièrement productif dans le monde entier. Dans une autre étude à paraître, Meneghini et Packer ont recensé les articles mentionnés au moins cinquante fois dans d’autres textes. Se sont alors distingués des travaux réalisés dans les domaines des mathématiques, des sciences informatiques, de l’anthropologie, de l’ingénierie, de la médecine vétérinaire et de la biophysique. Dans certains de ces domaines la production universitaire est moins grande, d’où le nombre inférieur de mentions. Le faible impact des recherches brésiliennes sur les sciences humaines est attribué au fait qu’il s’agit de thèmes régionaux, qui n’ont pas éveillé l’attention sur le plan international.

Les résultats obtenus donnent lieu à un ensemble de réflexions. C’est notamment le cas du nombre élevé d’études réalisées par de grands réseaux internationaux en médecine, physique de particules et astronomie. Il s’agit d’articles sur l’incidence de maladies et l’efficacité de médicaments, ou qui dépendent du recueil de données par l’intermédiaire d’accélérateurs ou de télescopes. Parmi les 37 articles les plus cités (tous mentionnés plus de 250 fois), 18 sont de ce type. En moyenne, chacun de ces articles compte 21 auteurs de 9,4 pays différents – alors que la moyenne générale de l’ensemble des articles est de 3,8 pays. D’après Meneghini, “ce sont des recherches importantes, mais l’objectif de certaines est presque exclusivement bureaucratique, avec une participation des chercheurs limitée à la transmission de données en grandes quantités”.

D’autre part, seuls 4 articles sur les 37 sont de la responsabilité exclusive d’auteurs brésiliens. Si cela montre l’importance de la collaboration internationale, les chercheurs ont néanmoins été amenés à écrire un second article spécifique sur le sujet. Symptôme de dépendance ou de faiblesse?
Eduardo Krieger, président de l’Académie Brésilienne des Sciences (ABC), ne voit pas cela comme un problème:“30 à 35% de recherches publiées par des Brésiliens bénéficient d’une collaboration internationale, un chiffre tout à fait correct. […]. Cette distorsion apparaît dans le classement des plus cités parce que les auteurs nordaméricains ont tendance à citer davantage leurs compatriotes”.

Planifier l’avenir
L’idée de procéder à un relevé des informations est survenue en 2004, après que le Britannique David King – assistant scientifique du gouvernement du Royaume-Uni – ait publié dans la revue Nature une étude portant sur 1 % des articles les plus cités dans le monde entre 1993 et 2001.L’article propose un classement des 31 pays qui produisent les recherches de plus grand impact sur la planète. Le Brésil y occupe honorablement la vingt-troisième place.L’étude montre également que le pays a publié 27 874 articles sur la base de données Thomson-ISI entre 1993 et 1997 (0,84 % du total), et 43 971 entre 1997 et 2001 (1,21 % du total). Mais de quelles études brésiliennes étaitil question? Le classement ne répondait pas à cette question, d’où le travail effectué par Meneghini et Packer.

Connaître les points forts et les points faibles est essentiel pour pouvoir planifier l’avenir et accroître la performance de la recherche. Selon Krieger, les 11 domaines dont les études se distinguent le plus peuvent aider le gouvernement à orienter des investissements, toutefois il serait erroné de miser excessivement sur des domaines aux applications pratiques et laisser de côté la recherche de base.Et d’ajouter: “ Il faut étendre les domaines d’excellence, sans pour autant oublier que chacun d’eux a été construit sur une base scientifique solide sans engagements”.

Il convient de souligner que la science ne se produit pas par génération spontanée. Professeur de l’UFRGS et responsable du groupe reconnu pour ses travaux en termes de catalyse chimique, Jairton Dupont rappelle que les progrès observés dans son domaine de connaissance résultent d’investissements opérés à partir des années 1980, grâce au premier Programme de Soutien au Développement Scientifique et Technologique (PADCT) du gouvernement fédéral: “La chimie était une sorte de parent pauvre du système des sciences et de la technologie, mais elle a réussi à beaucoup avancer au cours des vingt dernières années”. Pour lui, son groupe a connu la réussite parce qu’il était prêt pour l’inattendu – le processus innovateur de catalyse chimique est né de la difficulté à importer des réactifs.

Aníbal Vercesi, à l’origine des travaux sur le stress oxydatif, signale que la reconnaissance de son champ de recherche vient de la grande popularité conquise à l’étranger durant les dernières années: “Il n’y a pas de mystère. Tout dépend de beaucoup de travail et de la participation de bons étudiants et de bons collaborateurs, outre la quête d’interaction avec d’autres chercheurs. Je rends visite à plusieurs laboratoires étrangers et ma porte est grande ouverte pour ceux qui veulent connaître notre travail”. Toutefois, seul un de ses cinq articles cités plus de cent fois compte sur la participation d’étrangers.

Pour Eduardo Krieger, le défi est de pourvoir des ressources capables de garantir le maintien d’une croissance annuelle de 8 % au niveau des articles publiés. C’est le cas depuis vingt ans, même si l’économie avance à un rythme beaucoup plus lent. Il affirme:“Notre système de recherche est jeune et évolue beaucoup.Nous devons aider le pays à se développer et croiser les doigts pour que la croissance de l’économie permette à la science brésilienne d’effectuer de nouveaux bonds”.

Qui produit le plus en matière de santé et de biologie?
L’Université de São Paulo (USP) est celle qui produit le plus d’articles sur la santé et la biologie. De 2001 à 2003, elle a publié 5 696 articles indexés dans la base de données Thomson-ISI (Institut for Scientific Information) et 6 368 dans la base de données Medline. Cette place de leader est mise en évidence dans une étude publiée dans le Brazilian Journal of Medical and Biology Research. L’article y propose un classement des 20 universités brésiliennes les plus productives dans ce domaine et responsables de 70,87 % des près de 25 000 travaux publiés entre 2001 et 2003. L’auteur principal de l’étude est Ricardo Zorzetto, journaliste, éditeur provisoire des articles scientifiques de la Pesquisa FAPESP et chercheur au sein du groupe de Jair Mari, professeur du département de psychiatrie de l’Université Fédérale de São Paulo (Unifesp). Le gros de la production revient à des institutions de la région Sud-Est. La seconde place est occupée par l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), avec 2 476 articles dans la base ISI et 2 318 dans la base Medline. Viennent ensuite l’Unifesp, l’USP de Ribeirão Preto et l’Université d’État de Campinas (Unicamp). Sont également présentes dans le classement la Fondation Oswaldo Cruz, les Universités Fédérales des États de Minas Gerais, du Rio Grande do Sul, du Paraná, du Pernambouc, de Santa Catarina, de Bahia, du Ceará et du Pará, trois unités de l’Université d´État de São Paulo (Unesp), l’Université d’État de Rio de Janeiro, le campus de l’Unicamp à Piracicaba et l’Université de
Brasília (UnB).

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